OIV – Cognac : Quand la cité des eaux-de-vie reçoit l’ONU de la vigne et du vin

11 décembre 2009

Les 22 et 23 octobre derniers, à l’invitation du Bureau national interprofessionnel du Cognac, l’OIV (Organisation internationale de la vigne et du vin) a tenu deux réunions importantes dans la cité des eaux-de-vie. Les 75 personnes présentes ont parlé au nom d’une trentaine de nations. Un événement symbolique l’année du centième anniversaire de la région délimitée.

Curieuse impression d’entendre les Géorgiens lire leur communication en géorgien et les Turcs en turc, à charge pour les interprètes de rendre les langues compréhensibles à tous. Véritable tour de Babel, l’OIV est ainsi faite. Elle abrite en son sein 43 pays membres, des plus frontaliers aux plus exotiques, 2 pays observateurs, 9 ONG et, pour faire bonne mesure, une province chinoise. Las, en 2000, les Etats-Unis se sont retirées de l’organisation. Une plaie que d’aucun voudrait voir se refermer avec le retour au bercail de l’enfant prodigue.

On qualifie parfois l’OIV d’ONU de la vigne et du vin. De l’Organisation des nations unies, elle partage en effet le statut d’organisme intergouvernemental. Signe le plus visible de cet état de fait ! Les plaques minéralogiques des voitures de l’OIV. Elles portent les lettres CD pour « corps diplomatique ». Le siège de l’organisation, rue d’Aguesseau à Paris (dans le 8e arr., tout près du faubourg Saint-Honoré et de l’illustre palais de l’Elysée) jouit de « l’ extra-territorialité », comme une ambassade. Créée en 1924 par un Arrangement (une convention) entre différents Etats, l’OIV a toujours œuvré dans le sens d’un rapprochement des réglementations viticoles de ses pays membres, tant vis-à-vis des producteurs que des consommateurs.

l’oiv émet des propositions

L’OIV n’est pas un organe décisionnaire. Elle se contente d’émettre des propositions. Ensuite, les Etats membres sont libres de reprendre ou de ne pas reprendre les résolutions de l’OIV dans leurs propres textes. Cependant, que l’on ne s’y trompe pas. En tant qu’instance de concertation l’OIV joue un rôle non négligeable. « Une fois que l’OIV s’est mise d’accord sur une limite, cette limite est généralement reprise par les pays membres. C’est pourquoi il ne faut pas se « manquer » lors des discussions à l’OIV » notait voilà quelques années un scientifique expert à l’OIV. Car l’Organisation internationale de la vigne et du vin fonctionne avec des spécialistes de la vigne, du vin et/ou des eaux-de-vie. Désignés par leurs pays d’origine, il s’agit la plupart du temps de directeurs d’instituts de la vigne et du vin, de professeurs d’université. Ces personnes qualifiées, reconnues dans leur sphère d’activité, donnent du poids à l’ambition de l’OIV d’être « cette référence scientifique et technique incontestable et incontestée. » Les travaux de l’OIV s’organisent en commissions, sous-commissions et groupe d’experts. Ces instances se réunissent sur de brèves périodes. Viticulture, œnologie, Droit et économie, Sécurité et santé constituent les quatre grandes commissions de l’OIV. Elles se complètent de deux sous-commissions – Méthode et analyse – Raisin de table – et de groupes d’experts. Parmi ces groupes d’experts existe le groupe Boissons spiritueuses présidé actuellement par le directeur du Syndicat des Brandies de Jerez. Participent à ce groupe le directeur de la Station viticole du BNIC, Luc Lurton ainsi qu’Azziz Allam, directeur des affaires juridiques de l’interprofession de Cognac. A leurs côtés se retrouvent des Sud-Africains, Italiens, représentants des pays de l’Est… Un nouveau groupe d’experts va bientôt voir le jour, celui des raisins secs. Ses recommandations aux Etats, l’OIV les adopte sur le mode du consensus. Elle avance donc à petits pas ou, selon le langage OIV, par « étapes ». Etape 1, étape 2, étape 3… pour boucler un cycle de discussion et proposer une résolution à l’assemblée générale, il n’est pas rare que 6 ou 7 étapes soient nécessaires. Autant s’armer de patience.

des assises « hors les murs »

A Cognac, les 22 et 23 octobre derniers, deux des principaux organes de l’OIV ont tenu une partie de leurs assises « hors les murs parisiens » : le Comité scientifique et technique (CST) et le Comité exécutif. En fait sur les cinq jours dévolus aux travaux, deux jours se sont déroulés à Cognac. Au planning figuraient un point d’étape sur le plan stratégique de l’OIV, défini pour trois ans en assemblée générale ainsi que l’approbation du budget de l’organisation. Pour la quatrième année consécutive, il a été décidé de maintenir le budget inchangé. En plus de la création du groupe d’experts « Raisin secs » a été évoqué le projet de cartographie ciblé du bassin viticole méditerranéen, élargi ensuite à tous les bassins du monde. A la partie travail s’est adjointe une partie découverte avec les visites des maisons Rémy Martin, Hennessy, Martell ainsi que le Maco (musée des Arts du Cognac). Une même séquence décentralisée avait été organisée l’an dernier en Champagne.

yves bénard, président de l’oiv

En juillet 2009, à Zagreb (Croatie), Yves Bénard a été élu président de l’OIV. Depuis le milieu des années 60 et après le baron Le Roy, brillant défenseur des AOC à Châteuneuf-du-Pape puis président de l’INAO, c’est le premier Français à occuper ce poste en quarante ans. Comme l’a indiqué le directeur général de l’OIV Frederico Castellucci, Y. Bénard a été élu « à bulletin secret avec 99 % des voix ». Le récipiendaire n’en tire pas une gloire exagérée. « A l’OIV, les décisions se prennent sur le mode du consensus, y compris la candidature du président. Notre organisation cultive un sens aigu de l’équilibre entre hémisphère nord, hémisphère sud, anciens pays producteurs, nouveaux pays. Il paraissait assez naturel qu’un Européen succédât à un Australien. » Son mandat court sur trois ans. Statutairement, cette durée est non renouvelable. Par contre, après l’exercice de son mandat, le président devient automatiquement vice-président les trois années suivantes. Aujourd’hui ce rôle échoit à Peter Hayes, past-président et Australien de son état. Le président est directement assisté par le directeur général de l’OIV. Fréderico Castellucci occupe cette fonction depuis 2004. Juriste de formation, diplômé des universités du Milwaukee et de Rome, c’est un polyglotte qui parle les cinq langues officielles de l’OIV (français, anglais, espagnol, italien, allemand). Accessoirement, sa famille possède une propriété viticole, l’Azienda vitivincola Castellucci, dans la région des Marches en Italie (région d’Ancône, sur l’Adriatique). L’adjoint au directeur général est un Français. Il s’appelle Yann Juban.

Yves Bénard n’est pas un inconnu dans le monde viticole. Président en exercice du Comité des vins et eau-de-vie de l’INAO, cet ingénieur agronome et œnologue formé à Montpellier a longtemps dirigé les activités Champagne du groupe LVMH. En tant que personnalité qualifiée au Comité scientifique et technique de l’OIV, il a eu le temps de s’imprégner des rouages de l’institution. Les thèmes des biotechnologies, des OGM, du climat, du développement durable, de la santé des consommateurs constituent quelques-unes des grands sujets de son mandat. Y. Bénard insiste sur la concurrence mondiale exercée par les produits non viniques, d’où l’intérêt pour les pays producteurs d’homogénéiser leurs règles. » L’intégration des pays consommateurs au sein de l’OIV représente pour lui une autre terre de mission. « Nous avons besoin d’avoir avec nous des pays comme la Chine et l’Inde. »

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