Une pêche artisanale d’espèces nobles

5 mars 2009

Reconnue comme 1er port langoustinier français, La Cotinière est aussi spécialisée dans la sole, le bar de ligne et, depuis quelques années, le maigre d’estuaire. Sa pêche, qualitative, dégage une bonne valeur ajoutée. L’exportation absorbe 60 % du tonnage.
De 800 tonnes dans les années 70, la pêche passant sous criée du port de La Cotinière atteint 4 800 tonnes aujourd’hui, un volume qui n’a pas cessé d’augmenter depuis 6 ans. « Il faut pousser les murs » reconnaît Nicolas Dubois, l’un des deux directeurs du port, plus spécialement chargé des investissements portuaires, du développement du port et de la communication. Un projet vise d’ailleurs à doubler la superficie de la halle à marée. Alors que La Rochelle « vendait ses bateaux aux Espagnols » et que Royan perdait de la consistance, La Cotinière a su maintenir une dynamique de pêche. De jeunes patrons pêcheurs s’installent, « on note une relance sur les armements », et 90 bateaux mouillent régulièrement à quai. Si l’on y ajoute les bateaux « forains » – rattachés à un autre port mais qui viennent vendre ici – la flotte oléronnaise porte sur environ 120 bateaux. Surtout, ces bâtiments présentent la caractéristique d’être très diversifiés, à la satisfaction des autorités du port, attachées à cette polyvalence. On y retrouve des bateaux de 14-16 mètres, spécialisés dans la pêche artisanale côtière (langoustines, bars de lignes, soles, céteaux, maigres…). Sur ces bâtiments, s’embarquent trois et quatre pêcheurs pas plus. Payés à la part, en fonction de leur pêche, ils n’ont pas intérêt à voir gonfler l’équipage. Ces marins partent à 8 heures le matin, reviennent à 16 heures, repartent à 20 heures, non-stop. Ils pratiquent une pêche sélective (chalut très ouvert, multiples phases de tri) et de plus en plus qualitative. Cette recherche de la qualité au détriment de la quantité constitue d’ailleurs un peu l’estampille du port de La Cotinière. « Les professionnels ont su se remettre en cause. L’image de “pêcheur-prédateur” ne leur colle plus à la peau” note N. Dubois. Le port compte aussi des bateaux de 20 mètres plus tournés vers la pêche au large (raie, lotte, sardine, roussette…) qui, eux, partent pour environ cinq jours de mer. En prime, La Cotinière recense deux bateaux pélagiques, aux destinations plus lointaines – sud de l’Espagne, sud de l’Italie – pour des campagnes très saisonnières et spécifiques comme la pêche au thon.

Sous gestion municipale de la commune de Saint-Pierre-d’Oléron, la criée de La Cotinière emploie vingt personnes. Mais la zone d’influence du port s’étend bien au-delà. La pêche oléronnaise fait vivre 250 à 300 marins pêcheurs, une soixantaine de mareyeurs se donnent rendez-vous tous les matins au port, sans parler des activités annexes ayant trait au transport du poisson, à l’avitaillement (nourriture des équipages), à la fourniture de gas-oil, la mécanique, la chaudronnerie… Si le passage sous criée n’est pas obligatoire, elle est fortement recommandée. Un jeune patron pêcheur qui envisageait de vendre directement son poisson est vite rentré dans le rang, sous « l’amicale » pression de

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Thierry Verrat choisissant un maigre.

ses collègues. Il a été jusqu’à présenter publiquement ses excuses. Dans le milieu de la pêche, on ne plaisante pas avec les règles non écrites. Lancé en 1910, la criée du port de La Cotinière n’était à l’époque qu’un appontement en béton. En 1987, elle fut la première « halle à marée » à s’informatiser. Le port présentant des contraintes d’échouage, deux criées se succèdent dans la journée (une le matin très tôt et une autre l’après-midi). La première criée concerne les bateaux arrivant entre 3 heures et 5 heures du matin et la seconde ceux qui mettent à quai entre 10 heures et 16 heures. La criée de l’après-midi, fréquentée par des petits bateaux, est plus diversifiée. S’il existe des criées sur catalogue, ici on privilégie la technique du défilement. Les poissons défilent dans des cagettes sous les yeux des acheteurs qui peuvent juger de la qualité. Transitent ainsi à l’heure entre 600 et 800 lots, soit environ 30 tonnes de poissons et de crustacés dans la journée, entre la criée du matin et celle de l’après-midi. Sur les 42 criées françaises, le port de Boulogne-sur-Mer remporte la palme, en tonnage comme en valeur. La Cotinière ne se classe pas si mal puisqu’elle occupe le 12e rang des ports français, toutes catégories de pêche confondues, industrielles comme artisanale. A ne considérer que la pêche artisanale, La Cotinière se classe en seconde position, derrière Le Guillvinec (17 000 tonnes de production).

premier port langoustinier

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900 lots de poissons défilent en 1 h 30.

Premier port langoustinier de France, le port de La Cotinière traite environ 300 tonnes de langoustines par an, pêchées par une trentaine de bateaux qui y consacrent 3 ou 4 mois de l’année. En valeur, la langoustine, la sole, le bar se taillent la part du lion mais, depuis deux ans, l’explosion du tonnage du maigre d’estuaire a tendance à renverser la donne, surtout qu’elle s’accompagne d’une progression des tarifs. Le petit maigre qui, il y a deux ans, se négociait encore 15 ou 20 centimes le kilo atteint aujourd’hui 4,5 € le kilo. Et quand on sait que le poisson carnassier peut peser jusqu’à 25 ou 30 kg ! De manière générale, depuis quelques années, les prix moyens de la pêche ont été revus à la hausse. Faut-il y voir la conséquence de la crise du poulet, la résultante de l’image « diététique » du poisson ou le simple jeu de l’offre et de la demande ? Contre toute attente, 60 % de la pêche de La Cotinière partent à l’export, beaucoup en Espagne, un peu en Italie, un peu en Suisse. Le poisson pêché dans la nuit débarque 24 heures plus tard sur les marchés de Madrid ou de Barcelone. Gros consommateurs de toutes sortes de poissons – soles, céteaux, encornets, seiches… – les Espagnols ont une influence plutôt bénéfique sur les prix. Existe aussi un filet de sécurité, le prix de retrait. Quand le prix de marché descend au-dessous d’un prix plancher, appelé prix de retrait, les pêcheurs s’engagent à ne pas vendre. C’est l’OP (l’organisation des producteurs) qui s’occupe de cette gestion. Dans le domaine de la pêche, la Charente-Maritime compte deux OP, celle de La Rochelle-Royan et celle de La Cotinière. Cette dernière rassemble 130 adhérents, tous marins-pêcheurs. En moyenne, chaque année, le port affiche environ 500 tonnes d’invendus. L’an dernier, les cours de la crevette rose s’étaient effondrés. Cette année, ce fut au tour de la coquille Saint-Jacques de complètement plonger. Il arrive aussi que le retrait touche la langoustine, le produit phare du port. Pour éviter de voir la dénaturation à l’œuvre, les marins-pêcheurs oléronais ont créé une SARL de conditionnement qui propose, entre autres, une savoureuse recette de bisque de langoustine.

En pleine période de mutation, le secteur de la pêche apprend à gérer l’absence de subventions, des quotas de production de plus en plus restreints, des problèmes de ressources sur certaines espèces… L’y aide une certaine tension sur les prix et un métier toujours aussi exigeant, parfois risqué mais qui reste un tremplin social. N’est pas fausse l’image du marin qui gagne bien sa vie, possède de belles voitures et les cassent souvent. Pour preuve, un démarrage en trombe sur les quais de La Cotinière à 6 heures du matin, à laisser à terre un mari d’eau douce.

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