Premiers résultats d’un essai de perçage des souches

22 décembre 2008

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Gros plan sur une souche perforée cet été

Le perçage des souches est une intervention qui va peut-être permettre de réhabiliter la vieille technique de fente des ceps atteints d’esca. Un groupe de viticulteurs bio du sud Charente travaillent le sujet depuis plusieurs années et depuis 1999 les techniciens de la Chambre d’agriculture ont mis en place une expérimentation pour vérifier le bien-fondé de cette démarche. L’idée peut paraître farfelue, dépassée ou inadaptée aux exigences actuelles de productivité du vignoble, et pourtant l’utilisation de perceuse mobile avec des accumulateurs la rend parfaitement cohérente pour aérer et oxygéner les zones dans le cœur des troncs où sont localisés les champignons responsables des maladies du bois.

M. Philippe Ménard, le conseiller viticole sur le sud Charente, et son collègue M. Samuel Neau se sont mis à travailler, avec un groupe de viticulteurs, un procédé de perçage des souches pour lutter contre le développement de l’esca. Le principe est d’aérer les zones malades des troncs de ceps malades et cette pratique ancienne a été remise au goût du jour en utilisant des moyens technologiques modernes.

Autrefois, lorsque les viticulteurs voyaient des souches extérioriser des symptômes d’apoplexie dans le courant de l’été, ils les fendaient en général avec un burin et glissaient une pierre dans le bois afin de maintenir aérées les zones de bois touchées par la maladie. Le fait de mettre en contact avec l’air ambiant et en quelque sorte d’oxygéner les zones où se développaient les champignons dans des conditions anaérobies permet à de nombreuses souches de se rétablir et de pouvoir continuer leur développement végétatif. Ces observations empiriques ont été remises en pratique par M. Jean-François Decroix, un viticulteur bio de Saint-Félix.

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M. Philippe Ménard, de la Chambre d’agriculture et M. Jean-Marc Billet, viticulteur à Saint-Félix.

 

Il réalise de manière systématique le perçage de souches depuis plusieurs années sur son vignoble et il estime que les résultats qu’il obtient en matière de lutte contre l’esca sont tout à fait intéressants. Par ailleurs, la mise en œuvre de cette pratique ne s’avère pas aussi contraignante que l’on pourrait l’imaginer. L’utilisation de perceuse mobile avec des accumulateurs permet de perforer rapidement les pieds extériorisant des symptômes dans le courant de l’été. Le travail réalisé par M. J.-F. Decroix sur son exploitation depuis 1997 a incité M. Philippe Ménard à mettre en place un essai pour apprécier plus finement l’efficacité de cette pratique et en optimiser sa mise en œuvre. 

 

Le perçage est une pratique qui suscite beaucoup d’interrogations 

L’expérimentation a été mise en place dans le courant de l’été 1999 chez M. Jean-Marc Billet, à Saint-Félix, dans une parcelle d’Ugni blanc jeune (plantée en 1991) qui n’avait jamais reçu de traitement à l’arsénite de soude. L’homogénéité de cette plantation conduite en agrobiologie a permis d’implanter deux blocs expérimentaux (de 680 pieds chacun), un témoin et une seconde partie traitée. Dans le courant de l’été, un marquage des souches extériorisant des symptômes a été effectué et simultanément le perçage est réalisé avec une mèche de 12 mm. M. Ph. Ménard estime que la réalisation des trous dans les souches à cette période de l’année (entre le 20 juin et le 15 août) ne présente pas beaucoup de risque vis-à-vis d’éventuelles contaminations par d’autres maladies. Par contre, le principe même de perçage des souches suscite beaucoup d’interrogations.

A quelle hauteur faut-il percer les souches ? La perforation doit-elle être réalisée de manière parfaitement horizontale ou de façon plus oblique pour faciliter l’aération et l’écoulement de l’amadou ? Les trous se rebouchent-ils rapidement ? Ne serait-il pas intéressant de profiter de la présence des trous pour positionner dans les troncs des produits favorisant l’oxygénation (de l’eau oxygénée) ? L’expérimentation qui a été mise en place n’a pas l’ambition de répondre à toutes ces interrogations, mais dans un premier temps de quantifier plus précisément l’efficacité du perçage dans la lutte contre l’esca.

La première année, les trous étaient réalisés dans l’essai en sommet de souche juste en dessous des deux bras de taille.

Depuis, le bon sens a conduit M. Ph. Ménard à réaliser les perforations de façon horizontale juste au-dessus le bourrelet de greffage. Apparemment, une gomme se forme au niveau des trous au bout d’une année mais ils ne semblent pas encore totalement obturés.

Des premiers résultats plutôt encourageants mais pas suffisants pour en tirer des conclusions définitives

Les premiers résultats de cet essai ne sont pas faciles à interpréter et on peut penser qu’il faudra poursuivre pendant plusieurs années les notations pour en tirer des conclusions plus définitives. Le tableau ci-dessous permet de se rendre compte de la forte évolution de la maladie durant les années 1999, 2000 et 2001. Après seulement trois années d’observation, on se rend compte que le bloc le plus touché présente plus de 11 % de souches attentes par l’esca.

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Ce niveau traduit parfaitement l’agressivité des maladies du bois dans notre région dans une situation que l’on peut qualifier de moyenne. En effet, le critère de choix de cette parcelle n’était pas son taux d’infestation mais le fait qu’elle n’ait reçu aucun traitement à l’arsénite de soude.

L’un des éléments en faveur de la technique de perçage est le taux de non réapparition des symptômes qui en 2001 est plus élevé, mais il conviendra de vérifier si cette tendance perdure dans les années à venir. MM. Ph. Ménard et Samuel Neau ont aussi réalisé dans le courant du mois d’octobre des notations pour apprécier le niveau de rétablissement des souches après la réalisation des perçages. Ils ont réalisé une notation pour apprécier l’état de la vendange juste avant la récolte et le tableau ci-dessous semble indiquer une meilleure capacité de rétablissement des souches dans les blocs percés.
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M. Jean-Marc Billet, le viticulteur chez qui est réalisé l’essai, pratique le perçage sur l’ensemble de son exploitation. Il a constaté dans les autres parcelles la même tendance de meilleures aptitudes des souches percées à porter la récolte et à se rétablir. Néanmoins, les deux techniciens restent beaucoup plus mesurés et ils estiment prématuré de tirer des conclusions définitives en matière de rétablissement des souches suite à un perçage des souches. Il faudra continuer les observations pendant plusieurs années pour valider définitivement cette notion d’aptitude à se rétablir. 

 

 

Bibliographie :

– MM. Philippe Ménard et Samuel Neau, conseillers viticoles à la Chambre d’agriculture de la Charente.

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