Quatre caves du Blayais mettent en commun leurs moyens

22 mars 2009

L’univers de la coopération vinicole en Gironde vient de connaître, au début de l’année 2005, une évolution importante puisque quatre caves du vignoble des Premières Côtes de Blaye ont décidé de mettre leurs moyens en commun. Les coopératives d’Anglade, de Générac, de Saint-Gervais et des Hauts de Gironde se sont rapprochées au sein d’une même structure pour essayer de mieux s’adapter aux évolutions des marchés. La nouvelle entité, la Cave des Hauts de Gironde, collectera la production de 2 600 ha de vignes aux prochaines vendanges.

 

Les difficultés économiques que rencontre actuellement le vignoble de Bordeaux sur le plan de la commercialisation des vins n’épargnent aucune appellation et la région des Côtes de Blayes avec ses 6 000 ha de vignes est aussi confrontée à ce contexte morose. Le potentiel de production est réparti de manière assez homogène avec environ 30 % de domaines faisant de la vente directe, 30 % de volumes élaborés par les coopératives et 30 % de producteurs indépendants isolés vendant leur récolte en vrac. Les conséquences de cette crise sont diversement ressenties dans les propriétés. Les domaines ayant mis en place une démarche de commercialisation directe à la propriété sont moins touchés du fait de la diversité de leur clientèle et de leur capacité d’adaptation aux attentes de leurs clients. Par contre, la situation est plus préoccupante pour les exploitations commercialisant leur vin en vrac auprès du négoce de place. La chute très importante du prix des vins au tonneau depuis un an ne concerne pas que les appellations Bordeaux et Bordeaux supérieur (moins de 700 €/tonneau de 900 l pour les Bordeaux 2004). La production de Premières Côtes de Blaye rouge est aussi soumise aux aléas du marché même si elle représente des volumes beaucoup moins importants. Il suffit d’une offre de vins légèrement excédentaire pour déstabiliser les cours des vins en vrac et tirer vers le bas le prix des bouteilles. Le contexte économique de certaines propriétés viticoles de cette région s’est donc fragilisé au cours des deux dernières années et des transactions de vrac s’effectuent en dessous de 1 000 €/tonneau alors que le niveau des cours normaux devrait se situer autour de 1 200 €/tonneau.

Quatre coopératives unies par une identité de terroir

Le secteur coopératif, qui est un acteur économique incontournable de l’appellation Premières Côtes de Blaye (6 entreprises présentes sur le vignoble), est aussi confronté à la dégradation de l’économie viticole et cela a amené les conseils d’administration de quatre coopératives à engager des discussions informelles dès la fin de l’année 2003. Les caves d’Anglade, de Générac et de Saint-Gervais avaient des structures assez comparables puisque chaque année elles collectaient respectivement la production de 200 à 300 ha correspondant à 15 000 à 20 000 hl de vins rouges dont une bonne part était commercialisée en vrac auprès du négoce de place bordelais. La Cave des Hauts de Gironde possède une taille plus importante puisqu’elle collecte la production de 1 800 ha de vignes et élabore 100 000 à 110 000 hl/an dont 35 000 hl de vins blancs. Les efforts importants réalisés pour pérenniser la filière vins blancs de qualité se sont avérés fructueux puisque, actuellement, la Cave des Hauts de Gironde est devenue le premier opérateur de Sauvignon blanc de qualité de Gironde. Au départ, les discussions entre les quatre entreprises se sont engagées sans objectif de partenariat précis mais avec la seule finalité d’essayer de développer des moyens communs pour mieux valoriser la production des viticulteurs. Les échanges entre les conseils d’administration au cours du premier semestre de l’année 2004 ont débouché vers une volonté commune d’envisager un rapprochement de ces quatre coopératives sous une forme quirestait à définir et diverses hypothèses avaient été envisagées. La création d’une union des quatre coopératives a été envisagée dans un premier temps mais ce projet a été abandonné au profit d’une coopérative à section. Ce type de structure permettait à chaque cave de conserver leur autonomie de gestion et leur identité tout en bénéficiant de synergies commerciales. Par contre, la constitution d’une coopérative à section repose sur une organisation lourde à gérer qui pouvait s’avérer pénalisante pour le développement futur de la structure. L’ancrage historique de chaque cave dans son aire de production et des méthodes de travail différentes représentaient à la fois des avantages et des inconvénients dont il fallait prendre la juste mesure afin de s’adapter au difficile contexte économique du marché des vins.

Une volonté commune de faire des concessions réciproques

m_james_espiot.jpgAu printemps 2004, la Cave des Hauts de Gironde a proposé d’organiser un séminaire de réflexion pour construire les bases d’un projet d’avenir pour les quatre structures coopératives. Ce séjour de travail a été organisé en dehors du département en s’appuyant sur les compétences d’un animateur, une personnalité neutre et extérieure à la région, et avec le recul cette initiative s’est révélée propice à l’émergence d’un dialogue constructif. Les principaux responsables des quatre caves se sont donc retrouvés dans la région de Buzet et chaque entreprise a fait un auto-diagnostic de ses forces, de ses faiblesses, des craintes liées à une fusion et aussi de ses attentes. La mise en commun des conclusions de ce travail a révélé qu’il existait des synergies de travail entre les quatre caves mais il convenait de savoir les mettre en valeur. L’idée de fusionner les quatre entreprises en une seule avait globalement conquis une majorité d’administrateurs mais la mise en œuvre concrète de cette démarche devait être abordée avec professionnalisme. Les modalités nécessaires à la création d’une seule entité coopérative ont été gérées avec un état d’esprit d’équité et de concertation. L’une des principales craintes des coopératives de Saint-Gervais, d’Anglade et de Générac était liée à leurs petites tailles par rapport à la Cave des Hauts de Gironde, et les aspects de perte d’identité et de souveraineté constituaient des points de blocage. En effet, dans le projet de fusion il était prévu au départ un administrateur pour 100 ha de vigne, ce qui de fait limitait la représentativité des petites caves au sein du futur conseil d’administration. Un accord est intervenu pour que deux administrateurs soient nommés par tranche de 100 ha afin d’assurer un meilleur équilibre entre les représentants des quatre caves. L’autre décision importante à l’issue du séminaire de Buzet a été de réaliser un audit technique et économique de chaque structure afin de pouvoir présenter un état des lieux cohérent aux adhérents avant de s’engager dans le projet de fusion.

Un projet entériné début 2005

L’audit a été réalisé par un cabinet d’experts complètement indépendants des coopératives et la présentation des conclusions a fait rentrer le projet dans une phase constructive. Les infrastructures de vinification des caves de Saint-Gervais, de Générac et d’Anglade étaient plus anciennes que celles de Marcillac, et l’encadrement technique des viticulteurs dans le cadre de cahier des charges de production bien précis n’était pas encore mis en place. Les trois petites caves produisaient presque essentiellement des vins rouges et leur implantation sur des terroirs argilo-calcaires intéressants laissait espérer de bonnes potentialités sur le plan qualitatif. La Cave des Hauts de Gironde était la seule cave qui avait engagé des démarches de partenariat commercial avec des acteurs du négoce de premier plan (CVBG, La Baronnie) alors que les autres entreprises commercialisaient la majorité de leurs vins sans engagement contractuel. Durant l’été 2004, des commissions d’administrateurs se sont constituées pour finaliser le projet de fusion et être en mesure de le présenter aux adhérents. A l’issue de l’audit, il s’est avéré que des différences importantes de capital social entre les coopératives ont rendu nécessaire la remise en cause du projet de fusion au profit d’une démarche d’absorption des trois coopératives par la Cave des Hauts de Gronde. Cette évolution imprévue de la démarche a encore suscité quelques réticences et créer des tensions, mais la volonté de tous les acteurs de construire une structure coopérative performante pour les viticulteurs a permis de surmonter ce nouvel handicap. Le protocole d’accord a été signé à la fin du mois de novembre 2004 et les assemblées générales des quatre coopératives ont entériné définitivement le projet dans le courant du mois de février. La Cave des Hauts de Gironde est devenue la seule coopérative avec le maintien des quatre sites de vinification existants et une procédure de réajustement de capital social dans le temps a été proposée à certains adhérents.

Essayer de produire des vins qui correspondent aux attentes du marché

La Cave des Hauts de Gironde a donc pris une nouvelle dimension économique puisque, aux prochaines vendanges, c’est la production de 2 600 ha de vignes (dont 400 ha de cépages blancs) qui sera vinifiée et environ 50 000 hl de vins rouges supplémentaires devront être commercialisés. Le nouveau conseil d’administration constitué de 33 administrateurs et animé par le président James Espiot s’est remis au travail avec toujours la même philosophie : « S’engager dans des démarches de production de plus en plus qualitatives pour essayer de capter des débouchés valorisants. » Ces efforts d’adaptation permanents de la qualité des vins aux attentes des négociants, des distributeurs et des consommateurs représentent le seul moyen de nouer des relations constructives dans le moyen terme avec des opérateurs commerciaux ayant une dimension internationale. D’ailleurs, de nouveaux partenariats avec des négociants à la recherche de volumes de vins d’une qualité définie sont en cours de finalisation. Les efforts d’adaptation de la qualité des vins au marché nécessitent des investissements techniques au vignoble et dans la conduite des vinifications très importants. La qualité des raisins au moment de leur récolte est devenue une préocupation qualitative majeure. Dès la récolte 2005, les nouvelles surfaces des caves d’Anglade, de Générac et de Saint-Gervais se sont engagées dans des démarches de production de raisins encadrées avec des cahiers des charges de production et une grille de paiement à la qualité. Au niveau des vinifications, la collaboration avait déjà été effective en 2004 puisque l’élaboration des vins des trois coopératives a été conduite sous la responsabilité de la Cave des Hauts de Gironde. La rénovation des infrastructures de vinifications constitue aussi une priorité et les investissements vont concerner en 2005 principalement l’unité de Générac et dans une moindre mesure d’Anglade alors que le site de Saint-Gervais bénéficie d’infrastructures beaucoup plus fonctionnelles. Au niveau humain, l’effectif de la Cave des Hauts de Gironde est passé de 40 à 57 personnes et l’organisation de la Cave des Hauts de Gironde reste en place. La production de vin est sous la responsabilité de l’œnologue expérimenté M. Olivier Bourdet-Pees, qui sera entouré dans ce travail de Mme Elodie Barraud à Anglade, de M. Christian Gougourioux à Générac, et de M. Olivier Chapte à Saint-Gervais et Civrac-de-Blaye. Les aspects de suivi du vignoble sont sous la responsabilité de M. Jérôme Ossard, qui a été le maître d’œuvre de toute la démarche des cahiers des charges de production (avec paiement à la qualité) et de certification Agri-Confiance de la Cave des Hauts de Gironde depuis 1998. Les approches de cahiers des charges de production ont été mises en place cette année sur les nouvelles surfaces des caves d’Anglade, de Générac et de Saint-Gervais en s’appuyant sur les compétences de deux techniciens, MM. Christian Gourgourio et Olivier Chapt. L’équipe commerciale déjà en place (une équipe de 6 personnes) est structurée avec un service France opérationnel depuis plusieurs années et plusieurs collaborateurs travaillant à l’exportation. M. J. Espiot considère que le développement des ventes à l’exportation constitue désormais une priorité pour la coopérative : « Nous avons bien développé notre activité commerciale sur le marché français au cours des dernières années et nous allons continuer de nous y investir avec le même dynamisme. Par contre, les ventes à l’exportation représentent 17 % des volumes de la cave, ce qui nous laisse espérer des perspectives de progression dans l’avenir. En Europe du Nord et en Angleterre, la concurrence est vive avec les vins australiens et d’Afrique du Sud. J’espère que notre situation d’acteur économique majeur des vins des Premières Côtes de Blaye va permettre de promouvoir l’image de marque des vins de cette appellation et faciliter leur reconnaissance auprès des grands distributeurs internationaux. Les efforts de qualité importants réalisés par la coopération et aussi les viticulteurs indépendants doivent permettre à moyen terme à ce terroir d’acquérir une meilleure notoriété ». Tout récemment, la Cave des Hauts de Gironde a noué des contacts fructueux avec les trois coopératives du vignoble des Côtes de Bourg et deux autres structures de Gironde. La finalité de ces nouveaux échanges sera de développer une stratégie commerciale commune et structurée pour conquérir des parts de marché à l’exportation dans les pays les plus porteurs.

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