Patrice Fradet, directeur de territoire au CER France Charente

20 novembre 2013

Pour le compte de son réseau, Patrice Fradet intervient régulièrement en Afrique. Sa dernière mission : conseiller des conseillers au Burkina Faso. Par rapport à sa pratique habituelle, le conseiller de gestion retrouve en Afrique sens de l’entrepreneuriat et la tentation, communément partagée, « de rechercher des solutions toutes faites ». La grande différence porte sur le niveau d’infra-structure, source de précarité. Le moindre accident se paie au prix fort.

 

 

p39.jpgPour vous, l’Afrique, c’est une découverte ?

Pas vraiment. J’y ai travaillé pendant sept ans, à travers des missions au Tchad, à Madagascar… J’ai pas mal tourné. Et j’y reviens régulièrement. Ma dernière mission s’est déroulée sur trois ans, d’avril 2011 à janvier 2013. Avec un collègue de Midi-Méditerranée, nous avons animé cinq sessions d’une dizaine de jours chacune, au cours desquelles nous avons formé une centaine de conseillers travaillant pour une grosse OPA. Cette structure de type coopératif couvre tout le pays. Elle compte 220 000 membres et embrasse plusieurs filières. Ce n’est pas une petite association locale. CER France a été sollicité par l’Agence française de développement et l’AFDI pour apporter un appui, à la fois en terme de formation des conseillers et de réflexion stratégique sur le développement du conseil. Comment l’organiser, le déployer, le financer ? Sur le terrain, nous sommes intervenus auprès des salariés mais aussi des conseils d’administration des groupements.

Quel constat en tirez-vous ?

Je m’aperçois qu’en Afrique la problématique du conseil est à peu près la même que chez nous. Les gens sont plutôt à la recherche de solutions toutes faites. Notre travail consiste à les aider à réfléchir en groupe, pour trouver des solutions par eux-mêmes. En ce qui concerne l’approche métier, ils se posent des questions similaires aux nôtres, sur les marges brutes, les coûts de production, les prix de vente. En terme de surfaces ou d’entrepreneuriat, la même diversité et les mêmes attitudes se retrouvent, à la différence près qu’en Afrique une sorte de nivellement par le bas s’exerce. Il ne faut pas trop dépasser la tête. C’est pourquoi les zones de migration ont tendance à se révéler plus dynamiques que les autres, car les jeunes se libèrent plus facilement des contraintes de la société traditionnelle. Mais là encore attention ! L’argent gagné doit être en partie redistribué, au risque de susciter des jalousies. La société africaine n’est pas aussi idyllique que certains le prétendent.

En agriculture, la réussite individuelle existe-t-elle ?

D’une centaine façon oui et sur des exploitations pas forcément très grandes. En guise de sructures, on trouve un peu de tout : des 5, 10, 15 ha. Je connais un agriculteur, président d’un réseau de gestion, qui a réussi à financer les études de son fils aux Etats-Unis, aux prix de lourds sacrifices. La culture du coton, souvent décriée, a représenté et représente encore un facteur important du développement. Dans son sillage sont arrivés la mécanisation, les intrants.

Peut-on dire que l’agriculture africaine s’insère dans l’économie marchande ?

Pas tant que ça. Le paysan vend ce qu’il a en trop. Dans les faits, ne sont destinées à la vente que les cultures de contre-saison. Les cultures vivrières, elles, servent à nourrir la famille. Un des objectifs du conseil va justement tenter de voir comment produire plus, pour vendre plus. Avec quels moyens, quelle organisation ? La gestion des greniers répond à toute une approche. Comment calculer les besoins de la famille ? Peut-on stocker un peu plus que ses besoins ? Quelle organisation mettre en place pour essayer de vendre en période de soudure, là où les prix sont meilleurs ? Quels sont les facteurs limitants.

Justement, quels sont-ils ?

A coup sûr l’accès au crédit en est un. Jusqu’à présent, les paysans ne peuvent compter que sur l’autofinancement, alors même que l’agriculture a du potentiel. On le voit bien ! Dès que les gens arrivent à mettre un peu de fumier, un peu d’engrais, peuvent travailler avec une paire de bœufs, les écarts de rendement se creusent tout de suite. Ce besoin de financement, la coopération française l’a bien identifié et essaie d’enclencher des actions. Globalement, les gens sont trop « coincés ». A la rentrée des classes, pour financer la scolarité des enfants, ils sont obligés de vendre, même si les prix sont bas. Après, il y a un problème patent d’infrastructures. Les paysans doivent faire avec rien ou presque alors qu’ils bossent, et plutôt bien. Dans ce contexte, le moindre pépin de santé – une crise de palu du chef de famille par exemple – peut tout mettre en l’air. Il n’y a pas de filet protecteur. Ce qui se traduit par une grosse fragilité.

L’aide au développement est-elle efficace ?

Elle apporte son concours. Cependant, les actions sont souvent trop courtes. Une mission de trois ans c’est bien mais elle réclamerait plus d’accompagnement, plus de suivi. Par ailleurs, les gens ne sont pas toujours très professionnels. Cela confine parfois au « club de retraités » qui se font plaisir en se rendant en Afrique.

 

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