Qu’étou qu’o lé

24 octobre 2012

Sur ses 27 acteurs, 9 ont moins de quinze ans. Qui dit mieux ! La troupe Qu’étou qu’o lé, de Salles-d’Angles près de Cognac, est un incubateur du patois charentais auprès des jeunes. La personnalité de Josette Guérin-Dubois, responsable de la troupe, n’y est certainement pas étrangère.

 

 

p36.jpgComment en êtes-vous venu à vous intéresser au patois charentais ?

Originaires des Deux-Sèvres, mes grands-parents paternels se sont installés en Charente au début du siècle dernier. A la maison, mon père, plus jeune d’une fratrie de six, s’exprimait en patois, de même que mes oncles et tantes. Au lycée d’Angoulême, personne ne parlait patois. Mais, quand je rentrais à la maison, je retrouvais mon grand-père, avec qui je partageais beaucoup de choses. Le patois incarne mes racines, l’amour de la terre, ma grand-mère, ses fleurs, toutes les saveurs de mon enfance. Le patois, je le garde en moi. Il ressurgit à la moindre occasion. Il ne se passe pas de semaine où ne réapparaisse un mot.

Par quelle alchimie passe-t-on de l’amour de la langue au théâtre patoisant ?

Sur les communes de Grande Champagne, existait un noyau de gens engagés autour des arts et traditions populaires. Il y avait M. et Mme Dutrey, de l’école maternelle de Salles-d’Angles, Max Auger, instituteur à Juillac-le-Coq, sa femme, professeur de collège et leur troupe de danses traditionnelles, les Saut’palisse. Max Auger fut l’un des piliers de la vie associative de cette région. Et puis la troupe des Saut’palisse s’est arrêtée et, en 1989, des anciens, dont je faisais partie, fondèrent Qu’étou qu’o lé, pour commémorer le bicentenaire de la Révolution. Au départ, il n’y avait que de la danse. Nous produisions un spectacle annuel pour la commune, gratuitement. Un jour, j’eus l’idée d’incorporer une petite partie théâtrale d’une demi-heure. Nous avons continué ainsi pendant une dizaine d’années. Ce n’est qu’en 2005 que nous avons commencé à étoffer le groupe de théâtre en donnant des spectacles complets de deux heures-deux heures et demie.

Entre-temps, vous étiez devenue auteur de pièces en Saintongeais.

C’est en 1996 que j’ai commencé à écrire ma première pièce et, très vite, mes acteurs n’en voulurent plus d’autres. Non qu’ils aiment mon écriture mais ils y sont habitués. Tous les ans, je leur donne deux pièces en patois, une pour les jeunes, une pour les adultes. Voilà plusieurs années que cela dure.

Votre troupe est nombreuse. D’où viennent les acteurs ?

Ils viennent d’une dizaine de communes différentes, de Salles-d’Angles pour beaucoup mais aussi de Genté, Gensac-la-Pallue, Saint-Fort-sur-le-Né, Angeac-Champagne, Gimeux, Saint-Martial-sur-le-Né (en Charente-Maritime), Cognac, Saint-Preuil, Segonzac. Les gens arrivent au fil de l’eau.

Vous avez intégré des jeunes.

J’en suis très fière. Comme les adultes, ils viennent un peu au feeling. Il y a trois-quatre ans, le petit Thomas nous a rejoints après avoir fait un atelier-théâtre au collège. Souvent, le grand frère ou la grande sœur ont déjà fait partie de la troupe et les plus jeunes suivent leurs traces.

Avez-vous un rôle pour chacun ?

Tous ceux qui viennent jouent. Cette année, j’ai réussi à trouver quelques répliques pour mes deux petits gars de sept ans. Au départ, j’incluais des enfants dans les pièces adultes quand l’histoire l’exigeait. Je me souviens d’un petit qui a commencé en 2000. Il est toujours dans la troupe, douze ans plus tard. Il a maintenant 19 ans. En 2007, j’ai eu envie d’écrire une pièce spécifique pour mes jeunes. Il faut dire que, cette année-là, quatre familles nous avaient rejoints ou plutôt leurs enfants.

Jouer en patois, est-ce compliqué pour des jeunes ?

Je n’ai pas l’impression. Ils sont un peu comme moi. C’est agréable de se couler dans une langue qui n’est pas vraiment la sienne. Je ne serais pas capable de jouer un rôle en français comme je le fais en patois.

Comment apprend-on un texte en patois ?

De la même manière qu’on l’apprend en français. Il y a des étapes. On commence par apprendre le texte. Cela demande de la rigueur mais aussi une capacité à « intérioriser » les personnages. Je dis à mes jeunes : « Vivez vos personnages. Mettez-vous à leur place. » En général, au bout de deux bons mois de répétitions, ils savent leur texte. On peut alors passer à l’étape suivante, celle du placement. Il faut que le mental rejoigne le physique, que les deux mémoires s’unifient. Vous devez libérer votre corps, le faire vivre. La dernière étape consiste à travailler le visage, son expression. C’est très difficile de jouer sans texte ou encore de jouer en se déplaçant. Mais les enfants y arrivent très bien. C’est assez amusant de les voir faire.

Existent-ils des acteurs – jeunes ou moins jeunes – plus doués que d’autres ?

C’est certain. Tout le monde n’est pas doté des mêmes aptitudes. C’est difficile de libérer son corps ou faire en sorte que sa voix porte. Mais la marge de progression est énorme, tant dans la gestuelle que dans la voix. Il y a un gosse sur lequel je n’aurai pas misé cent sous. Il n’arrêtait pas de faire l’idiot pendant les répétitions. Aujourd’hui, il m’épate. Je pense aussi à une jeune fille, très rigoureuse, chez qui le patois passe très très bien. Elle a quelque chose. La troupe se compose de tempéraments très différents. C’est un bonheur d’écrire pour eux. Je n’ai jamais éliminé personne. La plupart des adultes qui jouent dans la troupe possèdent une base de patois. Ils s’aident les uns les autres. Tout le monde trouve sa place, s’accorde au groupe. Une seule fois, une gamine n’est pas parvenue à s’intégrer.

Comment écrivez-vous vos pièces ?

L’écriture pour le théâtre est différente de l’écriture normale. Parfois, pour écrire deux minutes, je vais passer trois heures et, dans d’autres circonstances, j’écrirais dix minutes en une heure. Vous savez, c’est déjà beaucoup, dix minutes de théâtre ! J’écris directement en charentais, jamais de la traduction du français au patois. Personnellement, je pars d’une idée, un fil conducteur. Je cherche ensuite mes personnages et travaille la chute. C’est très important la chute. Ensuite j’essaie de donner de la chair à tout cela. Bien sûr, les scènes sont toujours un peu outrées et il y faut quatre ou cinq répliques qui fassent rire, sans tomber dans le vaudeville. Car le charentais n’est jamais vulgaire. Il suggère mais ne donne pas dans la paillardise. En tout cas, à mon sens.

Est-ce compliqué de se servir du patois pour brosser des situations actuelles, comme vous le faites ?

J’essaie de rester au plus près de la langue mais je me refuse à alimenter les querelles de clochers. Pour moi, la richesse de cette langue, c’est sa diversité, alors que beaucoup souhaiteraient la normaliser. En un mot, j’écris comme je le sens.

 

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