Des Finalités à Géométrie Variable

13 mars 2009

Il n’y a pas une mais des réserves de production, de nature différentes selon les buts poursuivis. Directeur du CNIVE (Comité national des interprofessions des vins et eaux-de-vie d’appellation), Jérôme Agostini identifie au moins trois types de réserves de production. Il y a la réserve faite pour gérer la prospérité. C’est la réserve « idéale », celle que tout le monde cite et qu’incarne de manière emblématique la Champagne. Les années généreuses, il s’agit de mettre un peu de marchandise de côté pour alimenter le moteur de la croissance lors d’années plus chiches. Cette réserve est celle qui présente les meilleures chances de succès. A l’autre bout de l’échelle, se trouve la réserve de crise, déclenchée en situation d’excédents. Son objectif : soulager le marché. Une région comme le Beaujolais la pratique fréquemment. Mais si l’excédent s’avère structurel, cette réserve n’apportera pas la bonne réponse. Elle pourra même vous entraîner « droit dans le mur » si on laisse filer les volumes. « Une réserve de production ne pallie pas un déséquilibre durable » note J. Agostini. Dans ce cas-là, la diminution du potentiel de production passe en général par le verrouillage du rendement, une mesure bien mieux adaptée. Le troisième type de réserve se situe à mi-course. Il est fait pour équilibrer un marché soumis à fluctuations. Des interprofessions comme Inter-Rhône, Bordeaux, le Roussillon recourent régulièrement à ce système d’adaptation au marché. La réserve de production mise en place par le Pineau des Charentes s’apparente manifestement à cette veine. Cependant, par certains côtés, elle se rapproche aussi de la réserve de production Champagne. Car le Champagne comme le Pineau ont en commun d’être des produits de garde, dont la mise à la consommation n’intervient que deux ou trois ans après l’élaboration, voire davantage. Pour ces catégories de produits, la réserve de production n’a donc pas vocation à gérer « l’effet vendange » – à l’instar de ce qui peut se passer dans le Val de Loire ou dans d’autre régions viticoles – mais à rendre compatible le niveau de stock au marché. Le pilotage de la réserve ne se fera donc pas « le nez sur la cuve » mais « le nez sur le taux de rotation du stock », ce qui sollicite d’autres réflexes.

Avec ses variantes, la réserve de production représente-t-elle un outil stratégique entre les mains des interprofessions ? Certains en sont persuadés, d’autres moins. Se classant manifestement dans la catégorie des sceptiques, un professionnel livre son sentiment personnel : « La réserve qualitative, ça ne sert et ça ne marche que dans les périodes d’expansion alors que, généralement, on veut en faire dans les périodes de crise, pour essayer de bloquer des quantités. » Un brin provocateur, il prétend aussi « que la réserve qualitative a toujours été un fusil à tirer dans les coins ». En clair, elle serait dévoyée de son objet. « La réserve qualitative est rarement créée pour elle-même mais pour atteindre d’autres objectifs, par exemple faire accepter une diminution de rendement ou, au contraire, une hausse. »

Dans le cadre de la réforme de l’OCM vin, producteurs et négociants réfléchissent à la façon d’individualiser une partie de ces mesures de régulation, pour ne pas faire perdre de compétitivité aux entreprises les plus perfor-
mantes. « La gestion macro-économique a montré ses limites » souligne le directeur de la CNIVE, qui poursuit : « Les déséquilibres de marché n’atteignent pas tous les opérateurs de la même façon. Il y a certainement un jeu à trouver entre rendement et mise en réserve pour ne pas entraver les opérateurs les plus dynamiques. »

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