« Cultiver la terre de Charentes » par Arnaud Paquereau

16 novembre 2010

Armand Paquereau a mené plusieurs vies de front. Fils et petit-fils de paysans vendéens installés à Blanzac-Porcheresse, dans ce sud-Charente à la terre blanche et caillouteuse, il fut concomitamment agriculteur, vendeur-direct, syndicaliste, animateur syndical et même buraliste et marchand de journaux. Ces activités, il les mènera toutes avec ce mélange de simplicité désarmante, d’intégrité et de courage têtu. Armand Paquereau est ainsi : il a foi en ce qu’il fait et donne, à chaque fois, le meilleur de lui-même. C’est un homme honnête.

paquereau.jpgL’éditeur du Croît Vif, François Julien-Labruyère, présente en ces termes l’ouvrage d’Armand Paquereau : « Dans une première partie, moi, Armand Paquereau, petit-fils et fils de Vendéen, comment suis-je devenu Charentais le jour j’ai planté mon premier cep de vigne ; et, dans une seconde partie, moi, Armand Paquereau, membre de la Coordination rurale, j’ai des choses à dire sur l’agriculture. » Et d’ajouter, « il ne mâche pas ses mots ».

Malgré un visage lisse où le temps ne semble pas avoir de prise, A. Paquereau n’est plus un tout jeune homme. A 65 ans, voilà un certain temps qu’il n’exploite plus, après avoir donné ses terres en fermage. En octobre 2008, il décide de prendre la plume ou plutôt le clavier de l’ordinateur pour raconter son parcours, ses engagements, ce à quoi il croit. Le déclic, « le petit coup d’aiguillon » vient d’une conversation avec « François » (François Lucas, le président national de la Coordination rurale). Les deux hommes devisent sur les erreurs syndicales passées, notamment en viticulture. « Tu devras écrire un livre là-dessus » lance F. Lucas. Armand Paquereau saisi la balle au bond et en juin 2009 livre son opus. Le comité de lecture du Croît vif est séduit. L’ouvrage se retrouve dans les bacs des libraires en 2010.

le choc des cultures

A travers une écriture sensible, Armand Paquereau relate l’arrivée de sa famille vendéenne en Charente et sa lente intégration. Il y a le choc des cultures. Les paysans vendéens sont des « sans terre » mais aussi des « sans pierre ». Dans leur pays, la pierre est rare et précieuse. En Charente elle est abondante et même débordante. Un ami du grand-père Paquereau, qui vient le voir quelque temps après son installation, lui dit : « Dame, y viendrait jamais dans thieu pays, chez moué, quand y vois une pierre, y la met dans la poche ! » A. Paquereau, lui, se souvient d’en avoir ramassé et ramassé encore des pierres. « Ces pierres ont été tellement détestées qu’à ma connaissance aucun descendant ne porte le prénom homophone. » Dans les années 30, Charentais et Vendéens hésitent à mêler leur sort par mariage. Les parents d’A. Paquereau obéiront au diktat familial et convoleront dans leur communauté. « Ce refus d’accepter l’autre, sans tenter de le connaître, serait aujourd’hui taxé de racisme. » Armand Paquereau apprend assez vite les vertus, sinon de la désobéissance, du moins de l’indépendance de vue. « Je me souviens d’une recommandation de mon professeur de l’époque, le colonel Chabanne, du cours post-scolaire agricole : ”Quand vous pratiquez quelque chose de nouveau, que vous y trouvez votre compte et que les gens disent que vous êtes fou, continuez ! Dès que l’on commence à vous copier, il est temps de songer à se reconvertir”. » Dans les années 60-70, pour les Paquereau, c’est la grande saga de l’accession « à la viticolité » : plantations d’abord puis installation d’un alambic. Projet « enthousiasmant » pour le père et le fils. « Nous, Vendéens, officialisions notre entrée dans le gotha charentais, celui qui distille et vieillit son produit. » Suivra en 1977 le démarrage d’une activité de mise en bouteille, dévoreuse de temps mais riche de rencontres. « La chose la plus significative que m’ait apporté cette période fut de me voir avec les yeux des autres. » Le viticulteur participe à une dizaine de salons par an, utilise les réseaux familiaux pour pénétrer les comités d’entreprise. Il réussira à vendre directement jusqu’à 45 % de la production de ses 9 ha de vigne. Avant l’heure, le viticulteur a diversifié son vignoble avec les cépages Pineau.

la bataille des capsules congés

Sa « carrière » syndicale, A. Paquereau l’entame justement sur une bataille technique liée au Pineau, celle des capsules congés. « En foire », les viticulteurs attendaient parfois jusqu’au lundi matin pour retirer leurs congés des recettes locales. L’application des capsules congés au Pineau fera tomber cette contrainte. » A. Paquereau s’implique fortement sur le sujet. Mais son « fait de guerre » reste sans conteste le dossier de la Petite Champagne de Blanzac. Des communes de la région de Blanzac qui figuraient en Petite Champagne sous l’empire du décret de 1936 se retrouvèrent classées Fins Bois après la révision de 1938. La demande de rétablissement dans le cru initial n’aboutira pas, malgré une mobilisation soutenue. A l’occasion de cette lutte, Armand Paquereau sort de l’anonymat. Délégué cantonal des Fins Bois, il se retrouvera, par proximité de pensée, membre de l’OVCR, l’organisation viticole mise sur pied par la Coordination rurale lors du test de représentativité de 1998. « Je suis tombé en symbiose avec François Lucas et René Perrocheau. Leur vision correspondait à la mienne. » Après avoir nourri de grands espoirs, le syndicalisme viticole connaîtra des ratés. « Occasion manquée » soutient Armand Paquereau. « Nous ne fûmes pas capable de parler d’une seule voix. Le viticulteur charentais a toujours le sentiment de pouvoir se sauver au détriment des autres. »

Aujourd’hui, Armand Paquereau continue de militer. Il est secrétaire de l’ADRA, l’Association départementale des retraités agricoles. Toujours très actif et prêt à en découdre au plan juridique, il explique qu’un dossier a été déposé sur le bureau du ministère des Affaires sociales. La dernière partie de son livre se consacre au « fossé d’incompréhension » qui existe entre le monde agricole et la société civile au sujet de l’environnement. « Chacun doit nettoyer devant sa porte » défend A. Paquereau qui s’indigne du terme « paysan pollueur » et « de la manière fallacieuse de présenter les choses ». L’engagement, toujours.

« Cultiver la terre de Charentes » – Armand Paquereau – Editions Le Croît Vif :
22 €. Disponible en librairies ou au Croît Vif – 2, ruelle de l’Hospice, 17100 Saintes – www.croitvif.com

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