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Oui à La Réforme

28 février 2009

Marie-Luce Spanjers est non seulement présidente du CER France Charente mais elle préside également le CNCER, le Conseil national des centres d’économie rurale. Avec le directeur du CER 16, Gilles Gault, qui a négocié la réforme pour le compte du réseau, M.-L. Spanjers fut et reste l’un des piliers de la réforme.

« Le Paysan Vigneron » – Les CER ont-ils délibérément choisi le camp de la réforme ?

marie_luce.jpgMarie-Luce Spanjers – En effet, aller dans le sens de la réforme a bien résulté d’une décision politique des CER. Dès le départ, il y a douze ans, nous avons fait le choix de nous impliquer dans les négociations, afin que ces dernières correspondent à nos attentes. Que les choses ne nous soient pas imposées par le Conseil supérieur de l’ordre.

« L.P.V. » – Au passage de la réforme, certains craignent une dilution des spécificités des centres de gestion.

M.-L. S. – Nous sommes au contraire totalement convaincus que ces spécificités demeureront. C’est bien pour cela que, dès maintenant, vont se mettre en place des formations, pour que les jeunes s’initient à l’expertise comptable sous forme associative. D’ailleurs des exemples existent de professions – vétérinaires, médecins – qui travaillent autrement que sous la forme libérale et cela se passe très très bien. N’idéalisons pas non plus trop le passé. L’emprise de l’Ordre des experts-comptables ne doit pas nous faire oublier l’emprise de l’agrément. Nous avons connu des négociations difficiles pour récupérer l’agrément tous les six mois.

« L.P.V. » – Vous parlez d’expertise comptable sous forme associative. Ces termes ne sont-ils pas antinomiques ?

M.-L. S. – Absolument pas et c’est bien ce que nos centres vont faire : de l’expertise comptable sous forme associative. Leur statut d’association loi 1901 ne change pas. Par contre, ils acquièrent la compétence et l’image d’experts-comptables. Quand, dans la campagne, vous parliez à un mécanicien ou à un médecin de conseillers de gestion qui faisaient de la comptabilité, ils avaient du mal à comprendre. Quand vous leur dites que vous faites de l’expertise comptable sous forme associative, ils saisissent beaucoup mieux. Désormais, il nous sera beaucoup plus facile de parler de notre métier.

« L.P.V. » – D’autres arguments sont avancés comme la difficulté de management ?

M.-L. S. – Toute entreprise est confrontée au management d’équipe. Les centres de gestion ancienne formule n’en étaient pas exempts. Nous avons tous eu connaissance de cas où le conseiller de gestion ou le responsable juridique quittait la structure en entraînant avec lui une partie de sa clientèle. Si les collaborateurs sont bien intégrés au sein de l’entreprise, il n’y aura pas plus de risque demain qu’hier. De manière plus générale, je voudrais dire qu’il est toujours bon de s’ouvrir. Le fait que les centres de gestion, depuis plusieurs années déjà, aient intégré d’autres domaines qu’agricoles (BIC, BNC) a eu des répercussions favorables sur nos centres. Le développement des fiches de paie en constitue une illustration. Par ailleurs, ce n’est pas parce qu’un organisme diversifie ses activités qu’il perd sa spécificité agricole. Regardez ce qui se passe au Crédit Agricole ou à Groupama. Leurs conseils d’administration sont toujours majoritairement tenus par des agriculteurs.

« L.P.V. » – Si les centres de gestion s’ouvrent plus nettement aux artisans et commerçants, l’inverse va être vrai. La concurrence risque d’être plus rude. Ne craignez-vous pas que les centres soient laminés ?

M.-L. S. – Dans la plupart des départements, le centre de gestion va devenir le plus gros cabinet d’expertise comptable. Certaines de nos structures atteignent des tailles importantes avec plus de 400 salariés pour quelques-unes. De plus, faut-il avoir peur de la concurrence ? La concurrence est très saine et elle existait avant la réforme. Ce ne sera pas une nouveauté. Simplement, elle a vocation à devenir un peu plus exacerbée. En ce qui concerne les petits centres, qui étaient restés purement agricoles, je crois que la réforme se posait en terme de survie. Face à une diminution du nombre d’agriculteurs, ils devaient rechercher de nouveaux marchés La réforme les y aidera. Il faut accepter en contrepartie que les centres de gestion des artisans et commerçants viennent chasser sur les terres agricoles.

« L.P.V. » – La question du coût revient régulièrement. Va-t-on vers une inflation des tarifs ?

M.-L. S. – Au CER France Charente, nous avons fait les calculs. Le coût du passage à la réforme se traduit par un supplément de 10 € par adhérent. Le conseil d’administration a décidé que l’entreprise digérerait cette hausse. Dans notre structure, la réforme n’engendrera pas d’augmentation tarifaire, ni aujourd’hui ni demain. La cotisation ne va pas être multipliée par deux parce qu’il y a deux centres, l’un pour la comptabilité, l’autre pour l’agrément.

« L.P.V. » – Face à l’Ordre des experts-comptables, comment entendez-vous défendre votre particularisme associatif ?

M.-L. S. – La première des initiatives fut de fédérer les quatre réseaux associatifs, l’AS.CLP* et CER France pour l’agricole et les deux réseaux des artisans et commerçants. Cette confédération, dont je suis la présidente, a pour but de défendre le secteur associatif et ses valeurs. Nous avons pesé et nous pèserons que par notre capacité à nous regrouper et à nous entendre. Si des batailles départementales entre centres de gestion peuvent parfois donner l’impression d’une certaine cacophonie, au niveau national, une vraie synergie se dessine. Très concrètement, nous nous retrouvons tous les mois à discuter autour d’une table. Il nous faudra également apprendre à travailler avec les experts-comptables qui, de leur côté, ont parfois peur de nous. A titre d’exemple, des examens de qualification vont être mis en place pour vérifier si notre manière d’exercer l’expertise comptable est pertinente et cohérente. Au sein du réseau associatif, un groupe réfléchit à l’introduction de vérificateurs issus de notre mouvance, afin de mettre en avant nos spécificités.

* AS.CLP : réseau des centres de gestion proche de la FNSEA.

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