L’Interprofession Crée Un Outi lDe Mise En Réserve De Production

13 mars 2009

 

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Jean-Marie Baillif, président du Syndicat des producteurs de Pineau des Charentes et Francis Barat, président du Comité national du Pineau.

Tenter de réguler la mise en marché quelles que soient les circonstances… C’est la philosophie de la réserve de production. A l’unanimité des deux familles, le Comité national du Pineau vient de se doter d’un tel outil. Interview à deux voix de Jean-Marie Baillif, président du Syndicat des producteurs de Pineau et de Francis Barat, président de l’interprofession.

 

 

 

 

 

Le Paysan Vigneron – Manifestement, le Syndicat des producteurs était plus demandeur que le négoce d’un tel mécanisme.

Jean-Marie Baillif – Le Syndicat des producteurs croit en effet à la pertinence d’un mécanisme de régulation de la mise en marché, créé par l’interprofession et géré par elle, c’est-à-dire par les deux parties, viticulture et négoce. Comment penser construire durablement une filière s’il n’y a pas un minimum d’engagement de part et d’autre. Comment faire vivre une appellation si négoce et viticulture s’affrontent sans arrêt. On ne prétend pas que la mise en réserve va résorber toutes les tensions mais c’est un outil qui peut rendre service à l’appellation, permettre de niveler un peu les excès et les manques de produit ; éviter l’inadéquation permanente entre la production et les ventes. Au final, l’objectif visé, c’est quand même que ce dispositif puisse apporter une rémunération complémentaire aux producteurs ainsi qu’un approvisionnement stable aux opérateurs. Mais rien n’est gagné d’avance. Tout dépendra de l’implication de chacun.

Francis Barat – L’idée de créer une réserve de production n’est pas nouvelle. Elle courait depuis plusieurs années. Le Pineau n’est pas le Cognac. Ce n’est pas un produit stratégique dans le monde des spiritueux. Son économie est fragile. Dans l’intérêt même de la filière, il vaut donc mieux faire attention à ce que l’on fait ; tenter de trouver un équilibre pour que l’activité perdure. Le point de départ de la démarche reposait sur un constat simple : depuis un « paquet de temps », la viticulture ne gagnait pas sa vie et le négoce non plus. Comment inverser le cours des choses tout en sachant que le marché doit quand même être alimenté à un prix que le consommateur puisse accepter ? La problématique Pineau n’est pas facile. Elle obéit à une double composante : d’un côté, un rendement moûts fixé par la profession ; de l’autre, un rendement Cognac indépendant de toutes contingences économiques liées à l’appellation Pineau.

« L.P.V. » – Comment arriver tout de même à réguler la production ?

J.-M.B – Avec la mise en réserve, le but de la manœuvre consiste à produire éventuellement plus quand on le peut et à bloquer cette production, pour y piocher quand le besoin s’en fera sentir.

F.B. – L’année 2007 est un mauvais exemple. Vu les faibles disponibilités volumiques, tant en moûts qu’en eaux-de-vie, tout le monde sait que la mesure ne servira à rien ou à pas grand-chose.

J.-M.B. – Justement, c’est peut-être le moment de la mettre en place, en l’absence d’enjeu majeur. Au moins ne pourra-t-on pas nous incriminer de prendre le risque de casser les prix avec un rendement de 72 hl vol./ha.

« L.P.V. » – D’une certaine manière, la mise en place de la réserve de production ne sert-elle pas à « faire passer la pilule » des 72 hl vol./ha, un rendement qui fait lui-même suite aux 50 hl vol. de la récolte 2006 ?

J.-M.B. – On peut toujours critiquer les 50 hl vol./ha de l’an dernier.

F.B. – Effectivement c’était un scandale (sourire).

J.-M.B. – C’était pourtant la seule solution dont disposait le syndicat pour créer un électrochoc. Ensuite, on ne pouvait pas anticiper l’explosion du Cognac. Il est clair que l’envolée des prix du Cognac sur le second marché, conjuguée au prix très bas du Pineau vrac, a favorisé la concurrence du Cognac sur les ha Pineau. Espérons que le rendement de 72 hl/ha (60 hl libres + 12 hl bloqués) puisse rétablir un certain équilibre. A l’évidence, nous n’aurions jamais obtenu les 72 hl vol. auprès de l’INAO sans la mise en place d’une réserve de production. C’était un peu le « deal ».

« L.P.V. » – Concrètement, comment la mise en réserve de production va-t-elle fonctionner ?

J.-M.B. – C’est une réserve annuelle. Pour l’année 2007, le rendement de l’appellation est fixé à 72 hl vol. de moûts Pineau, dont 60 hl vol. libres et 12 hl de mise en réserve. En tout cas, ce sont les chiffres de cette récolte. Pour l’an prochain, on verra. Prenons l’exemple d’un producteur qui, en 2007, élabore du Pineau. Au printemps 2008, le Comité national du Pineau l’informera qu’il dispose de x… hl de Pineau bloqués, qu’il ne pourra pas vendre avant la date du déblocage collectif. Une fois cette date révolue, le producteur sera libre de vendre ou de ne pas vendre son Pineau, comme il sera libre en 2007, de produire ou de ne pas produire les 72 hl vol./ ha. S’il n’en produit que 60, il n’aura pas de réserve. S’il en produit 68, il se verra notifier une réserve de 8 hl vol./ha. La réserve est quelque chose de facultatif, laissée au libre choix du vigneron.

« L.P.V. » – Qui décide du déblocage de la réserve de production et en fonction de quoi ?

J.-M.B. – La décision de libérer collectivement les volumes appartient à l’interprofession, en fonction de la situation de marché. Mais la réserve peut aussi être libérée de façon individuelle, pour répondre à des aléas de production. Imaginons un producteur de Pineau qui verrait sa récolte anéantie par un orage de grêle. Il pourrait demander le déblocage de sa réserve de production. En cela, l’outil de mise en réserve constitue une assurance, une sorte de mutuelle coup dur.

F.B. – Pour la production 2007, il a été admis que le blocage de la réserve ne pourrait pas aller au-delà du 1er avril 2010. Nous aurions pu prévoir une durée plus longue mais, dans les circonstances actuelles, il ne nous semblait pas souhaitable d’envisager un prolongement du blocage. A la limite même, rien n’empêcherait l’interprofession de libérer la réserve 2007 lors de la récolte 2008, même si le Pineau n’est pas encore commercialisé (commercialisation à partir du 1er décembre 2008 pour le Pineau rouge et du 1er avril 2009 pour le Pineau blanc – NDLR).

J.-M.B. – Au cours de l’été 2008, à un moment où tout un chacun réfléchit à sa production, la décision de débloquer 2007 et de bloquer 2008 serait à coup sûr un message fort envoyé à nos producteurs. « Si nous débloquons la réserve 2007, c’est que nous en avons besoin ! » Cet outil de mise en réserve, ce sera à nous de le faire vivre. Il faudra s’en donner les moyens. Sinon il tombera en désuétude. Pourtant, il y a des régions où il fonctionne très bien. Je ne citerai que la Champagne, qui utilise la formule depuis longtemps. Elle vient même d’adopter un nouveau système très sophistiqué de réserve individuelle. Décidée collectivement, cette réserve individuelle est débloquée au cas pas cas.

« L.P.V. » – Quels sont les besoins actuels du Pineau ?

J.-M.B. – Les sorties sont relativement constantes, ce qui constitue d’ailleurs une sorte de performance dans un univers assez déprimé des apéritifs à base de vin (ABV). Ces sorties s’établissent à 110 000 hl vol. bien tassés. Si on y ajoute les freintes, c’est d’un bon 120 000 hl vol. dont le Pineau a besoin en terme d’approvisionnement. Pour l’instant, ça va. Mais l’inquiétude commence à poindre. La production ne doit pas trop diminuer.

F.B. – L’économie du Pineau étant ce qu’elle est, il n’en faudrait pas beaucoup pour déstabiliser les marchés. Si l’on considère les 110 000 hl vol. de sorties, grosso modo, la moitié est vendue par les viticulteurs vendeurs-directs. On peut imaginer que ces derniers vont continuer à produire pour remplir leurs bouteilles. L’approvisionnement de l’autre moitié des ventes est plus problématique. On y retrouve deux types de négociants : les négociants coopérateurs comme H. Mounier ou Uni Cognac et les négociants tout court. Si l’on peut considérer que les coopératives alimentent leurs besoins, les « purs » négociants se retrouvent en première ligne en cas de récession des disponibilités. Imaginons qu’ils aient besoin de 30 000 hl vol. Si l’offre se rétrécit de 15 000 hl vol., cette baisse s’imputera quasi exclusivement sur les 30 000 hl vol. des négociants, soit sur la moitié de leurs besoins. On voit tout de suite le risque de déstabilisation. Cela peut aller très vite.

« L.P.V. » – Est-ce que cela signifie que le prix du Pineau est condamné à monter ? Le Syndicat des producteurs a-t-il une idée du « juste prix » ?

J.-M.B. – Le syndicat n’a pas forcément envie de se positionner sur un prix qui, par essence, est condamné à être remis en cause. Le bon prix d’aujourd’hui deviendra le mauvais de demain. Une chose est certaine, ce chiffre doit être le plus près possible de celui du Cognac, pour une raison simple : si l’on veut intéresser les producteurs de Pineau, l’écart ne doit pas être trop grand entre le prix du Pineau et celui du Cognac.

F.B. – Sauf que s’aligner sur le prix actuel du Cognac reviendrait à rendre le Pineau invendable.

J.-M.B. – Au sujet des prix, il est évident que négoce et viticulture ne partagent pas la même approche. Les uns et les autres défendent leurs propres revendications. En tant que producteur, je dirai que le prix payé par l’acheteur doit permettre de prendre en compte l’évolution des exploitations viticoles. Les structures grossissent, elles font de plus en plus appel à de la main-d’œuvre salariée. Les normes progressent, nous obligeant à réaliser des investissements, investissements rendus possibles à la seule condition que la rémunération permette de couvrir les charges.

F.B. – Notre rôle ici, au sein de l’interprofession, est de tenter de dégager un équilibre. Je comprends bien qu’un producteur ne continue pas à fabriquer longtemps quelque chose qui lui coûte 10 et ne lui rapporte que 8. Par contre, l’exercice a ses limites, en l’occurrence le niveau de prix que le consommateur accepte de payer pour le produit. Avec le Pineau, nous disposons d’une marge de manœuvre assez faible. Hors de ses frontières, le produit ne jouit pas d’une immense notoriété. Les taxes ne nous arrangent pas non plus. Je sais bien que certains prônent la répercussion de la hausse des prix, quitte à encourir à une baisse des volumes. « Augmentons les prix de 10 % et acceptons de voir baisser nos ventes de 10 %. » Sauf que les choses ne se passeront pas forcément ainsi. La grande distribution capte les plus gros marchés de Pineau. C’est un fait. Des enseignes représentent à elles seules 10 à 12 000 hl vol. Une augmentation de prix peut se solder par une baisse des ventes mais aussi par un déférencement de la totalité de la commande. Je ne dis pas que cela se passera automatiquement ainsi mais il faut faire attention. A nous de piloter le virage de manière harmonieuse et intelligente.

« L.P.V. » – Entre la concurrence exercée par le Cognac et les conditions climatiques de l’année, comment voyez-vous la production de Pineau 2007 ? Y a-t-il un risque que les producteurs se détournent durablement de l’appellation ?

J.-M.B. – Tout ce que l’on peut dire, c’est que le producteur qui va élaborer du Pineau en 2007 le vendra facilement et à un prix rémunérateur. Je ne crois pas que beaucoup de producteurs de Pineau quittent l’appellation. Certains ont fabriqué du Pineau en 2006 et l’ont mis en stock. Ils ne produiront pas cette année mais y reviendront l’an prochain. Qui plus est, le Pineau draine de l’affectif. Ceci dit, l’affectif ne suffit pas. Pour vivre, l’appellation a besoin de s’appuyer sur une rémunération correcte et nous nous battrons pour cela. Le syndicat demande aussi aux producteurs de ne pas avoir la mémoire courte. Aujourd’hui, le Cognac brille au firmament. Mais il y a encore trois ans, le Pineau était présenté comme la meilleure diversification du Cognac.

F.B. – Actuellement, le Cognac courtise assidûment les zones Pineau. Pourtant, en cas de retournement, ce seront les premières à être abandonnées par le Cognac. Je ne crois pas que ce soit un service à rendre aux producteurs que de leur conseiller de délaisser le Pineau.

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