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Viticulteur Par Lignage

26 février 2009

vignes.jpgOn l’appellera Michaël. Prudent, le jeune homme de 27 ans préfère garder l’anonymat. Pourtant son parcours ne prête pas à polémique. C’est celui d’un fils d’exploitant, rentré dans la carrière par immersion. A son propre intérêt pour le métier, est venue s’ajouter la douce mais ferme pression d’un père amoureux fou de la terre et du travail. Une fois ravaler ses doutes, Michaël a découvert le plaisir d’entreprendre et un revenu relativement confortable qui l’aide à accepter les longues heures de travail.


Le contexte de l’installation
– « Mon père était exploitant et la propriété valait la peine de s’installer. J’aimais aussi le métier. Depuis tout jeune, je passais tout mon temps avec mon père, à l’aider. Pourtant, au début, il m’a un peu forcé la main. J’étais son héritier, j’étais parti en école d’agriculture à l’âge de 14 ans, je devais reprendre. Il ne m’a pas vraiment laissé le choix, malgré les doutes que je pouvais ressentir. Ces doutes concernaient essentiellement la situation économique, pas formidable à l’époque et la charge de travail. Le métier d’agriculteur ne laisse pas beaucoup de liberté, s’accompagne souvent d’un manque de vacances, d’un manque de revenu. C’était surtout vrai à l’époque où j’ai commencé. Les salariés de l’exploitation gagnaient mieux leur vie que moi. Et puis c’était boulot, boulot, sans s’arrêter. Au début, je me suis posé des questions. Maintenant ces doutes sont effacés. »

L’amour du métier
– « Il est venu après, le fait de créer des choses, prendre ses propres responsabilités, assister à la matérialisation de ses choix, avoir la liberté d’évoluer par soi-même… C’est gratifiant. Au bout du compte, on se sent fier. Depuis mon installation, beaucoup de choses ont évolué, surtout en terme d’aménagement et de simplification des conditions de travail. Mon père et moi aimons “bichonner” nos vignes. Mais nous avons acheté du matériel pour limiter les temps de travaux, notamment en matière de palissage. Au fond de moi, j’ai toujours cette envie de faire évoluer les choses. Si l’on ne suit pas le mouvement, on reste en retrait et on ne peut plus relever le nez. Le fait que le marché ait suivi a également facilité la donne. »

Le revenu
– « Depuis quelque temps, je m’en sors bien. Je ne me plains pas. Mon revenu équivaut à celui d’un cadre, ne serait-ce la différence du nombre d’heures. Cette situation, nous la devons sans doute à notre qualité de bouilleur de cru à domicile, commercialisant un stock libre, sans contrat de bonne fin. Nous vendons à trois maisons de négoce. Je sais que des pressions existent pour que nous devenions livreur exclusif mais il ne faut pas trop se laisser avoir avec ça. Le fait de vendre des eaux-de-vie et qui plus est, à plusieurs acheteurs, confère une indéniable liberté financière. Le seul problème, c’est que nous soyons obligés de multiplier la charge de travail pour gagner notre vie correctement. Car la marge, ce n’est pas nous qui la faisons mais le négoce, qui cherche à nous payer nos eaux-de-vie le moins cher possible. »

Les relations avec le négoce – « A l’époque de mon installation, j’ai pu bénéficier de 15 hl AP supplémentaires grâce à ma qualité de J.A et à l’intervention de mon père. »

Les aides J.A
– « J’en garde une certaine rancune. J’ai fait mon stage 6 mois, mon EPI et au bout du compte, rien, je n’ai eu droit à aucune aide. On me demandait de créer mon propre revenu, pour prouver l’indépendance de mon installation. Or, dans mon cas, le seul moyen d’acquérir un revenu propre consistait à acheter des vignes. Je devais m’endetter de 500 000 F pour acheter quatre ha de vignes alors que nous étions en pleine crise, que je ne savais pas si cela marcherait plus trad. Mon EPI a été refusé alors que mon projet était complètement bouclé. On avait simplement oublié de me prévenir. Avec mon père, nous avons créé un GAEC, pour bénéficier des mêmes taux de prêts. »

L’agrandissement
– « Oui, cela fait partie de mes objectifs. A terme, je me vois bien atteindre 50 ha de vignes. A ce stade, je me calmerai un peu et j’aménagerai l’ensemble pour que cela tourne bien. Il faut profiter d’être jeune pour s’agrandir. D’ailleurs, c’est dans les cinq ans que tout va se jouer. Des tas de gens vont partir à la retraite sans successeur. En général, ce sont de petits exploitants qui ne tournent pas forcément bien, qui ont un peu de mal à financer leurs investissements. Ils n’hésiteront pas à vendre. Ceci étant, les jeunes qui restent ne pourront pas “avaler” toutes les vignes qui se libéreront. Dans notre secteur par exemple, nous ne sommes que deux J.A pour au moins vingt viticulteurs. Personnellement, je ne me vois pas gérer une exploitation de 100 ha. Je ne suis pas le mec à rester continuellement au bureau. Je n’ai pas choisi le métier pour ça. Les papiers, si je pouvais m’en passer, je le ferais. Les exploitations doivent s’agrandir mais dans une certaine limite. Les jeunes en place ne pourront pas pallier tout. Plus généralement, les maisons de négoce doivent bien avoir conscience que les viticulteurs ne se mettront pas du jour au lendemain à exploiter 150 ha de vignes pour livrer leurs volumes en totalité chez eux. »

La durée du travail, les papiers – « En hiver, l’horaire minimum est de 40 heures et l’été plus proche de 50 heures sans parler du travail de bureau, le soir. Mon père en avait marre. Il m’a dit : “débrouille-toi avec tout ce bazar.” »

Les relations familiales
– « Mon père a 54 ans, il travaille avec moi. Il m’aide beaucoup. Tant qu’il sera là, je pense que tout ira bien. Après, j’ai un peu peur. Mon frère a une activité extérieure mais il a déjà parlé de revenir. Cela ne me dérange pas. Je m’entends très bien avec lui. Cependant, pour que ça marche, il faut avoir deux activités séparées. Son projet à lui porterait sur la vente en bouteille. »

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« Vendre des eaux-de-vie à plus d’acheteurs confère une indéniable liberté financière. »

La vie privée – « C’est dur de garder une copine quand on est agriculteur. Beaucoup ne veulent pas rester à la campagne ou éprouvent trop de difficultés à trouver un travail. Après pas mal de déboires, je pense être tombé sur la perle rare. Je vais faire en sorte de dégager du temps libre pour la vie familiale. Mon amie possède son propre emploi. Je préfère cela. Personnellement, je ne me verrais pas travailler avec ma femme toute une vie. Chacun a besoin de son espace de liberté, ainsi que de garder sa capacité de décision. La difficulté aussi pour les jeunes agriculteurs, c’est de trouver une maison près de chez eux. C’est terriblement dur par les temps qui courent. A l’achat, j’ai trouvé des maisons à 150 000 € qui, une fois rénovées, atteignent 300 000 €. Je ne peux pas me le permettre. Je regrette de ne pas avoir eu les moyens d’acheter plus tôt. Mon père est un terrien pur et dur. Il aime la terre. C’est son travail, son sport, il y consacre tout son temps libre. C’est impressionnant d’ailleurs. Moi je ne suis pas comme ça. J’ai envie de diversifier mon patrimoine, investir dans la pierre. La petite maison que je viens d’acheter, c’est justement dans le but de la louer plus tard, afin d’avoir une stabilité financière à l’heure de la retraite. »

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