Les résultats du banc d’essais d’épampreuses mécaniques

27 décembre 2008

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La chambre d’agriculture de la Charente a organisé au mois de juin 2001 un banc d’essais d’épampreuses mécaniques à Rouillac, sur le vignoble de M. Jean-Claude Dhiersat. La présence sur cette exploitation de parcelles d’une surface importante en Colombard et Merlot a permis de tester les matériels dans de bonnes conditions. Nous publions les résultats de ce travail qui, d’une façon générale, témoigne du bon fonctionnement des matériels. Les constructeurs ont fait preuve d’innovations pour mettre au point de nouvelles technologies ou pour faire évoluer des principes plus anciens, et il existe actuellement sur le marché une gamme de machines qui permet de satisfaire des attentes diverses.

L’épamprage est une intervention en vert plus importante qu’on ne l’imagine. Le fait d’éliminer les pampres à un stade où ils sont encore relativement tendres facilite les travaux de taille l’hiver suivant, limite les phénomènes d’entassement de végétation et, surtout, évite de réaliser de nombreuses plaies de taille sur les troncs des ceps (qui constituent des voies d’entrées pour les maladies du bois). La réalisation d’un épamprage se décompose en deux opérations distinctes, l’élimination des repousses sur le tronc et au niveau de la tête des ceps. Les approches de mécanisation ne concernent que l’élimination des pampres sur les troncs qui constitue déjà une charge de travail assez importante.

La capacité des cépages à émettre des repousses est variable

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En Charentes, les viticulteurs produisant uniquement des vins de distillation considéraient jusqu’à ces dernières années l’épamprage des troncs comme une intervention peu coûteuse et facile à réaliser (seulement 5 à 6 heures de main-d’œuvre par hectare). L’Ugni blanc possède une faible capacité d’émission de pampres par rapport à des cépages comme la Folle blanche ou le Colombard. Néanmoins, le développement de systèmes de taille plus courts ou de type cordons de Royat (parfois en alternance une année sur deux) conjugué à certains effets année (en 2001 où la pousse de pampres a été plus importante sur les Ugni blancs) est en train de faire évoluer les choses. Les exploitations ayant des surfaces importantes d’Ugni blanc, qui ont des disponibilités en main-d’œuvre de plus en plus limitées, commencent à prendre conscience de l’intérêt de pouvoir mécaniser cette opération. Dans les parcelles de Merlot, de Cabernet Sauvignon, de Sauvignon, de Colombard, de Gamay, de Montils, l’épamprage est une opération incontournable compte tenu de la forte capacité de ces cépages à émettre des gourmands sur les troncs et au niveau de la tête des ceps. D’ailleurs, il est en général nécessaire de passer deux fois dans les parcelles pour éliminer tous les pampres, et ce travail réalisé manuellement nécessite 25 à 30 heures de main-d’œuvre/ha en moyenne.

L’épamprage chimique de moins en moins en phase avec les exigences de lutte raisonnée

Les viticulteurs de Gironde ont depuis longtemps pris la juste mesure à la fois de l’intérêt technique et du coût de l’épamprage. La réalisation manuelle de cette intervention nécessite des besoins en main-d’œuvre supérieurs aux travaux de palissage et dans les parcelles jeunes et vigoureuses c’est un travail fastidieux. L’apparition de l’épamprage chimique dans le milieu des années 80 a été considérée comme une évolution importante puisque cette technique permettait de limiter considérablement le coût de cette intervention. Le prix de revient modique d’une ou deux applications (de 13,7 E à 16,70 E ht par traitement avec des produits comme le Réglone, le Gramoxone et le Basta) et la rapidité d’intervention dans les parcelles ont séduit beaucoup de viticulteurs. La réalisation d’un, voire de deux traitements dans les situations les plus difficiles présente aussi l’avantage de contrôler temporairement la flore d’adventices qui se développe sous le rang durant les mois de juin et de juillet. L’introduction de l’épamprage chimique a permis à de nombreuses exploitations de beaucoup mieux gérer leur calendrier de travaux à une période de l’année où les besoins en main-d’œuvre sont importants. La réalisation des traitements nécessite tout de même certaines précautions pour éviter les projections de flux de pulvérisation sur le reste de la végétation (ne pas traiter en présence de vent) et l’épamprage chimique a aussi l’avantage de ne provoquer aucune blessure sur les souches. Depuis quelques années, le souci de nombreuses exploitations de s’engager dans des méthodes de conduites du vignoble plus respectueuses de l’environnement les amène à reconsidérer la mise en œuvre de l’épamprage chimique. La pulvérisation d’herbicides de contact en localisation pour en quelque sorte « défolier » les organes végétatifs de la base des troncs est une intervention dont le principe sera bien difficile à intégrer dans les démarches de productions raisonnées. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on assiste à un regain d’intérêt autour de l’épamprage mécanique.

Un retour de l’épamprage mécanique grâce aux efforts d’innovation des constructeurs

L’apparition d’une nouvelle génération d’épampreuses mécaniques avec, chez certains constructeurs, une conception des systèmes de décrochage des pampres originales a repositionné l’épamprage mécanique sur le marché. Les performances des circuits hydrauliques des tracteurs ou des châssis polyvalents sont aussi bien adaptées aux exigences de fonctionnement des têtes d’épamprages. En effet, le niveau de décrochage des pampres sur les ceps est très variable selon leur stade de développement, leur densité sur les troncs et les cépages. Les techniciens estiment qu’il vaut mieux intervenir sur des pampres encore tendres pour limiter les blessures sur les souches. L’utilisation des circuits et des moteurs hydrauliques procure une facilité de modulation des réglages des matériels en fonction de l’état de la végétation. L’épamprage mécanique est donc redevenu ces dernières années une technique efficace et compétitive sur le plan économique grâce aux efforts d’innovation de plusieurs constructeurs.

public_2_opt.jpgLa société Tordable a joué un rôle moteur dans le retour au premier plan de l’épamprage mécanique en concevant une tête d’épamprage d’avant-garde. C’est un système de brosses rotatives avec des doigts souples positionnées sur un châssis pendulaire dont tous les paramètres se règlent hydrauliquement. L’intérêt de cette innovation réside dans le fait que cette technologie a permis de concilier une bonne qualité d’épamprage et le respect des souches à des niveaux de vitesse d’avancement supérieur à 2 km/h. Cette évolution a créé une véritable émulation auprès d’autres constructeurs comme Binger, Boisselet, Clemens, Ferrand et Zoggia, qui ont fait évoluer les performances de machines aux principes plus traditionnels. En effet, le premier concurent de l’épamprage mécanique reste encore l’épamprage manuel car beaucoup de viticulteurs ont encore en mémoire les performances des épampreuses mécaniques du début des années 80 (des vitesses d’avancement faibles, une qualité de travail aléatoire, un fonctionnement peu fiable). Les témoignages de plusieurs viticulteurs bordelais, qui au cours des dernières années sont passés de l’épamprage chimique à l’utilisation d’épampreuses mécaniques, mettent en évidence la souplesse d’utilisation de ces matériels dans le temps. Les épampreuses mécaniques peuvent fonctionner indépendamment de toutes les conditions climatiques et même par temps de pluie si les conditions de portance des sols le permettent. Le montage des machines sur des châssis pendulaires à l’avant des tracteurs ou des châssis polyvalents de MAV facilite leur conduite dans les rangs. Les constructeurs utilisent, en général, les châssis pendulaires pour monter d’autres équipements comme les palisseuses, les effeuilleuses et des rampes de désherbage. Par contre, dans des conditions sèches, la plupart des machines lors de leur fonctionnement projettent de la poussière et cela gêne parfois les chauffeurs. Pour pallier cet inconvénient, certains viticulteurs réalisent de préférence les travaux d’épamprage durant les matinées.

L’intérêt économique de l’épamprage mécanique est indiscutable

Le coût d’un épamprage manuel des troncs peut varier de manière importante d’une parcelle à une autre selon l’importance des repousses, mais sur des cépages comme le Merlot, le Cabernet Sauvignon et le Colombard, la charge de travail est importante. Par ailleurs, cette intervention doit être réalisée dans des délais assez brefs, sinon le durcissement des pampres rend le travail plus difficile et cela provoque aussi des plaies sur les ceps.

prix_revient_epamprage_meca.jpgM. Jean-François Allard, le technicien de la chambre d’agriculture de la Charente, considère qu’en moyenne il faut 20 heures de main-d’œuvre dans une vigne à 2 m de Merlot, de Gamay ou de Colombard pour éliminer l’ensemble des repousses. Cela correspond à un coût/hectare d’environ 200 E (soit plus de 1 300 F/ha) et l’introduction de la mécanisation se doit de réduire de manière significative ces coûts. Dans le cadre du banc d’essais qui va être présenté dans les pages suivantes, les techniciens de la chambre d’agriculture ont chiffré le coût d’utilisation/hectare des épampreuses mécaniques. Les conclusions de cette étude ne constituent qu’une base de réflexion théorique qui conforte tout de même l’intérêt d’utiliser des épampreuses mécaniques.

Ce tableau intègre une variation des coûts en fonction des surfaces épamprées et du nombre de passages dans les parcelles. Dans les parcelles qui émettent beaucoup de pampres, il peut parfois être intéressant d’intervenir deux fois à trois semaines d’intervalle. L’intérêt de la mécanisation réside à la fois à concilier une certaine rapidité d’intervention et une bonne qualité de travail.

La réussite d’un épamprage mécanique est fortement dépendante du stade de développement des pampres. L’idéal est de le réaliser sur une végétation assez développée sans attendre non plus que les pampres se lignifient trop car ensuite elle se décroche plus difficilement. La notion de performance des machines ne se limite pas à la seule notion de qualité de travail mais à une approche plus globale associant une bonne qualité de travail au paramètre vitesse d’avancement donnée (1 ; 1,5 ; 2 ; 2,5 km/h).

Dans l’approche technico-économique d’évaluation des performances des matériels, il serait sûrement plus judicieux d’apprécier le coût des épampreuses au km de rang épampré plutôt que de se limiter à la seule notion de coût/hectare théorique. En effet, les résultats du banc d’essais montrent que la plupart des matériels fonctionnent bien mais à des vitesses d’avancement très différentes. Une machine d’un prix d’achat bas qui élimine 98 % des pampres sans blesser les souches à une vitesse d’avancement de 1 ou 1,2 km/heure aura une capacité d’intervention limitée en surface, alors qu’un autre matériel ayant une valeur d’acquisition supérieure de 50 % sera plus rapide (2 km/h pour une même qualité de travail) et au final d’un prix de revient à l’hectare plus faible. L’investissement dans une épampreuse mécanique doit avant tout se raisonner en fonction des surfaces à épamprer et parfois le recours à des CUMA ou à des prestataires de service n’est peut-être pas une mauvaise solution.

Les Conditions De l’Essai

tranches_de_hauteur.jpgLes différentes notations réalisées par les techniciens de la Chambre d’agriculture ont permis d’apprécier les performances des machines selon trois types de critères :

1) L’efficacité de l’épamprage en fonction de la hauteur des pampres sur les ceps.

2) L’efficacité de l’épamprage selon l’angle de pousse des pampres sur les ceps.

3) Le calcul d’un taux d’épamprage global.

Ensuite, d’autres observations ont été réalisées pour permettre d’évaluer le fonctionnement du matériel en terme de vitesse d’avancement et de facilité de conduite.

Avant et après l’épamprage, le nombre total de pampres par étage (toutes épampreuses confondues) a été comptabilisé. Il a été observé que le pourcentage moyen après traitement augmente sur le niveau 0 – 10 cm. Cela signifie que les pampres restants sont essentiellement situés à cet étage. Quel que soit le matériel testé, cette tendance se retrouve. A cet étage, les pampres sont généralement plus développés et peuvent être plus solidaires de la souche. La qualité de l’épamprage réalisé s’appréciera surtout sur le taux d’épamprage de ce premier étage et dans une moindre mesure sur 10 à 20 cm.

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Les Modalités De l’Essai

Chaque machine est testée sur un rang complet sur lequel sont disposées 4 placettes de 4 souches (zone de notations). Le réglage des machines a été réalisé auparavant sur des rangs identiques.

Avant épamprage : notation du nombre de pampres et de leur longueur.

Après épamprage : les notations ont porté sur les mêmes ceps et ont été réalisées de façon identique à la notation d’avant épamprage.

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LA MACHINE BINGER

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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LA MACHINE BOISSELET

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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LA MACHINE CLEMENS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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LA MACHINE FERRAND

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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LA MACHINE TORDABLE Ecolo 4 Cocons

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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LA MACHINE TORDABLE Ecolo 8 Cocons

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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LA MACHINE ZOGGIA

 

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