« Un outil individuel au service d’une gestion collective »

13 mars 2009

benot_2_opt.jpegResponsable de l’antenne du SGV Champagne à Bar-sur-Seine, dans l’Aube, Benoît Stenne – ex directeur du SGV Cognac – livre quelques clés de décryptage de la réserve individuelle champenoise.

 

 

 

Benoît Stenne – « Cette année, le rendement de l’appellation Champagne – le rendement à l’intérieur duquel il est possible de produire des vins d’AOC “tirables” – s’élève à 12 400 kg de raisins. Le rendement maximum (ou rendement butoir) atteint quant à lui 15 500 kg par ha. C’est entre ces deux chiffres – 12 400 kg de raisins et 15 500 kg –- que joue la réserve individuelle, c’est-à-dire la faculté, pour le vigneron, de conserver des vins bloqués, vin d’AOC certes mais pas tirables (qui ne peuvent pas être mis en bouteille et donc non commercialisables). Par ailleurs, cette réserve individuelle ne doit pas dépasser 8 000 kg par ha. Ainsi, un vigneron qui posséderait déjà une réserve de 7 000 kg/ha verrait son rendement maximum limité à 13 400 kg ha, sans pouvoir atteindre le potentiel des 15 500 kg. La gestion de cette réserve est donc bien individualisée, dans la mesure où chacun des 15 300 vignerons hérite de son propre rendement maximum, variable en fonction du volume de sa réserve. Mais la vraie nouveauté du système consiste à mettre cet outil individuel au service d’une gestion collective. Contrairement à ce qui se passait auparavant, le viticulteur confronté à une récolte déficitaire – inférieure au rendement de l’appellation – n’a plus le choix de débloquer ou non sa réserve. Obligation lui est faite de la débloquer à hauteur du rendement de l’appellation (12 400 kg/ha cette année). En situation de pénurie chronique de marchandise, la Champagne s’est ainsi mise en situation de capter l’intégralité de son potentiel (multiplication des 12 400 kg ha de raisins par les 32 000 ha de l’aire délimitée). C’est la contrepartie de l’évolution significative du rendement butoir qui est passé de 13 000 kg à 15 500 kg/ha. Hausse du rendement butoir et instauration d’une réserve individuelle ont pour finalité ultime de restaurer une certaine sérénité chez le vigneron champenois. En clair, l’amener à mieux matrîtriser son rendement dans la mesure où il se sentira “couvert”. Pour l’instant, ce n’est pas encore le cas ; surtout que d’une commune à l’autre, “Dame nature” se plaît à favoriser l’un, pénaliser l’autre. Il faudra sans doute attendre trois ou quatre ans pour que la réserve individuelle joue son plein effet, le temps que la majorité des vignerons constitue sa réserve individuelle de 8 000 kg/ha. Cela dit, le mécanisme de réserve individuelle fait l’unanimité autour de lui. Tous les vignerons le plébiscite et notamment les récoltants-manipulants, ceux qui vendent directement leurs bouteilles. Car si l’assurance grêle couvre correctement la perte de récolte (en contrepartie de primes d’assurance élevées), aucun système n’existe pour parer aux pertes commerciales, à la rupture du courant de vente. La réserve de production répond à cette logique économique. Mais plus encore, sa vocation première concerne l’environnement et la gestion raisonnée du vignoble. Dans une région viticole septentrionale, soumise aux aléas climatiques et soucieuse de s’inscrire dans une démarche de développement durable, il faut offrir au vigneron la sécurité nécessaire pour courir des risques culturaux : enherber son vignoble, économiser un traitement, mettre moins d’engrais, tailler plus court… A moyen terme, cet aspect environnemental constitue sans doute le principal enjeu de la réserve individuelle. »

Entamées autour du 28 août (avec quelques départs anticipés le 23 août), les vendanges se sont terminées en Champagne vers le 15 septembre. « S’il y a un Dieu, il est champenois » commente Benoît Stenne. Car, après l’épisode pluvieux de la mi-août qui faisait craindre le pire et notamment un développement des foyers de botrytis, un grand soleil présida aux quinze jours de vendanges, avec « moins de deux heures de pluies sur l’ensemble ». Les degrés montèrent tout doucement, l’acidité évolua correctement, assurant un bon millésime aux cépages champenois. A quel niveau s’établira le rendement moyen de la Champagne ? Entre 13 500 kg et 14 500 kg selon les premiers pronostics, avec un degré moyen de 9,5 à 9,6 % vol. Mais l’hétérogénéité de la récolte rend les prévisions difficiles. Il faudra donc attendre novembre prochain, date du dépôt des déclarations de récoltes, pour en savoir plus. Les premières dégustations de vins clairs débuteront fin novembre-début décembre. Elles informeront sur la qualité du millésime.

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