Pineau des Charentes : De nouveaux outils pour différencier l’offre

2 septembre 2015

Différencier l’offre pour favoriser une montée en gamme et obtenir ainsi une meilleure valorisation. C’est l’idée générale. Pour y parvenir, la filière Pineau met en place des outils à disposition des opérateurs. Libre à eux ensuite de se les approprier. C’est tout l’objet de l’ouverture du cahier des charges de l’appellation à différents sujets : introduction d’un nouveau cépage, le Chauchet gris, création d’une nouvelle catégorie d’âge (3 ans de vieillissement sous bois), différenciation rosé/rouge…

 

 

p6.jpgLors de l’assemblée générale du Syndicat des producteurs de Pineau, le 15 avril 2015, cette thématique avait déjà été largement abordée. Mais la réflexion – et les outils qui en découlent – représente un tel enjeu pour l’appellation que la communauté des producteurs a jugé bon d’y revenir à l’occasion d’une AG bis, de nature un peu exceptionnelle. Ainsi les opérateurs se sont-ils retrouvés à Archiac le 10 juillet en matinée pour rediscuter entre eux des modifications à apporter au cahier des charges, afin d’adopter une position commune. S’ils n’étaient que soixante – période d’intenses travaux oblige – avec les pouvoirs donnés par les collègues, plus de cent votes ont pu s’exprimer. Les propositions de modification du cahier des charges furent approuvées à l’unanimité ou presque.

Sur quoi porte cette ouverture 2015 du cahier des charges Pineau ? Comme l’INAO plaide pour un regroupement des sujets afin de ne pas avoir besoin de s’y replonger « tous les quatre matins », la liste s’avère finalement assez longue. Cependant, quelques points principaux ressortent. Il y a bien sûr l’introduction du Chauchet gris, un cépage traditionnel du vignoble charentais. Mais compte tenu des nombreux essais à conduire pour s’assurer de la qualité finale, la démarche a été initiée de longue date. Aux yeux des producteurs, il ne s’agit pas vraiment d’une nouveauté. Non ! Le vrai débat a concerné la création d’une nouvelle catégorie d’âge ainsi que la différenciation rosé/rouge assortie elle aussi d’un critère d’âge.

Depuis que le Pineau est Pineau ou du moins depuis 1945, date du décret d’appellation, il n’y a toujours eu, en matière d’âge, que trois catégories de Pineau : le Pineau tout court et les Pineaux Vieux et Très Vieux. Pour le Pineau « tout court », le Pineau Blanc répond en 2015 aux conditions d’âge suivantes : 18 mois de vieillissement minimum, dont au moins 12 mois sous bois ; vieillissement minimum de 12 mois, dont au moins 8 mois sous bois pour les Pineaux rouges et rosés. Quand aux Pineaux Vieux et Très Vieux, au départ c’étaient 5 ans de vieillissement sous bois pour le Vieux Pineau et 10 ans pour le Très Vieux. Et puis cet âge minimum est passé à 7 ans et 12 ans avec l’instauration, dans les années 85-87, d’une dégustation obligatoire et systématique pour ces vieilles qualités. Malgré tout, les Pineaux Vieux et Très Vieux n’ont toujours représenté qu’une portion congrue de l’appellation : à peine 4 % des volumes commercialisés.

Une modification substantielle

Si l’INAO donne son feu vert à la nouvelle mention d’âge – 36 mois de vieillissement sous bois – cette évolution représentera à coup sûr une modification substantielle du cahier des charges Pineau. Un peu comme si le Vin de liqueur créait une sorte de XO compte 10 (le jour où ce dernier existera pour le Cognac). Cette orientation, adoptée sous l’ère de Patrick Raguenaud (ancien président du Comité interprofessionnel du Pineau, NDLR), porte un nom : valorisation. Diversifier l’offre pour obtenir une meilleure valorisation. Le pari, c’est que les opérateurs s’emparent de ce nouvel outil de segmentation pour monter en gamme et tirer les prix vers le haut, tant auprès de la clientèle particulière que de la grande distribution. Evidemment, si le prix du Pineau 3 ans d’âge venait à s’étalonner aux prix du 18 mois, ce serait un fiasco. Mais personne ne veut envisager cette éventualité.

Toujours dans l’objectif d’élargir la gamme, une nouvelle proposition s’est fait jour : repenser la catégorie rouge/rosé. Mais avant d’envisager le futur, un petit retour en arrière s’impose. Pendant très longtemps, on ne parla que de Pineau rosé. Pourquoi ? Parce que le Pineau « jus de raisin partiellement fermenté muté avec du Cognac » avait du mal à faire migrer les anthocyanes. Et puis la philosophie évolua, sous l’impulsion de quelques pionniers qui sortir des produits d’un beau rouge rubis. Aujourd’hui, rouge et rosé font cause commune au sein d’une même catégorie. Et demain ? Le projet est d’avoir non plus deux mais trois catégories : Pineau blanc, Pineau rosé, Pineau rouge. S’il est prévu que le Pineau rouge conserve sa durée de vieillissement actuelle, le Pineau rosé pourrait évoluer vers une durée plus courte : 8 mois de vieillissement minimum, dont 6 mois sous bois. L’idée ! Pouvoir élaborer des produits plus frais, plus « sur le fruit ». Cette possibilité de raccourcir la durée de vieillissement est-elle compatible avec l’objectif de montée en gamme ? Certains se posent sérieusement la question. « Comment la grande distribution recevra-t-elle le message ? ». A l’inverse, ceux que l’idée séduit parlent d’une vraie attente des consommateurs pour un type de produits plus jeunes. Ils parlent aussi du travail technique, forcément exigeant et donc qualitatif. « Pour sortir un bon produit jeune, il faut se montrer extrêmement vigilant sur la qualité des moûts, la qualité du Cognac et le mariage des deux à travers l’élevage. C’est tout sauf un produit de seconde zone ».

Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent. Tous les outils sont bons a priori. Après, ce sont les prix de marché qui font la différence. Et dans ce domaine, rien n’est gagné d’avance.

Calendrier :

Le Syndicat des producteurs de Pineau – son président Philippe Guérin et sa directrice Emilie Billotte en tête – a travaillé d’arrache-pied pour déposer les propositions de modification du cahier des charges fin juillet. Ces propositions devront d’abord être examinées par le CRINAO avant de migrer vers le Comité national de l’INAO qui décidera de la marche à suivre. Commission d’enquête, pas commission d’enquête ? A priori, il devrait y en avoir une de nommée. Les professionnels des autres régions se déplaceront alors en Charentes, peut-être en fin d’année. Compte tenu des délais incompressibles, les opérateurs Pineau ne s’attendent guère à une modification de leur cahier des charges avant 2017.

 

 

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