L’opération coup de poing des J.A.

30 août 2016

Le 12 juillet dernier, les Jeunes Agriculteurs 16 et 17 ont décerné un prix d’un nouveau genre : « Les Vautours du cognaçais ». Le prix « récompense » – dénonce – ces viticulteurs indélicats qui achètent à bas coût des vignes dans d’autres régions viticoles pour rapatrier les autorisations de replantation en Charentes. Indélicats, les viticulteurs en question ? Oui car  ils bravent les règles de l’éthique la plus communément partagée. Pour autant, sont-ils dans  l’illégalité ? Et bien non. En l’occurrence, ce ne sont même pas les nouvelles règles d’autorisation de plantations introduites depuis 1er janvier 2016 qui sont en jeu. C’est beaucoup plus basique que ça. Depuis plusieurs années déjà, le verrou des 70 kms autour de l’exploitation viticole a sauté. Ce verrou interdisait de pouvoir rapatrier des droits de replantation au-delà d’un certain périmètre (les 70 kms en question). Aujourd’hui, il est possible de faire ses emplettes partout en France. Ainsi, l’opportunité de réaliser « de bonnes affaires » se trouve-t-elle décuplée. Sauf qu’une parade existe pour les VIG (Vins à indication géographique). Ils ont la possibilité d’actionner la clause dite de « restriction à la replantation ». Que prévoit cette clause ? Que les transferts ne pourront intervenir que dans l’aire d’appellation, « entre des vignes partageant le même cahier des charges » (exemple : à Bordeaux, que sur les vignes IGP Bordeaux). Par contre, aucune disposition de ce genre n’existe pour les VSIG (Vins sans indication géographique ), catégorie à laquelle appartiennent les vins Cognac. Pour ces vins, les autorisations de replantation peuvent provenir de partout en France. D’où le fameux « trou dans la raquette » déjà évoquée, dont quelques viticulteurs de la niche écologique des rapaces ont tôt fait de se saisir. C’est contre de telles initiatives que les J.A ont voulu « smasher », pour filer la métaphore tennistique.

Pourquoi les Jeunes Agriculteurs et pas l’UGVC ? Sans doute faut-il y voir, quelque part, la fougue de la jeunesse, une tradition du « poing sur la table » propre au syndicalisme jeune ; peut-être aussi la volonté de l’UGVC de ne pas apparaître en première ligne même si le syndicat soutient la démarche. Si certains de ses membres se disent prêts à en découdre personnellement, d’autres indiquent que le syndicat « après s’être beaucoup exprimé sur le sujet se situe plus aujourd’hui dans une logique de travail ». Il faut dire que les jeunes viticulteurs sont également les premiers concernés. Marc Spanjers, président des JA 16, l’a dit – « A jouer comme ça, les viticulteurs qui achètent des transferts plombent tous ceux qui s’installent. Ils sapent le Cognac, ils sapent l’appellation. Pour un viti qui va cesser d’exploiter dans 5 ou 10 ans, passe encore. Mais pour un jeune qui débute dans la carrière, c’est insupportable. Nous, les J.A, avons l’obligation de voir plus loin et de faire ce que les J.A font tout le temps et un peu partout, secouer le cocotier ! » Avis similaire de Julien Massé,  vice-président des J.A de Charente et coprésident, avec Gaëtan Bodin, de la section viticole 16/17 des Jeunes Agriculteurs (la section viticole, un peu en sommeil, a été réactivée en septembre 2015) . « A titre individuel, on peut vouloir s’agrandir sans contrôle. C’est assez naturel et légalement possible. C’est juste pas moral.  Quand le rendement baissera, il baissera pour tout le monde ; même chose quand les prix se casseront la figure. »

Pour provoquer les consciences et faire réagir la profession, les J.A ont choisi une action médiatique : sortir dans la presse plusieurs noms de « viticulteurs vautours », trois au départ, deux à l’arrivée, un ayant renoncé à ses intentions, pour ne pas se retrouver exposé. Même si le mot est fort et renvoie à des heures sombres, certains n’hésitent pas à qualifier la méthode de « délation ».  Qu’en pensent les J.A ? «Honnêtement, c’est extrêmement déplaisant de devoir recourir à ce mode d’action, réagit spontanément Marc Spanjers, mais que faire d’autre ? Baisser les bras et assister à la mise en coupe réglée du Cognac dans les années à venir ; envoyer un courrier ; détruire des pieds de vigne ; ou montrer du doigt ceux qui profitent du système ? Et puis, réputées légales, ces opérations de transferts ne sont pas confidentielles, n’est-ce pas ! ». » Si le procédé suscite une part de réticence chez les viticulteurs, la majorité approuve – « C’est bien d’avoir bougé ».

Les deux personnes citées dans la presse sont toutes deux de Charente-Maritime. L’une a acheté 11 ha de transferts, l’autre 6. Pourquoi ces deux noms et pas d’autres, sachant qu’il y a des dossiers plus lourds, y compris dans le département d’à côté, la Charente ? Réponse des jeunes – « Nous souhaitions agir rapidement mais, à la fois, être sûrs des noms que nous allions sortir. Pour ces trois-là, c’étaient le cas. Ils sont tombés les premiers.» Pour recouper les informations, les J.A ont utilisé leurs réseaux.  La situation a été évoquée au niveau national (au CNJA) et discutée avec les collègues des autres appellations. Cela dit, les J.A ne sont pas dupes. « On chope les moins malins mais les stratégies de contournement vont se poursuivre. » C’est pour cela qu’ils n’ont pas l’intention de « lâcher l’affaire ». « Nous restons en vigilance et, s’il le faut, nous réinterviendrons. »

En fait, plus que la dénonciation et le « flicage », l’action des jeunes concourent à deux objectifs. Premier objectif : obtenir une position claire et nette du négoce pour qu’il s’engage à ne pas acheter les vins et Cognacs issus de ces transferts « mal acquis ». A l’évidence, il s’agirait  d’une dissuasion forte. Si plusieurs maisons semblent d’accord sur le principe, toutes sont-elles à l’unisson ? A vérifier.  Le second objectif concerne le statut du vin Cognac. « Le vin Cognac doit devenir IGP » plaide le président des J.A 16 Marc Spanjers. Des viticulteurs – et pas seulement des jeunes – ne sont pas loin de voir comme un manque d’anticipation coupable cette incapacité à protéger le vignoble des dérives actuelles – « Depuis combien d’années sait-on que nous allons changer de système et nous n’avons rien fait ! » « Un tel niveau d’imprévision, c’est incroyable » réagit un autre. « Des solutions sont annoncées mais peut-être pas avant 2020. Entre-temps, bien des choses peuvent se passer.»

A l’UGVC on dit travailler sur plusieurs pistes : une piste à court terme et une piste à moyen / long terme. La piste à court terme renvoie à la notion d’incessibilité des autorisations de plantation, inscrite dans les textes européens. Et que sont ces transferts sinon des achats déguisés d’autorisations ? Les services juridiques dont celui de la CNAOC, creusent le sujet. La piste à moyen / long terme concerne le statut du vignoble et / ou du vin. Est-ce qu’un statut particulier du vin de distillation – abandonné en 2008 – ne pourrait pas permettre d’obtenir une clause de restriction ? Au-delà du réglementaire, Stéphane Roy, le président du l’UGVC, est convaincu que le salut viendra avant tout de la capacité de la région « à jouer collectif ». « Jouer collectif, c’est la condition sine qua non pour qu’une confiance forte se crée. Et nous avons besoin de cette confiance pour installer au vignoble cette dynamique dont la région a besoin. »

En ce cœur d’été et pour résumer le climat qui prévaut dans l’aire délimitée, une seule expression, statu quo. De manière générale, l’économie contractuelle – qui représente un niveau élevé aujourd’hui – tient bon et c’est tant mieux. Une maison continue à recruter et a même procédé à une vague d’achats en juin-juillet sur des compte jeunes voire un peu plus vieux pour des retiraisons en septembre. Un coup de pouce bienvenu aux trésoreries. Les prix observés ne décrochent pas. Sur le second marché, peu d’échantillons circulent. Heureusement car les  marchands en gros ne sont pas acheteurs. Aujourd’hui, des inquiétudes existent sur le cru Bons Bois, plus éloigné du leader de marché. Au fil des semaines, le rendement des 11 hl AP/ha semble s’éloigner. Certains tablent sur un rendement plus proche des 10 de pur. Les pronostics sont ouverts.

 

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