Récolte 2013 – rendement Cognac : L’interprofession propose un chiffre record

27 juin 2013

Avec 11,71 hl AP/ha de rendement commercialisable immédiatement plus 1,5 hl AP de réserve de gestion (soit 13, 21 hl AP/ha de
rendement annuel maximum autorisé), l’interprofession de Cognac pousse les feux. Pour la détermination du rendement Cognac 2013, aux éléments connus s’ajoute une série d’innovations, dont certaines à titre expérimental, tel le rendement plancher. Une campagne 2013-2014 qui se présente un peu comme un laboratoire pour une communauté professionnelle portée par une soif de croissance et une relative confiance dans l’avenir.

p7.jpg13 hl AP/ha, c’est 130 hl vol. à 10 % vol. ou 140 hl vol. à 9 % vol. A coup sûr, le rendement proposé pour la prochaine récolte sera un rendement de combat, qu’il faudra « aller chercher avec les dents ». Les membres de l’interprofession ne sont pas dupes. Ils savent qu’ils ont envoyé un message fort à la viticulture, nourrit de tout un arrière-plan de projections sur l’avenir (potentiel de production du vignoble…). Pour autant, ce rendement n’est pas déconnecté du modèle de calcul appliqué depuis plusieurs années par le BNIC. Le 28 mai dernier, Jean-Marc Morel, président de l’interprofession du Cognac, a présenté les éléments constitutifs du rendement 2013.

Un rendement libre  de 11,71 hl AP/ha

Il y a d’abord le rendement libre ou le rendement directement commercialisable (hors réserve de gestion). Il s’élève à 11,71 hl AP/ha. Un rendement intrinsèquement élevé. Comme d’habitude, il intègre les prévisions de vente du négoce pour la campagne qui s’ouvre mais aussi le rattrapage de l’année précédente, autrement dit le déficit enregistré sur la récolte 2012. L’an dernier, le rendement Cognac avait été fixé à 10,83 hl AP/ha. Au final, la production moyenne de Cognac a représenté 9,4 hl AP/ha. Au nom du rattrapage, la compensation intégrale de ce déficit vaut au rendement Cognac 2013 de grimper de plus d’un hl AP/ha (10,39 hl AP à 11,71 hl AP/ha). D’où la remarque du président de l’interprofession : « Sans le rattrapage, le rendement de cette année aurait été beaucoup moins élevé. »

Si un besoin supplémentaire « pour couvrir le passage en 2018 de l’XO en compte 10 » reste toujours d’actualité, une nouveauté se glisse cette année. L’interprofession a souhaité intégrer « à titre expérimental » une rallonge de 10 %, dite « coefficient de fluidité ». Comme son nom l’indique, ce « chouïa » supplémentaire a vocation à détendre le marché. « Nous le faisons à titre d’essai a indiqué J.-M. Morel. Cela n’a pas valeur d’éternité. On verra bien. » D’ailleurs, sur ces 10 %, 5 % s’imputent directement au rendement libre et 5 % à la réserve de gestion.

Une réserve de gestion de 1,5 hl AP/ha

L’an dernier, l’interprofession avait fait l’impasse sur la réserve de gestion, préférant miser sur un rendement libre plus élevé. Cette année, la réserve de gestion est réintroduite, à hauteur de 1,5 hl AP/ha. Ce qui a pour effet de porter le rendement annuel maximum autorisé à 13,21 hl AP/ha. Jean-Marc Morel a laissé à la viticulture le soin de soutenir la proposition car, a-t-il dit, « c’est une demande portée par la famille viticole ». Propos confirmés par Christophe Véral, chef de famille de la viticulture au BNIC. « La réserve de gestion est un outil à la disposition de la viticulture. Elle nous permet de reconstruire nos stocks. Elle joue aussi comme un gage de sécurité auprès des banques. »

Comme en 2011, la réserve de gestion 2013 se décline en deux parties : 1 hl AP/ha libérable en compte 4 et 0,5 hl AP/ha libérable en compte 10. C. Véral a indiqué que l’interprofession, en cas de besoin, se réservait la possibilité d’anticiper sa libération. « Toutefois, a-t-il précisé, en Charentes, la réserve de gestion relève d’une décision purement individuelle du viticulteur, tant dans sa constitution que dans sa libération, qui peut intervenir plus tard que prévu. C’est une nuance par rapport à d’autres régions. »

A noter que la réserve climatique (prise au-dessus du rendement annuel maximum autorisé) peut servir à abonder la réserve de gestion. Une disposition qui fut adoptée l’an dernier. Par rapport à une réserve climatique qui ne vieillit pas, la réserve de gestion est stockée dans des fûts.

Un rendement plancher

Au chapitre des innovations, la campagne 2012-2013 en compte deux : la fixation d’un rendement indicatif dit « d’orientation » et, surtout, l’introduction, « à la demande expresse de la viticulture », d’une notion de rendement plancher pour l’année N + 1.

Le rendement indicatif trouve sa source dans un changement réglementaire : le passage, pour le Cognac, de l’affectation pour l’année en cours à l’affectation N + 1. Avant le 30 juin 2013, les ressortissants Cognac sont invités à procéder à l’affectation de deux récoltes, la récolte 2013* et la récolte 2014. « Il s’agissait, dit-on, d’une demande pressente de l’INAO, afin de mettre les pratiques en conformité avec le cahier des charges de l’appellation. » Dans la mesure où le viticulteur doit se projeter une année à l’avance, le rendement indicatif dit « d’orientation » sert d’indicateur. En fonction de la méthode de calcul interprofessionnelle, il renseigne sur un possible rendement de l’année N + 1 « toute chose égale par ailleurs » (même hypothèses de croissance que celle de l’année N, pas de dérive de rendement…). Sur ces bases, assez fragiles il faut bien l’avouer, le rendement indicatif 2014 s’élèverait à 10,39 hl AP/ha. Une information qui vaut ce qu’elle vaut.

Eviter de suréagir

La notion de rendement plancher véhicule, à coup sûr, davantage d’enjeux. Dans l’esprit de ses promoteurs, il s’agit « d’éviter de suréagir à la situation économique du moment ». Et chacun de se retourner sur 2009 où la profession avait réduit le rendement libre à 8,12 hl AP/ha, sur fond de crise financière des subprimes. « Une erreur » diagnostique rétrospectivement la profession dans une belle unanimité.

Pour 2014, un rendement plancher a été défini, fondé sur une méthode de calcul ad hoc. Quelle que soit la conjoncture et même en cas de retournement des ventes, le rendement 2014 ne pourra pas descendre en dessous de 9,59 hl AP/ha. « Si ce système avait été appliqué en 2009, le rendement n’aurait pas été de 8,12 mais de 8,72 hl AP/ha, une différence non négligeable. » Christophe Véral voit dans ce mécanisme une avancée importante. « Cela limite, autant que faire se peut, les phénomènes de yo-yo. » Bien entendu, il n’est pas question de créer « une bulle ». Raisonnablement, le rendement plancher ne pourra pas durer au-delà d’une campagne en cas de baisse persistante des ventes. Et le trop produit – s’il existe – sera réintégré dans l’outil de calcul du rendement. Là aussi, le dispositif est conçu comme un ballon d’essai « même s’il n’y a pas de raison qu’on ne le pérennise pas ».

L’obligation d’innover

Pour justifier de cette nouvelle « ingénierie », Jean-Marc Morel parle de la nécessité d’être attentif aux besoins des ressortissants, de l’obligation d’innover, d’essayer des choses. « Si ça marche, tant mieux, sinon on expérimente d’autres outils. »

Sur le niveau de rendement proposé cette année, les professionnels assument. Ils ne se sentent pas « hors contexte ». « Bien sûr, tous les viticulteurs n’atteindront pas ces rendements. Mais il faut donner à ceux qui le peuvent la capacité de produire » note le vice-président de l’interprofession, Jean-Bernard de Larquier. Approbation pleine et entière de Jean-Marc Morel qui s’appuie sur des chiffres. « Il faut savoir que 30 % des ressortissants viticoles ont dépassé l’an dernier les 10,83 hl AP/ha sur 20 000 ha, ou 27 % de la surface viticole. » Olivier Louvet, président de l’ODG Cognac, revient quant à lui sur un argument commercial éprouvé. « Si, faute de marchandise, nous ne sommes pas présents sur les marchés dans les années qui viennent, nos concurrents prendront notre place. La nature a horreur du vide. » Clin d’œil de J.-M. Morel : « Vous voyez combien nous sommes à l’unisson. La viticulture peut se substituer au négoce pour parler de la concurrence sur les marchés ! » « La vision que nous avons du Cognac est en effet assez partagée » a admis le vice-président du BNIC.

Les deux familles, réunies en assemblée plénière le 27 mai, ont voté à l’unanimité la proposition de rendement, validée par l’ODG Cognac le jour suivant. Avant la signature officielle du texte par le ministère de l’Agriculture, la proposition devra être soumise au Comité national de l’INAO.

* En 2012, sur les 75 300 ha de la zone délimitée Cognac, 73 000 ha ont été affectés au Cognac.

 

 

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