Pellenc rachète Pera

9 avril 2014

Dans l’univers de la fabrication des équipements viti-vinicoles, les sociétés Pellenc et Péra incarnent des marques et des produits de références connus de tous les viticulteurs. Lorsque, au mois de mai dernier, les premiers échos d’un éventuel rachat de Péra, un fleuron de l’industrie vinicole française par un autre fleuron du secteur viticole, Pellenc-sa, ont commencé à filtrer, personne n’y croyait réellement ! Pourtant, quelques mois plus tard, le rapprochement a été officialisé et désormais, la division équipement de cave Pera-Pellenc est sur les rails. Pellenc a connu au cours des 15 dernières années un développement constant grâce à la volonté des dirigeants d’investir en permanence dans des moyens de recherche importants. L’entreprise s’est dotée depuis 20 ans d’une structure de recherche technologique intégrée qui est à l’origine de toutes les innovations de la marque, les releveuses, les prétailleuses, les sécateurs électriques, les attacheurs électriques, les effeuilleuses, les MAV, des trieurs de vendanges, les robots de cueillettes de pommes et d’olives… Le rachat de Péra, qui est la première opération de croissance externe du groupe Pellenc, atteste à la fois d’un changement de la stratégie de développement et aussi d’une volonté de renforcer les activités dans le cœur de métier historique de la société. Jean-Pierre Pettavino, le directeur général du groupe Pellenc, estime que le fait de construire et de commercialiser une gamme longue de matériels destinés à la vigne et aux chais est un projet ambitieux et porteur d’avenir. Pellenc affirme l’ambition de devenir un acteur majeur des équipements viti-vinicoles.

 

 

L’activité du groupe Pellenc au cours de l’année 2013 a-t-elle été conforme à vos objectifs de croissance ?

p35.jpgL’activité du groupe Pellenc a été bonne au cours de l’année 2013. La filière viti-vinicole reste le poumon de l’entreprise et, dans un proche avenir, notre objectif est de conti-nuer à réaliser de gros investissements pour satisfaire les besoins du secteur vigne et vin. Le chiffre d’affaires du dernier exercice de notre groupe s’établit à 133 millions d’€. Il est en progression spectaculaire depuis quelques années puisqu’en 2010, il n’était que de 85 millions d’€. L’activité dans le secteur viticole a toujours été le poumon de l’entreprise grâce à une gamme d’équipements large (MAV, prétailleuse, releveuse, rogneuse, effeuilleuse, électro-portatif…). Nous considérons que le développement de gammes de produits pour la vigne et les caves est stratégique pour l’avenir du groupe Pellenc. D’ailleurs, en 2013, le cumul des activités équipements de viticulture et de cave représente presque 50 % de notre chiffre d’affaires. Au cours des cinq dernières années, le dévelop-
pement de la gamme spécifique d’outils électro-portatifs pour les espaces verts a été une grande réussite. C’est un domaine où notre savoir-faire doit nous permettre de continuer à gagner des parts de marché. L’autre grande satisfaction est le département équipements de vinification, qui a littéralement décollé avec une gamme de produits étroite. Les matériels de tri inno-vants que nous avons développé ont suscité de l’intérêt auprès de nombreux vinificateurs en France et dans de nombreux autres pays viticoles. La philosophie de Pellenc de miser en permanence sur l’innovation pour conquérir des parts de marché a une nouvelle fois démontré son intérêt.

Pourquoi avez-vous décidé de développer le pôle d’activité vinicole en ayant une démarche de croissance externe avec le rachat des activités de Pera ?

Nous avons fait une percée dans l’univers des équipements de chais avec de véritables innovations au niveau du tri. Néanmoins, pour être reconnu dans ce nouveau secteur d’activité, il faut avoir une gamme longue de produits. En rachetant les activités de Pera, c’est le moyen de pérenniser cette nouvelle ligne de produits en étant en mesure de proposer aux clients une gamme longue d’équipements de chais. Nous considérons que l’acquisition de Pera ouvre de nouvelles perspectives de dévelop-
pement pour le groupe Pellenc dans une filière voisine de celles que nous travaillons déjà. Le groupe Pellenc sera désormais le premier constructeur qui va proposer une offre de produits large allant de la vigne à la cave. Il nous a semblé aussi que cela correspondait à une attente de nos clients qui, après notre engagement dans la fabrication des systèmes de tri, attendaient autre chose.

Le projet de développement d’une gamme d’équipements de chais est donc le fruit d’une stratégie de développement bien anticipée ?

Cela fait dix ans que l’équipe dirigeante de Pellenc a pris la décision de diversifier ses activités dans l’univers vinicole. Culturellement, les hommes de notre entreprise étaient déjà très enracinés dans la vigne. Investir dans la cave nous a semblé être une diversification beaucoup plus facile que d’aller chercher des sources de développement dans des domaines inconnus. Devenir un constructeur d’équipements proposant une gamme longue de produits pour la vigne et le chai est un challenge qui motive les hommes de l’entreprise. De toute façon, la vigne et le vin c’est l’âme de Pellenc.

L’acquisition de l’entreprise Pera
ne va-t-elle pas modifier la stabilité financière du groupe Pellenc ?

La volonté de l’actionnaire principal pendant plusieurs décennies a été de réin-
vestir l’ensemble des profits dans l’en-
treprise pour être en mesure à la fois de résister aux aléas de conjonctures viticoles difficiles suite à des accidents climatiques (du type gel de 1991) et se donner les
moyens de développer au sein de la société une cellule de recherche technologique performante. Cette stratégie s’est révélée être judicieuse puisque la création du pôle de recherche a joué un rôle capital dans le développement de Pellenc. La création de nouveaux produits innovants a littéralement porté l’activité depuis 20 ans et elle nous paraît toujours aussi essentielle. L’importance des fonds propres (60 millions d’euros en 2011) de l’entreprise représente un gage de stabilité financière qui ne sera pas remis en cause avec le rachat de la société Pera. Avec cette acquisition, Pellenc franchit une nouvelle étape de son déve-loppement.

Le rachat de Pera par Pellenc a surpris beaucoup de monde car les deux sociétés semblaient évoluer de manière sereine dans leurs créneaux de marché respectifs ?

Effectivement, les deux sociétés avaient une activité plutôt prospère sur deux créneaux de marchés différents. Les deux équipes dirigeantes portaient aussi un regard lucide sur l’avenir de leurs entreprises à moyen terme. Chez Pellenc, le fait de mettre un pied dans le vinicole avec les équipements de tri innovants a toujours été perçu comme le point de départ d’une nouvelle phase de développement. Grâce aux 13 filiales dans le monde, les équipes de terrain nous faisaient régulièrement remonter des informations sur le potentiel de marché des équipements de cave. On ne s’est pas engagé dans la fabrication de matériels de cave par hasard, c’était une décision sagement mûrie. Chez Pera, qui est une société majeure dans le secteur des équipements vinicoles en France (80 % de son chiffre d’affaires), la concentration des grosses structures de vinification cootives devenait au fil des années un sujet de préoccupation. Comme ce secteur de marché était en train de se resserrer et que la marque était moins présente auprès des structures de production des vignerons indépendants, la recherche de nouveaux débouchés à l’exportation dans l’avenir s’imposait. Les dirigeants de Pera souhaitaient aussi renforcer le déve-loppement technologique pour proposer de nouveaux équipements innovants. Les deux sociétés Pera et Pellenc qui partageaient une vision assez proche de leur développement étaient donc faites pour s’entendre.

Le rapprochement entre Pellenc et Pera est en quelque sorte l’aboutissement d’un projet mûrement réfléchi ?

Chez Pellenc, la totalité des dossiers de développement de l’activité sont préparés de longue date. Le projet de devenir un acteur efficient dans l’univers des équipements de cave a été mis sur les rails depuis presque 10 ans, en misant à la fois sur la capacité d’innovation Pellenc et éventuellement sur la croissance externe en privi-légiant la piste française. Des contacts informels existaient entre les deux sociétés depuis de nombreuses années et les hommes s’appréciaient et se respectaient. Les premières discussions entre Pellenc et sur la faisabilité d’un éventuel rapprochement ont été abordées avec sagesse et réalisme. La notion de rapprochement des deux pôles d’activité est porteuse de sens et de valeurs que nous devons mettre à profit pour construire de façon commune un projet d’entreprise ambitieux. Le fondement de cette initiative est d’asseoir le pôle vinicole des deux sociétés et non pas de siphonner un capital de technologie. Les dirigeants de Pellenc et de Pera avaient de toute façon les mêmes objectifs : la passion d’entreprendre, l’innovation et la volonté de se développer à l’international.

Pellenc va-t-il s’engager dans de nouvelles acquisitions pour renforcer sa gamme d’équipements vinicoles ?

Non, Pellenc ne va pas s’engager dans de nouvelles acquisitions à court terme. Nous souhaitons avant tout réussir le mariage avec Pera, qui représente un enjeu stratégique pour le développement de nos gammes d’équipements vinicoles.

Comment sera organisé le nouveau pôle d’activité vinicole Pera-Pellenc ?

Didier Pera a fait valoir ses droits à la retraite et il est remplacé par Rémy Niero, l’ancien responsable du département matériel de chai de Pellenc. Il occupe depuis quelques semaines la fonction de président de la nouvelle entité de production et de commercialisation d’équipements vinicoles Pera-Pellenc. Il est entouré d’une équipe de cadres expérimentés, Xavier Pera à la direction industrielle, Sophie Pera à la direction administrative et industrielle, et Jean Pera, qui est un homme d’expérience, devient consultant commercial spécialisé. La reprise de l’ensemble des activités de Pera s’est effectuée sans aucun départ au niveau du personnel. La distribution du matériel de cave sera abordée en s’appuyant sur un réseau de distribution spécifique et en utilisant les atouts des deux sociétés historiques, la forte notoriété de Pera dans les structures de vinification collectives et les filiales de commercialisation Pellenc à l’étranger. La France est un marché important sur lequel nous allons déployer des efforts conséquents. Les caves particulières représentent un créneau important et en essor où il y a beaucoup à faire. Pellenc, avec le lancement de sa gamme de trieurs de vendange innovants, a réussi une percée assez remarquable auprès de nombreux domaines. Nous souhaitons capitaliser cet ensemble d’atouts en nous appuyant sur des structures de distribution régionales bien organisées. Il nous paraît indispensable de disposer dans tous les vignobles d’un réseau de distributeurs
ayant les compétences pour vendre, mon-ter et entretenir des équipements de cave.

Pourquoi avez-vous fait le choix de créer des filiales de distribution de tous vos équipements dans des régions viticoles comme le Bordelais ou les Charentes ?

Il est capital pour Pera-Pellenc de s’appuyer sur un réseau de distribution efficient. C’est aussi une demande des clients d’avoir des interlocuteurs compétents pour monter et réparer des produits qui sont de plus en plus technologiques. Dans les zones où les distributeurs en place ne sont pas en mesure de distribuer l’ensemble de nos équipements viticoles et vinicoles, la stratégie est de créer nos propres entités de distribution. C’est ce que nous avons fait depuis le 1er janvier 2014 dans les vignobles du Bordelais et des Charentes. La filiale Pellenc Bordeaux-Charentes est devenue otionnelle en Gironde depuis la fin décembre, avec le rachat de la société Jacques Jean à Saint-Laurent-du-Médoc et de la société Clabé dans l’Entre-Deux-Mers. Cette dernière base a été agrandie et une nouvelle implantation verra le jour dans le Libournais fin 2014 ou début 2015. La gestion de la nouvelle filiale Pellenc Bordeaux-Charentes a été confiée à Frédéric Beau, qui a occupé un poste de responsabilité dans une concession importante. En Charentes, le rapprochement avec la société Velot, implantée à Rouillac et à Châteauneuf-sur-Charente, sera finalisé dans le courant de l’année 2014. Cette concession, qui est un distributeur historique de la société Pera, commercialise aussi depuis le 1er janvier l’ensemble des équipements Pellenc. Néanmoins, pour 2014, le réseau commercial en place en Charentes demeure. La réorganisation des structures de distribution en Charentes et dans le Bordelais atteste aussi de la
volonté de Pellenc d’apporter un meilleur service aux viticulteurs et d’entretenir avec eux un dialogue permanent sur nos pro-
duits et leurs attentes en matière d’évolutions technologiques. Dans les mois et les années à venir, de nouveaux produits vont sortir de la technopole de Pertuis.

L’activité de Pellenc SA en 2013
● Un chiffre d’affaires de 133 millions d’euros.
● Les équipements de viticulture et de cave ont représenté presque 50 % du chiffre d’affaires en 2013.
● 70 % de l’activité réalisée à l’expor-tation.
● Résultats de 7 %.
● 1 150 collaborateurs répartis dans 6 sites industriels et 13 filiales de commercialisation.
● 360 salariés sur le site de Pertuis.
● 8 % du chiffre d’affaires investis dans la recherche et le développement.
● 120 techniciens et ingénieurs travaillent en permanence dans le pôle de recherche technologique à Pertuis.

L’activité de Pera en 2013
● Société familiale spécialisée uniquement dans les équipements de cave.
● 120 années d’existence.
● Un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros.
● 168 collaborateurs.
● 20 % de l’activité réalisés à l’expor-tation.
● 3 000 pressoirs pneumatiques en service depuis 25 ans.
● Très forte implantation dans les grosses structures de vinification de type coopératives.
● Un site industriel installé à Florensac dans l’Hérault.
● Une filiale de commercialisation en Argentine.
● Un bureau d’étude spécifique implanté en Champagne.

 

 

 

 

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