« Palier la pénurie De main-d’œuvre, sauver les entreprises »

15 mars 2009

Confronté à l’atonie du prix du vin et au manque de main-d’œuvre, ce viticulteur girondin voit dans le recours aux travailleurs des pays de l’Est le moyen de « passer la crise ». Un témoignage qui ne masque pas les difficultés, limites et non dits qui entourent parfois cette forme de travail.

 

« Il faut bien essayer de trouver des solutions permettant de sauver nos entreprises, sachant que, de toute façon, certains travaux viticoles ne sont pas très convoités par la main-d’œuvre française. Malgré tout, il convient de réaliser les façons au bon moment, au risque, sinon, d’être hors jeu. En 2004 puis en 2007, l’Union européenne s’est ouverte à de nouvelles nations. Ces nouveaux ressortissants cherchent à gagner leur vie et, dans leurs pays, ils ne trouvent pas de solution rapidement. Je pense que la meilleure formule d’intégration consiste encore à leur offrir la possibilité de s’épanouir dans le travail en Europe de l’Ouest. Sans bien sûr que ces gens soient victimes du système. La viticulture ou le bâtiment ont eu à déplorer quelques exemples malheureux. Les salariés viennent pour des missions bien définies, entrecoupés de périodes d’interruption. Manifestement, ils sont désireux de travailler, “obéissants” ou, pour mieux dire, attentifs aux observations. Ils sont généralement “avantageux” au travail, même si quelques insuffisances et petites imperfections se font sentir ici et là. Il y a parfois un peu d’alcool et ce qu’ils appellent les “pauses”. Il convient de veiller à la qualité de la prestation, conduite de façon assez sommaire dans certains cas. Cependant, dans l’ensemble, ces gens accomplissent leur mission dans de bonnes conditions. La communication – la barrière de la langue – peut constituer un problème qui s’estompe avec le temps. Nous finissons par nous comprendre. Les travailleurs sont d’origine agricole pour la plupart. Nous avons équipé un local que nous leur louons pour une somme symbolique. Certaines chambres sont séparées, d’autres conçues comme de petits dortoirs. Il y a des sanitaires, cuisine, salle à manger. En matière de logement, je crois qu’il faut un minimum acceptable, “qui ne fasse pas désordre”, mais qui ne dérange pas non plus. La déception serait au rendez-vous si nous les logions dans quelque chose de plus luxueux. Il a fallu changer deux ou trois fois le matériel électrique, mal entretenu, détérioré. Tout cela engendre des frais, entre les coûts de déplacement, l’électricité, le chauffage, l’entretien des bâtiments. Nous veillons de loin à ce que tout se passe bien. Nous faisons en sorte que les bons puissent revenir, tout en permettant au plus grand nombre de s’intégrer dans la société occidentale. Les missions sont d’environ trois mois. Les équipes alternent entre octobre et février puis reviennent entre mai et juillet. Cette main-d’œuvre vient en complément de l’emploi permanent sur l’exploitation. Les autorités administratives manifestent une certaine mansuétude à l’égard de cette forme de travail. Elles comprennent qu’il est préférable de sauver les entreprises plutôt que de les “foutre en l’air”. Si le prix du vin augmentait, peut-être pourrions-nous revoir notre politique. Mais faudrait-il encore trouver l’équivalent en France en terme de disponibilité. Sinon il est clair qu’il est beaucoup plus confortable de travailler avec du personnel formé. La qualité du travail n’est pas la même. Généralement, ces travailleurs étrangers veulent bien faire mais il faut surveiller en permanence la qualité de leur travail et rappeler fréquemment les fondamentaux. Je ne fais pas de prosélytisme à l’égard de cette forme de travail. Inutile de provoquer le diable. Quand on m’en parle, je me borne à donner les informations légales. Un collègue a expérimenté la formule pour une plantation de vignes. Deux personnes furent mises à disposition. “Je ne les reprendrais pas” a-t-il dit. Malgré tout, je pense que cette forme de mobilité sociale est une bonne chose. Chez eux, ces travailleurs ne gagnent pas plus de 200 à 300 € par mois. »

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