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Les associations viticoles charentaises Réfléchissent à Une Communauté De Moyens

8 mars 2009

Maison des Vignerons, c’est le nom de code de l’opération. La Maison des Vignerons ne rime pas avec moellons mais avec réflexion… réflexion sur les moyens de conférer aux associations viticoles une plus grande lisibilité, une meilleure visibilité, une optimisation de leurs ressources. Une initiative « porteuse de sens », qui n’en est encore qu’à ses prémices.

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J.-B. de Larquier, D. Lambert, Ch. Monnet, C. Quéré-Gélineau, Ph. Guélin et P. Brisset.

La Maison des Vignerons telle… qu’elle n’existe pas. Pour l’heure rien de concret ni d’arrêté mais une réflexion, amorcée au printemps dernier. Les protagonistes de départ ? Six associations viticoles qui ont beaucoup de choses en commun : la JAAC (Les jeunes animent le Cognac) le SGV Cognac, l’Association des bouilleurs de cru, les Etapes du Cognac, les Vignerons indépendants, les Vins de pays. Toutes, sous des angles différents, partagent le même objectif : défendre le revenu viticole, soit par la communication autour du produit, la défense du métier et des viticulteurs, la promotion collective. Nées pour la plupart il y a environ dix ans (hormis les Vignerons indépendants), elles s’adressent à peu près au même public et aux mêmes financeurs. Accessoirement, beaucoup d’entre elles « vivent sur le même palier », en tant que colocataires de la Maison des Viticulteurs, rue de Cagouillet à Cognac. Mais l’emprunt souscrit par le GIE « Maison des Viticulteurs » se termine en juin 2007 et se posera la question du relogement. Parallèlement, les associations viticoles constatent qu’elles ne se connaissent pas bien. « On ne sait pas trop qui fait quoi ? On s’ignore entre nous. » Certaines osent même la question identitaire : « Pourquoi fait-on ce que l’on fait ? » Enfin la plupart avouent souffrir d’un déficit de reconnaissance : « Pour quelles raisons les viticulteurs charentais n’adhèrent-ils pas davantage à nos structures ? Nos financeurs disent ne pas s’y retrouver non plus. » « Plutôt que de s’interroger tous seuls, interrogeons-nous ensemble » se sont dites les associations qui ont eu l’idée de mutualiser leurs réflexions, en demandant à une tierce personne de les y aider. Jean-Marie Guilloton, consultant au CER France Charente, tiendra le rôle de chambre d’écho, celui qui réceptionne les propos et qui les renvoie (voir encadré). Le « brainstorming » commencé le 22 juin s’est terminé le 6 septembre, au moins dans sa première phase de « mise à plat ». Début septembre, le consultant a procédé à la restitution aux intéressés. « La balle est maintenant dans votre camp. A vous de vous en saisir pour la renvoyer dans la direction que vous souhaiterez. » Les associations viticoles se sont fixées à elles-mêmes un calendrier. « Fin 2007, il faut que nous ayons abouti à quelque chose. » D’ores et déjà, une association à durée de vie « très limitée » a été créée, qui s’appellerait « Projet des Vignerons ». Ce comité de pilotage, présidé par Patrick Brisset, se compose de trois membres de chaque association, le président et un autre membre. Il a pour but d’organiser la poursuite du dialogue. Un premier rendez-vous est déjà programmé juste après les vendanges.

Le 14 septembre dernier, avant la réunion du SGV Cognac, les présidents d’associations présents ont accepté de s’exprimer sur leurs motivations et leurs attentes. En ressortent quelques lignes-forces. D’abord, qu’il n’y a pas de différences fondamentales entre les structures. « Nos membres partagent tous les mêmes préoccupations, les mêmes aspirations. Nous avons tout à gagner à une mise en commun. » A ce titre Didier Lambert, président de l’Association des bouilleurs de cru, signale que la JAAC et les bouilleurs de cru font « A.G. commune » depuis deux ans. Mais qui dit rapprochement ne veut pas dire perte d’autonomie. Bien au contraire. Dans un beau chorus, tout le monde insiste sur la nécessité de conserver à chacun son identité propre, « fortifier les associations dans leurs missions, les rendre plus fortes encore ». « Pas question de nous fondre dans une entité commune, sous un seul drapeau, sous un seul slogan » souligne avec conviction Pierre Hitier, président des Etapes du Cognac. « Le bilan que nous avons été amené à dresser nous prouve qu’il n’y a ni redondances ni chevauchement des actions. Les unes sont complémentaires des autres » précise pour sa part P. Brisset. « Elles ont simplement besoin d’être plus lisibles aux yeux des vignerons. » Jean-Bernard de Larquier, président du SGV Cognac, voit dans un « lieu ressources » le moyen de répondre en partie à la crise des vocations. « On se rend compte que les vignerons sont souvent adhérents de l’une ou de l’autre structure. Un lieu fédérateur pourrait permettre le glissement progressif d’une association à l’autre, en fonction de la tranche de vie du vigneron ou de sa sensibilité du moment. Le J.A. va donner un coup de main au bouilleur de cru qui lui-même découvrira la mise en bouteille à la propriété par l’intermédiaire d’un collègue vigneron indépendant. La roue tourne dans un parcours professionnel. Une synergie plus importante entre les personnes peut générer une nouvelle dynamique associative. » Caroline Quéré-Gélineau reprend à son compte une phrase citée par J.-M. Guilloton : « déclencher l’envie d’avoir envie ». Que les viticulteurs aient envie de s’investir dans leurs associations. Sans tabou, la jeune femme constate l’inverse aujourd’hui : « Depuis quelque temps, les adhérents qui s’impliquent ressentent chez leurs collègues un manque de reconnaissance. Comment inverser la situation ? » Patrick Brisset apporte peut-être un début de solution en parlant de la possibilité de « s’autodynamiser entre associations » pour éviter que « gagne fatigue et lassitude, qu’essoufflement et démotivation débouchent sur la tentation de jeter l’éponge ».

une meilleure visibilité

Si une meilleure lisibilité à l’intérieur de la famille viticole est un objectif revendiqué par le concept « Maison des Vignerons », l’effet d’affichage sur l’extérieur ne l’est pas vraiment. Chacune à leur manière, les associations se chargent de communiquer sur le produit. Elles ne sont pas à la recherche d’une vitrine. De même inutile de chercher à opposer la Maison des Vignerons avec une autre instance collective, le BNIC. La réponse de J.-B. de Larquier ne tarde pas à tomber. « Aujourd’hui, l’interprofession a besoin d’hommes et de femmes qui veulent s’impliquer. Son attente va plutôt dans ce sens. » Parmi les vraies demandes exprimées par les responsables viticoles, une arrive en bonne place : créer une communauté de moyens entre les associations. Pour quoi faire ? « Pour partager les compétences, les moyens humains et matériels, réaliser des économies d’échelle, s’entraider sur le montage de dossiers, partager les dépenses générales. » D’ailleurs la réflexion « Maison des Vignerons » a très vite intégré les administratifs des diverses associations.

toutes les associations représentées

Se donner une structure qui fédère toutes les associations sans exclusive ! Tel semble être en définitive l’esprit qui anime le projet « Maison des Vignerons ». Les six associations de départ prennent bien soin de préciser qu’aucune association viticole représentative n’est exclue. Vérification faite, c’est exact. Le SVBC a par exemple été contacté et son président Christophe Véral indique que son syndicat a l’intention de rejoindre le peloton. « Même si nous ne partageons pas du tout la ligne du SGV, cela ne nous empêche pas d’être d’accord sur le fait qu’il vaut mieux se fédérer pour que la communication passe mieux, afin de défendre les intérêts viticoles. Ainsi allons-nous rejoindre la structure, sans aucun problème. » Son de cloche un peu différent du côté du Syndicat du Pineau. Il n’a pas dit qu’il ne participerait pas mais, pour l’instant, préfère réserver sa décision tout en suivant les discussions. « A titre personnel, j’aurai souhaité que le Pineau s’engage mais le président ne décide pas tout, fort heureusement, indique J.-B. de Larquier. Mon conseil d’administration souhaite se ménager un temps de réflexion. La porte n’est pas fermée. »

Le projet « Maison des Vignerons » mettra peut-être du temps à se concrétiser. Mais, d’ores et déjà, il a rempli son contrat. Il a obligé les associations à « lever le nez du guidon », passer de l’action à la réflexion sur elles-mêmes. En toute sincérité, elles ont accepté de sortir de leurs coquilles, exprimer leurs faiblesses, leur fragilité parfois. Elles ont également reformulé leur ambition, ce qui les portait et redécouvert la force du groupe. D’où l’expression, reprise par tous, d’une initiative « porteuse de sens. »

C’est en vrai profes-sionnel des techniques d’animation de groupe que Jean-Marie Guilloton est intervenu, pour que s’exhument les aspi-rations profondes des associations viticoles.
jean_marie_1.jpgIl a commencé par la JAAC, continué par le SGV, puis les Bouilleurs de cru, les Etapes du Cognac, les Vignerons indépendants et les Vins de pays. A coup de deux demi-journées par association, voire quelques rallonges pour les plus bavardes, cela a donné au bas mot une douzaine de réunions, plus la synthèse écrite et la restitution à l’ensemble. Le parti pris de J.-M. Guilloton fut d’écouter isolément chaque association, pour laisser une chance à la parole de se libérer sans gêne. Chaque groupe s’est donc raconté et, au passage, en a profité pour retisser de l’unité, un bénéfice secondaire non négligeable. Bien que les associations soient jeunes, il était bon de renouer le fil, surtout en présence d’un certain turn over. Pour guider la réflexion, l’animateur avait élaboré un questionnaire qui passait progressivement du descriptif sans risque – « votre environnement, les menaces, les atouts, les axes de progrès… » – a des choses beaucoup plus dérangeantes – « votre association, votre syndicat a été dissous… – militant engagé en 2012, pour quelle finalité, à quelles conditions ? » avant de rebondir sur la nouvelle « carte de visite, ses valeurs, ses missions, son métier ». Au total, quarante professionnels ont participé à ce travail d’introspection syndical, 16 du SGV, 8 de la JAAC, 3 des Bouilleurs de cru, 7 des Vignerons indépendants, 2 des Etapes et 4 des Vins de pays. Utilisation de différents supports (video-projecteur, tableau « papiers blanc », com-tableau), relance des questions, reformulation des réponses… Sans heurts ni provocation, souvent dans l’anonymat, les professionnels furent amenés à « vider leur sac ». Certains sont ressortis de ces séances « lessivés », d’autres « sont tombés un peu de cul ». Les jeunes notamment ont « beaucoup bossé » (24 réponses en moyenne par question pour un effectif de 8), d’autres ont montré « qu’il y avait de l’ambition dans leur groupe ». Tous ont été interrogés, voire chahutés, remis en cause dans leurs fondements. Ils sont repartis avec un « devoir de vendanges » qu’ils vont bientôt auto-corriger. Histoire à suivre… 

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