Référentiel environnement : la filière cognac prend de nouvelles positions

13 novembre 2018

Après 2 ans d’existence, le référentiel viticulture durable mis au point par la filière du Cognac a subi une évolution majeure : Il va désormais être le support de la certification environnementale Cognac : une qualification haute valeur environnementale pour les entreprises qui sauront la décrocher. L’objectif de l’interprofession du Cognac et des maisons de Cognac est d’inciter le plus grand nombre d’exploitations à atteindre la certification pour pouvoir le valoriser sur les marchés. Pour simplifier les démarches des viticulteurs, le BNIC met en place une organisation qui portera collectivement les certifications. Toutes les parties prenantes susceptibles d’accompagner les exploitants dans la démarche sont invités à se mobiliser.

Ne sous estimons pas cette tendance ! D’ici quelques années seulement, le marché des vins et des spiritueux se divisera en deux mondes. D’un côté, il y aura les filières et les entreprises qui auront fait le choix d’une politique claire et engagée pour protéger l’environnement et qui le feront savoir aux consommateurs. De l’autre, il y aura celles qui auront malheureusement négligé l’ampleur de cette évolution sociétale ou qui en auront pris conscience trop tard et ce choix risquera de compromettre leur avenir.

La filière du Cognac ne veut pas prendre le risque de laisser croire qu’elle est restée « à la traîne » sur ce sujet alors que d’autres ont fait le choix d’aller de l’avant. Elle vient donc d’annoncer qu’elle rehaussait d’un cran les exigences de son référentiel viticulture durable pour atteindre la certification environnementale Cognac de niveau HVE(3).

 

L’environnement : un enjeu concurrentiel.

 

A l’échelle d’une appellation aussi large que le Cognac, la généralisation du référentiel viticulture durable tel qu’il était formulé à l’origine était un objectif ambitieux, certes, mais était-ce suffisant ? Car les valeurs environnementales ont pris une telle importance dans nos sociétés qu’elles deviennent désormais un enjeu de démarcation commerciale pour les entreprises : Dorénavant, sur les marchés traditionnels, des garanties environnementales sont au minimum la règle. En revanche, dans l’univers du luxe, il devient indispensable de placer la barre au plus haut niveau de ces attentes sociétales pour rester dans la course. Le Cognac qui se présente comme l’un des spiritueux les plus prestigieux du monde n’échappe pas à cette règle.

 

Le désherbage chimique total interdit par le cahier des charges AOC.

 

Dès la campagne 2018-19, de nouvelles règles de production viendront enrichir le cahier des charges de l’AOC Cognac, il s’agit de l’interdiction du désherbage chimique des tournières et de l’inter-rang. Depuis plusieurs années déjà, la maison Hennessy avait indiqué à ses livreurs que le désherbage total des vignes serait une clause de résiliation de contrat. La mesure avait fait contagion dans la campagne charentaise et pour Christophe Véral, « Une grande majorité des viticulteurs de Cognac appliquent déjà ces mesures au quotidien. Il s’agit d’officialiser ces efforts et de les généraliser à l’ensemble des exploitants ». En imposant ces règles au cahier des charges de l’AOC, elles seront dorénavant opposables à chacun, qu’il soit inscrit ou non dans une démarche de certification environnementale.

 

Certification Environnementale Cognac : plus exigeante que HVE.

 

Lorsque le BNIC a annoncé en 2016, le lancement de sa démarche collective, l’idée était de créer un référentiel privé qui n’était pas trop contraignant au plan administratif et qui permettait rapidement de faire adhérer le plus grand nombre de viticulteurs dans la démarche. Ce dernier devait aussi tenir compte de certaines spécificités de la filière comme la gestion des effluents de distillation ou le désherbage total des vignes. Pour valoriser les efforts accomplis, l’interprofession prévoyait de faire reconnaître son Référentiel viticulture durable (RVD) à l’équivalent du niveau 2 de la certification environnementale définie par l’état français. Et c’est là que le bât blesse, car le niveau 2 n’a pas vraiment de reconnaissance officielle alors que le niveau 3, quant à lui, est qualifié de « Haute valeur environnementale » (HVE). Au fil du temps, les stratégies des entreprises agricoles françaises se sont dévoilées et la pression médiatique à l’endroit des viticulteurs s’est accentuée. Certaines filières, plus petites et moins prestigieuses que le Cognac ont visé d’emblée le niveau HVE pour la reconnaissance de leur démarche collective. Au niveau national, le plan de la filière viticole mise sur la certification de 50% des exploitations d’ici 2025. Au vu de l’ensemble de ces évolutions, le Cognac a changé son fusil d’épaule. Les professionnels ont ainsi décidé de rehausser les exigences du référentiel viticulture durable en les portant à ce que nous pourrions qualifier de « HVE+ ». En clair, la certification environnementale Cognac intègrera à la fois les exigences HVE niveau 3 et des critères spécifiques à la filière.

 

Quels changements en pratique ?

 

La première conséquence majeure de cette décision concerne le champ d’application : Le référentiel viticulture durable avait l’avantage de ne concerner que l’atelier viticulture Cognac. La certification HVE englobe obligatoirement la totalité de l’exploitation ce qui implique les ateliers céréales, élevage ou maraichage. Pour ce qui concerne les formations et le travail déjà effectué par les 1500 viticulteurs engagés au niveau 1 du référentiel viticulture durable, l’évolution du référentiel n’a pas de conséquences. En effet, ce niveau 1 demeure, dans tous les cas la première marche à franchir pour s’engager. Même conséquence pour les 140 exploitations charentaises qui ont déjà obtenu la certification HVE mais qui n’ont pas nécessairement intégré les dernières dispositions à jour du référentiel Cognac. Lors du renouvellement de leur certification HVE, ils devrons simplement prendre en compte les nouvelles dispositions (si ce n’est déjà fait) et les présenter à leur organisme certificateur. Neuf points spécifiques viennent compléter les critères de certification environnementale HVE : 4 au stade de l’engagement et 5 à celui de la certification (cf encart ci-joint). Pour la plupart, il s’agit de règles déjà largement utilisées dans le vignoble comme par exemple l’utilisation de produits phytosanitaires issus de la liste verte du BNIC qui ont été préalablement testés pour évaluer leur neutralité sanitaire et organoleptique sur le produit fini. D’autres vont parfois nécessiter des investissements comme par exemple la pulvérisation confinée que les professionnels charentais entendent continuer de promouvoir.

 

 

Les points spécifiques de la certification "Référentiel Viticulture Durable Cognac" qui s’ajoutent aux critères HVE  (niveau 3) :

 

Niveau 1 : Engagement  

 – Je connais les riverains de mes parcelles de vigne et/ou des installations de l’exploitation et je favorise les échanges.

– Le désherbage chimique est limité au cavaillon représentant 1/3 maximum de l’écartement des rangs.

– Dans le cadre de la démarche HACCP. je choisis mes produits dans la liste des produits qualifiés du BNIC tenant compte des résultats acquis à ce jour vis-à-vis des effets non intentionnels sur les eaux-de-vie.

– Je privilégie les matériels de pulvérisation confinée pour limiter la dérive lors des remplacements de pulvérisateur.

 

Niveau 2 : Certification  

– Au minimum 25% de la surface du vignoble est concernée par un entretien du cavaillon alternatif au désherbage chimique (travail. tonte. etc.). au moins une fois par an.

– J’utilise des panneaux récupérateurs ou de la pulvérisation confinée pour les traitements de début de saison (jusqu’au stade 15) sans obligation de surface minimum du vignoble.

– J’utilise des panneaux récupérateurs ou de la pulvérisation confinée pour les traitements de début de saison (jusqu’au stade 15) sur au minimum 80% de la surface du vignoble. Ce point devient une exigence après 3 ans de certification.

– J’utilise des panneaux récupérateurs ou de la pulvérisation confinée sur 100% de la surface du vignoble en zone sensible (parcelle proche de lieux et établissements accueillant des personnes vulnérables au risque d’exposition aux produits phytopharmaceutiques. arrêté préfectoral du 12/05/16).

– Je construits mon programme de traitement phytosanitaire en prenant connaissance des mentions de danger des produits phytosanitaires.

 

 

Vers une plus large utilisation de la pulvérisation confinée.

 

La région de Cognac est le premier vignoble utilisateur de pulvérisateurs confinés en France. On dénombre à ce jour plus de 500 pulvérisateurs de ce type en service sur la zone ce qui représenterait entre 10 et 20% du vignoble à ce jour. La filière entend bien aller plus loin en maintenant son avance : Lors de l’engagement dans la démarche de certification, les viticulteurs seront incités à privilégier ce type d’équipement lors du renouvellement de leurs matériels. Après la certification deux contraintes supplémentaires seront imposées :

  • Les vignes situées à proximité des établissements qui accueillent des personnes vulnérables devront obligatoirement être traitées, durant tout le cycle de la vigne, avec des appareils confinés.

  • 80% du vignoble minimum devra être traité jusqu’au stade 15 (grappes séparées) au moyen d’une pulvérisation confinée. Cette clause n’est pas obligatoire lors de la première certification mais elle est imposée au renouvellement. Il convient de souligner que la pulvérisation confinée sur ces premiers traitements peut aussi être effectué avec de simples panneaux récupérateurs à jets projetés comme il en existe beaucoup dans le vignoble.

     

    Quelles sont les contraintes supplémentaires de la certification HVE ?

     

    La certification HVE comprend 3 étapes : L’engagement, la mise en œuvre des obligations de moyens et la certification qui n’est rien d’autre que la démonstration des résultats. Au dire des professionnels déjà certifiés HVE, la décision de monter en puissance du référentiel n’impliquera pas de conséquences lourdes sur le plan humain et financier. Le stade 3 n’est, en effet, que la résultante des deux premières étapes et ne nécessite que quelques heures de travail en relation avec un cabinet comptable et/ou un conseiller spécialisé. Aux dires des viticulteurs déjà certifiés HVE, c’est le stade 2 (l’équivalent du référentiel viticulture durable) qui pose le plus de contraintes. Celui-ci consiste dans un premier temps, à mettre aux normes les installations et à respecter la réglementation générale qui encadre le métier de viticulteur. « Souvent le simple rappel de la réglementation à l’occasion des formations permet de réaliser qu’on est parfois très proche de la conformité et que des solutions simples permettent de régler ce détail à moindre coût » constate une formatrice de la chambre d’agriculture. Dans un second temps, le référentiel impose à l’exploitant d’engager une démarche pour raisonner ses intrants et limiter les fuites dans le milieu. Il existe deux voies (A et B) pour atteindre la certification. Dans le cas où le viticulteur choisit la voie B, il lui faudra, d’une part, prouver avec ses éléments comptables, que la part des intrants ne représente pas plus de 30% du chiffres d’affaires de l’exploitation et, d’autre part, que les zones permettant la préservation de la biodiversité (bois, haies, tournières) sont en quantités suffisantes sur le domaine. La voie B semble assez simple dans le cas d’une exploitation à dominante viticole mais pour les exploitations en polyculture avec ou sans élevage où le revenu de ces ateliers est plus faible, il semble que la voie A soit plus adaptée. En effet, celle-ci privilégie des indicateurs thématiques plus détaillés ce qui permettent de mieux tenir compte des spécificités de chaque atelier.

     

    Un dispositif d’accompagnement innovant

     

    La réussite du projet collectif de certification se jaugera à l’effectif des entreprises certifiées qui dépendra lui-même de l’appropriation de la démarche par les viticulteurs. La mobilisation collective est donc un enjeu de taille pour la filière et même si la cause et l’objectif ne font pas débat chez les exploitants, il sera difficile de mobiliser les énergies sur ce dossier. La question qui taraude le la profession n’est donc pas de savoir « Combien parviendront à la certification ? » mais plutôt « Comment faire pour qu’un maximum y parvienne ? ». Le BNIC est actuellement en train de structurer en son sein une organisation qui permettra de porter collectivement le projet. Attaché au service développement durable dirigé par Laetitia Four, ce service aura pour rôle d’apporter une aide administrative aux viticulteurs et de  coordonner les actions des différents prestataires susceptibles d’intervenir sur ce dossier. Par ailleurs, la démarche de certification des exploitations ne sera pas menée individuellement comme cela pouvait être le cas jusqu’ici pour la HVE. C’est le BNIC qui portera collectivement les demandes de certification de plusieurs entreprises préalablement préparés par des audits internes. L’audit de certification se fera par échantillonnage, ce qui devrait simplifier les démarches pour les entreprises et abaisser son coût. Mais le BNIC sait qu’il ne pourra pas mener à son terme un tel projet s’il est isolé. Il a donc fait en sorte d’impliquer l’ensemble des parties prenantes susceptibles d’aider les viticulteurs dans leur projets, qu’ils soient chambres d’agriculture, cabinets comptables, courtiers, fournisseurs d’intrants, MSA, etc…

     

    Quelles échéances pour les acheteurs ?

     

    A ce jour, les acheteurs n’exercent pas officiellement de pression sur leurs livreurs pour atteindre la certification à tout prix. Seul Rémy Martin s’est fixé pour objectif de faire certifier 100% des livreurs d’Alliance Fine Champagne d’ici 2020. Pour les autres, l’idée est que chacun se lance dans la démarche (niveau 1), s’en approprie les principes et évolue à son rythme.  Mais l’issue ne fait aucun doute et les viticulteurs en ont parfaitement conscience. Pour dire les choses simplement, la certification environnementale n’est pas à ce jour une obligation pour livrer dans une grande maison mais elle le deviendra à plus ou moins brève échéance. Ce délai dépendra surtout des besoins des maisons et de leur volume d’achat : En cas de tension du marché, mieux vaudra être dans la catégorie des certifiés…

     

    Calendrier prévisionnel

    Septembre 2018 :       – Sélection de l’organisme certificateur.

                                       – Habilitation des structures accompagnatrices.

    Novembre 2018 :       Premières entreprises certifiées (Certification individuelle).

                                       – Présentation du projet et des premiers certifiés au Vinitech de                                                  Bordeaux.

    Janvier 2019 :            – Lancement du dispositif de certification collective.        

                                                                                                                                                 

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