Prix bas pour le Cognac : les hyperpromotions dans la ligne de mire

10 avril 2018

 

Un Cognac XO vendu dans toute la France à 19,99€ la carafe de 50 cl, c’est choquant. Mais lorsqu’il est affublé du slogan « Lidl, le vrai prix des bonnes choses », cela devient littéralement intolérable. Pour Christophe Véral, le président de l’UGVC, « ce prix n’est aucunement rémunérateur pour les viticulteurs, et plus globalement pour l’ensemble des opérateurs ». Pourtant, cette opération n’est pas la première du genre. En décembre 2015, l’enseigne avait déjà proposé la même carafe au même prix dans ses linéaires sans susciter de réaction particulière. Alors pourquoi un tel emballement aujourd’hui ? Et quel est réellement la conséquence d’une telle promotion pour les viticulteurs et la filière en général ? 

 

Pour comprendre la chaîne de rémunération, il faut s’attaquer à la décomposition du prix. D’abord, il y a la ce qui revient à l’état. Sur cette bouteille, les droits et taxes représentent pas moins de 8€. Ensuite vient la part la plus complexe puisqu’elle intègre les coûts d’achat matière première, de fonctionnement et les marges de chacun. Chez ce Hard discounter, les marges de distribution, intégrant les frais de fonctionnement des magasins, sont parmi les plus bas de France. Le mode de fonctionnement de Lidl permet d’obtenir des taux de 1,8 à 2,7 fois plus bas que ceux de la grande distribution traditionnelle. Par ailleurs, ce type d’opération promotionnelle s’intègre généralement dans un appel d’offre plus global, d’un volume conséquent avec des produits théoriquement mieux valorisés. En tenant compte des faibles marges de chacun des intermédiaires, il est probable que le prix d’achat (compte 6 minimum) de l’eau de vie au viticulteur ait été conforme à la réalité du marché vrac le l’époque. Est-ce une conclusion satisfaisante pour autant ?

 

« Certainement pas et l’action de l’UGVC va dans le bon sens puisqu’elle pose la question de la pérennité du modèle économique prôné par grande distribution française » expose un commerçant aguerri aux pratiques de ce secteur. « Le consommateur n’a plus de repères ! Lorsqu’on retrouve ponctuellement de la viande de porc à 2€/kg alors que l’animal a été vendu sur pied à 1€, toute la filière en pâti et le prix du fond de rayon est naturellement tiré vers le bas. », Ajoute-t-il. Car le danger des hyper promotions est que les prix bas font référence alors qu’ils ne permettent de garantir ni la pérennité des entreprises, ni celle de leurs salariés et encore moins des territoires sur lesquels ils sont implantés.

 

Derrière la démarche de l’UGVC, il y a une réflexion plus large que la seule valorisation du Cognac et qui s’inscrit dans la continuité des états généraux de l’alimentation. « Derrière nos produits, encore plus ceux d’AOC, il y a des méthodes de production, des savoir-faire mais aussi des contraintes qui doivent être valorisés » explique le président Véral dans un communiqué. Le projet de loi issu des états généraux de l’alimentation « pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et pour une alimentation saine et durable » sera débattu à la fin du mois de mars à l’assemblée nationale. Il devrait en théorie s’attaquer à cette question épineuse de la juste rémunération entre les producteurs et les commerçants. L’idée phare du président Macron est de faire en sorte que les prix de vente des producteurs soient à l’avenir fixés par eux-mêmes et non par l’acheteur. D’autre part, le texte prévoit dans son article 9, l’encadrement en valeur et en volume des promotions pratiquées sur les denrées alimentaires. Cela suffira-t-il à ce que la grande distribution change ses pratiques notamment pour les appellations d’origine ? L’avenir le dira. Dans tous les cas, la démarche de l’UGVC aura été globalement bien accueillie par les filières agricoles

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