Le Roméo, un fongicide de biocontrôle à associer à des produits classiques

10 avril 2018

La société BASF a lancé au cours de l’hiver, un premier fongicide anti-mildiou de biocontrôle, le Roméo, qui est issu des travaux de recherche de la société Agrauxine. Cette spécialité commerciale d’origine naturelle a été conçue pour être utilisée comme un produit un produit phytosanitaire classique. Le lancement de ce premier produit de biocontrôle représente pour cette société une première initiative destinée à satisfaire les attentes des viticulteurs, demandeurs d’une nouvelle génération d’intrants phytosanitaires. Les responsables de l’entreprise affichent la volonté de s’engager plus fortement et durablement dans ce nouveau créneau de marché des intrants phytosanitaires.

 La firme d’agrochimie Allemande a été la première à croire dans le développement de cette catégorie de produits bio contrôle au début des années 1990 avec le lancement la confusion sexuelle pour lutter contre l’eudémis et la cochylis. À l’époque, ce concept de lutte novateur n’a pas rencontré le succès commercial attendu. Les attentes prioritaires de la société civile et des agriculteurs n’étaient pas encore sensibilisées aux  problématiques environnementales. La confusion sexuelle a suscité beaucoup d’intérêt mais la très grande majorité des viticulteurs n’a pas adhéré à ce concept de lutte jugé trop coûteux et lourd à suivre techniquement. La concurrence des spécialités insecticides à faibles coûts a aussi longtemps pénalisé le développement de cette pratique.

 

Une déception dans les années 1990 avec la confusion sexuelle

 

             Le réel développement de cette méthode de lutte insecticide douce n’a décollé qu’à partir du début des années 2 000 à partir du moment où les problématiques environnementales sont devenues un sujet de préoccupation majeur. Le positionnement prix élevé de la confusion sexuelle représente toujours un handicap pour envisager un développement encore plus large. Suite à cette expérience décevante, la société BASF a pendant longtemps considéré que les recherches sur les produits de biocontrôle ne représentaient pas un axe de développement prioritaire. Aujourd’hui, la stratégie semble avoir changé et des efforts sont déployés pour travailler sur cette catégorie de produits. Le groupe Allemand se mobilise pour répondre à des demandes du marché de plus en plus formalisées qui concernent principalement les cultures spécialisées comme la vigne et l’arboriculture.

 

Une volonté affichée de BASF de travailler sérieusement les produits de biocontôle

 

             BASF a engagé des programmes de recherche scientifiques internes sur les produits de biocontrôle depuis maintenant plusieurs années mais celles-ci n’ont pas encore abouti. Le sourcing des substances d’origines naturelles a été jusqu’à présent très peu exploré par l’ensemble des grands groupes d’agrochimie dont le métier de base est l’univers de la chimie de synthèse. La société a aussi regardé toutes les opportunités de partenariats qui pouvaient se présenter avec des acteurs déjà engagés dans la chimie «verte». Une première concrétisation d’une collaboration externe a abouti avec le lancement du fongicide de biocontrôle, le Roméo. La matière active a été obtenue par l’équipe de recherche de la société Agrauxine qui assure aussi la fabrication de la spécialité commerciale. La société BASF a conclu un accord de développement et de commercialisation exclusif de cette spécialité commerciale.

 

Des extraits de parois de levure efficaces contre le mildiou et l’oïdium      

            La matière active de ce nouveau fongicide, la Cerevisane est extraite des parois de la levure Saccharomyces cerevisae (souche LAS 117). Elle contient majoritairement, des glucanes, des mananes, des protéines et des lipides. Cette substance d’origine naturelle qui possède un profil toxicologique et écotoxicologue très doux (pas de LMR, substance classée à, risque faible), a un spectre d’efficacité à la fois contre le mildiou et l’oïdium. Le produit agit en stimulant les défenses de la plante et intervient sur plusieurs voies, la production de protéines PR (une action indirecte sur les pathogènes), la synthèse de phytoalexines (réactions antimicrobiennes) et l’accroissement des dépôts de lignines (pour épaissir les parois cellulaires et constituer des barrières physiques). La spécialité commerciale à base de 94,1 % de Cerevisane a obtenu une homologation contre le mildiou et l’oïdium en viticulture conventionnelle et biologique.

 

Une stratégie d’utilisation calée sur les effets SDN

 

            Les essais au vignoble commencés par les équipes de la société Agrauxine en 2015 ont été poursuivis par BASF en 2016 et 2017. Les résultats de toutes ces expérimentations ont permis d’appréhender les spécificités d’utilisation du produit et aussi ses limites d’efficacité. Les produits de biocontrôles n’agissent pas directement sur les parasites et les ravageurs mais confèrent aux plantes les possibilités de s’opposer à leur développement. Les connaissances acquises ont permis de définir une stratégie d’utilisation rationnelle de ce fongicide tenant compte du fait que le produit induit des réactions de défense de la plante avant que le pathogène commence à se développer. On parle d’un mode d’action de type SDN (de stimulation des mécanismes des défenses naturelles). L’état physiologique des plantes (effet de stress) au moment de l’application des traitements semble avoir une incidence sur l’intensité des effets SDN et la mise en œuvre des itinéraires de protection des cultures. Le processus de stimulation des défenses naturelles doit être enclenché bien avant l’apparition des épidémies de mildiou ou d’oïdium pour apporter de bonnes garanties d’efficacité.

 

Des niveaux d’efficacité en solo bien inférieurs aux fongicides classiques

 

            Ce fongicide d’origine se comporte différemment dans la plante par rapport aux spécialités chimiques de synthèse. La quantification de l’effet SDN du Roméo a fait l’objet d’études dans divers vignobles en France. Les conclusions des travaux ont mis en évidence que 7 jours après une première application, l’intensité des mécanismes de défense de la plante diminuait. Seul, un renouvellement du traitement était en mesure de relancer les mécanismes d’auto-défenses pour une nouvelle séquence de 7 jours. Ensuite des essais de stratégies de lutte contre le mildiou, et l’oïdium ont permis de quantifier l’efficacité du produit utilisé seul et associé à diverses matières actives de synthèse et à du cuivre. Les niveaux d’efficacité du Roméo utilisé seul comparé à des fongicides conventionnels de contact et pénétrants sont systématiquement bien inférieurs aux références. Par contre, de bons résultats ont été obtenus en associant du Romeo (à sa dose normale) avec 75 % de divers fongicides anti-mildious, de synthèse, du cuivre et des anti-oïdium de synthèse.

 

Un produit à utiliser uniquement associé avec des fongicides de synthèse et pas en situation de forte pression

 

            Les équipes de BASF souhaitent que lors de l’année 2018, le Roméo ne soit pas utilisé seul dans les programmes de lutte contre le mildiou et l’oïdium. La préconisation est de l’associer à des fongicides de synthèses utilisés à 75 % de leur dose homologuée.  Il est aussi déconseillé de l’employer dans des situations de fortes pressions de mildiou et associé avec des matières actives présentant des risques de résistance avérés (le cymoxanil, les strobilurines, … ). Des synergies d’efficacité avec diverses spécialités cupriques utilisées en bio à doses réduites ont donné satisfaction. Le Roméo semble être dans sa forme actuelle un fongicide complémentaire pour lutter contre le mildiou et l’oïdium.  Sa reconnaissance en tant que produit de biocontrôle  ouvrent la possibilité de ne pas comptabiliser son incidence dans le calcul des cumuls annuels d’IFT. Ce n’est pas un produit majeur sur-lequel les viticulteurs peuvent s’appuyer durant la période de forts risques, de la mi-mai à la mi-juillet. D’un point de vue économique, le coût d’un traitement de Romeo se situerait autour de 35 €/ha. Au cours de l’année 2018, de nouveaux protocoles de stratégies de lutte seront testés en petites et grandes parcelles pour enrichir les démarches d’accompagnement techniques auprès des utilisateurs.

                                                                                 

                        Les points clés du fongicide Roméo :

 

  • Une matière active trouvée par les équipes d’Agrauxine et développée et commercialisée par le groupe BASF.

  • La matière active : la Cerevisane, des extraits des parois de la levure Saccharomyces cerevisae (souche LAS 117)

  • Un fongicide de biocontrôle homologué dans la lutte contre le mildiou et l’oïdium

  • Un mode d’action de type SDN

  • L’effet SDN après un traitement diminue fortement au bout de 7 jours.

  • Les niveaux d’efficacité en solo toujours inférieur à ceux des fongicides de synthèse et au cuivre

  • Le Roméo entre dans la catégorie des IFT de biocontrole qui ne sont pas pris en compte dans le calcul global des IFT des calendriers de traitements

  • Les préconisations de la société pour 2018 :

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      • – 1 : Utiliser le Roméo associé à d’autres fongicides employés à 75 % de leur dose homologuée

      • – 2 : Éviter d’appliquer le produit des périodes de forts risques

      • – 3 : Ne pas associer le produit avec des spécialités présentant des risques de résistance

      • – 4 : Un levier pour diminuer les calculs d’IFT

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