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Le SGV Cognac fait front

10 février 2009

C’ est dans l’adversité que se révèlent les qualités de battant. Chahuté par la création d’un nouveau syndicat, dans un climat de relations tendues, le SGV Cognac et son président Philippe Boujut maintiennent le cap. Sortiront-ils renforcés de l’épreuve ?

« Revue Le Paysan » – Comment interprétez-vous la naissance d’un nouveau syndicat, dissident du SGV Cognac ?

Philippe Boujut – Ce dont on s’aperçoit, c’est que l’on est vraiment à une phase importante, pour la viticulture et pour la région. Les débats actuels (sur les intentions d’achat des maisons ? NDLR) montrent bien la pertinence de ce que l’on a essayé de dire pendant l’hiver. Les relations traditionnelles ont vécu. Les maisons de négoce sont là pour vendre un produit et entretiennent un rapport totalement différent avec le Cognac. A travers leurs groupes, elles disposent d’une panoplie de produits dont le Cognac. Il nous faut en tenir compte. Seagram nous a apporté la preuve qu’une maison pouvait décider de ne plus jouer la carte Cognac, avec les conséquences très importantes que cela revêtait. Bien sûr, des maisons restent très concernées par le Cognac mais à condition d’en tirer des profits. Le Cognac MMM est très loin d’occasionner les marges d’un VSOP. Ces maisons veulent bien continuer à vendre du Cognac mais à condition de disposer du produit de leur souhait. Il va falloir adapter le vignoble Cognac à la donne et donc sûrement augmenter la production ha. C’est cela ou accepter qu’il se vende moins de Cognac. D’une certaine façon, c’est donc une question de survie pour la viticulture. Ce message, nous l’avons fait passer durant nos réunions. Nous avons dit : « D’accord, on comprend bien vos enjeux, nous acceptons d’adapter le vignoble, mais pas à n’importe quel prix. » En clair, on ne signera pas de chèque en blanc. C’est peut-être là que des divergences sont apparues au sein du SGV Cognac.

« R.L.P. » – Qu’entendez-vous par « chèque en blanc » ?

Ph.B. – Si nous acceptons à terme une production plus importante, nous ne souhaitons pas que le Cognac devienne un produit purement industriel. Le rôle fondamental du syndicat est justement de contrebalancer cette tendance, de conjurer ce risque en affirmant la vraie nature de produit d’AOC du Cognac. D’ailleurs, il s’agit sans doute d’une sûreté pour nos deux activités, viticulture comme négoce. Nous voulons que la qualité reste une qualité Cognac et non une qualité maison. C’est ainsi qu’il est primordial pour nous de définir les critères de production d’un vignoble spécifique Cognac, qui aboutirait sans doute à une surface inférieure à 80 000 ha. A mon avis, aujourd’hui, le véritable enjeu tourne autour de l’AOC. Sauf erreur de ma part, je n’ai pas entendu ou lu que le nouveau syndicat se soit prononcé là dessus. Il y a deux façons d’adapter le vignoble, soit par un système libéral à outrance, peut-être prôné par le syndicat nouvellement créé ou par un système qui protège notre appellation et les exploitations viticoles pour demain.

« R.L.P. » – En évoquant dans une même réunion les 8 et les 6 de pur (ou les 6,5), êtes-vous sûr d’avoir toujours été compris par les viticulteurs ?

Ph.B. – Je crois que nous avons toujours été très clairs sur les enjeux et notre politique n’a jamais été de « caler » notre discours à la température de la salle. C’est pour cela que nous retombons toujours sur nos pieds et que nous ne pouvons pas être pris à revers. De toute façon il est clair qu’aucun système n’est en mesure de satisfaire à 100 % la viticulture charentaise. Les situations sont trop disparates entre le viticulteur qui a un bon accès au Cognac, celui qui ne l’a pas, entre le polyculteur, le vendeur direct, le producteur de Pineau… Notre grande force a été de dire : rassemblons-nous et faisons en sorte que tout le monde s’exprime afin que se dégage une ligne directrice. Nous savions très bien qu’il y aurait un partage des positions mais la seule stratégie à tenir nous semblait être de consulter la viticulture par un vote et de se tenir au résultat du vote. Une majorité de viticulteurs a décidé de dire : « on ne bouge pas ». Un maintien des 6 de pur annonçait sans surprise des lendemains très durs mais de deux choses l’une : ou le conseil d’administration allait à l’encontre de la majorité des viticulteurs et dans ce cas-là, il se devait de démissionner, ou il prenait le parti de continuer de se battre. C’est ce que nous avons décidé de faire. D’ailleurs, une année de plus à 6 de pur ne nous choquait pas outre mesure et présentait même l’avantage de poursuivre le déstockage entamé depuis plusieurs années. Nous l’avons toujours dit : la QNV ne doit pas asphyxier le débat. Là n’est pas l’essentiel. Car c’est d’un changement complet dont nous avons besoin.

« R.L.P. » – Ce changement complet, à quelle date devrait-il intervenir selon vous ?

Ph.B. – Il nous semble hors de question d’attendre 2006, date de la renégociation de la PAC et donc des OCM. Dès 2003, nous devons avoir complètement changé de système. Pour ce faire, un timing très serré s’ouvre à nous. Il nous faut rencontrer les gens de l’INAO car l’on ne crée pas une affectation des surfaces par débouchés sans avoir résolu au préalable la question du vignoble spécialisé Cognac et donc des critères de production. Dans ce schéma-là, il convient également d’obtenir la création d’un comité eau-de-vie à l’intérieur de l’INAO. Il est hors de question que soient mélangées dans une même discussion les régions productrices de vins et les régions productrices d’eaux-de-vie comme l’Armagnac et nous-mêmes.

« R.L.P. » – Le syndicat nouvellement créé pose l’extournement de 15 % des surfaces Cognac comme une condition préalable à l’affectation de surfaces.

Ph.B. – On sait très bien que l’arrachage, quel que soit le montant de l’aide, ne sera jamais très attractif aux yeux des Charentais. La restructuration doit se poursuivre mais pourra-t-on en forcer le rythme ? Pour ce qui est d’imposer des choses, on nous l’a dit : il n’y aura jamais de possibilité de rendre obligatoire l’arrachage ou la reconversion. Reste le système de l’affectation des ha, assorti d’un vignoble spécialisé Cognac et de rendements différenciés pour les autres productions. La solution ne pourra passer que par une décision individuelle de chaque viticulteur.

« R.L.P. » – Concrètement, comment pourrait se matérialiser un système d’affectation ?

Ph.B. – On pourrait débuter par une année test et ensuite passer à une affectation sur trois ans mais trois ans glissant, comme dans le Minervois. L’année 1, le viticulteur s’engage sur trois ans mais l’année suivante il peut revoir ces choix pour les trois années suivantes, ce qui lui permet d’ajuster le tir. Nous sommes également en train d’étudier les possibilités de déclassements d’une production à une autre. Ce sont des choses compliquées à mettre en œuvre et qui, là aussi, ne satisferont pas tout le monde. La solution la plus simple consisterait à laisser faire la double fin, que disparaissent ceux qui doivent disparaître et que l’on ne garde que les derniers. Nous ne pouvons pas l’accepter.

« R.L.P. » – Le SGV Cognac a été taxé d’immobilisme ?

Ph.B. – Immobiliste le SGV ! Permettez-moi d’en sourire. En deux ans, nous avons réussi à porter un projet viable, bâti sur l’idée qu’il fallait d’abord sauver le revenu du viticulteur et que, pour sauver ce revenu, il fallait s’organiser. A l’orée de cette campagne, nous avons démontré notre sérieux en obtenant quelque chose de très positif pour la région, le maintien des 120 hl vol/ha. Ce fut une bataille très dure et jusqu’au dernier moment incertaine. Je sais que des gens de l’extérieur ont été étonnés que nous obtenions ce résultat. Je le mets au crédit de notre cohésion. Ce qui m’inquiète aujourd’hui, c’est justement l’image que peut renvoyer la région à l’extérieur. Certains ne manqueront pas de dire  : « la Charente est repartie dans ces excès ! » et se feront un plaisir d’exploiter la situation. Une image de désunion est très préjudiciable à la défense d’un projet. Par contre, sur le terrain, je crois pouvoir dire que le syndicat en ressort renforcé. Nous avons reçu le soutien de nombreux viticulteurs ainsi que de nouvelles adhésions.

« R.L.P. » – Comprenez-vous les raisons qui ont poussé à la création de ce nouveau syndicat ?

Ph.B. – La QNV maintenue à 6 de pur fait partie des raisons invoquées mais ce n’est pas la seule. De nombreux viticulteurs membres du SGV étaient favorables à une augmentation de la QNV et ils sont toujours dans le SGV. Durant l’été, nous avions mis en route notre section bouilleurs de cru et nous étions en train de réfléchir à la désignation des responsables. Des noms étaient avancés, parmi lesquels certains de ceux qui ont créé le syndicat. Naturellement, ils étaient au courant. Je crois qu’ils se sont laissés aller à une mauvaise stratégie. L’ensemble de la viticulture a trop pâti de ce que l’on a pu appeler « la bataille des chefs ». Tout le monde en a « ras-le-bol ». Lors des réunions, la première chose que les gens applaudissaient, c’était l’idée d’unité. Et aussi le fait d’être entendu. A chaque fois que nous l’avons pu, nous avons consulté les adhérents par bulletins secrets et je crois que cette notion est très importante. Elle renvoie un message de transparence et de respect de l’opinion d’autrui.

« R.L.P. » – Le nouveau syndicat dit vouloir se battre au plan économique et notamment obtenir le plus rapidement possible 30 hl de non-vin au-dessus du rendement agronomique de 120.

Ph.B. – C’est un vœu pieu. Cette surenchère exercée auprès des viticulteurs me fait un peu peur. C’est facile de jouer avec la misère des gens. Tout cela me semble assez démagogique.

« R.L.P. » – Que pensez-vous de la représentativité du nouveau syndicat ?

Ph.B. – C’est à eux de la démontrer. Le SGV Cognac a 263 délégués et, à ce jour, il n’a enregistré que dix-sept démissions et, sur ce nombre, un n’est plus viticulteur. On ne se situe pas dans l’ordre du raz de marée. Et quand on discute avec les démissionnaires, certains avouent s’être laissés emporter et manifestent l’envie de faire machine arrière. Après ce mouvement d’humeur, j’ai bon espoir qu’ils reviennent vers nous.

Les soutiens au SGV Cognac.

Spontanés ou reflets d’une démarche syndicale, les soutiens professionnels se sont manifestés auprès du Syndicat Général des Vignerons. Florilège des réactions.

 Henri Jammet, président du Syndicat des producteurs de vins de pays charentais

« Bien que je ne sois pas concerné à titre personnel par le Cognac, je trouve franchement dommage que se crée un nouveau syndicat. C’est la chance du Cognac de se regrouper pour établir une force de proposition face au négoce. Cette volonté de s’organiser, nous essayons de la vivre au niveau des vins de pays charentais. C’est pour cela que nous voulons accélérer le mouvement, pour que la procédure d’agrément soit prise en charge dès cette récolte par le Syndicat des producteurs. »

 FDSEA 17

« Il devient urgent que les viticulteurs, comme ils ont commencé à le faire, établissent un véritable contre-pouvoir dans lequel la FDSEA 17 et le SVC constituent un courant de pensée. Il est absolument nécessaire d’établir, enfin, une véritable transparence dans les relations entre les viticulteurs et les négociants, sur les pratiques et la politique de prix de ces derniers. »

 Président du SVC, Didier Braud a apporté la précision suivante

« A une très grande majorité, le Syndicat des viticulteurs charentais et la FDSEA, réunis en conseil d’administration, ont pris la décision d’exclure les adhérents du nouveau syndicat. Les personnes concernées recevront un courrier recommandé dans ce sens. A réception du courrier, ils seront exclus. »

 Syndicat viticole de la Confédération paysanne

« Le Syndicat viticole de la Confédération paysanne apporte son soutien au Syndicat Général des Vignerons Cognac avec qui il y a identité de vue sur la vision à long terme de la région délimitée. Il dénonce les démarches visant à diviser les vignerons qui pourraient permettre rapidement aux autorités, tant à Paris qu’à Bruxelles, de ne pas prendre les mesures qui s’imposent pour résoudre la crise structurelle de notre région. »

 OVCR Coordination rurale

« Le syndicat déplore l’action sécessionniste de quelques-uns, alors que l’action de tous, et en particulier du Syndicat des vignerons, doit être de revendiquer un juste prix, adossé à l’équilibre d’une production de qualité, qui permette à chacun de vivre dans la dignité et l’espoir. 

 

Gregoire
crée sa propre filiale en australie

Grégoire SAS, leader mondial de la machine à vendanger, possède désormais sa propre filiale pour l’importation et la vente de ses machines en Australie.

Grégoire s’est associé à son importateur australien, Viticulture Technologies Australie (VTA), pour créer une nouvelle société : Gregoire Australia pty. Ltd. Gregoire détiendra 75 % de cette fialiale, alors que l’ancien importateur en détiendra 25 %. Gregoire a cependant une option pour contrôler à terme 100 % du capital.

Grégoire fait partie du groupe Kverneland, leader mondial des équipements agricoles et viticoles.

En créant sa propre filiale en Australie, Grégoire a pour but de renforcer sa position de leader sur le marché. L’Australie est aujourd’hui le second marché de Gregoire, après la France. En étant présent avec sa propre filiale en Australie, Grégoire sera plus proche de ses clients et améliorera le service apporté.

Grâce aux synergies au sein du groupe Kverneland, la nouvelle entité offrira, outre les machines à vendanger Grégoire, une gamme complète de produits viticoles.

 

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