Les tunnels de pulvérisation confinés : Intérêts et limites de leur développement

11 décembre 2015

Les tunnels de pulvérisation confinés équipés de systèmes de récupération représentent une évolution technologique importante qui est en mesure de faciliter la mise en oeuvre de nouveaux concepts de protection du vignoble. Cette innovation permet de concilier une meilleure efficacité des traitements, la possibilité de réduire l’utilisation des intrants phytosanitaires et le respect de l’environnement. Bien que l’intérêt de beaucoup de viticulteurs pour le principe de ces équipements ne soit pas nouveau, la pression environnementale et sociétale vis-à-vis des réductions d’utilisation des pesticides est en train de bousculer les méthodes d’application des traitements. Ce n’est donc pas un hasard si l’édition 2015 du Forum Pulvé était entièrement consacrée à l’essai de cinq tunnels de pulvérisation ventilés.

La notion de traiter mieux, qui est culturellement enracinée dans l’esprit des viticulteurs, doit désormais intégrer un volet environnemental. Ce nouveau contexte est en train de rendre la mise en oeuvre des traitements à la fois plus technique et plus contraignante. Les tunnels de pulvérisation ventilés représentent donc une évolution technologique intelligente dont personne ne peut aujourd’hui nier l’intérêt. Positionner plus de produits sur la végétation, gérer et moduler les doses selon le volume de végétation avec plus de réactivité, limiter fortement la dérive du premier au dernier traitement et récupérer de 30 à 40 % de produit au cours d’une saison de traitements deviennent des arguments techniques et économiques qui ne peuvent plus laisser indifférent. Comme toute évolution, l’utilisation de ces équipements engendre aussi des contraintes nouvelles en termes de technicité de conduite et de débit de chantier. Ces éléments doivent aussi être appréhendés avec pragmatisme pour ne pas perturber l’organisation des chantiers de traitements dans les propriétés viticoles.

4 000 à 5 000 ha de vignes traitées en 2015 avec des tunnels ventilés Les tunnels de pulvérisation ventilés ont été jusqu’à présent développés par des entreprises qui ne sont pas issues du « sérail » des constructeurs de pulvérisateurs. L’offre commerciale de ces produits est portée par des PME qui s’investissent et innovent en étant à l’écoute des attentes des viticulteurs. La diversité des équipements présentés s’est considérablement étoffée au cours des dernières années. La technologie de cette catégorie d’appareils évolue vite. Les ventes de tunnels de pulvérisation confinés qui, jusqu’en 2010, grappillaient quelques parts de marché marginales, progressent désormais beaucoup plus vite. Dans la région de Cognac, plus de 180 tunnels de pulvérisation ventilés ont « traité » le vignoble charentais au cours de la saison 2015. Cela représente l’équivalent de 4 000 à 5 000 ha de vignes régulièrement protégés avec ces équipements. Les retours d’expérience des utilisateurs deviennent donc plus crédibles. Le Forum Pulvé Charentes a joué un rôle important dans le développement de cette nouvelle technologie de pulvérisation, puisque les premiers tunnels ventilés ont été testés en 2011. Les résultats très encourageants de ces premiers essais ont depuis « essaimé ». Ces équipements représentent peut-être un moyen réaliste de maîtriser à la fois les enjeux de viticulture durable et la compétitivité économique des propriétés viticoles de la région.

Le Forum Pulvé, un banc d’essais de plein champ de référence Le Forum Pulvé, qui se tient tous les deux ans à Juillac-le-Coq, en Charentes, s’est imposé comme un événement de référence en matière d’essais de pulvérisateurs viticoles aux champs. La spécificité de cette manifestation réside dans une organisation unique reposant à la fois sur un diagnostic global des performances des équipements et une analyse fonctionnelle de leur utilisation au vignoble. Un véritable pool technique de pulvérisation viticole s’est construit au fil des éditions grâce au dialogue entre les viticulteurs et les techniciens. Le protocole du Forum Pulvé a été créé et évolue grâce à l’implication et aux compétences de tous les acteurs : les viticulteurs des groupements de la Section viticole, les techniciens des chambres d’agriculture de Charente et de Charente- Maritime et la cellule d’experts de la pulvérisation de l’IFV Aquitaine Charentes. L’initiative, boudée par certains grands constructeurs en 2009, est devenue au fil des éditions un rendez-vous incontournable où 10 tunnels de pulvérisation confinés ont déjà été testés.

Une méthodologie d’essai complète débouchant sur un diagnostic global Le protocole d’évaluation des performances des pulvérisateurs a été défini en ayant la volonté de mettre à disposition des viticulteurs un diagnostic global des performances de chaque équipement. La mise en oeuvre d’une réflexion pour acheter un nouveau pulvérisateur ou pour améliorer les conditions d’utilisation d’un matériel repose sur une diversité d’éléments techniques, pratiques, environnementaux et de sécurité. L’ambition du Forum Pulvé est de répondre à l’ensemble de ces interrogations. Le jury de viticulteurs et les experts en machinisme et en pulvérisation ont testé tous les matériels dans les deux mêmes parcelles de vignes depuis 2009. Le cépage ugni blanc vigoureux et les deux systèmes de conduite, des vignes hautes palissées denses et des arcures hautes à port libre, confèrent à ce site un contexte très représentatif des conditions réelles. La mise en oeuvre de mesures et de tests d’évaluation technique performants et innovants est aussi un moyen pour les constructeurs d’optimiser les conditions d’utilisation de leurs appareils (affiner les réglages, adapter le choix des buses, moduler la position des organes de pulvérisation…). Un cahier des charges précis de mise en oeuvre de l’essai des matériels existe. La méthodologie de travail permet, par exemple, de mesurer le rayon de braquage, la puissance absorbée, la consommation de carburant, la fiabilité des jauges, la quantité de produit réellement appliquée sur l’ensemble de la surface foliaire et les grappes, les phénomènes de pertes au sol, le taux de récupération de bouillie et l’analyse pratique des conditions d’utilisation et de sécurité de chaque appareil (par un jury de viticulteurs et de techniciens de la MSA).

Dagnaud, Friuli et S21, les pionniers des tunnels de pulvérisation
Les conclusions des essais du Forum Pulvé ont débouché sur la constitution d’une banque de données unique, caractérisant l’utilisation et la fonctionnalité de 22 pulvérisateurs viticoles depuis 2009. Au départ, les organisateurs souhaitaient tester les performances des pulvérisateurs les plus fréquemment utilisés dans la région de Cognac, essentiellement des pulvérisateurs pneumatiques et à jets portés. La prise en compte des exigences environnementales et les engagements de réduction d’intrants du plan Ecophyto ont fait émerger un intérêt grandissant pour les tunnels de pulvérisation confinés avec systèmes de récupéra- tion de bouillie. Le principal intérêt de cette nouvelle technologie de pulvérisation est de fortement réduire les phénomènes de dérives de pulvérisation dans l’atmosphère et les pertes de produit au sol. Ce sont des entreprises de dimensions moyennes à l’écoute des attentes des viticulteurs qui ont au départ développé les premiers tunnels de traitements confinés. La société S21 a été l’un des premiers constructeurs au début des années 2000 à présenter un tunnel confiné de pulvérisation ventilé (de principe pneumatique) équipé d’un système de récupération de bouillie. Ensuite, les sociétés Dagnaud et Friuli ont développé des équipements en utilisant des principes technologiques différents.

L’efficacité de pulvérisation cautionnée par les essais des Forums 2011 et 2013
Lors de l’édition du Forum Pulvé 2011, les trois tunnels de pulvérisation ventilés Dagnaud, Friuli et S21 ont été testés. Par la suite, un autre constructeur, la société Dhugues, a fabriqué un tunnel de pulvérisation ventilé qui a été testé lors de l’édition du Forum Pulvé 2013. Les résultats très encourageants sur les plans de la qualité de pulvérisation et de la perspective de réaliser des économies de produits significatives avec ces appareils ont suscité un véritable intérêt. Par contre, l’encombrement de ces appareils, l’attention nécessaire à leur conduite et leur débit de chantier plus limité (20 à 25 ha par jour maximum selon la dispersion du parcellaire) étaient perçus comme des contraintes importantes. Les viticulteurs ayant des propriétés de surfaces moyennes (de 15 à 25 ha) étaient beaucoup plus réceptifs à ces équipements que les gros domaines. La notion de performance d’un pulvérisateur dans les exploitations importantes est indissociable du débit de chantier quotidien. Lors de cycles végétatifs à fortes pressions de parasitisme, être en mesure de couvrir la totalité d’un vignoble en 8 à 10 heures est très important.

50 nouveaux utilisateurs de tunnel en 2015 en Charentes
Dans la région de Cognac, la commercialisation des tunnels de pulvérisation ventilés avec systèmes de récupération a commencé à se développer modestement à partir du début des années 2005 à 2010. Le recoupement de données émanant des principaux constructeurs a permis de quantifier les ventes entre 10 à 20 appareils chaque année jusqu’en 2013. Les premiers utilisateurs ont été perçus au départ à la fois comme des pionniers et aussi des marginaux. Les retours d’expérience plutôt positifs ont renforcé l’intérêt autour de ces équipements. La succession de quelques années avec des pressions de parasitisme fortes a constitué un banc d’essais de plein champ idéal. Les témoignages des premiers utilisateurs ont commencé à avoir plus d’écho après les difficiles cycles végétatifs 2007 et 2008. La bonne maîtrise du mildiou en ayant économisé 30 à 35 % de produit sur l’ensemble de la campagne a donné une caution technique et économique à cette technologie. Les résultats du Forum Pulvé 2011 où avaient été testés les tunnels Dagnaud, Friuli et S21 sont arrivés à point. L’efficacité du principe et de la qualité de la pulvérisation a été démontrée. Le principe technologique des tunnels de pulvérisation ne pouvait plus être contesté. À partir de 2012- 2013, l’expansion des ventes de tunnels a été régulière et modeste. Le développement de l’offre de produits avec des nouveaux constructeurs – Bertoni, Grégoire, Lipco, Carraro, Weber – et des évolutions de la conception des matériels existants (tunnels de largeurs variables adaptés à des végétations d’un mètre et plus, automatismes de gestion des rampes…) ont fait décoller le marché en 2015 avec une cinquantaine d’appareils vendus en Charentes.

Des retours d’expérience des utilisateurs lucides
L’intérêt de nombreux viticulteurs pour la technologie des tunnels de pulvérisation ventilés s’est donc nettement renforcé au cours des trois dernières années. L’utilisation de ces matériels permet de faire évoluer les pratiques de traitements et le pilotage des calendriers de protection du vignoble. La concentration de l’efficacité de la pulvérisation sur la végétation et la forte limitation des pertes de produits dans l’air et au niveau du sol constituent les points forts de ces équipements. Les retours d’expérience des utilisateurs de tunnels de pulvérisation révèlent des éléments positifs et aussi certaines limites. Les réflexions les plus courantes concernent une bonne qualité de pulvérisation, un taux de récupération de produit de 30 à 40 % sur l’ensemble d’une campagne de traitements, des risques de dérives très limités (en début de cycle végétatif et à proximité des habitations), une technique de pulvérisation plus en phase avec les enjeux environnementaux actuels, une conduite nécessitant de l’attention, un nettoyage du pulvérisateur plus compliqué et des débits de chantier n’excédant pas 25 ha en pleine saison dans la journée.

Cinq tunnels confinés testés à Juillac-le-Coq
 
Les organisateurs du Forum Pulvé 2015 ont réussi à mobiliser les constructeurs et les concessionnaires régionaux. Cinq tunnels de pulvérisation confinés équipés de systèmes de récupération de bouillie ont été testés l’été dernier. Il s’agit des équipements Arcobaleno Bertoni, Carraro-Spray DeltaJet 800, Eco-Protect Grégoire, Lipco-Clemens GSG-NV2 et Weber UEZ 1500. Les essais se sont déroulés du 20 au 25 juillet dans les parcelles habituelles du vignoble Rémy Martin, à Juillac-le-Coq. La végétation abondante cette année était idéale pour la mise en oeuvre du protocole de l’essai qui a peu évolué par rapport à celui de 2013. Une vingtaine de personnes – des techniciens (des chambres d’agriculture de Charente et de Charente-Maritime, de l’IFV, de la MSA des Charentes) et des viticulteurs – ont réalisé pendant une semaine les différentes mesures, tests et observations pour obtenir un diagnostic de performances complet. Les principales spécificités du protocole d’essais résident dans le caractère innovant de certains tests et dans la complémentarité des trois catégories de mesures et d’observations effectuées (concernant les caractéristiques des pulvérisations, la qualité de la pulvérisation et la fonctionnalité des pulvérisateurs). Tous les appareils, sauf l’Eco-Protect Grégoire, ont été testés dans les deux modes de conduite : des vignes palissées et des arcures hautes à port libre. L’appareil présenté par la société Grégoire (un modèle 2014) ne disposait pas d’une ouverture interne du tunnel suffisante pour s’adapter à une largeur de végétation d’un mètre dans les arcures hautes. Un incident mécanique n’a pas permis la réalisation des tests de qualité de pulvérisation de l’appareil Carraro-Spray au mois de juillet. Ils ont été effectués le 10 septembre en présence d’une végétation plus abondante. Les cinq équipements testés en 2015 présentaient des conceptions technologiques et des spécificités de fabrication bien différentes.

Des mesures de rayon de braquage, de puissance, de consommation…
L’analyse des caractéristiques des pulvérisateurs est abordée en réalisant un certain nombre de mesures qui ont un intérêt direct pour les utilisateurs. Matthieu Sabouret, le conseiller en machinisme de la chambre d’agriculture de la Charente, encadre le déroulement de ces tests. Le gabarit de chaque matériel – longueur, largeur (rampe ouverte et fermée), garde au sol – est contrôlé par l’équipe de techniciens. Des mesures de rayons de braquage sont réalisées en utilisant un tracteur identique, un Claas Nectis VL 4 RM (mis à disposition par le concessionnaire local, les Ets Ballanger). Des tests de puissance absorbée de chaque pulvérisateur sont effectués à poste fixe en tenant compte des préconisations de fonctionnement des ventilateurs (régimes de rotation et débits d’air) établies et définies par les constructeurs pour traiter le vignoble de Juillac-le-Coq. Des mesures de consommation de carburant à poste fixe sont aussi réalisées en fonction des niveaux de puissances absorbées. Lors du Forum Pulvé 2015, des mesures de bruit des appareils (à 10 mètres) à leur régime normal d’utilisation ont été effectuées.

La quantification des dépôts de produits appliqués sur la végétation
Le volet des contrôles concernant la qualité de la pulvérisation est abordé en s’intéressant à la fois aux quantités de produits réellement appliquées sur la végétation, aux pertes aux sols et dans l’atmosphère et aux volumes récupérés lors des traitements. Les réglages d’utilisation des différents appareils (vitesse d’avancement, débit par hectare, vitesse de rotation des ventilateurs, calibrage et orientation des organes de pulvérisation dans les tunnels…) sont définis par les équipes des constructeurs et des concessionnaires après divers essais dans les parcelles. Le protocole des contrôles de la qualité de la pulvérisation a été défini par Alexandre Davy, de l’IFV. Le souhait des techniciens est de quantifier les dépôts de produit capté par les vignes, perdu au niveau du sol et récupéré au cours du traitement. L’appréciation de la qualité de la pulvérisation ne repose donc pas sur des tests de répartition d’impacts de pulvérisation avec des papiers hydrosensibles, mais sur des dosages des quantités de matière active réellement appliquée au niveau des feuilles et des grappes.

Un colorant alimentaire dosé de façon précise
Une approche de travail approfondie a été développée (depuis l’édition du forum 2009) pour mesurer les quantités de bouillie réellement appliquée dans les différents segments de la végétation des vignes, les faces intérieures des rangs, les faces extérieures, le centre des rangs et au niveau des grappes. La méthode innovante a fait l’objet d’une validation scientifique par les équipes de l’IFV qui maîtrisent parfaitement sa mise en oeuvre et le traitement des résultats. Son principe est d’implanter dans tous les segments de la végétation des capteurs spécifiques : des petites bandelettes de PVC d’une surface connue (20 cm2). Un colorant alimentaire dilué à une concentration définie dans la cuve des appareils (et contrôlée par des dosages) avant le traitement est ensuite pulvérisé sur la végétation en respectant les réglages définis et mis en oeuvre par les constructeurs et les concessionnaires.

720 capteurs dans le feuillage et 80 dans les grappes
Au niveau des feuilles, 720 capteurs sont posés et leur localisation au sein de l’architecture des rangs est parfaitement repérée. Cela représente l’équivalent d’une surface foliaire d’environ un mètre carré. Chaque bandelette est ensuite plongée dans un tube à essai clos, contenant un liquide neutre. La quantité de bouillie recueillie sur les capteurs se dilue dans une solution dont le dosage (par spectrométrie) permet de quantifier très précisément la concentration. Ces résultats sont comparés à la concentration d’origine de la bouillie de la cuve du pulvérisateur. La fiabilité et la pertinence de cette méthode de travail sont incontestables. La réalisation des mesures au niveau des grappes s’effectue de la même façon en positionnant au niveau de la zone fructifère des capteurs en PVC (80 capteurs par modalité) ayant la forme de 3 baies. La méthode ne présente qu’un seul véritable inconvénient : c’est un dispositif lourd à mettre en oeuvre compte tenu du temps nécessaire pour poser et enlever le nombre de capteurs.

Des mesures de pertes au sol et du taux de récupération
Des mesures de pertes aux sols de bouillies sont effectuées au moment de la pulvérisation dans les rangs de vignes en utilisant une méthodologie innovante. Des bâches plastiques d’une surface connue de 3 m2 sont étendues sur le sol (5 répétitions par modalité). Les impacts de bouillie recueillis sur les bâches sont ensuite lavés avec un volume d’eau connu qui dilue les dépôts de produits tombés à la surface du sol. L’analyse de cette solution permet de quantifier précisément les quantités de produits recueillies sur les bâches qui sont perdues au niveau du sol. Le volume de récupération de bouillie au cours des traitements est également mesuré précisément dans les deux conduites de vignes. Une procédure simple corrélée à la surface de vignoble traitée permet d’obtenir des résultats fiables. L’ensemble des différentes mesures présentées précédemment permettent de quantifier avec précision les volumes de bouillie recueillis et captés par la végétation (feuilles et grappes), les pertes au sol et le taux de récupération.

Les pertes par dérive dans l’atmosphère évaluées
Seules les pertes par dérive dans l’atmosphère ne font pas l’objet de mesures. La mise en oeuvre en plein champ d’une méthode de capture des pertes dans l’air est difficilement envisageable. Néanmoins, les techniciens ont apprécié de façon théorique les pertes par dérive dans l’atmosphère par un calcul mathématique avec la formule suivante : Quantité sortie du pulvérisateur – Quantité mesurée sur la végétation – Quantité mesurée sur le sol – Quantité récupérée par les panneaux = Pertes aériennes A. Davy et M. Sabourret considèrent que cette fraction de volume de bouillie n’atteignant aucune cible correspond aux pertes par dérive dans l’air. Cette analyse, qui paraît cohérente, ne fait pas l’unanimité. Certains constructeurs cautionnent cette démarche et d’autres la contestent. Ces derniers, qui adhèrent à la rigueur des autres mesures effectuées, considèrent que les résultats des pertes dans l’air issus du calcul théorique ne sont pas en phase avec la réalité du fonctionnement de leurs appareils. La mise en place de mesures pour apprécier la qualité et l’efficacité du confinement est un sujet de réflexion pour l’édition du Forum Pulvé 2017.

Une analyse détaillée de la fonctionnalité de tous les appareils
 
Le jury de viticulteurs encadré par les techniciens de prévention de la MSA des Charentes a effectué une analyse concrète des aspects de fonctionnalité et de sécurité de chaque appareil durant les phases de remplissage, d’utilisation aux champs et de nettoyage. Chaque appareil a été utilisé au vignoble, conduit sur route, mis en condition de remplissage et lavé. Les viticulteurs ont pris en compte des éléments très précis comme la facilité d’accès aux cuves, la centralisation des commandes, la visibilité sur les cellules de pulvérisation, la facilité de manoeuvre en bout de rang, la garde au sol, l’accès et le nettoyage des divers filtres, la lisibilité des notices d’utilisation, les contraintes de circulation routière… La synthèse de tous ces commentaires a été exprimée sous la forme des points forts et des points à améliorer qui sont présentés dans les pages suivantes (pages 30 à 39).

Le confinement modifie profondément les conditions de pulvérisation
 
La technologie des tunnels de pulvérisation confinés ventilés représentent une évolution indéniable de la méthode et des conditions d’application des produits. Les aspects de maîtrise du confinement et de principe diffusion de la bouillie à l’intérieur des tunnels constituent, pour les équipes des différents constructeurs, des axes de recherche nouveaux et très importants. Le fait de confiner la pulvérisation au sein d’une structure la plus fermée possible modifie les conditions de diffusion de la bouillie au sein de la végétation. Avec des pulvérisateurs traditionnels, souffler fort et de façon régulière est indispensable à la fois pour transporter le flux de pulvérisation au sein de la végétation et aussi lui permettre de résister aux contraintes extérieures (un espace complètement libre plus ou moins soumis au vent). Avec les tunnels ventilés, l’efficacité du confinement au sein d’une structure semi-close et mobile modifie les conditions de dispersion du flux de pulvérisation. Le flux d’air portant les gouttelettes de bouillie est peu altéré par les contraintes extérieures. On peut donc se demander si les connaissances acquises en matière de qualité de pulvérisation et de bons réglages des pulvérisateurs pneumatiques et à jets portés sont transposables à celles des tunnels de pulvérisation, même si ces matériels utilisent des principes de soufflerie parfois identiques. Les différents choix technologiques des constructeurs en matière de confinement, de production d’air et de diffusion de l’air au sein des tunnels doivent avoir une incidence profonde sur la micronisation de la pulvérisation et le taux de couverture du feuillage et des grappes. Les différences de conception et d’agencement des diffuseurs de bouillie attestent des spécificités des différents équipements. L’offre actuelle de tunnels de pulvérisation confinés large des constructeurs permet justement de présenter une diversité d’approches technologiques dont les performances doivent être optimisées et évaluées avec rigueur pour que les viticulteurs puissent les utiliser dans les meilleures conditions.

• Le tunnel confiné Arcobaleno Bertoni
Le pulvérisateur Arcobaleno Bertoni est conçu autour de deux tunnels de pulvérisation confinés très enveloppants situés à l’avant du matériel. Cette conception assure une bonne répartition des charges et facilite les manoeuvres en bout de rang. À l’intérieur de chaque cellule, quatre ventilateurs superposés et décalés de chaque côté créent un flux d’air circulaire et continu sans aucun phénomène d’opposition. La bouillie de pulvérisation est portée par le flux d’air circulaire qui est protégé par les deux coques de forme enveloppante. L’énergie nécessaire au fonctionnement de l’ensemble des ventilateurs est produite par une génératrice électrique embarquée sur le pulvérisateur. Cela rend la production d’air totalement indépendante du régime moteur du tracteur et de sa vitesse d’avancement. L’autre avantage important de ce système est qu’il réduit considérablement la demande de puissance et les niveaux de consommation en carburant. Les retours d’expérience des premiers utilisateurs depuis 5 ans confirment la fiabilité des génératrices électriques. Lors de l’essai, les techniciens du constructeur et du concessionnaire avaient choisi de fermer la buse de pulvérisation de la base du tunnel, ce qui a sûrement pénalisé un peu la capacité du flux de pulvérisation à explorer le 1/3 inférieur des rangs de vigne. Le constructeur porte une attention particulière à la qualité des composants utilisés et à la finition du matériel. L’équipement dispose en série d’un ordinateur de bord très complet qui pilote toutes les fonctions d’ouverture, de fermeture de la rampe et de mise en route et d’arrêt de la pulvérisation.


Les tunnels de pulvérisation testés lors du Forum Pulvé 2015

Le tunnel confiné Carraro-Spray DeltaJet 800
Le tunnel Carraro-Spray utilise le principe de pulvérisation pneumatique pour assurer la diffusion du flux de pulvérisation. Le module de traitement confiné est implanté sur l’attelage trois points du tracteur et la cuve de stockage de la bouillie est tractée à l’arrière. Le positionnement à l’avant des cellules de confinement assez imposantes facilite l’accès dans les rangs de vignes. À l’intérieur de chaque côté du tunnel confiné, un pendillard de rampes de pulvérisation pneumatique de 6 buses est positionné. Une septième buse est implantée au-dessus du tunnel pour traiter le sommet de la végétation. Lors de l’essai, l’appareil a été testé avec une cuve de 600 litres, mais le constructeur propose des capacités supérieures de 800, 1 000 litres et plus. La production d’air est assurée par un seul ventilateur centrifuge de 500 mm et des gaines souples alimentent les pendillards.

Le tunnel confiné Eco-Protect Grégoire
 
Le pulvérisateur Eco-Protect Grégoire a été développé en utilisant des principes technologiques innovants au niveau de la conception des cellules de confinement. Le constructeur a conçu les cellules de confinement sous la forme de caissons gonflables intégrant les rampes de pulvérisation et les systèmes de récupération de bouillie. L’intérêt de ce système réside dans le fait que la cellule de confinement, une fois mise en pression, épouse et colle parfaitement à la végétation des rangs de vigne, sur les deux côtés et également au-dessus. Le souhait du bureau d’étude a été de créer une structure de confinement et de pulvérisation la plus étanche possible autour de la végétation pour optimiser les conditions d’application de la bouillie. La pulvérisation est assurée par le système de pendillards souples à 5 diffuseurs Dynadiff qui créent au sein de chaque rang un phénomène de turbulence du flux de pulvérisation dans le coeur du tunnel. Le poids et l’encombrement réduits des cellules de confinement représentent des avantages pour la longévité de la structure de l’appareil, le transport routier et les manoeuvres en bout de rang. La production d’air est assurée par une double turbine centrifuge de 520 mm installée à l’avant de l’appareil. Le constructeur propose depuis cette année des tunnels dont l’écartement s’adapte à tous les types de vignes palissées ou à port libre comme les arcures hautes et les cordons.

Le tunnel confiné Lipco-Clemens GSG-NV2
Le pulvérisateur développé par la société Lipco utilise le principe de pulvérisation à flux tangentiel. La principale innovation de cet équipement réside dans l’implantation des turbines à flux tangentiel au sein de panneaux en PVC semi-rigide de forme incurvée. Le constructeur a conçu la cellule de traitement pour optimiser les performances du principe de pulvérisation à flux tangentiel. La position des turbines a été volontairement décalée au fond de chaque panneau vers l’avant d’un côté du rang et vers l’arrière sur l’autre face. Les flux d’air produits par les deux turbines ne sont jamais opposés dans le centre du tunnel où se situe la végétation. Le ventilateur situé sur une face de rang aspire le flux d’air produit sur l’autre face, ce qui permet de conserver la pleine efficacité de la circulation d’air. Cela accroît la capacité de pénétration dans la végétation et les phénomènes de recyclage de produit. La conception de la cellule de confinement limite aussi les phénomènes de dérive. Le constructeur propose une gamme de panneaux qui s’adapte à toutes les hauteurs de palissage et de conduite de vigne (palissée ou libre). Les modules de traitements confinés peuvent être montés soit sur trois points à l’avant ou à l’arrière sur des appareils tractés de 1 000 à 2 000 litres. Le pilotage de la rampe de pulvérisation est géré par un ordinateur dont les fonctions sont évolutives. Le tunnel confiné Weber UEZ 1 500 La société Weber est une entreprise qui possède une certaine antériorité au niveau de la technologie de pulvérisation à flux tangentiel. L’entreprise a présenté au Forum une évolution de son appareil face par face destiné aux vignes larges. Un kit environnemental vient se monter sur les turbines à flux tangentiel. Ces éléments sont en quelque sorte prolongés à l’arrière d’un écran de récupération de bouillie. La configuration de l’appareil d’origine n’a pas été modifiée pour implanter les cellules de confinement dont l’importance semble assez limitée. Les turbines à flux tangentiel Weber produisent un flux d’air homogène dont la densité s’avère naturellement résistante aux phénomènes de dérive. La hauteur des turbines et leur positionnement sont réglables selon la structure du palissage et les types de port de végétation. L’efficacité de ce principe de pulvérisation a été démontrée depuis longtemps. Les deux écrans de récupération de bouillie se comportent comme des accessoires et leur niveau de performances en matière d’efficacité de confinement et de taux de récupération reste à démontrer.

Les tunnels de pulvérisation testés lors des Forums Pulvé 2011 et 2013

Le tunnel Turbipano Dagnaud
La société Dagnaud investit beaucoup d’énergie dans le développement des équipements de pulvérisation viticole. Le développement du pulvérisateur Turbipano, un tunnel de pulvérisation ventilé avec système de récupération, est l’aboutissement d’une réflexion technologique qui a pris en compte les attentes des clients. L’entreprise fabrique depuis longtemps des panneaux récupérateurs classiques qui ont fortement évolué depuis 10 ans avec le lancement des Pulpano portés. Le Turbipano est un appareil très différent qui a été conçu pour réaliser des traitements en début et en pleine saison au sein d’une cellule confinée ventilée. La conception du tunnel avec des panneaux en fibre de verre légers à quatre plans permet d’envelopper le dessous, les côtés et le dessus des rangs. La production d’air est assurée par des ventilateurs situés dans la partie inférieure du panneau sur le plan oblique. Cela permet de souffler de l’air de bas en haut dans l’axe vertical des rangs. Les ventilateurs sont décalés de chaque côté des rangs afin de ne pas se contrarier et de créer une zone de turbulence large au sein de la végétation (et tout particulièrement au niveau de la zone fructifère). Les hauteurs des panneaux variables ainsi que le nombre de buses de pulvérisation permettent de s’adapter à tous les gabarits de vignes palissées et à ports libres (arcures hautes et cordons). L’appareil tracté dispose de sa propre centrale hydraulique, ce qui rend le fonctionnement de la cellule de pulvérisation totalement indépendante du régime moteur et de la vitesse d’avancement du tracteur. La rampe de pulvérisation est située à l’avant du pulvérisateur qui peut être équipé d’un essieu simple ou de boggie. Les besoins de puissance pour faire fonctionner l’appareil sont faibles. Depuis l’année dernière, le constructeur monte les cellules de pulvérisation Turbipano sur des modèles portés de 400, 600 et 800 litres.

Le tunnel confiné Dhugues Koléôs
La société Dhugues a développé un tunnel confiné deux rangs complets. La conception des panneaux confinés en polyéthylène et d’une forme incurvée abrite les diffuseurs d’air verticaux, la rampe de buses anti-dérive et à sa base une crépine d’aspiration. Le recyclage de bouillie s’effectue grâce à une pompe péristaltique électrique. La production d’air est assurée par une turbine centrifuge implantée à l’avant de l’appareil sur l’attelage trois points. L’air est canalisé vers chaque panneau confiné par des gaines souples. L’appareil se compose de trois parties, l’attelage trois points portant la turbine et un châssis roulant avec à l’avant les tunnels de confinement et à l’arrière la cuve. L’attelage pivotant du pulvérisateur confère à cet appareil une bonne maniabilité pour les manoeuvres bout de rang. Le positionnement à l’avant de la turbine et des cellules de traitement et à l’arrière de la cuve assurent une bonne répartition des charges et contribuent à la stabilité de l’appareil. Un essieu de type boggie facilite la conduite du pulvérisateur dans les rangs, quelles que soient les conditions d’entretien des sols. La cellule de traitement a été conçue pour s’adapter à toutes les largeurs de végétation des vignes palissées, des arcures hautes et des cordons à port libre. Un dispositif de correction de hauteur de travail des cellules de traitement peut se monter en option pour les parcelles présentant un fort dévers. Un boîtier de commande centralisé dans la cabine du tracteur permet de visualiser et de faciliter le pilotage des fonctions. Le constructeur propose des modules de traitements Koléôs traînés de 600 à 1 000 litres, des équipements portés de 400 et 600 litres et des montages sur des châssis polyvalents de MAV.

Le tunnel confiné Drift Recovery Friuli
 
La société italienne Friuli, qui est une PME spécialisée dans la fabrication de pulvérisateurs, a développé un tunnel de pulvérisation innovant. La conception du matériel Friuli a été abordée en privilégiant les aspects de fonctionnalité qui contribuent à optimiser le déroulement des traitements. Le système de confinement est constitué de panneaux inox enveloppant de 1,80 à 2 m de hauteur. L’intérieur de chaque module abrite la rampe de diffusion d’air, les buses de pulvérisation, un écran latéral anti-dérive (retenant la bouillie et laissant passer l’air) et à sa base un bac de collecte de bouillie. Les deux panneaux constituant le tunnel confiné sont reliés en haut par un capot supérieur qui limite les pertes dans l’air. Chaque panneau est alimenté en air par une petite turbine dont le régime est modulable. L’ensemble du module de traitement, les turbines et les pompes de pulvérisation fonctionnent grâce à une centrale hydraulique embarquée sur le pulvérisateur. La cellule de traitement est totalement indépendante de la vitesse d’avancement du tracteur. La rampe supportant les deux tunnels confinés a été conçue avec des matériaux résistants pour assurer l’ouverture, la fermeture et l’écartement intérieur. La cellule de traitement s’adapte aux largeurs importantes de végétation des arcures hautes ou des cordons. Un ordinateur de bord très complet et facile à utiliser est installé dans la cabine du tracteur. L’utilisateur, après avoir programmé les paramètres de la vigne et ceux de la pulvérisation, peut faire fonctionner l’appareil en n’intervenant que sur une seule fonction en bout de rang. Cette commande unique gère automatiquement l’arrêt de la pulvérisation et ensuite sa mise en route. L’appareil est équipé en série d’un double essieu, ce qui lui confère une bonne stabilité dans les vignes et lors des déplacements routiers. Le constructeur propose des modèles traînés dont la capacité des cuves va de 1 000 à 3 000 litres.

Le tunnel confiné S 21 TP
 
La société S 21 a été l’une des premières entreprises à croire dans le développement des tunnels de pulvérisation confinés au milieu des années 2000. La conception des premiers appareils repose sur une idée simple : utiliser la technologie de pulvérisation pneumatique et y intégrer un module de confinement simple et pas lourd. Les panneaux de récupération qui sont fabriqués en PHD roto-moulé présentent l’intérêt d’être légers et de ne pas pénaliser l’ouverture et la fermeture des rampes. Ils disposent d’une forme incurvée propice à une meilleure récupération de bouillie. Une double turbine centrifuge assure la production d’air qui est distribuée par des gaines souples en polyuréthane au niveau de chaque panneau. La pulvérisation peut être assurée par deux types de diffuseurs : des pendillards pneumatiques verticaux habituellement montés par la marque ou une rampe de buses à jets portés positionnée dans l’axe des sorties d’air. L’appareil est équipé de série d’un essieu boggie et d’un timon articulé. Le module de confinement est implanté à l’arrière de l’appareil. Les modèles traînés peuvent être équipés d’une diversité de cuves dont la capacité va de 1 000 à 3 000 litres. La rampe de pulvérisation est pilotée avec un boîtier de commande traditionnel incluant un réglage d’écartement intérieur des panneaux. Cela permet d’utiliser ces appareils dans des vignes ayant des largeurs de végétation importantes comme les arcures hautes et les cordons. Le constructeur conseille d’utiliser les appareils à une vitesse d’avancement qui se situe entre 6 et 7 km/h.  

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