Patrice Pinet, Courvoisier : « Une stratégie d’investissements »

28 novembre 2012

Le groupe de spiritueux Jim Beam Brands affiche de fortes ambitions pour Courvoisier. La maison de Cognac fait partie de ses six marques principales. Investissements dans l’outil industriel, innovation produits, effort significatif vis-à-vis de l’approvisionnement, en volume comme en prix… Pour Patrice Pinet, directeur général de Courvoisier, « les investissements commerciaux et industriels ne servent à rien si manque la matière première. »

p12.jpgUn mois s’est écoulé depuis les vendanges. Quel regard portez-vous sur la récolte ?

Ce fut une année difficile, pas tout à fait à la hauteur des espérances, au plan volumique en tout cas. Par contre, au niveau qualitatif, je pense que ce sera un bon millésime. Les informations qui remontent de notre laboratoire indiquent des résultats analytiques et organoleptiques très satisfaisants. Les eaux-de-vie nouvelles présentent un profil intéressant. Elles sont fleuries, florales. Le taux d’acidité est assez élevé, l’acidité volatile faible. Tout est réuni pour élaborer de belles eaux-de-vie.

Les volumes ?

Ils ne sont pas dramatiques non plus. La fourchette indiquée par la Station viticole semble la bonne : entre 90 et 100 hl vol./ha avec, il est vrai, des degrés assez erratiques – entre 7,5 et 11,5 % vol. – et une forte variabilité des rendements. Malgré tout, je ne serai pas étonné que nous nous situions entre 8,5 et 9 hl AP/ha. Ce qui laisse augurer certes d’un petit déficit par rapport à l’objectif régional des 10,83. Il faut louer la décision prise par l’interprofession de mettre en place la réserve climatique. Elle va servir de manière significative cette année.

Par rapport à votre approvisionnement, êtes-vous confiant ?

Je suis complètement serein. Nous ne pouvons que nous féliciter du comportement de 99 % de nos livreurs. La maison Courvoisier a su créer un partenariat avec les viticulteurs, basée sur la confiance et les bonnes relations. Je sais que nos livreurs se font un point d’honneur à honorer leurs contrats. Par ailleurs le groupe Beam affiche de fortes ambitions pour la maison Courvoisier. Elle fait partie du pool de ses six marques internationales. Courvoisier profite d’une stratégie d’investissement tant en volume qu’en prix.

Comment cela se traduit-il ?

En volume, nous avons annoncé en juin une hausse de nos achats de 10 % et, sur les prix d’achat des vins de distillation, nous sommes sur une hausse de 10 à 12 % par rapport à l’an dernier, voire de 12 à 14 % pour les Bons Bois. Le delta de 2 % (10 à 12 % ou 12 à 14 %) s’explique par une décision du conseil d’administration. Depuis quelques années et grâce aux efforts conjugués de nos livreurs et de nos services techniques, nous constations que les eaux-de-vie nouvelles étaient primées à hauteur de 95 à 100 % des volumes présentés. Nous avons décidé d’intégrer ces primes qualité dans le prix d’achat. C’est ainsi que cette année, un viticulteur qui n’aurait pas reçu de prime qualité l’an dernier, verrait son prix de base augmenter de 12 % contre 10 % pour les viticulteurs ayant vu leurs eaux-de-vie primées. Même chose pour les Bons Bois.

Et sur les eaux-de-vie ?

Leur prix va progresser d’environ 10 %.

Pourquoi accordez vous un coup de pouce supplémentaire aux vins par rapport aux eaux-de -vie et pourquoi introduire un différentiel sur le cru Bons Bois ?

Depuis plusieurs années, nous appliquions des compléments de prix aux eaux-de-vie de compte 1 / 2 / 3 tandis que le prix des vins n’augmentait pas beaucoup. Avec le conseil d’administration, nous partagions la même analyse. Il fallait remonter le prix des vins en priorité. Quant à l’effort supplémentaire sur les Bons Bois, nous avons voulu nous assurer qu’il n’y aurait pas de décrochage de prix sur ce cru.

En valeur absolue, cela donne quoi sur les eaux-de-vie 00 base Fins Bois ?

Sur ce cru, où se portent principalement nos achats, le prix des 00 s’élève à 970 € l’hl AP. Par ailleurs, nous avons prévu d’instaurer une prime complémentaire d’engagement pour tous ceux qui livreraient leur contrat comme prévu. Non que nous voulions attirer tous les volumes vers Courvoisier (sourire). Il s’agit davantage de soutenir les investissements au vignoble et/ou l’investissement dans la réserve climatique. Les deux représentent un coût, qu’il paraît logique de récompenser par ce que nous appelons « une prime d’engagement ».

Comment jugez-vous l’augmentation des prix ? Normale, nécessaire ?

Premier élément important : elle résulte chez nous du bon partenariat qui existe au sein du conseil d’administration de la sica des Baronnies. Lors de nos échanges avec les administrateurs, nous nous sommes penchés sur les coûts de production, en hausse cette année alors que le rendement moyen s’affichait en baisse. Il fallait s’assurer que le revenu couvrirait ces coûts. Le second élément a trait à la bonne santé financière de la société, associée à son « mix qualité » qui tend vers une montée en gamme. Cet effort sur les prix, nous n’aurions peut-être pas pu le faire il y a cinq ans.

Comment se porte la marque ?

Courvoisier est toujours très présente sur ses deux grands marchés traditionnels que sont les Etats-Unis et l’Angleterre. Mais alors que ces destinations concentraient il y a 5 ans 80 % de nos ventes, elles représentent aujourd’hui 70 % des volumes. Courvoisier s’est redéployée sur l’Asie et la Russie, même si la marque tient toujours fermement ses positions. Nous restons par exemple leader en Angleterre, alors que le marché n’est pas facile. En valeur, la croissance s’est révélée plus forte qu’en volume. Si le VS représentait dans notre société 80 % des ventes il y a cinq ans – compte tenu de la dominante des marchés anglais et américain – les qualités les plus jeunes ne pèsent plus que 65 % des ventes. Notre « mix qualité » a beaucoup évolué. Les ventes de VSOP et XO se sont développées, en Asie et en Russie bien sûr mais aussi sur nos marchés traditionnels. Une montée en gamme généralisée.

En nombre de caisses, combien « pèse » Courvoisier ?

Aujourd’hui Courvoisier plus Salignac commercialise 1,5 million de caisses. Sur les marchés matures notamment, nous poursuivons notre démarche d’innovation. Nous avons lancé l’an dernier aux Etats-Unis un « prêt à boire » composé de Cognac et de Vin doux naturel, Rosé Courvoisier. Nous récidivons cette année avec Gold Courvoisier, un mélange de Cognac et de Muscat. Ces nouveautés font parler de la marque et « boostent » même nos produits traditionnels. Tout cela me fait dire que nous sommes plutôt sur une phase optimiste, à la fois sur le « mix qualité » et sur l’innovation produit. Autant de bons messages que nous transmettons aux conseils d’administration de nos coopératives associées ainsi qu’à nos partenaires viticlteurs.

ZOOM
• Sur le site de la Belloire, Courvoisier va investir plus de 6 millions d’€ dans la rénovation de sa chaîne de mise en bouteille. Mise en service du nouvel équipement : 2013-2014.
• La maison s’apprête à lancer un programme de construction de chais sur le site des Métairies. Aux onze chais déjà présents, vont s’adjoindre de nouveaux bâtiments de stockage. Date prévue : 2015.
• La société de Jarnac vient de fêter avec son personnel le 1er anniversaire de Jim Beam Brands. Le groupe de spiritueux, auparavant filiale de Beam global, la société américaine qui a racheté Courvoisier en 2005, est aujourd’hui coté en bourse de New-York en tant que société de plein exercice.

 

 

A lire aussi

Du 15 au 30 juin, ce sont les journées de lutte contre les ambroisies

Du 15 au 30 juin, ce sont les journées de lutte contre les ambroisies

Le Ministère du Travail , le Ministère de la Santé et des Solidarités et l’Observatoire des Ambroisies - FREDON France rappellent l’importance des conséquences néfastes de ces espèces envahissantes et allergisantes. Pour rappel, l’Ambroisie à feuilles d’armoise...

BA 709 : 90 ans d’Armée de l’Air et pas une ride

BA 709 : 90 ans d’Armée de l’Air et pas une ride

C’est en 1938 que, sous l’impulsion du maire de Cognac Paul Firino Martell, le terrain d’aviation militaire de Châteaubernard voit le jour. Une idée novatrice pour l’époque : l’aviation militaire, bien que déjà développée depuis la première guerre mondiale, n’était...

error: Ce contenu est protégé