L’Usine À Gaz Est Dans Le Pré

22 février 2009

Accueil à la ferme, dégustation à la ferme, méthanisation à la ferme… Tout cela fleure bon l’air pur et la simplicité de bon aloi des petites réalisations perso. Et puis quoi de plus « politiquement correct » que de transformer le plomb en or ou les déchets organiques en substitut de l’énergie fossile. Mais la méthanisation à la ferme n’est pas à la portée du premier venu. La production de biogaz reste une opération de « pro », lourde et coûteuse.

Méthanisation à la ferme mais de quelles fermes parle-t-on ? A coup sûr des grosses. Car l’investissement est de taille, au bas mot plusieurs centaines de milliers d’euros. Pas à la portée de toutes les bourses. Il faut dire que la méthanisation – production de biogaz à partir d’un digesteur anaérobie de matière organique – suppose pas mal de génie civil, le recours à des techniques assez pointues, la prise en compte de l’épuration. C’est pour cela que certains techniciens ne sont pas loin d’y voir de la poudre aux yeux. « Tous les 25 ans, on réinvente le fil à couper le beurre. » Et l’un d’entre eux de rappeler sans ménagement les « plantages » de temps pas si lointains. « Je me souviens d’une opération dans la Vienne qui, à l’époque, avait coûté plus d’un million de francs, soutenu par des aides publiques. Quelques années plus tard, nous avons assisté à son démontage. » La méthanisation à la ferme n’est pourtant pas une vue de l’esprit. A l’étranger, les grands promoteurs en sont l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche, le Danemark. La vérité commande de dire que dans un pays comme le Danemark, la biomasse tirée des fermes se retrouve le plus souvent amalgamée aux effluents des particuliers. Ainsi, dans un village ou une petite ville un seul méthaniseur collecte plusieurs sources de substrats, ce qui justifie des opérations publiques de restitution de biogaz aux ménages. En France les quelques exemples qui existent s’assimilent davantage à une démarche de traitement autonome. Des exemples qui se comptent pour l’heure sur les doigts d’une main et qu’il faut aller chercher hors région, en Meurthe-et-Moselle (vaches allaitantes), Lorraine, Bretagne (cochons hors sol). Aujourd’hui, en Poitou-Charentes, il n’existe pas d’installation de méthanisation à la ferme. Mais les choses vont peut-être bouger assez vite. Car, au terme d’un consensus politique fort, le Conseil régional Poitou-Charentes et l’ADEME ont lancé voici quelques mois un programme de développement de la méthanisation. Sont explicitement visés des projets de méthanisation à la ferme, d’une jauge annuelle de 2 500 à 4 000 tonnes de matière organique. Il s’agirait de projets individuels ou, mieux, de projets collectifs entre quelques agriculteurs qui se regrouperaient pour bénéficier d’un effet taille. Une autre cible du Conseil régional concerne le monde industriel avec des installations de traitement de 20 à 50 000 tonnes par an. Pourraient s’y « coller » une association agricole mais aussi un industriel des déchets, un professionnel de la méthanisation… Pour mémoire et pour fixer l’échelle, le complexe de méthanisation de Revico à Saint-Laurent-de- Cognac traite, à travers ses quatre méthaniseurs, 300 000 m3 de vinasse. Un mastodonte dans son domaine. 

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Unité de méthanisation de l’exploitation Lebbe, en Hautes- Pyrénées (source EDEN).

  LES SOUS-PRODUITS D’ÉLEVAGE

A qui s’adresse la méthanisation à la ferme ? S’inspirant de la technologie suisse ou allemande, le programme du Conseil régional et de l’ADEME pointe très clairement les sous-produits d’élevage, fumiers et lisiers. Car, dans le type de process développé par la Suisse ou l’Allemagne, le lisier joue un rôle fondamental. Il sert de base d’ensemencement à la flore de méthanisation. A titre d’appoint on peut y ajouter de la matière sèche tirée des cultures énergétiques mais la matière organique issue de l’élevage constitue le socle de la production énergétique. Car tel est bien le propos de la méthanisation à la ferme : avant tout produire de l’énergie à partir du biogaz. La dépollution arrive au second rang. La méthode utilisée est celle dite de la cogénération. Le biogaz dégagé par le méthaniseur sert à faire tourner un moteur qui, d’une part, produit de « l’électricité verte » et, d’autre part, émet de la chaleur. Récupérée par des échangeurs thermiques fixés sur le moteur, cette chaleur va permettre la production d’eau chaude, qui servira à chauffer la maison de l’agriculteur et/ou le lotissement voisin, assurera les besoins énergétiques de la ferme (séchage de maïs, de luzerne, de tabac, chauffage de serres…). Disposer en bout de chaîne de l’exutoire énergétique, c’est-à-dire la possibilité de valoriser sur place la chaleur conditionne en grande partie la réussite du schéma de méthanisation. La difficulté se corse quand on sait qu’il vaut mieux privilégier une continuité mensuelle – en clair faire fonctionner l’unité de méthanisation toute l’année – pour éviter les à-coups du digesteur. Si cela n’est pas possible, au moins faut-il que les besoins énergétiques de la ferme collent avec la saisonnalité de production du biogaz. Que faire de l’électricité émise par la cogénération ? EDF a une obligation de rachat. Elle s’engage par contrat de quinze ans à racheter l’électricité. Le tarif fixé pour la méthanisation à la ferme, nettement revalorisé, évolue aujourd’hui entre 11 et 14 cents d’euro. Plus la valorisation de la chaleur sera significative à la ferme, plus on s’orientera vers le prix d’objectif des 14 cents. Comparé au coût de l’électricité, de 5 ou 7 cents, l’agriculteur a tout intérêt à revendre ses kW/h à EDF.

DES ÉTUDES DE FAISABILITÉ

En Poitou-Charentes aujourd’hui, quatre études de faisabilité de méthanisation à la ferme sont en cours de finalisation. Ces projets portent tous sur des élevages bovins, lait ou viande et se situent dans les trois départements 86, 79 et 16. A ce jour, la Charente-Maritime n’a pas d’étude à ce stade d’avancement. L’ADEME, prudente, évite de se prononcer sur les chances de réalisations de ces initiatives. « Il est encore trop tôt pour le dire. » Pourtant, le mouvement semble bien amorcé. Le CRER vient de recevoir mission de ses bailleurs de fonds (ADEME et Région) d’effectuer une quinzaine de pré-diagnostics. A travers ces pré-diagnostics, le prestataire regarde le flux de matière organique à traiter, les besoins de l’exploitation. Comme tout pré-diagnostic, ce premier bilan permet d’apprécier la qualité des dossiers, ceux qui mériteront d’être prolongés et ceux qu’il vaut mieux abandonner. Car l’investissement dans une unité de méthanisation est conséquent. Même si ces chiffres méritent d’être affinés, on estime « à la louche » que le prix d’une installation de méthanisation traitant 3 à 4 000 tonnes par an oscille entre 350 000 € et 550 000 €. A ce niveau de dépense, peut-on espérer « retrouver ses billes » ? Oui répondent les spécialistes mais la rentabilité dépendra de multiples facteurs. Elle sera liée à l’effet taille – flux de matière organique à traiter – et à la qualité du substrat, qui doit s’avérer suffisamment « méthanogène » et énergétique. Joueront aussi les besoins de chaleur présents sur l’exploitation ou dans le voisinage, l’introduction éventuelle de cultures énergétiques ou de déchets extérieurs comme des effluents de laiteries, des graisses provenant d’IAA ou de restauration collective… En terme d’objectifs, on estime que le temps de retour net sur investissement (après subventions) ne doit pas dépasser 5-6 ans tandis que le temps de retour brut (hors subvention) ne devrait pas excéder, lui, 10-12 ans. « Au delà, il vaut mieux se garder d’investir. » En 2006, l’ADEME et le Conseil régional ont dégagé un budget pour soutenir les études. En 2007, ils devront se prononcer sur le montant des subventions à l’investissement. L’ADEME indique toutefois qu’il ne s’agira pas d’une aide systématique. « Nous n’aiderons que les projets de type exemplaire. »
Au-delà de l’éventuel intérêt financier, la méthanisation à la ferme présente un élément séduisant, celui de mettre en adéquation les obligations de mises aux normes à la recherche d’économie d’énergie. Le concept de méthanisation à la ferme, développé pour l’élevage, pourrait-il s’extrapoler aux exploitations viticoles, aux effluents vinicoles comme aux vinasses ? Outre qu’il existe déjà des outils de dépollution collectifs, la réponse à cette question supposerait sans doute un gros travail d’ingénierie et un sérieux bilan coût/intérêt.

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