L’union Sacrée Du Négoce Et De La Viticulture

24 juin 2009

Après la crise phylloxérique, qui débute en 1875, négoce et viticulture sauront additionner leurs forces pour rebâtir l’essentiel, le potentiel de production.

 

A partir de 1892, négociants et « propriétaires » s’unissent pour fonder le Comité de la viticulture de l’arrondissement de Cognac. Ce comité, avec le comité central de la Charente-Inférieure, subventionnera la Station viticole de Cognac, instrument technique et scientifique de la renaissance du vignoble charentais. James Hennessy – député, conseiller général – préside le Comité de viticulture de l’arrondissement de Cognac. Edouard Martel, à la tête de la Chambre de commerce de Cognac et de la Société d’agriculture de la Charente, en est le président d’honneur. Les vices-présidents sont Franck Hine et Jacques Germain, le secrétaire Louis Dodard, le secrétaire adjoint Elie Ferrand, tous deux « propriétaires-viticulteurs », Samuel Tapon (maison Otard). Marcel Pelletant, propriétaire, maire de Genté fait partie des membres actifs. En 1910, James Hennessy, lors de l’assemblée générale du Comité de viticulture de l’arrondissement de Cognac, dépeint sa vision de la reconstitution du vignoble. Ses propos reflètent le clientélisme de bon aloi de l’homme politique de la IIIe République mais témoignent aussi de l’approche patriarcale d’un chef d’industrie, non dénuée de grandeur et d’élégance. « Dans notre pays de petite culture, ce ne sont pas les grands vignobles qui sont les plus intéressants, au point de vue commercial, mais bien le développement d’innombrables petites exploitations viticoles. Et s’ils ne peuvent pas trop souvent figurer sur la liste de nos souscripteurs (au Comité de viticulture NDLR), les petits viticulteurs nous apportent la collaboration la plus active. Vous me permettrez de leur exprimer ici notre sympathique reconnaissance. » James Hennessy de poursuivre : « Pour ces petits viticulteurs, les durs travaux des champs ne laissent que peu de temps à l’étude des questions agricoles. L’énergie qu’ils ont déployée à la réussite (la reconstitution du vignoble NDLR) qui a couronné leurs travaux est, pour qui les voit de près, un objet d’étonnement et d’admiration. Il leur a fallu non seulement risquer les quelques économies qu’ils avaient amasser, fournir une somme considérable de travaux mais encore très souvent, à l’âge où cette tâche devient ingrate, assimiler des connaissances presque scientifiques. Ils l’ont fait avec une intelligence à laquelle nous sommes heureux de rendre hommage. Ils ont été nos plus précieux collaborateurs. »

De 260 000 ha en 1875, la superficie du vignoble charentais tombe à 40 634 ha en 1893 pour se stabiliser une dizaine d’années plus tard à 80 000 ha. Beaucoup d’auteurs voient dans cette « reconstruction » un élément qualitatif. « La reconstitution permit aux spécialistes de la viticulture (la Station viticole NDLR) de faire aboutir très rapidement toute une politique d’amélioration due à de nouveaux cépages comme le Saint-Émilion, de nouvelles pratiques culturales (grand espacement des plants), une rationalisation du travail de vinification, assurant au nouveau vignoble un meilleur rendement tout en augmentant la qualité. »

Source de dérives liées aux tromperies sur le nom Cognac, la crise phylloxérique se révéla donc également source de progrès. Elle conféra sans doute aussi un élan nouveau au dialogue viticulture-négoce. Un mouvement qui se prolongera au-delà de la reconstitution du vignoble. De cela, les archives en gardent les traces. Un numéro du Vrai Cognac de 1939 signale le décès de Paul Masson, viticulteur à Touzac (juin 1852-novembre 1938). Dans la notice nécrologique, il est dit ceci : « Paul Masson fonda en 1925, de concert avec les grandes maisons de Cognac, l’Union de la viticulture et du commerce, organisme destiné à donner une impulsion plus énergique et mieux coordonnée aux débouchés de Cognac. Comme président, Paul Masson dirigea cet organisme particulièrement délicat avec un rare bonheur en dépit des antagonismes qui s’y donnèrent rendez-vous et des orages qui y éclatèrent. » Comment mieux dépeindre les prémices d’une interprofession.

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