Matériel végétal de la vigne : Des innovations pour s’adapter au changement climatique

29 juillet 2015

Changement climatique, tolérance aux maladies, diversité gustative…Toutes ces raisons déclenchent aujourd’hui des recherches sur le matériel végétal de la vigne.

p32.jpgUne vraie effervescence entoure aujourd’hui les expérimentations sur le matériel végétal de la vigne. Que ce soit au niveau national (INRA, IFV, ENTAV) ou régional (Stations de recherche, Conservatoires régionaux), les scientifiques et les professionnels réinterrogent la botanique. Au congrès de la CNAOC, à Sancerre, Laurent Audeguin, de l’IFV Pôle Matériel Végétal, a témoigné de l’importance de ces recherches.

Sélection locale

La sélection clonale et l’amélioration variétale sont les deux grandes pistes suivies par les scientifiques, sachant qu’en France la piste des OGM n’est pas autorisée. En ce qui concerne la sélection clonale, l’objectif est de repérer la diversité au sein d’un cépage et de la valoriser par l’inscription de clones. Car, en tant que tel, un cépage n’est pas un mais pluriel. Il se compose d’un ensemble d’individus. C’est ce que l’on appelle la « diversité intravariétale ». Telle variante d’un même cépage présentera de petites grappes, telle autre de grosses grappes… Dans une optique de réchauffement climatique, le but va être de sélectionner des clones qui pourront être plus tardifs ou accumuler moins de sucre ou, encore mieux, résister aux fortes contraintes hydriques. In fine, après une phase d’expérimentation grandeur nature, de nouveaux clones pourront être proposés à l’agrément.

Innovation variétale

En matière d’innovation variétale, l’idée est d’utiliser la vieille technique du croisement (reproduction sexuée pollen/pistil). Objectif : sélectionner entre les deux parents mâle et femelle des gènes intéressants, afin de les transmettre à la descendance. Cette technique, qui reprend le principe de la pollinisation naturelle, est notamment mobilisée aujourd’hui pour tenter de créer des variétés résistantes (ou tolérantes) à des maladies cryptogamiques comme le mildiou ou l’oïdium. Le séquençage du génome de la vigne en 2007 a considérablement boosté ce type de recherche. Les gènes de défense de la vigne ont été mieux repérés, ce qui a permis de travailler plus rapidement. A noter quand même qu’il y a un siècle et demi, après le phylloxera, cette même technique du croisement entre espèces avait déjà permis au vignoble de se relever.

On parlera de métis (ou encore de cultivar) pour désigner le croisement entre deux cépages (par exemple, Ugni blanc et Folle blanche).

Le terme hybride, lui, sera réservé au croisement entre deux espèces de vigne (Vitis vinifera et vigne américaine par exemple). Aujourd’hui, ces recherches sur les croisements sont pilotées, en France, par l’INRA et l’IFV.

L’apparition des premières variétés métisses ou hybrides « tolérantes » au mildiou et au botrytis est attendue en 2017-2020.

Monogéniques, polygéniques

Variétés monogéniques, variétés polygéniques ? La question divise la communauté scientifique. Pour faire court, le terme monogénique signifie que la plante ne possède qu’un seul gène de résistance par maladie. Si la maladie s’adapte ou se transforme un tant soit peu – on parle de contournement – le gène n’aura plus d’effet, et la plante ne sera plus résistante.

Dans le cas des variétés dites « polygéniques », plusieurs gènes de défense sont sélectionnés pour lutter contre les maladies. Ainsi, si une barrière saute, on peut penser que l’autre continuera d’assurer la protection. En Europe, les Italiens acceptent l’idée de variétés monogéniques, contrairement aux Français qui y sont opposés. Reste à savoir si ces variétés tolérantes présenteront des caractéristiques gustatives intéressantes ? Pour l’instant, rien n’est moins sûr. « Il faudra que le consommateur s’adapte », s’accordent à dire les scientifiques.

Le rôle des conservatoires

On l’aura compris ! Les techniques les plus pointues ne seraient rien si elles ne pouvaient s’appuyer sur un patrimoine génétique suffisant pour exercer la sélection. Ce rôle de préservation du patrimoine ampélographique, ce sont les conservatoires régionaux qui l’exercent avec les instituts nationaux. En France, on compte 34 conservatoires régionaux, disséminés dans les différents vignobles. Reliés entre eux par un réseau, la CTNSP (Commission technique nationale de sélection et de participation), ils conservent dans leurs collections plus de 18 000 clones. A Cherves-Richemont, le Conservatoire du vignoble charentais possède 180 variétés de références. Au départ, en 1998, il avait été créé à des fins plus historiques que scientifiques ou techniques. Mais au fil du temps, il s’est imposé comme un outil stratégique au service de toute une région. Son comité scientifique se compose de représentants de l’échelon national – INRA, IFV – et de professionnels issus des commissions techniques des trois filières Pineau, Cognac et Vin de pays charentais. Si le Follignan (croisement entre Ugni blanc et Folle blanche) est le fruit d’une recherche plus ancienne, le Conservatoire du vignoble charentais et son directeur Sébastien Julliard se sont investis sur le Chauché gris, un cépage ancien qui intéresse le Pineau et le Vin de pays charentais. Pour le Cognac, les travaux actuels, menés dans le cadre d’une convention avec le BNIC, portent sur le Monbadon, un croisement naturel de Folle blanche et d’Ugni blanc, réputé pour sa productivité. Par ailleurs, des travaux sont en cours sur les croisements de Jean-Louis Vidal, intéressants notamment vis-à-vis de leur tolérance au mildiou et à l’oïdium.

Aux recherches sur les cépages, le directeur du conservatoire tient à associer celles sur les porte-greffes, « toutes aussi importantes » dit-il. Ces recherches présentent des perspectives intéressantes tant sur la vigueur que sur la tolérance à la sécheresse.

 

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