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Moins de produits phytosanitaires, c’est Impossible en 2006, 2007, 2008…

18 mars 2009

public_2_opt.jpegLa protection du vignoble est en train de rentrer dans une aire nouvelle en raison d’un environnement réglementaire plus contraignant et d’attentes nouvelles de la société civile. La réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires est vraiment un sujet à l’ordre du jour mais on peut se demander si, dans le cadre d’années à forte pression de parasitisme comme 2007 et 2008, cet objectif est réaliste ? La perspective de ce contexte de réduction des intrants est un sujet de préoccupation supplémentaire pour les nombreux viticulteurs qui livrent en ce moment un combat acharné contre le mildiou. Le vécu de la protection dans le cadre d’années difficiles montre à quel point les maladies majeures ont de grandes capacités de nuisance et un opportunisme exceptionnel pour tirer profit du moindre événement climatique favorable. Aussi, traiter moins, traiter plus efficace, aller plus loin dans le raisonnement, prendre plus en considération les attentes environnementales représentent des enjeux importants les années où la nature le permet. Pourtant, ces éléments risquent d’être intégrés dans un cadre plus formel dans un avenir assez proche qui, souhaitons-le, ne conduira pas à une situation aussi dramatique que celle des maladies du bois.

La journée de formation organisée par la fédération des Vignerons indépendants de Charentes le 29 mai dernier à l’IREO de Richemont avait comme objectif de faire un tour d’horizon assez complet de l’ensemble des aspects liés à la protection du vignoble. Les organisateurs avaient réuni un plateau d’intervenants d’origines diverses qui ont présenté public_opt.jpegdes thématiques à la fois purement techniques et aussi plus généralistes sur les attentes sociétales et environnementales. Les participants ont pu faire le point sur les méthodes de raisonnement de la lutte, l’importance des démarches d’observations au vignoble, les nouvelles pistes de recherches en matière de fongicides SDN et de méthodes pour réduire l’utilisation des intrants, les préconisations de bonnes utilisations des pulvérisateurs, les aspects environnementaux et la sécurité des utilisateurs au moment des applications. L’originalité de cette journée résidait dans le fait que la matinée était consacrée à des interventions en salle et l’après- midi, à des exposés plus spécifiques sur le terrain (chez M. Gibouin à Cherves-Richemont) sous la forme d’atelier tournant. Le contexte de forte pression de parasitisme depuis trois ans dans notre région et l’actualité récente au niveau des perspectives de réduction d’intrants ont renforcé l’intérêt autour de cette manifestation.

Une réduction de 50 % de l’utilisation des produits phytosanitaires à l’horizon des années 2015 à 2018

Le contexte d’utilisation des produits de traitements nécessaires à la protection du vignoble suscite de plus en plus d’interrogations depuis quelques années. Il semble que les consommateurs soient devenus curieux vis-à-vis de ce sujet et les distributeurs de vins commencent à faire remonter ces demandes d’information à leurs fournisseurs. Les vignerons indépendants et tous les metteurs en marché sont de plus en plus souvent questionnés sur les moyens mis en œuvre pour assurer la protection du vignoble. Les discussions et les questions sur la présence éventuelle de résidus de pesticides sur les fruits, les légumes, les raisins, le vin deviennent plus fréquentes. Est-il indispensable de traiter les vignes ? Êtes-vous bio ?… Sur certains marchés à l’exportation, l’affichage du bilan carbone sur des produits agro-alimentaires commence à apparaître. La récente prise de conscience autour du réchauffement climatique et des émissions de gaz à effets de serre qui vient de déboucher à l’issue du Grenelle de l’environnement sur des perspectives de réduction des utilisations des intrants phytosanitaires très importantes à l’échéance des années 2015 à 2018 (de l’ordre de 50 %) qui inquiète beaucoup de responsables de propriétés. Le contexte de pression de parasitisme plus sévère depuis quelques années interpelle de nombreux viticulteurs. A l’issue de la délicate campagne 2007, un certain nombre d’acquis techniques semblaient avoir été malmenés car si certaines situations d’échecs ont pu être reliées à des défaillances de couvertures (cadences de renouvellement inadaptées, pulvérisations déficientes), d’autres semblaient plus difficiles à expliquer. Les contingences commerciales de production et distribution des produits phytosanitaires ont parfois pris le pas sur les seuls aspects techniques et un dialogue difficile et complexe s’est instauré cet hiver entre les distributeurs, les firmes phytosanitaires, les constructeurs de pulvérisateurs et les viticulteurs applicateurs. 2007 est une année qui a laissé des « traces » et le capital de confiance qu’accordaient les viticulteurs à leurs fournisseurs s’est érodé. 2008 s’annonce comme une nouvelle année « test » puisque durant la première partie du cycle végétatif la pression de mildiou est encore plus préoccupante que l’année dernière. Les mêmes problèmes de réapprovisionnement se posent malgré des niveaux d’achats des viticulteurs nettement plus importants en morte-saison. Dans un tel contexte, la perspective de vouloir réduire l’utilisation des produits phytosanitaires de 50 % d’ici 10 ans paraît très inquiétante à de nombreux viticulteurs dans des années de forte pression parasitaire.

Raisonner la lutte, c’est facile les années à pression parasitaire moyenne à faible

Certaines années de pression parasitaire faible à moyenne comme 2003 ou 2005, il est beaucoup plus facile de raisonner la lutte et de limiter considérablement le nombre de traitements. Dans les vignobles de la façade atlantique, des années (par exemple en 2003 et en 2005) où des maladies comme le mildiou et l’oïdium se montrent discrètes, les consommations de produits phytosanitaires sont évidemment nettement plus faibles. D’ailleurs, les industriels de l’agrochimie réalisent chaque année des panels de consommation d’intrants qui révèlent des écarts importants selon la pression de parasitisme. Ces éléments confidentiels sont diffusés essentiellement par les firmes phytosanitaires et les distributeurs. Cela permet notamment aux fournisseurs d’apprécier d’une part les quantités consommées et les volumes, et la nature des produits phytosanitaires restant en stock en fin de campagne. Au cours des millésimes comme 2006 avec l’oïdium et 2007-2008 avec le mildiou, les approches de raisonnement sont très limitées. Dans un tel contexte, l’enjeu majeur est d’assurer une couverture maximum des vignes pour préserver la récolte. A titre d’exemple, en ce début de mois de juin 2008, la plupart des viticulteurs ont déjà appliqué 5 à 6 traitements anti-mildiou alors qu’avec cette même couverture ils avaient contrôlé, en 2003 et en 2005, ce parasite de début mai à la fin août. Pour autant, de plus en plus de viticulteurs souhaitent réduire leur couverture phytosanitaire quand les niveaux de risques le permettent. Beaucoup d’entre eux mettent déjà en pratique depuis des années des démarches de raisonnement de la lutte. Cela débouche sur des niveaux d’utilisation moindres mais certains travaux techniques comme le projet Optidose (conduit par l’IFV ex ITV) doivent permettre d’aller encore plus loin. Sur le plan économique, le fait de pouvoir conserver en stock un ou plusieurs traitements anti-mildiou à longue rémanence représente une économie de 35 à 45 € ht/ha, ce qui n’est pas négligeable. Des années comme 2007, le coût total de la protection contre le mildiou représentait un budget total compris entre 300 et 350 € ht/ha alors qu’en année normale, ce même investissement permet d’assurer le contrôle de l’ensemble du complexe parasitaire.

Deux années consécutives de risques mildiou maximum qui suscitent beaucoup d’interrogations

Le niveau de risque mildiou exceptionnel en ce début de mois de juin suscite beaucoup de nouvelles interrogations. La déjà très délicate campagne 2007 a amené une majorité de viticulteurs à être très vigilants dès l’éclosion des bourgeons en début de printemps. Les premiers traitements sont intervenus beaucoup plus tôt, une attention particulière a été portée sur la pulvérisation et les préconisations d’utilisation des produits ont été beaucoup mieux respectées. L’appréciation d’un risque fort dès la fin du mois d’avril a incité les viticulteurs à commencer leur traitement tôt pour construire une stratégie de lutte préventive et ne pas se laisser déborder par le mildiou dès le départ. Malgré toutes ces précautions et des calendriers de traitements resserrés, les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des attentes ! Les propriétés qui n’avaient pas engagé leur protection avant le 1er mai ont vu apparaître des taches sur les feuilles de 2e et 3e niveau qui sont la conséquence des contaminations des premiers jours de mai. La présence de ces infestations s’explique par l’absence de couverture au moment des contaminations. En effet, dans les parcelles qui étaient protégées à cette époque, les sorties ont été marginales. Par contre, beaucoup de viticulteurs très peu concernés par cette première infestation de mildiou ont vu sortir des taches sur feuilles plus abondantes entre le 8 et le 17 juin à une époque de l’année où les inflorescences sont les plus réceptives à cette maladie. Les premiers dégâts sur grappes sont apparus durant cette période, souvent dans les propriétés qui ont eu du mal à assurer une couverture parfaite en mai (en raison de la fréquence des pluies). Des symptômes sur inflorescences sont aussi apparus dans quelques parcelles apparemment bien protégées, ce qui interpelle les viticulteurs comme les techniciens. Malgré des traitements en face par face avec des fongicides pénétrants ou systémiques renouvelés à une cadence de 10 jours, le mildiou s’est développé. Que se passe-t-il dans le vignoble ? Les phénomènes de résistance des spécialités à base d’anilides, de QOI, de diméthomorphe et d’iprovalicarbe constatés en 2007 dans nos régions n’ont-ils pas provoqué une réduction de l’efficacité de ces produits au champ ? Cette question, beaucoup de viticulteurs commencent à la poser et interpellent leurs fournisseurs et les techniciens des services officiels. Les techniciens ne cachent pas qu’en cette mi-juin, la situation mildiou est encore plus préoccupante qu’en 2007 à pareille époque. Deux années consécutives de pression mildiou maximum, c’est du jamais vu ! Le nombre de cycles épidémiques importants et consécutifs depuis le mois d’avril 2007 n’est-il pas en train de faire franchir au champignon un degré d’agressivité jamais observé ? La pression de sélection liée aux nombreuses applications de fongicides sur les souches de mildiou n’a-t-elle pas provoqué l’apparition de « clones » de plasmopora viticola quasiment incontrôlables ? Souhaitons que les techniciens aient les moyens de répondre à ces questions dans les mois à venir, sinon les acquis techniques mis en avant depuis 20 ans pourraient être le mildiou 2008.

Une autre interrogation commence à hanter les esprits. Si par hasard en 2009 on avait une troisième grande année à mildiou consécutive, quel programme de lutte chimique serait en mesure d’y faire face ? La situation en cette mi-juin 2008 est beaucoup plus préoccupante que l’année dernière car les grappes sont loin d’avoir atteint le stade fermeture de la grappe.

L’information à l’échelle d’une région indispensable pour raisonner la protection

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M. Patrice Rétaud, du SRPV de Cognac.

Le raisonnement de la lutte contre le mildiou et contre l’ensemble du complexe parasitaire de la vigne nécessite avant tout un investissement personnel des viticulteurs pour à la fois réaliser des observations rigoureuses de la situation de leur vignoble et aller chercher des informations plus régionales. Patrice Rétaud, l’ingénieur responsable des Avertissements agricoles à l’antenne SRPV de Cognac, explique que le raisonnement des stratégies de lutte nécessite la prise en compte de diverses sources d’informations permettant d’apprécier la situation à l’échelle de la région entière. Lors de son exposé, il a insisté sur la spécificité du complexe parasitaire en viticulture qui nécessite une réflexion globale et régionale quand on veut pratiquer une lutte raisonnée efficiente :

« On ne peut pas construire une stratégie de lutte efficace contre les parasites de la vigne en ne prenant comme référence que le seul environnement d’une propriété. Le développement des épidémies de mildiou, d’oïdium, de black-rot, des vols de tordeuses… peut s’avérer très fluctuant sur de faibles distances sans que l’on soit toujours en mesure d’expliquer les raisons de la virulence d’un site une année et de sa relative moindre sensibilité le millésime suivant. L’agent responsable d’une maladie comme par exemple le mildiou fait chaque année preuve d’un comportement très fluctuant qui fait perdre tout sens à la notion de risque local. Même si sa capacité de nuisance peut devenir spectaculaire lorsque les conditions sont favorables, les épidémies ont toujours un caractère imprévisible et aléatoire dans leur développement. Au cours d’années de forte pression comme 2007 et 2008, la maladie n’apparaît pas et ne se développe pas de la même façon en début de saison sur l’ensemble des parcelles d’une région viticole aussi vaste que la nôtre. Le climat joue bien sûr un rôle majeur sur la dynamique des épidémies mais d’autres facteurs plus difficiles à cerner interfèrent aussi. Il est fréquent d’observer que des témoins envahis de façon précoce une année semblent le printemps suivant moins sensibles. Pourquoi la maladie a un caractère aussi fluctuant ? Certains éléments sont effectivement cohérents par rapport aux séquences climatiques et d’autres beaucoup moins. C’est pourquoi, il est bien difficile de raisonner une stratégie de lutte anti-mildiou en ne se référant que sur les observations d’un ou deux sites. La prise en compte d’une réflexion plus large à l’échelle d’une région entière est vraiment indispensable. Lorsque nous rédigeons les Avertissements agricoles, nous n’établissons pas les préconisations en nous référant aux seules indications du modèle mais en confrontant de nombreuses sources d’informations, celles provenant des soixante propriétés effectuant des observations hebdomadaires (avec un témoin 0 traitement, suivis phénologiques, piégeages de tordeuses) et aussi celles des nombreux contacts que nous entretenons avec les techniciens de la région. Les viticulteurs doivent rechercher et multiplier les sources d’informations extérieures et les corréler à leur environnement propre pour apprécier de façon juste les niveaux de risque et raisonner leurs stratégies de traitements dans de bonnes conditions. La notion de raisonnement de la lutte trouve sa pleine application dans les années où la pression est moyenne à faible. C’est là qu’effectivement on peut le mieux adapter les cadences de renouvellement, le choix des produits et au final réduire de façon significative le nombre de traitements sans prendre de risques pénalisants pour le potentiel de production. »

Traiter juste et limiter les intrants, une préoccupation déjà maîtrisée

Un investissement plus fort dans les démarches de raisonnement de lutte repose aussi sur une série d’autres réflexions techniques qui concernent à la fois les viticulteurs ayant une approche de la protection du vignoble dite conventionnelle et aussi les bio. Contrairement à certaines idées reçues émanant du grand public, de plus en plus de viticulteurs souhaitent et sont déjà engagés dans des démarches de conduite de protection raisonnée. Pourtant, tout ce travail passe un peu inaperçu car il n’est pas réellement formalisé et « validé » par des démarches de certification comme le font les industriels dans d’autres domaines. Quelques propriétés viticoles ont commencé à faire reconnaître leur investissement global dans des démarches de lutte raisonnée et environnementales par des approches de certification de ISO 14001 ou dans le cadre du réseau Farré. La Fédération nationale des vignerons indépendants a mis en place une démarche de développement durable au niveau national dans laquelle une centaine de propriétés viticoles (situées pour la plupart dans la zone méridionale, le Sud-Ouest et le Bordelais) ont adhéré. Un accompagnement individuel est proposé pendant plusieurs années et cela débouche sur une certification. Dans le vignoble de Cognac, les principes de lutte raisonnée sont mis en œuvre dans les propriétés depuis une dizaine d’années. Des efforts considérables ont par exemple été accomplis au niveau de la gestion de la lutte insecticide contre les vers de la grappe. Une meilleure information sur les effets secondaires des différentes matières actives a permis de choisir des spécialités d’insecticides beaucoup plus respectueuses des auxiliaires et en moins de 10 ans la recolonisation de la végétation par des prédateurs en été a permis de maîtriser les attaques d’acariens. Aujourd’hui, on ne traite plus les acariens en été en Charentes alors qu’en 1995, un traitement spécifique était réalisé chaque été. Le succès rencontré par les démarches mises en place par la FDCETA de Charente-Maritime et les groupes des Chambres d’agriculture de Charente et de Charente-Maritime depuis 10 ans atteste de l’évolution profonde des comportements des producteurs. L’ère d’une protection du vignoble maximum (sauf en année exceptionnelle de risque) est bel et bien révolue. Beaucoup de propriétés ont déjà fait beaucoup d’efforts pour traiter moins, traiter juste, se donner les moyens de mieux évaluer les niveaux de risques, maîtriser la qualité de la pulvérisation et prendre beaucoup en considération la protection des applicateurs au moment des traitements. Les viticulteurs bio, même s’ils représentent des surfaces limitées dans la région de Cognac, ont été les premiers à être concernés par les réductions d’intrants. En effet, l‘apparition d’une réglementation contraignante sur des doses maximales de cuivre apportées, a amené les techniciens à retravailler, les aspects d’efficacité à dose réduite. L’expérimentation de diverses spécialités cupriques mises en place par la Chambre d’agriculture de la Charente il y a quelques années a démontré que la réduction des doses de cuivre permettait d’envisager une protection suffisante contre le mildiou dans la mesure où le produit est utilisé dans une logique de stratégie de lutte préventive. M. Daniel Pasquet, un consultant privé spécialisé dans le suivi technique de vignobles bio, a expliqué que même dans des années de forte pression comme 2007, l’utilisation d’une stratégie de traitements reposant uniquement sur des apports de cuivre avait permis d’obtenir des résultats satisfaisants moyennant une couverture importante : « La diminution des doses de cuivre passe par une réflexion large pour valoriser les potentialités des terroirs. Réduire la vigueur des parcelles, conduire la protection de façon préventive, traiter toutes les faces de rangs, utiliser des moyens adaptés à chaque contexte de pression parasitaire demeurent des préconisations toujours d’actualité. Par ailleurs, l’époque n’est plus à la recherche d’une protection assurant une protection parfaite. N’est-il pas raisonnable de tolérer une pression de parasitisme qui ne mette pas en péril la capacité de production des parcelles. »

S’investir dans la formation pour s’engager dans des démarches de lutte raisonnée

S’engager dans des démarches de lutte raisonnée, c’est se donner les moyens de devenir plus apte à décider de l’opportunité d’une intervention. Prendre ou pas la décision de faire un traitement, de choisir telle ou telle spécialité est un

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M. Lionel Dumas-Lattaque, conseiller viticole de la Chambre d’agriculture 17.

acte responsable important à l’échelle de toutes les propriétés, les petites comme les grandes. M. Lionel Dumas-Lattaque, le conseiller viticole de la Chambre d’agriculture de Charente-Maritime, considère que les démarches de travail mises en place dans le cadre des groupes de lutte raisonnée représentent avant tout un acte de formation essentiel : « La pratique de la lutte raisonnée sur un vignoble repose avant tout sur la volonté des viticulteurs de se former pour ensuite aborder la conduite de la protection du vignoble avec à la fois plus de professionnalisme et plus de sérénité par rapport aux aspects techniques, réglementaires et environnementaux. Le fait de mieux connaître le complexe parasitaire, l’environnement de production de sa propriété et d’avoir des échanges réguliers avec les équipes de techniciens qui animent les groupes, permet de créer une émulation constructive autour de la compréhension du complexe parasitaire. Pour les viticulteurs, la finalité de l’engagement dans ce type de démarche est d’acquérir un capital de connaissance supplémentaire sur le sujet protection du vignoble qui à plus ou moins longue échéance leur permettra de raisonner différemment la lutte, de mieux gérer les situations difficiles et de limiter l’utilisation des intrants de façon significative quand le contexte le permet. »

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M. Mathieu Sabouret, technicien en machinisme à la Chambre d’agriculture 16.

Ce technicien viticole attache une grande importance à l’observation au vignoble pour suivre les différents parasites de la vigne. Les approches de modélisation et de prévisions de risques sont devenues aujourd’hui des moyens indispensables pour mieux anticiper la gravité de la situation à l’échelle d’une région, mais leur validité doit être en permanence confrontée aux réalités du terrain pour justement faire progresser leur fiabilité. Aller chercher l’information dans les parcelles au cours de la saison demeure un acte fondamental pour se construire une banque de données personnelle sur le potentiel de sensibilité d’une propriété pour un viticulteur et d’une micro-région pour les techniciens. Toujours dans ce domaine de la formation et de la recherche de l’efficacité au vignoble, savoir si les bouillies de pulvérisation préparées sont effectivement bien appliquées sur la végétation représente un enjeu essentiel. Le réglage et l’utilisation du pulvérisateur, des sujets souvent abordés et malheureusement toujours d’actualité. M. Mathieu Sabouret, le technicien en machinisme de la Chambre d’agriculture de la Charente, explique que beaucoup de contrôles de pulvérisateurs viticoles révèlent des anomalies de réglages importantes. Des vitesses d’avancement trop élevées, des organes de diffusions de bouillies mal réglés, l’utilisation de buses de pulvérisation usagées, des systèmes de filtrations insuffisants, des débits mal maîtrisés sont encore des problèmes fréquemment rencontrés. L’atelier qu’animait ce jeune technicien sur les moyens d’optimiser le fonctionnement des pulvérisateurs a suscité beaucoup d’intérêt.

Réduire les doses en tenant compte de la vigueur et des niveaux de risques

Est-il possible d’adapter les doses de produits phytosanitaires en viticulture ? Cette question les viticulteurs se la sont posée depuis longtemps et lors des premiers traitements, ils pratiquent depuis longtemps les réductions de doses de façon empirique. Depuis quelques années, les ingénieurs de l’équipe ITV de la Station de Bordeaux Aquitaine ont souhaité aller plus loin dans l’adaptation des doses de produits phytosanitaires aux volumes de surface foliaire à protéger en lançant le projet Optidose. M. Alexandre Davy, l’ingénieur qui a en charge le dossier Optidose, a souhaité construire une démarche globale permettant de développer de nouvelles pistes de réflexions pour gérer l’utilisation des produits phytosanitaires différemment. Le premier axe de réflexion a été de se demander quelle quantité de bouillie était réellement appliquée sur la végétation. Actuellement, les approches de réglages des pulvérisateurs sont effectuées en statique pour mesurer le débit des buses, les pressions d’utilisation, les vitesses de rotation des prises de force… Sur le plan qualitatif, les papiers hydrosensibles apportent des éléments d’information importants mais quantitativement, aucun moyen ne permet de connaître les concentrations de bouillie réellement appliquées sur les feuilles, les grappes, à l’intérieur des rangs ou en sommet de végétation. Comment peut-on imaginer de pouvoir conduire une démarche de réduction de dose rationnelle sans connaître au préalablement quelle quantité de bouillie un appareil de traitement est en mesure de positionner sur les vignes ? Cette question a constitué un des axes de réflexion essentiel du projet Optidose. A. Davy et son équipe ont décidé de créer une méthodologie pour mesurer les quantités de bouillie effectivement appliquées au vignoble. Leur initiative a été complexe car la structure des plans de palissage (en hauteur, en largeur) est très différente et les effets cépages compliquent la juste appréciation de la surface foliaire. Deux rameaux d’Ugni blanc et de Cabernet Sauvignon présentant le même nombre de feuilles ont une surface foliaire totale bien différente en raison de l’effet taille des feuilles des deux cépages. La première phase du travail a été de mesurer à plusieurs époques de l’année (courant mai, début juillet et courant août) la surface foliaire totale de différents cépages, du Merlot, du Cabernet Sauvignon, du Sauvignon, de l’Ugni blanc, du Colombard… pour acquérir des données précises de surfaces foliaires totales. Des écarts importants ont été observés entre les cépages et selon les modes de conduite. L’acquisition de ces données a été en quelque sorte le préambule incontournable pour imaginer un outil de mesure de la quantité de bouillie réellement épandue sur la végétation.

Un banc d’essais Pulvé qui dose la concentration de bouillie sur les feuilles

Travailler réellement sur des rangs de vigne est apparu comme une piste difficile et complexe vis-à-vis de la régularité des mesures. Est-il vraiment sûr que deux parcelles d’un même cépage aient atteint le même stade de développement ? Pour contourner cette difficulté, A. Davy et ses collaborateurs ont imaginé de travailler sur une vigne artificielle qui ait la même surface foliaire totale que celle observée sur les différents cépages. L’idée pour réaliser cette vigne artificielle était de créer une base modulaire pour s’adapter aux différences de hauteur et d’épaisseur de feuillage des parcelles et des cépages. Il fallait se doter d’un outil susceptible de pouvoir l’état foliaire de parcelles très différentes. Le premier prototype réalisé avec les moyens du bord a permis de valider l’initiative et permettre d’aborder la phase opérationnelle.

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Le banc d’essais de pulvérisation avec le rang de vigne artificiel (source ITV).

Depuis la fin de l’année 2007, l’IFV dispose donc d’une vigne artificielle modulaire dont la structure permet de reproduire l’état foliaire des principaux cépages français (à des stades de développement différent) et avec des structures de palissage variables (de 1,20 à 1,80 de hauteur et jusqu’à 45 cm d’épaisseur). Les mesures de quantité de bouillie appliquée sont effectuées en intégrant sur les faces du rang, à l’intérieur et à toutes les hauteurs des capteurs de produits qui sont en fait des cordelettes en nylon. Un mélange d’eau et d’un colorant dosé à une concentration précise est préparé dans la cuve du pulvérisateur et ensuite pulvérisé dans des conditions normales (de vitesse d’avancement, de débit, de pression et de qualité de pulvérisation) sur le rang de vigne artificiel. L‘ensemble des cordelettes nylon positionnées dans le rang de vigne captent les impacts de bouillie de pulvérisation au même titre que le reste de la végétation. Ensuite ces cordelettes sont rincées une par une dans des récipients et des analyses par spectrophotométrie des solutions recueillies permettent de doser précisément la concentration en colorant. On a ainsi une idée très juste de la quantité de matière active qui est appliquée aux différents endroits de la végétation. Cela révèle souvent des différences importantes qui sont à relier au mauvais fonctionnement des pulvérisateurs (mauvais réglage ou insuffisances des appareils à localiser le flux de pulvérisation sur certaines zones). Cette mesure d’apport quantitatif de bouillie sur la végétation a comme principal intérêt de révéler l’effet dose de l’incidence de la méthode de traitement et des conditions d’utilisation du pulvérisateur. A. Davy et son équipe ont réalisé au cours du printemps dernier 35 tests avec du matériel utilisé au vignoble et cette méthodologie est désormais parfaitement opérationnelle : « L’ensemble du travail sur les mesures de surfaces foliaires totales et la mise au point du banc d’essais pulvé nous permettent de pouvoir comparer les performances des appareils entre deux en nous appuyant sur les résultats d’apport quantitatif de bouillie sur la végétation. C’est une évolution importante qui va permettre de voir si tous les aspects de réglages (débits des buses, vitesse d’avancement, pression d’utilisation) en statique et qualitatif avec les papiers hydrosensibles débouchent réellement sur un meilleur fonctionnement des équipements. On est vraiment en mesure de vérifier l’efficacité d’une pulvérisation au champ et les différents tests effectués depuis quelques mois commencent à alimenter une banque de données dont l’objectif est de comparer les performances des appareils et des méthodes de traitements. » Les résultats des tests permettent notamment d’observer avec précision des écarts de quantité de produits positionnés dans les différentes zones d’un même palissage. Le schéma ci-dessus attestent de l’importance des différences de concentration de bouillie pouvant être apportées à quelques centimètre près. Le banc d’essais de l’IFV est sans aucun doute un outil qui va faire progresser la technique de pulvérisation et la mise en œuvre concrète de la protection du vignoble. Au cours de cet été, des tests de pulvérisation avec le nouveau banc d’essais vont être réalisés sur les trois sites Optidoses suivis par l’équipe de l’unité de l’IFV de Charentes.
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Le pari « Optidose » est en passe de réussir

Le développement conjoint des mesures de surfaces foliaires et des tests de pulvérisation quantitatifs a ensuite permis d’aborder la réflexion de recherche de la dose de matière active à utiliser de façon beaucoup plus rationnelle. Le fait de connaître précisément l’importance de la surface de végétation à couvrir et les performances réelles du matériel de pulvérisation ont permis de construire une méthode de détermination de la dose à appliquer tenant compte de deux critères : l’importance de la surface foliaire à couvrir (témoignant de la vigueur) et le niveau de risque mildiou ou oïdium. L’IFV a testé pendant plusieurs années la méthode de modulation des doses avant de proposer un outil plus concret adapté aux attentes des viticulteurs. En 2004, la publication du premier Tablodose a constitué l’aboutissement de la formulation du projet Optidose. Ce nouvel outil avait bien besoin d’être validé par des expérimentations de terrain et depuis des expérimentations dans des conditions réelles des exploitations viticoles ont été mises en place dans différentes région viticole et sur différents cépages. En Gironde, plusieurs sites sur Merlot et Cabernet Sauvignon sont suivis et en Charentes trois sites pilotes ont été implantés sur Ugni blanc. L’unité IFV de Segonzac a en charge le suivi technique du dossier Optidose en Charentes. Le dispositif expérimental compare sur chaque site une modalité en réduction de dose avec un témoin traité normalement.

Les résultats de ces expérimentations ont démontré l’intérêt depuis 4 ans des réductions de doses. Dans des années de faible à moyenne pression parasitaire comme 2004 et 2005, des réductions de doses de 30 à 40 % permettaient d’obtenir une qualité de protection équivalente à celle des modalités à doses pleines. Des années de forte pression comme 2007, les réductions de doses sont bien sûr moins importantes au cours de la saison mais l’économie de 15 % de produit n’a engendré aucune conséquence sur la qualité de la production. Le projet Optidose rentre donc progressivement dans une phase plus opérationnelle et on peut penser que la difficile campagne parasitaire 2008 va accélérer la validation au champ d’une initiative prometteuse.

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Le Tablodose (source ITV).

Une écoute plus attentive des messages de protection des applicateurs

L’augmentation de surface des propriétés viticoles depuis quelques années rend les durées de réalisation des traitements beaucoup plus longue et les applicateurs sont globalement soumis à des risques d’exposition plus importants. D’une manière générale, les viticulteurs utilisent de plus en plus souvent des tracteurs équipés de cabines avec filtration, mais les opérations de préparations de bouillie et de lavage des pulvérisateurs demeurent des sources de danger. La nouvelle génération de viticulteurs est naturellement beaucoup plus réceptive aux messages de prévention lors des traitements.

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Phyt’attitude.

Des années comme 2007 ou 2008 , la fréquence des traitements accentuent les risques d’exposition des applicateurs. M. Bruno Fairthouat, de la MSA de Charente, explique qu’en 2007, le nombre de problèmes liés à l’utilisation des produits phytosanitaires en Charente a été en hausse. Les services de la MSA au niveau national ont mis en place un service Phyt’attitude qui recense et analyse les intoxications liées aux produits phytosanitaires.

L’objectif de cette démarche, qui regroupe dans chaque département des médecins et des techniciens de prévention, est d’une part de recueillir les signalements d’intoxications et d’autre part de faciliter la mise en œuvre de mesures de prévention efficaces. Un numéro vert a été mis en place et la confidentialité des contacts est garantie. Le bilan des intoxications est effectué régulièrement, ce qui permet d’identifier les produits à risques et les comportements à risques. Les services de la MSA utilisent ces données pour faire pression au niveau des pouvoirs publics et des fournisseurs au moment de l’homologation des produits phytosanitaires et au niveau de la conception d’équipements de protection individuelle adaptés aux contraintes pratiques. Au cours des dix dernières années, une étude spécifique en vigne au niveau national a permis de recenser 197 cas d’intoxications liés aux pesticides.

Les principaux problèmes sont liés soit à une insuffisance de protection au moment des traitements, des projections de bouillie accidentelles (liées à un des phénomènes de bouchage, rupture d’un tuyau, incident de conduite), à la phase de préparation des bouillies et aux travaux de palissage. Parmi les principaux symptômes signalés, des problèmes au niveau de la peau, des yeux et des maux de tête. Ce constat n’est pas réellement une surprise car les principales voies de pénétration des produits phytosanitaires se situent au niveau des yeux, de la peau, et des mains souvent par des contacts directs ou des éclaboussures. Il semble aussi que la chaleur amplifie les risques d’absorption du fait de la transpiration. Après un contact avec le corps, les produits ont la capacité à être véhiculés par le sang et beaucoup d’organes peuvent être touchés. Heureusement, la belle mécanique du corps humain fonctionne et permet d’éliminer naturellement les conséquences d’expositions limitées. Par contre, les situations de contacts plus importantes peuvent avoir des conséquences immédiates (réactions cutanées, affections au niveau des yeux et des voies digestives) se déclarant dans un délai rapide de seulement quelques heures et à plus long terme dans un intervalle de temps de 10 à 40 ans (cancer, maladies neurologiques).

Les équipements de protection ont une durée de vie limitée dans le temps

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M. Bruno Fairthouat, de la MSA de la Charente.

B. Fairthouat estime que les viticulteurs doivent d’une part faire l’effort de mieux s’informer sur les effets éventuels sur la santé des produits phytosanitaires et d’autre part d’intégrer dans leur organisation du travail des gestes et des actes de protection. Au moment de l’achat des produits phytosanitaires, poser des questions aux fournisseurs sur les phrases de risques, les délais de ré-entrée dans les parcelles sont des éléments tous aussi importants que l’efficacité directe sur les maladies et les ravageurs.

Ensuite, la mise en œuvre d’un environnement de travail le plus sécurisé possible autour du stockage et des manipulations des produits doit devenir systématique. La phase de préparation des bouillies (encore beaucoup de poudre en viticulture) qui représente une part importante des causes d’intoxication immédiate, nécessite une protection spécifique. L’utilisation de masques avec filtration pour éviter d’inhaler des vapeurs de poudres en suspension, de lunettes et d’une combinaison représente des barrières efficace vis-à-vis de l’exposition aux produits. Les équipes de la MSA se tiennent à la disposition des viticulteurs et des salariés pour les aider à choisir les équipements de protection homologués et expliquer la durée de vie de ces accessoires.

Une combinaison de protection ne dure pas des années et peut-être même une campagne entière si elle est utilisée deux jours par semaine. Les équipements de protection sont efficaces pour une durée d’utilisation précise (un nombre d’heures) qui est indiquée sur les notices d’achat. Dans des propriétés où la durée d’un traitement est de 6 à 7 heures par façon, le filtre à charbon d’une cabine du tracteur pourra durer toute la campagne alors que si ce même équipement fonctionne pendant 20 ou 30 heures par façon, son renouvellement devra être envisagé en cours de saison.

Dans les cabines climatisées, le remplacement du filtre au charbon par un filtre à poussière après les traitements est un moyen astucieux de prolonger la durée de vie de cet équipement de protection coûteux. Les équipements de protection individuels, les masques avec filtres ou les combinaisons sont parfois l’objet de certaines réticences d’utilisation en raison de contraintes pratiques liées à leur conception (leur inadaptation liée à des utilisations par temps chaud). Les techniciens de la MSA travaillent avec les fournisseurs sur ce sujet et des efforts d’adaptation ont été réalisés ces dernières années dans divers domaines.

En viticulture, les kits de préparation de bouillie ne sont que très rarement intégrés sur les pulvérisateurs pour des raisons de manque de place. C’est à la fois dommage et pas totalement satisfaisant car ces équipements ne permettent pas la préparation des poudres mouillables. Cette situation oblige les viticulteurs à créer des unités de préparation de bouillie dans les exploitations de tailles conséquentes.

 

Connecter le local au régional

vignoble_opt.jpegS’entourer de compétences pour raisonner au mieux la protection du vignoble est devenu une réalité pour beaucoup de viticulteurs de la région de Cognac. Les responsables de propriétés qui adhèrent aux groupes de lutte raisonnée mis en place par la Chambre d’agriculture de la Charente ont la volonté de rechercher un conseil indépendant de l’univers commercial. L’originalité de ces démarches réside dans le fait qu’elles créent des connexions permanentes entre les informations du terrain recueillies par une dizaine de viticulteurs (répartis sur 3 à 4 communes voisines) et une appréciation plus régionale des risques parasitaires émanant d’un technicien viticole.

Entre le débourrement et la récolte, les groupes se réunissent toutes les semaines sur l’une des exploitations pour faire le point de la situation. La petite réunion animée par un technicien de la Chambre d’agriculture de Charente a comme objectif de bien cerner les risques parasitaires, d’adapter la lutte au contexte et de répondre aux attentes concrètes du vécu de la protection. Ce sont de véritable rendez-vous de travail qui n’excèdent pas 1 h 30 et les échanges reposent sur un dialogue de vérité. La philosophie de travail est toute simple : « Exprimer la situation de son exploitation même si les nouvelles sont alarmantes. Profiter de l’expérience des autres et acquérir un meilleur capital de connaissances pour raisonner la protection quel que soit le contexte. »

L’art difficile du vécu du terrain

L’équipe viticole de la Chambre d’agriculture de la Charente anime 9 groupes de luttes raisonnées répartis dans toutes les zones du département. Chaque semaine, 150 à 200 viticulteurs essaient de réfléchir ensemble à la construction de démarches de protection en phase avec leur contexte local tout en ayant le souci de s’appuyer sur des compétences extérieures et d’ouvrir leurs champs d’investigation. Un véritable dialogue de confiance s’instaure progressivement au sein des groupes, ce qui permet d’avoir des échanges concrets et constructifs. Pour les techniciens viticoles, ce travail « de vécu » de la protection au cœur des réalités du vignoble nécessite un certain professionnalisme et un engagement personnel important. L’analyse de chaque situation et les réponses qui y sont apportées contribuent à alimenter directement la réflexion personnelle de chaque viticulteur dans le choix de ses stratégies de traitements. Néanmoins, la décision de déclencher ou pas un traitement sur une propriété reste entièrement du ressort des viticulteurs. La présentation des niveaux de risque régionaux et locaux avec des données issues de la modélisation contribue à favoriser les échanges et les observations dans les parcelles des viticulteurs contribuent ou pas à les valider. Le fait de recueillir de nombreuses remontées d’informations issues directement de parcelles et de propriétés connues permet aux techniciens d’avoir une vision concrète de la situation et de valider en permanence si l’état du vignoble est en phase avec les prévisions de risques. La juste prise en compte de contingences pratiques comme la durée pour réaliser un traitement sur une propriété, la diversité des palissages sur une même propriété, les problèmes d’accès aux parcelles (par temps pluvieux ou durant les relevages), les variations de vigueur du parcellaire, le contexte économique de chaque exploitation permettent aussi aux techniciens de comprendre pourquoi certains messages techniques génériques sont aussi difficiles à mettre en application.

2008 après 2007, c’est du jamais vu

une_runion__malavill_opt.jpegL’exercice du vécu de terrain de la protection du vignoble est donc un « art » difficile qui nécessite de la clairvoyance et un sens des responsabilités pour adapter les préconisations au contexte de chaque groupe voire à celui de chaque propriété. Les trois techniciens viticoles de l’antenne de la Chambre d’agriculture de Cognac, Mme Laura Mornet, M. Laurent Duquesne et M. Yoann Lefèbre, ont en charge l’animation des 9 groupes et dans le contexte de la terrible année 2008, les interrogations sont nombreuses. La réunion bout de vigne du groupe de Malaville au début du mois de juin atteste de la complexité de la situation mildiou. Risques très élevés dès l’éclosion des premières feuilles et une fréquence des pluie exceptionnelle depuis trois mois ont littéralement fait grimper l’agressivité de la maladie à des niveaux inconnus qui mettent à mal beaucoup de réflexions techniques. Les attentes des viticulteurs sont nombreuses et justifiées mais paradoxalement les moyens de lutte chimiques sont identiques à ceux des dernières années. Deux années consécutives de fort risque mildiou, c’est du jamais vu et gérer une telle situation soulève des problématiques nouvelles que les techniciens essaient de cerner et de travailler.

Les formations de la MSA Charente

Mieux appréhender les risques en viticulture : les 8 et 9 septembre 2008 à l’IREO de Richemont.
Thèmes abordés : prévention adaptée aux risques vendanges, signalisation routière, risques pour la santé (problèmes articulaires, produits phytosanitaires…). Une visite chez un viticulteur est prévue.

Sauveteur secouriste du travail : les 22 et 23 octobre dans l’ouest Charente.
Thèmes abordés : la protection, l’alerte et le secours en cas d’accident au travail, à domicile et sur la route.

Mieux gérer son dos : les 3, 4 et 18 novembre 2008.
Thèmes abordés : approche médicale, exercices d’entretien corporel, manipulation de charges, aménagements de postes de travail.

Ces formations : sont prises en charge par le FAFSEA et le FSE pour les salariés ; se déroulent le plus près possible de chez vous en Charente ; associent la théorie et la pratique ; sont organisées et animées par les conseillers prévention de votre MSA.

Pour tout renseignement : contacter le 05 45 97 80 64.

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