Pèlerinage à la Mecque

28 juin 2009

Signe qui ne trompe pas. Ici l’office de tourisme s’appelle, en toute « vinattitude », Maison du tourisme et du vin de Pauillac. Son directeur, Fabrice Fatin, en poste dans la presqu’île du Médoc depuis 25 ans, a constaté le bond spectaculaire accompli par l’œnotourisme dans sa région ces cinq dernières années.

 

« Le Paysan Vigneron » – Qui vient visiter le Médoc ?

Fabrice Fatin – Nous avons deux grandes catégories de clientèle. Il y a d’abord les visiteurs français et étrangers, attirés par la grande métropole du vin, Bordeaux. Ce sont généralement des consommateurs voire des connaisseurs avisés, intéressés par la technique vinicole, la dégustation. Ils savent ce qu’ils viennent chercher. Pour eux, nous commençons à mettre en place des produits très spécifiques, telles ces visites privilèges où, à la fois, nous exigeons des critères des châteaux et des clients. Par exemple, pour la visite de certains grands crus, nous assurons à la clientèle des groupes inférieurs à 10 personnes. En contrepartie, nous demandons aux touristes d’être ponctuels, d’avoir une tenue correcte, de venir sans enfants de moins de huit ans et sans animaux. Ce concept marche très très fort. L’autre type de clientèle concerne les touristes en vacances sur la côte, à Lacanau, Soulac, Montalivet, pour qui le tourisme œnologique fait partie d’une approche culturelle et patrimoniale.

« L.P.V. » – Qui s’occupe de « l’aiguillage » de ces différentes clientèles ?

F.F. – Aujourd’hui, dans les grandes régions viticoles, c’est le rôle des offices de tourisme ou des maisons du vin de gérer ces propositions touristiques diverses. Nous identifions la demande du visiteur et essayons de l’orienter vers le bon château. Conseiller à un touriste qui rentre de la plage avec les enfants, d’aller visiter ex abrupto un grand cru, ça ne colle pas ! Ni pour le grand cru ni pour lui. Il trouvera la visite un peu guindée, n’aura pas forcément les moyens de s’offrir une bouteille de vin à 100 € d’où, au final, un sentiment de déconvenue. A l’évidence, il se sentira plus à l’aise dans un château moins prestigieux, avec un accueil plus simple, éventuellement une aire de jeu pour les enfants et des produits plus accessibles à l’achat. Ceci dit, ce n’est pas toujours facile de jouer cette fonction. Tous les jours ou presque, des visiteurs poussent la porte de l’office en disant : « Bonjour, j’aimerai visiter Mouton-Rotschild ! » Face à cette demande, nous faisons passer un message éducatif : le vignoble n’est pas un parc d’attractions mais un terroir avec des producteurs. Ceci dit, à travers nos brochures, nous cessons de répéter aux touristes : « Venez nous voir ». Alors iIs viennent ! La meilleure manière de résoudre cette apparente contradiction passe sans doute par le message éducatif que nous adressons à nos propres viticulteurs. Un touriste ne se reçoit pas n’importe comment. Il faut savoir se montrer agréable, répondre à ses besoins naturels (pipi, stationnement…). La qualité de la réception ne se transige pas.

« L.P.V. » – En quoi l’œnotourisme intéresse les châteaux ?

F.F. – Là aussi, nous avons deux types d’attentes. Les grands domaines, qui appartiennent à des multinationales, à de grands groupes ou à des familles extrêmement riches, n’attendent pas l’œnotourisme pour vivre. Mais en s’ouvrant à la visite, ils soignent leur image, vendent du rêve, attirent la presse. Pour les petits châteaux du Médoc, bien moins connus, il en va différemment. Si la vente directe ne représente pas le premier argument – compte tenu des investissements et du temps passé, elle est rarement rentable – l’accueil permet de se constituer un solide fichier de clientèle particulière. Et ça, c’est très rentable !

« L.P.V. » – Internet modifie-t-il l’approche et le fonctionnement d’un office du tourisme ?

F.F. – C’est une question qui m’interpelle et sur laquelle nous allons travailler. En 1983, quand j’ai commencé à travailler à la Maison du tourisme et du vin de Paulliac nous recevions trois touristes par jour et encore au moins d’août. Puis le travail a fait son œuvre, des propositions furent installées. En 1998, la Maison du tourisme et du vin de Pauillac a reçu 140 000 visiteurs de passage. Mais depuis 1998, ce chiffre subit une érosion aussi lente que constante. Nous devons être aux alentours de 100 000 visiteurs par an alors que la fréquentation a explosé dans le vignoble.

« L.P.V. » – Cette « évasion », vous la regrettez ?

F.F. – Non, absolument pas mais c’est un fait. D’un clic sur Vins Médoc, Médoc, Tourisme Bordeaux… les visiteurs préparent leurs séjours, bien souvent à partir des sites institutionnels que nous avons nous-mêmes créés. Ils prennent leur rendez-vous, connaissent leurs points de chute. Objectivement, c’est un gain, pour eux comme pour nous. Autrefois, des gens arrivaient à l’office et nous ne pouvions les mécontenter, faute d’avoir anticipé leurs demandes. Un écueil plus rare aujourd’hui.

« L.P.V. » – Comment expliquez le succès remporté par l’œnotourisme ?

F.F. – Voilà plus de vingt ans que les professionnels du tourisme ont commencé à s’intéresser à l’œnotourisme, surtout dans nos régions, Saint-Emillion, Médoc… Tout le travail de ces vingt dernières années a consisté à aller chercher de nouveaux clients. Mais la sensibilité aux propositions œnotouristiques a vraiment explosé depuis 4 ou 5 ans. J’associerai cette évolution assez fabuleuse à la dimension qu’est en train de prendre le vin. Nous ne sommes plus sur le phénomène de la consommation quotidienne de vin mais sur celui du vin plaisir, la « bouteille du dimanche. » Logiquement, les gens s’intéressent de plus en plus à la façon dont leur « bouteille du dimanche » a été produite. Les politiques ont pris la mesure de ce changement de braquet. Depuis trois ans, la région Aquitaine a lancé un vaste programme « Destination vignobles » qui vise à qualifier l’offre. Aménagement des locaux, mise aux normes, réception des touristes… la région alloue des subventions, finance des études. Même de grands crus classés investissent dans le service réceptif, transforment des chais en salles de réception, ouvrent des chambres d’hôtes. Du jamais vu ! Dans cette logique, l’accueil au vignoble est en train d’accomplir un bond fantastique. A titre d’anecdote, le responsable d’un grand cru classé, Linch-Bages, me disait qu’il y a 25 ans, quand un touriste venait se perdre à Lynch-Bages, il l’invitait à dîner. Aujourd’hui, le château doit recevoir 30 000 visiteurs par an.

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