Mildiou, oidium, pourriture grise : Les préconisations vis à vis des resistances

15 mai 2017

Le groupe de travail réunissant des experts de la Direction Générale de l’Alimentation, de la santé et de la protection des Végétaux (DGAL-SDQPV), de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses-RPP), de l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), du Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne (CIVC), de l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV) et des Chambres d’Agriculture a rédigé une note nationale de synthèse sur la gestion des phénomènes de résistances aux trois principales maladies de la vigne, le mildiou, l’oïdium et le botrytis. Ce document présente un état de la situation dans le vignoble Français et précise les recommandations d’utilisation des fongicides pour le cycle végétatif 2 017.

La connaissance du statut des résistances au sein des populations de champignons responsables du mildiou, de l’oïdium et du botrytis est devenue un élément important pour gérer avec justesse l’utilisation des différentes familles de fongicides et la conduite des stratégies de protection du vignoble. Une montée en puissance incontrôlée de la fréquence des résistances entraîne des pertes d’efficacités et fragilise les démarches d’utilisation raisonnées et raisonnables des intrants phytosanitaires. Divers incidents au cours des deux dernières décennies ont amené les experts de la filière protection du vignoble à mettre en place des stratégies pour anticiper l’apparition des phénomènes de résistance. Un plan de surveillance national de la résistance aux produits phytopharmaceutiques piloté par la DGAL-SDQSPV et intégrée à l’axe 1 du plan Ecophyto, permet d’avoir un état des lieux annuel de la situation à l’échelle de l’ensemble du vignoble Français.

 

Une démarche d’observation nationale de la résistance fondée sur les réalités du terrain

 

        Cet observatoire des phénomènes de résistance qui a été mis en place depuis plusieurs années repose sur la réalisation de tests dans les différentes régions viticoles. Les analyses de résistances sont effectuées par le laboratoire de L’Anses de Lyon, des laboratoires de l’INRA et le CIVC. L’ensemble de ces résultats sont associés à des données de terrain (résultats d’essais et retours d’expériences parfois malheureux) et à des communications scientifiques (provenant de la recherche publique et des firmes phytosanitaires) pour nourrir la réflexion technique du groupe d’experts nationaux. Toutes les substances actives rentrant dans la composition des fongicides et produits commerciaux autorisées pour protéger la vigne contre ces trois maladies sont listées dans cette note. Les recommandations indiquées dans les tableaux ne visent qu’à gérer spécifiquement les phénomènes de résistance. Selon les situations, il s’agit de limiter, voire stopper la progression d’une résistance récemment détectée, soit d’optimiser l’efficacité au terrain des modes d’action pour les résistances établies.

 

 

 Une bonne qualité de pulvérisation est indispensable

 

Les conditions de réussite de la protection du vignoble vis-à-vis des maladies sont d’autant plus favorables que sa mise en œuvre est accompagnée d’une qualité de pulvérisation irréprochable et de mesures prophylactiques adaptées. Ces éléments viennent limiter le développement des champignons et participent à la diminution de la pression de sélection sur les populations d’individus mildiou, oïdium et botrytis. De ce fait, cela contribue à la limitation du risque de résistance. La bonne utilisation des pulvérisateurs est essentielle pour que les traitements aient leur pleine efficacité. Les aspects de réglages, l’entretien régulier des pulvérisateurs et la réalisation de contrôles au vignoble de la qualité de la pulvérisation sont des éléments clés qui nécessitent une attention permanente. La juste appréciation des conditions climatiques au moment de la mise en œuvre des traitements interfère aussi sur l’efficacité des produits. Un excès d’hygrométrie, des rosées matinales ou nocturnes, des niveaux de températures élevés (supérieurs à 25 °C) pénalisent les conditions d’application et l’efficacité des fongicides. Ces éléments ont une importance significative qui est encore trop souvent sous-estimée par les viticulteurs.

 

Une prophylaxie intelligente limite la sensibilité des vignes

 

        Pour l’ensemble des maladies, les mesures prophylactiques passent par  la maîtrise de la vigueur, le raisonnement des apports de fumure (surtout azoté), une gestion des pratiques d’entretien des sols (trouver l’équilibre entre enherbement et entretien mécanique), des rognages raisonnés pour éliminer la jeune végétation (plus sensible) et l’effeuillage. Les deux dernières interventions présentent l’avantage de permettre une meilleure pénétration de la pulvérisation dans la végétation en pleine saison.

        En ce qui concerne plus spécifiquement le mildiou, il convient en outre de limiter les facteurs de risques agronomiques comme la présence de mouillères dans les parcelles (en réalisant un drainage du sol) et de pampres. L’élimination de toutes les pampres de la base des souches et des plantules issues de la germination de pépins réduit le risque potentiel d’installation des foyers primaires de mildiou qui participent au démarrage précoce des épidémies.

        Pour la pourriture grise, les mesures de prophylaxie (aération des grappes et limitation des blessures) doivent s’appliquer, quel que soit le risque parcellaire. Dans les situations de risque faible, la prophylaxie suffit à réduire le risque botrytis à des niveaux de nuisibilité faibles. L’aération des grappes est essentielle alors que leur entassement augmente fortement leur sensibilité aux attaques précoces ou tardives des diverses natures de pourritures. Une taille et un mode de palissage adaptés assurent une meilleure répartition des grappes. La limitation des blessures au niveau des baies est aussi un élément important. Une maîtrise correcte des vers de la grappe et de l’oïdium e diminuer les portes d’entrée du champignon dans les baies.

 

 

 

Les préconisations au niveau du mildiou

 

 

Les modes d’actions et groupes chimiques particulièrement concernés par la résistance sont les cyanooxines, les CAA , les QoI-P et les anilides.

Des premiers cas de détections de résistance ont été rencontrés récemment sur des modes d’actions non encore concernés tel que les QoI-D, les QiI et les acylpicolides. Dans ce contexte, l’alternance des modes d’action et le respect des recommandations deviennent indispensables pour préserver l’efficacité de la protection contre le mildiou.

Photo 3 (beau rot brun) : Des symptômes de rot brun sur des grappes très développées

 


 

        Les préconisations au niveau de l’oïdium

 

        En l’état actuel des connaissances, 3 modes d’action ou groupes chimiques sont particulièrement concernés par la résistance : les IDM, les QoI-P, et les azanaphtalènes. Leur utilisation (plus particulièrement celle des QoI-P) est susceptible de fragiliser les programmes de protection et de reporter la pression de sélection sur les autres modes d’action. Il est nécessaire d’alterner les traitements contenant ces modes d’action avec des produits à modes d’action non concernés par la résistance et suffisamment efficaces, et de ne pas les utiliser en succession (ex : IDM suivi de QoI-P ou azanaphtalènes). Des recommandations particulières, prenant en compte ces éléments, ou le contrôle d’autres cibles, comme le black-rot, pourront être proposées pour s’adapter aux spécificités régionales des divers vignobles.

 

        Les préconisations au niveau du Botrytis

 

        Les recommandations d’emploi des fongicides anti-botrytis (basées sur la limitation d’utilisation de chaque famille chimique) et de respect des mesures de prophylaxie ont fait leurs preuves. Quelle que soit la stratégie, l’emploi d’un seul produit par famille chimique et par an est impératif. L’alternance pluriannuelle pour toute famille chimique concernée par la résistance spécifique est fortement recommandée.

       

       

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