Prévoir et rendre possible l’avenir

15 mai 2018

Le moins que l’on puisse dire est que la filière du Cognac, dans son ensemble, essaie se s’organiser pour construire son avenir.

Le Business plan, un modèle sans équivalent dans le secteur viticole conçu pour garantir un juste équilibre entre la production et les ventes à partir de données aussi fiables que possible et suivies dans le temps. L’outils apporte plutôt satisfaction pour l’instant mais il faut reconnaitre que la conjoncture mondiale lui a plutôt été favorable. Un certain nombre d’acteurs s’interroge légitimemement sur la fiabilité des prévisions du modèle, en particulier dans l’hypothèse d’un ralentissement des marchés. Les maisons de Cognac ont récemment apporté des réponses aux craintes de la viticulture concernant ses perspectives de vente. L’étude de deux modèles indépendants de prospective économique s’est révellée cohérente avec les ventes effectives du Cognac ces dernières années. L’interprofession en a extrapolé à court et long terme deux approches « raisonnablement optimistes » pour étayer des prévisions de vente de 4,3% pour les 4 prochaines années et d’un peu plus de 3% pour les suivantes.

Prévoir les ventes à venir, c’est aussi anticiper les attentes des consommateurs, et en la matière, tous les spécialistes s’accordent à penser que nous vivons une véritable révolution culturelle : Demain, pour vendre du Cognac, il ne suffira plus de produire une excellente eau-de-vie présentée dans un bel écrin. Le consommateur attendra des preuves tangibles sur les conditions dans lesquelles l’objet de son achat a été élaboré : Quel a été son impact sur l’environnement ? La rémunération de tous les acteurs de la chaine est elle juste et équilibrée ? C’est la raison pour laquelle les programmes de responsabilité sociale des entreprises (RSE) qui garantissent une éthique sociale, sociétale et environnementale sont devenus littéralement stratégiques pour les maisons de Cognac et donc pour la viticulture charentaise.

Pour boucler la boucle d’une filière parfaitement armée face à l’avenir, il faut porter jusqu’au bout l’analyse de la responsabilité sociale de chacun et poser sur la table la question délicate de la répartition de la valeur.

Car pour la viticulture, le compte n’y est pas. Certes, la courbe des revenus des deux familles progresse rapidement ces dernières années mais pas à la même vitesse. Des voix s’élèvent ci et là pour dénoncer l’érosion régulière de la marge sur le vieillissement. D’autres se plaignent que les investissements en lien avec les nouvelles exigences environnementales génèrent ou généreront des surcoûts aucunement comparables avec les augmentations annuelles de prix d’achats des eaux-de-vie.

Trois exemples illustrent ces inquiétudes : l’utilisation d’équipements de pulvérisation pour le traitement confiné est largement promu par les négociants. Cet investissement plus vertueux pour l’environnement et dans l’ère du temps n’est pas sans conséquences sur les coûts de production. Au delà du niveau d’investissement plus élevé, la superficie la superficie moyenne traitée par jour est de 30% inférieure à celle des appareils conventionnels. Pour ne pas augmenter les délais  d’application, certains vignobles ont déjà fait le choix de multiplier les équipes et matériels dédiés à la pulvérisation.

Pour ce qui concerne l’entretien des sols, la tendance est le retour au « grattage » pour remplacer le « chimique ». Là encore, rien à dire sur le plan environnemental mais pas en ce qui concerne le coût. Chacun sait qu’il faut compter sur une augmentation substantielle des temps de travaux et donc potentiellement du personnel supplémentaire.

Enfin, pour gagner en productivité et faire face aux maladies du bois, le renouvellement du vignoble s’impose. Les viticulteurs qui ont fait le choix de raccourcir la durée d’amortissement de leur plantation de 10 ans indiquent au passage que le montant de ce dernier augmente de 33 à 40% par hectare et par an.

A revenu égal ou presque, la viticulture remplira, à n’en pas douter sa part du contrat pour ce qui est de produire plus en plantant de nouvelles superficies ou en entreplantant les parcelles en place. Mais est-ce bien suffisant ? Car pour répondre aux challenges qui s’imposent, les viticulteurs vont devoir envisager une véritable  mutation de leurs méthodes de gestion. Il faudra abandonner le concept de l’exploitation viticole familiale pour franchir le cap de l’entreprise viticole à part entière. Cette étape va impliquer de recruter plus de personnel, avec des compétences adaptées, nécessairement plus coûteuses et d’acquérir des matériels en phase avec les nouvelles obligations environnementales.

A Cognac, la question de la valeur des eaux de vie est aujourd’hui de moins en moins taboue. Chacun prend peu à peu conscience que les prix d’achats des eaux-de-vie sont en train de devenir la pierre angulaire de la réussite du projet vertueux que veut la filière. Un certain Antoine de St Exupery disait : « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible.»

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