N’A-T-On Pas Sélectionné Un Mildiou « Premium » En 2008 ?

19 mars 2009

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Des dégâts précoces sur grappes.

Au cours de l’hiver dernier, les viticulteurs ont acheté leurs produits de traitements en morte-saison, en pensant qu’il n’était pas possible de revivre une seconde année de forte pression mildiou. Eh bien quelques mois plus tard, c’est arrivé, le mildiou est de nouveau le problème n° 1 de l’année. La situation en 2008 a été encore plus complexe à gérer, d’où une inquiétude latente qui persiste. Le mildiou, on pensait le connaître et savoir le combattre. Or, depuis deux campagnes, la nature nous a rappelé qu’elle avait un pouvoir de nuisance insoupçonnée. Certains se demandent même si dans les parcelles en 2008, le mildiou présent n’est-il pas un mildiou « premium » ayant une agressivité insoupçonnée ?

Le mildiou 2008 a surpris tous les observateurs avisés de la protection du vignoble par son agressivité pendant plus de deux mois et demi. Certes, les conditions climatiques ont été encore plus favorables que l’année dernière puisque, de début avril à la mi-juillet, les précipitations moyennes dans la région délimitée avoisinent les 350 mm avec localement des niveaux nettement supérieurs. De mémoire de viticulteurs et de techniciens, on n’avait jamais vu cela et donc, fatalement, le mildiou a profité de ce contexte extrême pour soit s’implanter tôt dans les parcelles, soit profiter du moindre incident de couverture. Les viticulteurs étaient globalement prêts à affronter une année difficile mais ils ne s’attendaient pas à une telle agressivité du parasite. Deux années à mildiou successives, cela n’était jamais arrivé ! Le vignoble de Cognac vient de subir cette situation et seule l’arrivée du beau temps à partir du 10-12 juillet a permis de stopper l’épidémie. La maladie semble avoir franchi cette année un niveau d’agressivité inconnu jusqu’à présent. Beaucoup de viticulteurs se demandent si le mildiou 2008 dans les parcelles est le même que celui qui était présent dans le vignoble en 2000. Les techniciens chargés des préconisations considèrent, eux, que les conditions climatiques ont été extrêmement favorables au développement de la maladie, d’où sa virulence exceptionnelle. La plupart des calendriers de traitements ont été soumis à rude épreuve et ce sont souvent les petits détails qui ont fait la différence. Intervenir au bon moment n’était pas facile du tout entre la mi-mai et la mi-juillet car la fréquence des jours de pluie était très importante. Dans un tel contexte, il n’était pas facile de garder « la tête froide » et même en faisant preuve de grande maîtrise technique, « contenir » la maladie était un véritable challenge. Dans une année comme 2008, raisonner la lutte se limitait à un message simple mais primordial : « resserrer les cadences et appliquer les traitements dans les meilleures conditions possibles ». Au début du mois de juillet, la plupart des propriétés de la région avaient réalisé 8 à 9 traitements, ce qui est un nouveau record à battre. Le niveau d’utilisation des pulvérisateurs a atteint un seuil inégalé et très souvent c’est justement la capacité à pouvoir couvrir rapidement son vignoble qui a fait la différence. L’investissement dans la protection du mildiou va être cette année encore plus important qu’en 2007 et les résultats ne seront pas forcément meilleurs. Beaucoup de certitudes techniques sur la rémanence et les limites de l’efficacité des spécialités commerciales semblent ébranlées par la puissance du mildiou 2008.

Pourquoi aucun essai officiel ne quantifie les pertes de rendements liées au mildiou ?

Les démarrages de protection un peu tardifs, les phénomènes de sous-dosage accidentels liés à la pulvérisation, la difficulté à pouvoir renouveler les traitements dans les délais (suite aux pluies…), la rémanence plus réduite de certains produits, l’effet forte vigueur de certaines parcelles, un microclimat encore plus pluvieux… ce sont certains ou plusieurs de ces éléments qui ont été à l’origine d’attaques de mildiou sur feuilles et parfois sur grappes. Justement, en cette fin de mois de juillet est-on en mesure d’apprécier l’impact qu’aura eu le mildiou sur le volume de la récolte 2008 ? Mission impossible apparemment ! Les avis sont d’ailleurs très partagés sur le sujet. Quand une propriété est touchée par le mildiou, il y a toujours des îlots qui s’en sortent mieux que d’autres et dans de telles circonstances, comment porter un jugement objectif sur l’impact volumique de l’attaque de mildiou. Dans tous les essais officiels de l’INRA, de l’IFV, du SRPV, des Chambres d’agriculture et des sociétés phytosanitaires, la nuisance des attaques de mildiou est exprimée en taux d’attaque. Les conclusions des essais ne vont pas jusqu’à quantifier précisément les pertes de récolte. D’ailleurs, ce sujet de l’évaluation des pertes de récolte liée à une pression du parasitisme ne fait pas l’unanimité au sein des techniciens. En effet, pour un cépage comme l’Ugni blanc, le fait qu’une partie des inflorescences soit détruite par le mildiou peut ensuite provoquer un phénomène de compensation sur le reste de la grappe qui se traduit par une augmentation de la taille du reste de la grappe. Ce phénomène est généralement observé dans le cadre d’années à pression de mildiou moyenne où une protection resserrée et un climat sec stoppent l’épidémie. En 2008, l’abondance des pluies entre le 1er juin et la mi-juillet n’a pas été propice au blocage des épidémies ; bien au contraire, elles n’ont pas cessé de monter en puissance pendant cette période. On ne peut que fortement regretter que dans le cadre d’années à mildiou du « siècle » comme 2007 ou 2008, aucun essai mildiou ne permette de quantifier la perte de récolte engendrée par la maladie. Dans l’univers de la production de céréales, les essais de protection fongicides sont validés par des différences de rendements. Dans une période où les pouvoirs publics souhaitent pousser le développement des méthodes de protection des cultures « dites alternatives », n’est-il pas paradoxal que les équipes techniques du SRPV, de l’IFV et des Chambres d’agriculture n’aient plus les moyens de quantifier les pertes de production occasionnées par des maladies majeures de la vigne comme le mildiou et l’oïdium ? Il faut tout de même reconnaître que la structure très étendue du vignoble ne facilite pas l’évaluation des conséquences du parasitisme. Les effets liés aux microclimats locaux interfèrent fortement sur la dynamique des épidémies, ce qui rend encore plus difficile l’appréciation des pertes de rendements. Les équipes techniques des Chambres d’agriculture de Charente et de Charente-Maritime, qui ont mis en place un réseau de suivi de lutte raisonnée reposant sur une vingtaine de parcelles témoins réparties dans la région délimitée, sont en mesure d’observer l’impact des effets microclimats sur les modèles de prévisions de risques. Les prévisions de risques les plus alarmantes ou les plus précoces dans certaines zones étaient cette année à relier à des conditions climatiques encore plus pluvieuses cette année.

Des niveaux de dégâts supérieurs en 2007

Les techniciens de la distribution qui suivent un grand nombre de parcelles dans des aires géographiques qu’ils connaissent bien sont sûrement les mieux placés pour quantifier l’intensité des dégâts. Ils couvrent totalement le territoire de la région délimitée et voient beaucoup de situations différentes. Leur rôle de conseiller et de prescripteur de calendrier de protection les fait vivre au contact de la réalité du terrain et au cours d’années comme 2007 ou 2008, la tension est forte. Chaque propriété dispose de moyens de pulvérisation et humains limités à certaines périodes du cycle végétatif (avec les ponts du mois de mai) dont il faut tenir compte. Cela représente des contraintes qui, lorsqu’elles sont associées à des conditions météo très pluvieuses, rendent difficiles le renouvellement des protections. Il faut parfois accepter d’anticiper un renouvellement de 3 à 4 jours pour être pleinement protégé vis-à-vis de l’épisode pluvieux suivant. Facile à dire mais pas toujours facile à faire répondent les viticulteurs. Plusieurs techniciens de distribution estiment que dans le cadre d’années comme 2008, il faut être disponible et tenir un discours de vérité : « Dire à un viticulteur que l’utilisation d’un type de produit n’est pas adaptée aux circonstances du moment me semble être prioritaire même si cela peut poser des problèmes commerciaux. Notre rôle est d’aider les gens à choisir la solution de protection

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Une feuille sur un entre-cœur couverte de mildiou.

qui correspond à l’intensité de l’épidémie de chaque propriété. » Les contacts anonymes que nous avons eus avec plusieurs techniciens de la distribution répartis dans l’ensemble de la région délimitée sont assez semblables et expriment une même appréciation de la gravité du mildiou 2008 : « D’une manière générale, ce sont dans les zones où le niveau de pluviométrie a été le plus important que le mildiou a été le plus virulent. La majorité des viticulteurs ont fait preuve, dès le début de campagne, d’un grand sérieux en commençant les protections très tôt et en n’hésitant pas à réaliser des traitements face par face à partir de la troisième application. Nous avons observé les premiers foyers dès la fin mai dans les propriétés qui n’avaient pas pu se protéger dans de bonnes conditions en début de saison. L’impact de ces premières attaques a été spectaculaire. On observait des sorties de grosses tâches sur les feuilles de 4e à 6e niveau et dans ces situations, les cycles de mildiou se sont enchaînés en faisant des dégâts sur grappes souvent préjudiciables. Ces échecs de protection s’expliquent par une absence de couverture fongicide en tout début de cycle. Ensuite dans d’autres parcelles apparemment bien protégées, nous avons eu une seconde sortie sur feuilles tout aussi spectaculaire entre le 15 et le 25 juin. Dans ces situations, les attaques ont été plus virulentes dans les secteurs à priori plus sensibles, plus arrosés et les parcelles très vigoureuses. La fréquence des pluies dans certains endroits a engendré de nombreuses contaminations dont on se demande aujourd’hui si elles n’ont pas débordé les calendriers de traitements les plus sérieux. Les sorties de mildiou étaient intenses et on voyait des jeunes feuilles criblées de mildiou comme on en voit normalement dans les témoins d’essais. La situation est restée très délicate jusqu’à la mi-juillet en raison de la fréquence des pluies. Le rythme des contaminations s’est accéléré et nous avons dû faire face à beaucoup de situations complexes. L’affolement de certains viticulteurs était compréhensible mais une fois que l’on avait positionné deux ou trois interventions de rattrapage, on ne pouvait pas proposer de solutions miracles. Il faut reconnaître que malgré beaucoup d’efforts, il était difficile de maîtriser la situation. Chez certains viticulteurs qui avaient l’impression d’avoir assuré une couverture sans faille, le mildiou semblait résister et être de plus en plus puissant. On a eu la mauvaise impression d’être par moment débordé par le mildiou et cette situation nous interpelle. Les dégâts dans les parcelles sont très variables mais ce sont les attaques précoces qui ont fait disparaître le plus de grappes. Le stade de sensibilité maximum des inflorescences et des jeunes grappes de la mi-juin à la mi-juillet associé à un climat très pluvieux pendant cette période a favorisé le développement des attaques de rot gris et au final le potentiel de récolte a fondu dans les parcelles. La perte de récolte liée au mildiou est très variable d’une parcelle à une autre. Dans les situations peu touchées, elle se limite à 5 % et peut aller à 50 % pour les attaques précoces. Il me semble que l’impact du mildiou sur la récolte 2008 sera supérieur à celui de 2007 car le pic de l’attaque correspondait au stade de réceptivité maximum des grappes. »

Faute de pouvoir faire autre chose, on a « sur-protégé » nos vignes en 2008

Le retour du beau temps depuis la mi-juillet a littéralement bloqué l’épidémie de mildiou. Cela a été le seul « traitement » éradiquant ou curatif qui a permis de stopper l’expansion d’un champignon devenu presque diabolique. Les viticulteurs ont donc pu commencer à relâcher leur protection sans pour autant l’abandonner. En effet, il convient maintenant de protéger le feuillage pour que la maturation puisse s’effectuer normalement. Malgré la puissance de l’épidémie 2008, les débats sur l’efficacité des produits semblent pour l’instant moins passionnés que l’année dernière. Les nombreuses réunions d’informations au cours de l’hiver ont sûrement contribué à aider les viticulteurs à mieux cerner les limites de chaque matière active et au cours de ce début de campagne, de nombreuses actions techniques bout de vignes ont permis « de caler » les applications au contexte de chaque propriété. Les groupes de lutte raisonnée animés par les Chambres d’agriculture de Charente, de Charente-Maritime et des distributeurs ont attiré plus de monde et cet intérêt nettement supérieur autour de la protection du vignoble a permis de faire face plus facilement au contexte si difficile en 2008. Le niveau d’insatisfaction des viticulteurs vis-à-vis de la pression de mildiou en 2008 est globalement moindre, ce qui ne veut pas dire que les résultats dans les parcelles sont à la hauteur des attentes (et du budget investi dans la protection). Il semble déjà qu’un certain nombre de nouvelles interrogations émergent car le bon sens des viticulteurs permet souvent « d’appuyer là où cela fait mal ». La nouvelle génération de viticulteurs est aujourd’hui demandeuse de réflexions sur la protection, mais existe-t-il un organisme qui soit en mesure de proposer une réflexion globale sur le sujet. Même si elles ne sont pas formalisées de manière très structurée, les attentes traduisent une volonté d’aborder la protection du vignoble en conciliant l’innovation, l’environnement et un certain nombre d’acquis traditionnels. Les positions extrémistes du genre, il faut arrêter l’utilisation des fongicides actuels ; le 100 % bio, c’est l’avenir, ne correspondent pas aux attentes de 99 % des vignerons. Les enjeux sont ailleurs, les méthodes de protection n’ont que peu évolué depuis quinze ans alors que les structures des propriétés viticoles ont considérablement changé. Certes, les approches de lutte raisonnée se sont développées en raison principalement du comportement des viticulteurs qui sont devenus de bons gestionnaires. La juste appréciation des coûts/ha de la protection a fait dans un premier temps évoluer les comportements d’achats. Après deux campagnes de traitements intenses, beaucoup de viticulteurs constatent les limites de leur organisation actuelle même si les résultats sont plutôt positifs. On entend très souvent les réflexions suivantes : « Quand à la fin juin, vous avez fait 8 traitements en n’étant pas sûr d’avoir totalement contrôlé le mildiou, cela veut dire qu’il se passe quelque chose dans les vignes qui nous dépasse. Je ne fais pas le procès des produits, car sans cette protection intense la récolte serait partie. Néanmoins, ces deux années successives de fortes pressions mettent en évidence les limites d’une partie des méthodes de protection actuelles. Les préconisations des techniciens qui nous disent de resserrer les cadences et de raisonner notre protection en étant en permanence protégé de façon préventive avant d’éventuelles séquences de contaminations sont certes fondées mais à un certain moment cela devient presque irréaliste. Sur une propriété de 55 ha, mon salarié et moi avons traité plus de deux jours chaque semaine pendant tout le mois de juin en n’étant pas réellement satisfaits de notre travail. De tels rythmes de protection deviennent lourds à gérer et pas satisfaisants vis-à-vis de l’environnement, de notre santé et de celle du personnel qui travaille dans les vignes. Je souhaiterai pouvoir aborder la protection du vignoble d’une autre manière mais aucune alternative nouvelle ne me paraît crédible. L’engagement dans le bio, ce n’est pas réaliste sur des vignobles de notre surface. Je m’interroge beaucoup pour l’avenir et je crains que dans dix ans, on n’ait plus de moyen de lutte chimique performant pour combattre une épidémie comme celle de 2008. Les matériels que nous utilisons même bien réglés ne mettent pas assez de produits sur la vigne. Ce sont seulement des pneumatiques plus larges, plus lourds que ceux qu’utilisait mon père il y a 25 ans. Quand aux produits, les gammes se sont tellement concentrées que l’on applique tous à peu près les mêmes programmes de traitements. Dans ces conditions, ce n’est pas étonnant que l’on use plus vite les produits. On a le sentiment aujourd’hui qu’aucune évolution fondamentale n’est apparue depuis des années au niveau de la protection du vignoble. »

Des cadences resserrées, des apports de doses complémentaires et le « ras-le-bol » des traitements

L’alternance des diverses familles de fongicides a été beaucoup mieux gérée en 2008 car les accidents avec les QOI l’année dernière ont marqué les esprits. Les techniciens des services officiels et de la distribution ont tenu des discours beaucoup plus argumentés et d’une manière générale les produits présentant des risques de résistances avérés ont été exclus de la période clé pré-floraison/nouaison. Néanmoins, il ne faut pas nier que de nombreux traitements de rattrapage ont été encore effectués pour essayer d’endiguer les épidémies déclarées. Les spécialités commerciales à base de diméthomorphe et d’iprovalicarbe se sont vendues au-delà les espérances et les ruptures de stocks ont été fréquentes. Cela a dû encore accentuer les phénomènes de sélection de mildiou résistant, mais il fallait bien faire quelque chose afin d’essayer d’arrêter les infestations. D’une manière générale, l’utilisation des spécialités à base de fosétyl aluminium a connu aussi une forte expansion dans le courant du mois de juin et comme les autres fongicides pénétrants à base d’anilides, le resserrement des cadences d’application à 9 à 10 jours a été indispensable pour contenir l’agressivité du mildiou. Le champignon a fait preuve d’une puissance qui ne permettait pas de renouveler les protections avec ces produits à 13-14 jours. Pour tenir des durées de rémanence plus longues, certains viticulteurs n’ont pas hésité à renforcer les produits à base de fosétyl ou d’anilides en folpel (en allant jusqu’à la dose pleine de 1 480 g/ha utilisée seule) même si cette démarche est illégale. L’apport d’une concentration supplémentaire de fongicides de contact avait comme objectif d’améliorer la résistance au lessivage. Ce type d’initiative a semble-t-il donné de bons résultats dans la nature mais aucun technicien de la distribution ou des services officiels n’en revendique la préconisation. La seule chose que les techniciens disent ouvertement, c’est que dans la famille des fongicides de contacts, le folpel utilisé à sa dose homologuée a donné d’excellents résultats. Alors pourquoi dans les spécialités l’associant à du fosétyl est-il concentré seulement à 1 000 g/ha ? Réponse, le folpel possède une phrase de risque de type R40 (avec délai de rentrée de 48 heures) qui n’incite pas les firmes à le doser plus fortement. Cette réponse est-elle satisfaisante : « D’un point de vue réglementaire oui mais vue du terrain, elle conduit en années de fortes pressions aux démarches évoquées précédemment. Le réglementaire n’aurait-il pas intérêt à se rapprocher des réalités du vignoble pour construire une réflexion sur ce petit sujet et bien d’autres ! ». Il est arrivé aussi qu’entre deux traitements de type pénétrants ou systémiques espacés de 12 à 14 jours, les viticulteurs positionnaient une application de fongicides de contact pour mieux gérer les fins de rémanence. En bref, 2008 a été encore une année de sur-protection durant laquelle la priorité était de sauver la récolte en sortant parfois du cadre réglementaire. Plusieurs viticulteurs qui conduisent leurs vignobles en bio ne cachent pas qu’au mois de juin, il leur est arrivé de traiter quatre jours par semaine compte tenu de la fréquence des pluies et des niveaux de lessivage. L’un d’entre eux nous expliquait qu’au 1er juillet il avait entièrement « consommé » sa dose de cuivre annuelle autorisée avec une épidémie de mildiou pas réellement maîtrisée. Alors que faire, arrêter de traiter et regarder la récolte s’amenuisait ou sortir de nouveau le pulvérisateur ! Bref, là aussi un contexte difficile où l’environnement réglementaire est encore décalé par rapport à la réalité. L’autre constat des viticulteurs cette année est vraiment le ras-le-bol des traitements. Facile pour un technicien de donner un conseil de traitement mais sur une propriété c’est encore 10 à 15 heures de tracteur non-stop qui viennent s’ajouter aux 15 heures de la semaine précédente… D’un point de vue technique, il n’y avait certes pas d’autres solutions pour préserver le potentiel de production mais, au fil des semaines, traiter et retraiter est devenu de plus en plus pénible.

Un budget fongicides mildiou qui a explosé

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Une belle grappe au stade fermeture le 20 juillet.

L’autre aspect de la protection mildiou en 2008 qui va marquer les esprits, c’est son coût prohibitif et déjà cela suscite des réactions variées. L’investissement de 45 €/ha dans un traitement vendu pour une rémanence de 12 à 14 jours qui dans le contexte de 2008 se réduit à une durée de protection de 8 à 10 jours maximum est loin de faire l’unanimité. Dans les propriétés de surfaces importantes, on estime souvent qu’il n’y avait pas d’autres solutions alors que sur les exploitations plus petites (jusqu’à 30 ha), la pilule passe mal. Un viticulteur qui gère un vignoble d’une centaine d’hectares nous expliquait qu’il y a longtemps dans les années de forte pression de mildiou qu’il table sur des rémanences de 10 à 11 jours maximum : « La problématique sur une propriété de notre importance est d’avoir les moyens d’intervenir dans des délais corrects. Je dois pouvoir couvrir le vignoble dans une journée sinon la prise de risque est importante. Un pulvérisateur pour une petite trentaine d’hectares, c’est le maximum. Nous utilisons depuis très longtemps des produits systémiques à base de fosétyl, et j’ai appris à connaître cette matière active. Dans les périodes de forte sensibilité, il est illusoire de penser que ces produits pourront tenir 14 jours. 10 à 12 jours me paraissent être une

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Sur la partie supérieure de cette grappe, une cicatrice sur la rafle attestant de la disparition d’une aile de grappe, suite à une attaque précoce de mildiou début juin.

rémanence réaliste et cette année en juin comme en 2007, on s’en est bien sorti en renouvelant les traitements à ces cadences. » D’autres viticulteurs considèrent qu’un coût de protection mildiou avoisinant les 400 € HT/ha, c’est prohibitif : « Des produits vendus pour des rémanences longues de 12 à 14 jours, qui cette année ont dû être renouvelés au bout de 10 jours, perdent pour moi une partie de leur intérêt. Ils sont deux fois plus chers que des fongicides de contact pour seulement 2 à 4 jours de rémanence en plus. La journée de protection des systémiques à 4,50 € HT, c’est cher. Cette année, j’ai utilisé cinq applications de produits à longue rémanence et je contrôle assez bien le mildiou, mais mon voisin qui n’en a employé que deux s’en sort bien aussi. Sur une propriété comme la nôtre où nous sommes en mesure de couvrir le vignoble en face par face en 10 heures de travail, je me demande si dans l’avenir je ne vais pas revenir à plus de fongicides de contact en début de saison. Cette année l’addition des phytos va être lourde, 650 €/ha pour les fongicides et le désherbage sous le rang. » Si les spécialités à longue rémanence représentent aujourd’hui une part de marché dominante dans les vignobles de Cognac et de Bordeaux, ce n’est pas un hasard. Elles présentent des niveaux de performances intéressants, une capacité les sensibilisant moins aux effets du lessivage et apportent du confort pour l’organisation du travail des propriétés qui emploient de la main-d’œuvre. Si aujourd’hui on demandait à 100 viticulteurs : « Etes-vous prêt à revenir à des programmes de traitements avec 100 % de fongicides de contact ? », le résultat serait sûrement sans appel : « non ». Les aspects de gestion des propriétés ont pris aujourd’hui une telle importance que s’appuyer sur plusieurs traitements à des cadences plus maîtrisées dans la période de pointe de travaux de fin mai à la mi-juillet paraît aujourd’hui impossible.

Un pouvoir de sélection de souches résistantes important après deux années à mildiou successives

La réflexion pleine de bon sens que l’on entend cette année souvent dans les vignes : « j’ai l’impression que le mildiou est plus fort, plus puissant qu’il y a quelques années », est-elle réellement fondée ? Apparemment, peu de techniciens sont en mesure de pouvoir répondre à cette question. Le sujet est très complexe car des moyens scientifiques existent pour mesurer quantitativement le développement d’une épidémie de mildiou, mais apprécier son agressivité sur le plan qualitatif c’est aujourd’hui un sujet peu ou pas encore exploré. Peut-on relier la diminution de rémanence des fongicides à une montée en puissance de l’agressivité du mildiou ? Là non plus pas de réponse mais cette question ne manque pas d’intérêt. En effet, les industriels de l’agrochimie font preuve d’un très grand professionnalisme dans la fabrication de leurs produits, et la nature d’un fongicide vendu en 1995 et en 2008 est parfaitement identique. Si une spécialité perd en rémanence, c’est bien qu’il se passe quelque chose au niveau des individus mildiou présents dans le vignoble. La sur-utilisation de nombreux produits ayant un mode d’action unisite (les anilides, les QOI, le DMM, l’iprovalicarbe, le cymoxanil…) provoque, lors d’applications répétées au vignoble, l’apparition de souches de mildiou résistantes à l’action la_pulvrisation__opt.jpegde ces produits. Les populations de mildiou présentes dans le vignoble sont donc en perpétuelle évolution depuis trente ans. Aussi, l’interrogation sur un niveau d’agressivité et de virulence supérieur de populations de mildiou 2008 par rapport à leurs aînées est peut-être une piste à travailler ? Apparemment, peu de travaux scientifiques ont été menés sur ce sujet. Les différents contacts avec les techniciens révèlent tout de même quelques éléments. M. Patrice Rétaud, du SRPV de Cognac, nous expliquait qu’au cours de l’année à mildiou 2000, une vingtaine de cycles épidémiques avaient été observés. En 2007, le même travail montre que 40 cycles épidémiques ont eu lieu. Le fait qu’à quelques années d’intervalle le nombre de cycles épidémiques de mildiou soit deux fois plus important interpelle. Il n’est donc pas surprenant que la pression de sélection de souches résistantes aux diverses familles de fongicides unisites ait été forte. Les QOI ont enregistré une nette perte d’efficacité et pour la première fois des souches résistantes au diméthomorphe et à l’iprovalicarbe ont été découvertes en Charentes et à l’issue des tests 2007. Au cours du printemps 2008, le climat certes très favorable a été le déclencheur de l’épidémie, mais la virulence des taches a surpris tous les observateurs. On peut malheureusement penser que cette année encore, la pression de sélection exercée dans les vignes avec les nombreux traitements positionnés en curatif sera importante. La succession de deux années à mildiou ne va-t-elle pas amplifier la sensibilité du vignoble à la maladie ? L’évolution climatique dont on nous parle beaucoup n’exclut pas que les vignobles de la façade atlantique risque d’être confrontés à une fréquence accrue de printemps pluvieux qui sont toujours propices au développement du mildiou. 2000, 2007 et 2008 le confirment. Si on venait à avoir un deuxième trimestre 2009 aussi pluvieux, serait-on en mesure de maîtriser la maladie ? De quels moyens disposent les viticulteurs pour essayer de stabiliser les populations de mildiou dans les parcelles. Un seul connu jusqu’à présent, la construction de programme de traitements à base de matières actives ayant un mode d’action multisites, les fongicides de contacts élaborés à partir de mancozèbe, manèbe, folpel, de métirame de zinc et cuivre. Or ces produits n’occupent plus une place majeure dans les calendriers de traitements aujourd’hui, pour des raisons de rémanence plus courte en situation pluvieuse. Aussi, la réflexion de bon sens émanant du terrain concernant une apparente montée en puissance de l’agressivité du mildiou présente sûrement un certain intérêt. Souhaitons que les techniciens et les chercheurs aient les moyens de relancer des travaux de recherches sur le mildiou dans l’avenir car la situation devient tout de même de plus en plus inquiétante.

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