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A la recherche d’un nouveau souffle

27 décembre 2008

Parce qu’elles s’essoufflent ? C’est selon. Mais d’un second souffle, sans doute en ont-elles besoin.

C’était et ça reste une formidable idée et un beau défi. Ouvrir les portes des distilleries, il fallait oser quand, c’est bien connu, pour couler, l’eau-de-vie a besoin de confinement. Quel chenapan n’a pas entendu un comminatoire : « ferme la porte, je fais une bonne chauffe ! » Il en reste forcément des traces.

Depuis 1998, l’année de leur lancement, les « portes ouvertes » des bouilleurs de cru sont passées par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, des tons flashi du début aux teintes pastel des dernières éditions. C’est clair, elles se cherchent. Certes un emploi jeune, celui de Katia Fuseau, et quelques moyens financiers à l’appui (autour de 120 000 F provenant du Conseil régional et des deux Conseils généraux) ont permis à l’association d’être plus « carrée » dans son fonctionnement. Lors des dernières portes ouvertes, les documents d’appel – affiche, cartes postales, mémento du bouilleur de cru – diversifiés et d’honnête facture sont arrivés à temps ou presque. Les progrès sont tangibles de ce côté-là. Par contre, l’association semble toujours buter sur l’animation de son réseau d’adhérents (à la louche 300 ou 400 viticulteurs), comme si la stratégie du « chaque canton doit se prendre en charge » montrait assez vite ses limites. L’idée, séduisante, marche-t-elle si bien que cela dans la réalité ? A la démultiplication répond bien souvent dilution et déperdition et, à la fin, des viticulteurs de base pas loin de se sentir « largués ». La mise en stand by des actions de GMS – que l’on ne peut pas imputer à l’association – a sans doute contribué à ce léger climat de flottement pour ne pas dire de déshérence. Par leur esprit « commando » et leur pragmatisme, ces actions motivaient les viticulteurs même s’ils n’étaient pas les derniers à y détecter les pièges et possibles dérapages. Mais le véritable problème rencontré par les bouilleurs de cru qui ouvrent leurs portes en décembre reste celui de la fréquentation. Le moins que l’on puisse dire, c’est que celle-ci est contrastée. Pour un qui reçoit cent visiteurs, ils sont dix à en voir une poignée et encore s’agit-il parfois de braves voisins venus soutenir le moral des troupes. On ne se l’avoue pas toujours, on ne le clame pas sur les toits mais quand, une année, le « Cognac en fête » est à la peine sur une exploitation, l’année suivante, la porte de la distillerie reste fermée. Un noyau d’irréductibles résistera pourtant, convaincus mordicus de l’intérêt d’une telle démarche pour le Cognac. Souvent, l’idée des portes ouvertes a un peu révélé à eux-mêmes ces viticulteurs retranchés au fond de leurs maisons charentaises que d’aucuns comparent à « de belles endormies ». « Nous pouvons intéresser des gens de l’extérieur. » Quelle réponse apporter à ces gens-là, qui répugnent à arrêter mais qui ne se voient pas non plus devenir les derniers des Mohicans ? Elle tombe, un tantinet péremptoire : « Pour voir du monde, il faut lancer des invitations, envoyer des cartes postales. » Un peu juste comme argument. Les carnets d’adresses personnelles ne sont pas extensibles à l’infini et que se passe-t-il quand on a écumé le deuxième cercle, celui des amis des amis ? Un observateur concerné témoigne : « Les portes ouvertes ont représenté une nécessité pour la région. Les Charentais ignoraient que des distilleries fonctionnaient près de chez eux. Il fallait tout simplement les faire découvrir à un public de proximité. C’est fait. Maintenant, il convient d’élargir le cercle. »

Le périmètre de ce cercle, beaucoup le circonscrivent à un rayon d’une centaine de km, correspondant en fait à l’autonomie d’une famille le temps d’une journée, déplacement et visite compris. Pour attirer ces visiteurs des départements limitrophes (Gironde, Deux-Sèvres, Vienne, Dordogne…), les seules initiatives individuelles paraissent insuffisantes. Sans doute serait-il plus efficace de « jouer collectif », en recourant aux bonnes vieilles formules patentées (publicité, médias…), car en la matière, on n’invente pas le « fil à couper le beurre ». « Question de coût, question de budget » objecte-t-on. Oui, mais alors il faudra accepter que les portes se referment doucement… pour longtemps. Sans trop de regret après tout. Car, entre-temps, la région aura appris à offrir à ses hôtes un Cognac à l’apéritif. Ce qui est un sacré pas en avant, à mettre pour une part non négligeable au crédit des bouilleurs de cru.

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