Retours De Vendanges

12 mars 2009

Deux événements majeurs auront marqué les vendanges 2004 : un niveau de rendement élevé (autour de 160-170 hl vol. ha), pas vu depuis plusieurs années et, ce qui est lié, le plein effet du rendement agronomique. Depuis son instauration en 2000, des alternatives s’étaient toujours présentées pour esquiver les conséquences du rendement agronomique. Cette année, même porté à 130 au lieu de 120, le rendement agronomique aura eu pour traduction directe de « jeter » 30 à 40 hl vol./ha. Pour la première fois en Charentes, des raisins seront restés dans les vignes et ceci de manière massive. Image de ces machines à vendanger fonçant « têtes baissées » dans les allées, toutes bennes relevées. Les viticulteurs en ont-ils ressenti de la frustration, de la peine, de la colère ? A coup sûr de la peine et une certaine rancœur. Cela ne fait jamais plaisir de « gâcher de la marchandise ». Reste que la plupart gardent la tête froide. En grande majorité, ils font preuve de réalisme économique. « Le rendement agronomique ne joue pas pour la première fois. Il fallait bien s’attendre à ce que nous le dépassions un jour ou l’autre. Je préfère un peu trop de récolte et en perdre plutôt que d’en manquer », témoigne l’un d’entre eux. Un autre fait part de son « légalisme ». « Avant les vendanges, j’avais du mal à appréhender les volumes. Après, j’ai accepté les règles décidées par la région. Je sais qu’il est de bon ton de pleurer. Mais après tout, nous sommes des entrepreneurs. Le Cognac est un produit de luxe et il faut savoir se limiter pour défendre les prix. J’aurais eu plus de mal à jeter du blé ou du riz, des produits de première nécessité. » Plus rageur, un troisième lance « qu’au plan philosophique, c’est le premier pas qui coûte ». « Les jachères nous ont montré que le paysan n’était plus bon à rien. A partir de là ! » Tous, ils regrettent qu’une réserve qualitative ou quelque chose d’équivalent n’ait pas pu être mis en place – « pour préserver l’avenir, en cas de mauvaise récolte l’an prochain » – tout en sachant que « ça ne fonctionne jamais, qu’il y a toujours des abus ». Quelques-uns vont jusqu’à voir dans la récolte 2004 la justification du rendement agronomique. « Les prix des jus de raisin et des vins de table ne se seraient pas tenus comme ils se sont tenus s’il n’y avait pas eu ce butoir. C’est la grande leçon que l’on peut en tirer. La preuve de l’intérêt à encadrer. » Les mêmes ont tendance à percevoir chez leurs collègues ayant opter pour le dépassement « des gens inquiets, qui ne se sentent pas en phase avec la logique de marché ». Un autre parle « d’un choix économique mais aussi d’un choix moral ». Beaucoup ont l’intention de distiller toute leur QNV Cognac. Ils admettent volontiers que cette idée les a aidés à « avaler la pilule ». « Sachant que j’allais faire du Cognac avec le reste, ça ne m’a pas “arraché les tripes” d’en jeter une partie. » Un viticulteur relève que, « dans les conditions de l’année, la déclaration de récolte devient stratégique. Si je me trompe de 10 hl, tout est foutu. Mes aides dégringolent en cascades ». Il a un CTE et fait du stockage à long terme sur les jus de raisin.

Sur le climat qui règne dans la région après ces vendanges, les avis divergent. Un courtier ressent l’atmosphère comme très morose. En ce qui concerne les intentions de distillation, il constate qu’il n’y a pas de prise de risque, ni chez les viticulteurs hors contrat ni chez les bouilleurs de profession. Ces derniers hésitent à passer des ordres de distillation. « L’an dernier, dit-il, tout partait à 30 F. Cette année, non seulement les prix sont en dessous de 30 F mais il y a moins d’achat. » Selon lui, la viticulture a très conscience de la faiblesse du dollar et en conçoit des craintes pour l’avenir. Son de cloche un peu différent chez un opérateur vin et eau-de-vie. Lui perçoit un certain engouement de la part des distillateurs mais aussi des grandes maisons « qui semblent vouloir produire plus, ou acheter plus, ou réserver plus, ou faire distiller plus ». La barre des 500 000 hl AP lui paraît devoir être allégrement dépassée. D’où son relatif pessimisme concernant les vins de base mousseux, qui ne devraient pas représenter selon lui plus de 300 000 hl vol. Le même précise que les bons prix sur les moûts de vinif. – entre 21,50 et 22,50 F le °hl – « ont fait sortir les volumes ». Ces moûts de vinification destinés à produire des vins de 11 % vol. portent sans doute sur 300-350 000 hl vol. dans toute la région. Leur enlèvement a parfois souffert d’une saturation des installations de stockage, très vite remplies par les jus de raisin. Les opérateurs jus de raisin se disent d’ailleurs « pleins jusqu’aux yeux », en tout cas ceux qui sont venus en Charentes. Les Italiens, qui bénéficiaient d’une récolte pléthorique chez eux – on parle de rendements jusqu’à 500 hl vol./ha – ont semble-t-il un peu boudé la région. Ils n’auraient enlevé que 100 à 150 000 hl vol., contre plus de 800 000 hl vol. pour leurs autres collègues. Si les prix des jus de raisin se sont globalement bien tenus à 1,65 € le °hl, des achats de dernière minute se sont conclus à 1,52 € le °hl, au grand dam des opérateurs qui ont payé les prix plus élevés. « Cela ne fait pas notre jeu, ni à l’achat ni à la vente. » Ceci étant, les opérateurs jus de raisin parlent de 2004 comme d’une année « parfaite » où tout concordait, volume, degré, acidité.

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