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L’expérience américaine

17 janvier 2009

Un an après le départ de Christophe Navarre, Roland de Farcy devient le nouveau président d’Hennessy. Forgé à l’école américaine, il possède la fibre entreprenariale. N’a-t-il pas créé sa propre société en 1987. Il n’aura sans doute pas trop de mal à répondre à la feuille de route tracée par Moët-Hennessy : le terrain, le terrain et encore le terrain.

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23 mai, Cognac – Christophe Navarre est présent pour adouber celui qu’il s’est choisi pour le remplacer à la tête d’Hennessy. Pour Roland de Farcy, il s’agit de sa deuxième incursion à Cognac. La première date d’à peine dix jours, lors d’un bref voyage de reconnaissance avec sa femme, le temps d’un week-end. Il dit avoir découvert à cette occasion les merveilleux paysages de Charentes et garde le souvenir ému d’une rencontre fortuite avec un vieil ecclésiastique, à l’abbaye de Bassac. « Il ne pouvait se trouver de plus bel accueil en Charentes. » Ainsi, l’homme n’est pas insensible et ne craint pas de livrer ses émotions. Mais c’est aussi un « conquérant », de la race de ceux qui évoluent dans la sphère du business international. En 1973, à l’heure où ses petits camarades postulent pour l’ENA ou de prestigieuses écoles d’ingénieurs, R. de Farcy, jeune polytechnicien, préfère, plutôt que de « rempiler », intégrer directement le monde du travail. Ce sera Saint-Nazaire et ses chantiers, pour une brève et dense expérience professionnelle. Mais l’idée d’Amérique court depuis l’enfance et le voilà, à 24 ans, à l’université de Stanford (Californie). Il y découvre le way of life américain, les valeurs de travail et de pragmatisme. « Plutôt que d’échafauder des théories, les Américains observent et agissent. » Il veut déjà créer son entreprise mais hésite parmi les secteurs d’activité. Quand on a du mal à se décider, on aide les autres à le faire. Dans le doute, il devient consultant en stratégie dans un grand groupe américain. Il pensait y rester deux ans. Il y demeure sept ans, passant de Boston à Chicago. A cette occasion, il se frotte à des environnements très divers, de l’environnement concurrentiel international à un business totalement basique comme la machine agricole. Il empile les expériences avec toujours, en ligne de mire, la perspective de fonder sa propre société. Il observe avec intérêt la montée en puissance de la livraison de pizzas à domicile aux Etats-Unis. Fin 1987, toujours consultant, il se fait embaucher quelques jours comme livreur de pizzas, histoire de voir de près comment cela fonctionne. Retour en France en 1988 où, avec le concours d’un groupe agro-alimentaire belge qui cherche à se diversifier en dehors du sucre, il crée Spizza 30’, société spécialisée dans la distribution de pizzas. Stratégie immobilière, marketing, grosse importance de la gestion humaine… L’activité n’est pas si simple qu’il n’y paraît. Elle s’adresse directement au consommateur, gère un produit à marque, dégage de la notoriété spontanée avec ses livreurs et ses scooters qui sillonnent Paris. Le jeune manager de l’époque a droit aux honneurs de Capital et de la télévision. Rien de tel pour vous forger une image. En 1993, une occasion se présente, celle d’une joint-venture avec Pizza hut, le leader mondial de la branche, à l’époque filiale du groupe Pepsi. Marché conclu. Cinq ans après sa création, Spizza 30‘ se fond dans Pizza hut. Aujourd’hui, la société regroupe 132 magasins, compte mille livreurs sur la région parisienne, génère 800 millions de francs de chiffre d’affaires. En 2001, après treize ans comme chef d’entreprise, R. de Farcy recherche un nouveau challenge, pour assouvir sa vocation entreprenariale. Restauration, agro-alimentaire, distribution… ces ébauches de pistes n’aboutissent pas, souvent pour désaccord sur le prix. Une rencontre avec Christophe Navarre s’avère décisive. « Une fois que nous nous sommes rencontrés, les choses sont allées très vite. » La maison Hennessy inspire de l’admiration à R. de Farcy, « cette vieille demoiselle de 235 ans qui a encore tout son avenir devant elle ». « Une marque avec un tel potentiel, j’aurais du mal à en citer beaucoup d’autres. C’est un joyau assez unique. » Manager de Moët-Hennessy, Ch. Navarre reconnaît en Roland de Farcy un combatif et un pragmatique qui colle bien à l’esprit maison. « L’esprit d’entreprise du nouveau président d’Hennessy est une valeur absolument fondamentale, comme son leadership naturel, qui trouvera à s’exercer auprès de ces hommes et de ces femmes, tous unis derrière la bannière Hennessy. Il en retirera une formidable motivation ». Le terrain, le terrain et encore le terrain… Ce terme revient comme une antienne dans les propos de Christophe Navarre.

« Inventer la règle du jeu »

« Cette volonté de se battre sur le terrain, c’est quelque chose sur laquelle nous allons beaucoup insister dans les mois et les années qui viennent. Le contact avec le client, le prescripteur, c’est ce qui fait la différence. Une maison comme Hennessy possède cette culture dans ses gènes. » Dans l’univers des spiritueux, Ch. Navarre identifie un cœur de cible d’environ 60 millions de caisses, qui correspond en fait aux premium et super-premium, « la vraie catégorie du Cognac ». « Je reste optimiste et je confirme notre objectif de croissance mais l’on l’assiste à une accélération du développement des premium et super-premium chez les autres spiritueux, Whiskies, Vodkas, Rhums. Pour gagner, il faut rester en pointe, inventer la règle du jeu. » Et de rappeler les 800 millions de francs investis par Hennessy dans les moyens publicitaires et promotionnels. « Derrière la marque, les éléments les plus importants sont l’esprit d’entreprise, une certaine forme d’indépendance que d’aucuns nous envie et la notion d’équipe. Au sein de Moët-Hennessy, toutes les marques sont autant d’ambassadeurs pour les autres et assurent une force de frappe dans 132 pays. Hennessy est certainement l’un des piliers du groupe. » Gilles Hennessy, qui avait occupé les fonctions de président de la société après le départ de Christophe Navarre, rejoint ce dernier à la direction de Moët-Hennessy où il sera plus particulièrement chargé du développement des ventes. Christophe Navarre l’a remercié de sa contribution essentielle au fil des années. « Entre nous, il s’agit d’une vieille complicité qui continue. Nous partageons la même approche. »

Au sein de sa société, R. de Farcy avait instauré « un jour du fondateur ». Bureaux du siège fermés, 80 % des salariés se retrouvaient au contact du client, pour ressentir le vrai métier. Un exercice qualifié de « très rafraîchissant ». Le nouveau président d’Hennessy a promis d’aller voir de près l’activité de sa maison. Aura-t-il envie de ressentir de manière aussi tactile un autre domaine de sa périphérie, la viticulture. La démarche ne manquerait sans doute pas d’intérêt.

Roland de Farcy a 48 ans. Marié, père de cinq enfants (27 ans, 26 ans, 21 ans, 15 et 13 ans), il est originaire d’une famille de l’Ouest, qui a ses racines en Normandie et en Bretagne. Dans le monde agricole, le nom de Farcy est évocateur. Le père Henri de Farcy (1914-1983), oncle du nouveau président d’Hennessy, fait partie des économistes agricoles qui, dans les années 60-70, ont pensé le renouveau de l’agriculture. Professeur à l’école d’agriculture d’Angers à partir de 1948, il consacre sa thèse de doctorat en économie rurale à l’université de Lyon aux paysans du Lyonnais. En 1955, un séjour aux Etats-Unis et notamment à l’Université de Cornell lui inspire son ouvrage peut-être le plus marquant : L’agriculteur à la conquête de son marché. On y retrouve la pensée économique et sociale qui inspirera tous ses travaux : « l’homme vivant en société, c’est l’organisation de celle-ci qu’il faut améliorer ». D’où l’importance de la « micro-économie » et du système contractuel qui permet de rendre les hommes solidaires de l’action en cours. Adepte des cas concrets, R. de Farcy développe une vision moderne du marché. « Un produit n’a de valeur que s’il a un acheteur au bout. » Mais, en même temps, « les agriculteurs ne doivent pas être soumis de façon invraisemblable à la loi aveugle du marché » L’agronome n’hésite pas à se frotter aux monde des affaires, en suivant notamment la formation du CPA (Centre de préparation des affaires) de la Chambre de commerce de Paris. Son réseau amical et professionnel compte étudiants, agriculteurs, chercheurs, hommes d’affaires, fonctionnaires de différents ministères. Son ami René Groussard, directeur général de l’Aménagement du Territoire, lui rend hommage en 1983 et entretien sa mémoire. H. de Farcy était venu à Cognac dans les années 70, à l’invitation du CJD (Cercle des jeunes dirigeants). Il avait été question du Cognac.

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