Interview de Laurence Chesneau-Dupin

1 septembre 2016

Directrice de la culture à la Cité du vin à Bordeaux, Laurence Chesneau-Dupin n’est pas une inconnue à Cognac. Conservateur des musées de la cité des eaux-de-vie pendant plusieurs années, elle fut la cheville ouvrière du Maco, le Musée des arts du Cognac. Aujourd’hui, elle joue un rôle de premier plan dans le musée, oups, « l’équipement culturel » qu’est la Cité du Vin.

Pour nommer la Cité du Vin, vous ne cautionnez pas le terme « musée ». Pourquoi ?

 

Un musée se construit autour d’une collection permanente. A la Cité du Vin, vous ne verrez pas d’œuvres ou très peu. Il s’agit d’un lieu atypique que je qualifierais plus volontiers « d’équipement culturel ». La Cité du Vin se rapproche davantage d’un centre d’interprétation. Mais, avant tout, c’est un espace au service d’une expérience,  l’expérience de la culture et de la civilisation du vin, une expérience sensorielle aussi autour de la dégustation.

 

Le lieu est très connecté.

 

L’idée de départ consistait à ce que la Cité du Vin réconcilie, d’une certaine manière, le plaisir de la découverte et la connaissance la plus précise et la plus dense en termes de contenu…sans avoir les moyens du Louvre pour acquérir des collections. Nous voulions également que la Cité soit très accessible, très grand public. D’où une dimension divertissement qui n’était pas absente du projet. Pour réussir à conjuguer ces différents aspects, nous nous sommes appuyés sur ce que pouvait offrir la technologie numérique  : la possibilité d’échafauder une arborescence de contenus, une approche sonore, visuelle, ludique, intuitive…Philippe Massol, le directeur de la Cité du Vin, venait du Futuroscope de Poitiers. Cela a dû jouer. Nous ne sommes pas partis de rien non plus. Nous avons collecté beaucoup d’expériences auprès de musées plus traditionnels. Au final,  se mêlent beaucoup de registres de compréhension : l’audio, la vidéo, les témoignages, les voix off…Le but, c’est que les visiteurs apprennent des choses sans s’en rendre compte. Quant aux outils connectés, une fois pris en main, il faut les oublier

 

A travers le parcours permanent, vous deviez « raconter une histoire ». Comment cela s’est-il passé ? 

 

« Un monde de culture », c’est le sous-titre de la Cité du Vin. Il dit à peu près tout. Pour rendre compte de cette richesse, il a fallu beaucoup de recherches, d’investigations, de lectures. En même temps, nous avons vite compris que le parcours permanent ne pouvait pas tout englober. C’est pourquoi l’espace temporaire est aussi important. Spectacles, conférences, débats, cinéma…Toute la programmation culturelle sur laquelle nous travaillons actuellement va nous aider à construire une véritable politique de médiation culturelle autour du vin. Même chose pour la découverte polysensorielle du vin. A travers les ateliers de dégustation, des moments un peu décalés comme la « sieste vigneronne », les visiteurs vont pouvoir s’approprier l’univers du vin, surmonter d’éventuelles réticences.

 

 Pour bâtir votre ligne éditoriale, avez-vous eu carte blanche?

 

Entièrement. Nous n’avons pas subi de pressions de la part des vignobles, de groupes d’intérêts. Mieux que ça, nous avons été soutenus, accompagnés par la présidente de la fondation, Sylvie Cazes, qui a toujours nourri une vision sans a priori.

 

Que cette Cité du Vin soit implantée à Bordeaux, comment cela a-t-il été perçu par les autres régions viticoles, françaises et mondiales ?

 

De manière générale, je crois que les autres régions du monde ont très vite admis la légitimité de Bordeaux. Lors de nos déplacements, nous avons pu vérifier qu’aucun équivalent n’existait de par le monde. Et que la Cité du Vin ne venait pas concurrencer d’autres lieux comme les Maisons du vin, à l’identité spécifique forte. Ici, le discours tourne autour d’une histoire partagée, d’une histoire commune. C’est ce que découvrent les visiteurs.

 

Vous n’accueillez pas le Cognac ni les autres eaux-de-vie de vins dans vos murs.

 

Devait-on ou non intégrer les eaux-de-vie de vin dans le parcours permanent ? Ce fut l’objet d’un débat qui, vous vous en doutez, nous touchait particulièrement Véronique (Lemoine NDLR) et moi, compte tenu de nos expériences passées. Au final, l’idée a été abandonnée. Non seulement le lieu n’est pas extensible alors qu’il y a tant à raconter autour des eaux-de-vie de vin mais pourquoi les brandies et pas les dérivés du vin comme le vinaigre ? A son sujet, de belles histoires existent aussi. C’est par le biais de la programmation culturelle que nous comptons bien revenir largement sur les eaux-de-vie.

 

La Cité du Vin a-t-elle vocation à être une plateforme œnotouristique ?

 

Absolument. Cela figurait dans le cahier des charges. En témoigne l’annexe de l’OT de Bordeaux. Plus largement, la plateforme a vocation à recevoir tous les acteurs de l’œtourisme qui le souhaitent, de France et du monde. Nous n’irons pas les démarcher mais ils doivent se rapprocher de nous. La Cité du Vin a déjà eu des contacts avec des gens de Cognac.

 

Quels sont les premiers retours des visiteurs ?

 

Très positifs je dois dire. Le public a l’air satisfait et ce quelles que soit les tranches d’âges, de l’adolescent – le pire âge qui soit pour visiter un lieu culturel (sourire) – à la personne de 80 ans. C’est effectivement très réjouissant : voir que l’équipement parle à tous.

 

Après ces années passées autour du projet, avez-vous des regrets ? 

 

On souhaiterait toujours avoir davantage de temps pour aller plus loin, procéder à plus de vérifications. Mais non, je n’ai pas de regret.

 

Conservateur du Patrimoine, Laurence Chesnau-Dupin est responsable, à la Cité du Vin,  de la Direction de la Culture. Avec ses équipes, elle encadre la politique d’expositions temporaires (première gande exposition sur le thème des bistrots en mars 2017) ainsi que la programmation culturelle au fil du temps.

 

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