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Les Points Essentiels De La Réglementation

11 mars 2009

flux_pulv_opt.jpegLe texte concernant la réglementation pour l’utilisation des produits phytosanitaires qui a été publié dans le cadre de l’arrêté ministériel du 12 septembre dernier intègre un certain nombre d’obligations dont certaines existaient déjà et d’autres sont entièrement nouvelles. Cette nouvelle réglementation qui va entrer en vigueur progressivement dès cette année modifie de façon assez significative les habitudes de travail des agriculteurs et des viticulteurs. Avec l’aide de deux techniciens des chambres d’agriculture de Charente et Charente-Maritime, MM. Laurent Duquesne et Joël Deborde, nous allons essayer de présenter les nouvelles obligations dans l’utilisation des produits phytosanitaires.

 

Beaucoup d’agriculteurs et de viticulteurs ont mal vécu, au départ, la mise en œuvre d’une série de contraintes supplémentaires qui viennent s’ajouter aux récentes évolutions sur les mélanges, les mesures environnementales au niveau de la PAC… Pourtant, depuis 10 ans, des efforts considérables ont été réalisés pour optimiser et minimiser l’utilisation des intrants. Les techniciens ont beaucoup travaillé sur tous les aspects de raisonnement de la protection et le développement de nombreux outils d’aide à la décision représente des avancées considérables sur le plan de l’utilisation des intrants. Les efforts de formation et d’information sur la lutte raisonnée des interventions phytosanitaires ont littéralement séduit la très grande majorité des agriculteurs et des viticulteurs-agriculteurs. Aujourd’hui, on ne traite plus par assurance mais par nécessité de protéger les cultures au moment opportun en mettant en œuvre le minimum de produits et tous ces efforts se sont concrétisés par une baisse très significative de l’utilisation des intrants. Un viticulteur gère aujourd’hui son calendrier de traitements avec le double souci de traiter juste sur le plan environnemental et de réaliser des économies de produit. La réduction d’un ou plusieurs traitements sur les protections mildiou et oïdium génère des économies significatives qu’il est désormais possible d’effectuer sans prendre de risques majeurs. Pour atteindre cet objectif, les praticiens doivent s’entourer de compétences extérieures. Beaucoup de jeunes viticulteurs qui à la fois se sont investis dans les démarches de lutte raisonnée et manifestent un réel intérêt pour la mise en œuvre d’une agriculture respectueuse de l’environnement, s’inquiètent de la non-reconnaissance des efforts qu’ils ont déployés depuis dix ans. L’arrivée de la nouvelle réglementation sur l’utilisation des produits phytosanitaires ne suscite pas de réactions de rejet mais tout de même un peu d’amertume et surtout des craintes vis-à-vis des moyens techniques de raisonnement de la protection dans l’avenir.

Une inquiétude : le réglementaire va-t-il supplanter le raisonnement technique ?

Le fait de prendre des précautions supplémentaires au moment de la mise en œuvre des produits phytosanitaires et de l’utilisation des pulvérisateurs va nécessiter surtout une nouvelle organisation du travail et quelques investissements. Néanmoins, beaucoup de viticulteurs estiment qu’avec du bon sens, la gestion du devenir des effluents de pulvérisation peut-être envisagé à moindre coût. La principale inquiétude pour l’avenir se situe plutôt au niveau des moyens techniques qui seront mis en œuvre pour continuer d’optimiser la protection du vignoble. Un jeune viticulteur nous a fait part de façon anonyme de ses réflexions sur le nouveau contexte d’application des produits phytosanitaires : « On a l’impression aujourd’hui que tous les efforts que nous avons déployés depuis 15 ans en matière de lutte raisonnée ne sont pas reconnus par le grand public. C’est tout de même une belle performance d’utiliser de moins en moins de pesticides sans mettre en péril le potentiel de qualité de nos productions. Nous avons modifié totalement nos comportements en matière de protection des cultures et cela ne suscite aucun intérêt vis-à-vis des consommateurs. Il est paradoxal d’observer que nos parents, qui appliquaient beaucoup plus de pesticides que nous, bénéficiaient d’une cote de sympathie auprès de la société civile. J’avoue que cette situation me déçoit, m’inquiète et je suis un peu déstabilisé par ce constat. L’apparition d’une réglementation vis-à-vis de la gestion des fonds de cuves, du lavage des pulvérisateurs, du devenir des effluents… m’a au départ fait un peu bondir mais à la réflexion, la plupart des éléments me paraissent fondés. Il va seulement falloir faire preuve de bon sens pour trouver des solutions simples et faciles à mettre en application. Ma principale crainte est plutôt que la montée en puissance de l’environnement réglementaire vienne pénaliser à terme les travaux techniques qui sont essentiels à l’évolution de notre métier. Les équipes de techniciens des chambres d’agriculture, du SRPV, des centres techniques déploient de plus en plus de moyens pour gérer les aspects réglementaires au détriment de la technique. Or, s’intéresser au devenir des effluents viticoles, aux conditions d’applications, aux effets secondaires des mélanges me paraît être des sujets importants et indispensables, mais je souhaite aussi que les organismes techniques continuent de travailler sur les sujets fondamentaux de protection des cultures. Malheureusement, aujourd’hui, le nombre d’ingénieurs et de techniciens au sein des organismes de développement indépendants est en nette diminution et en plus les missions réglementaires et de contrôles occupent désormais une part significative de leur activité. Cette situation m’inquiète beaucoup pour l’avenir des pratiques de lutte raisonnée qui doivent s’appuyer sur des travaux de recherche permanents tenant compte par exemple de l’adaptation du parasitisme à l’évolution climatique. J’ai l’impression que la plupart des décideurs au niveau de l’Administration méconnaissent et sous-estiment la très forte capacité d’adaptation de la nature alors que ces personnes ont en charge le développement à moyen terme des axes de réflexions sur ces sujets. La nature avec laquelle nous travaillons tous les jours est en permanente évolution et il ne faut pas croire que les acquis techniques des dernières années constituent des bases irréversibles pour l’avenir. La réflexion technique se construit en permanence année après année en tenant compte des enseignements liés à l’évolution à la fois du contexte pédo-climatique et des pratiques de conduite du vignoble. Or, depuis quelques années, la principale réponse que l’on nous propose est la mise en œuvre d’un cadre réglementaire complexe et dont un certain nombre d’éléments me paraissent aussi justifiés. Le travail de fond sur la technique semble être passé au second plan et j’arrive même à me demander si le souhait de l’Administration ne serait pas à terme que ces missions soient totalement déléguées aux acteurs de la filière commerciale de l’agrochimie. En tant qu’utilisateur final d’intrants, j’estime que l’on ne peut pas être juge et partie. Être en mesure de prendre du recul et de rechercher des solutions techniques en toute indépendance me paraît être un gage de pérennité pour les pratiques de lutte raisonnée. »

Une réglementation applicable dès cette campagne

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M. Laurent Duquesne, le responsable de l’équipe viticole à la chambre d’agriculture de la Charente.

Depuis la sortie de l’arrêté au mois de septembre dernier, les équipes de techniciens des chambres d’agriculture ont essayé de réaliser des synthèses de la nouvelle réglementation dont le fil conducteur est la mise en œuvre de moyens appropriés pour éviter l’entraînement des produits hors de la parcelle traitée. La lecture des textes officiels révèle une certaine rigidité que les spécialistes de la protection des cultures et du vignoble ne cherchent pas à dissimuler. L’apparition de cette nouvelle réglementation est à la fois sur certains aspects éloignée des réalités de l’application des pesticides mais elle permet aussi d’aborder certains problèmes d’une manière cohérente. Beaucoup de viticulteurs et d’agriculteurs ont assez mal vécu le fait que sur un sujet aussi important, on leur est imposé un cadre de travail rigide sans qu’ait été réalisée une large concertation avec la profession. La nouvelle réglementation doit entrer progressivement en application à partir de cette année et durant l’hiver, les techniciens chargés du développement ont essayé de proposer un cadre concret et accessible pour la mettre en place. MM. Laurent Duquesne, de la chambre d’agriculture de la Charente et M. Joël Deborde, de la chambre d’agriculture de Charente-Maritime, ont effectué respectivement un gros travail de synthèse pour apporter des éléments pratiques qui facilitent la mise en application sur les exploitations.

Prendre des précautions au moment du remplissage

 

La préparation des traitements est un moment important où les applicateurs doivent faire preuve d’attention pour éviter tout débordement de bouillie et leur écoulement dans le réseau d’eau potable ou dans les canalisations d’eau pluviale. Cela signifie que l’aménagement d’un lieu destiné au remplissage est fortement conseillé mais, à ce jour, aucune norme encadrant la réalisation des aires de remplissage existe. Les viticulteurs se sont en général déjà équipés de moyens pour minimiser les temps de chargement et la conception d’origine de ces lieux peut être aménagée à moindre coût pour devenir conforme aux nouvelles exigences. Le système de remplissage doit disposer d’un moyen de protection du réseau d’eau afin d’éviter tout risque de remontée de bouillie dans la canalisation d’alimentation (par exemple un clapet anti-retour pour empêcher le contact bouillie-tuyau). Dans des conditions idéales, le remplissage des pulvérisateurs doit être effectué sur une aire spécifique conçue autour d’une plate-forme cimentée étanche disposant d’un système de confinement ou étant reliée à un bassin de rétention étanche. Pour le remplissage du pulvérisateur, l’installation d’une vanne 1/4 de tour sur l’arrivée d’eau est un gage de sécurité. Un certain nombre d’exploitations sont déjà équipées de postes de remplissage avec des cuves intermédiaires de stockage d’eau installées en élévation qui permettent de remplir très rapidement par gravité les appareils. La réalisation de quelques aménagements sur ces sites est souvent envisageable. Pour éviter les risques de débordement, l’installation d’un compteur programmable avec arrêt automatique peut s’avérer intéressante.

Tenir compte de l’intensité du vent avant de réaliser un traitement

Lors de la réalisation des traitements, les conditions climatiques et tout particulièrement l’intensité du vent peuvent modifier les conditions d’application. Le nouvel arrêté interdit d‘effectuer une pulvérisation ou un poudrage en cas de vent supérieur à 3 Beaufort (plus de 12 km/h).

Or, dans nos vignobles soumis à une forte influence atlantique, l’intensité du vent peut constituer un handicap à la fois

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Les prescriptions d’utilisation en présence de vent.
Extrait de l’échelle de Beaufort (Météo-France)
(Source : Chambre d’agriculture de la Charente-Maritime)

pour la réalisation des désherbages et surtout pour les premières applications de couverture générale au printemps. A cette époque de l’année, le faible volume de végétation rend encore plus sensible les flux de pulvérisation aux effets des vents. Ce problème de sensibilité aux phénomènes de dérives est directement lié à la conception des organes de pulvérisation des appareils pneumatiques et à jets portés qui ont fort peu évolué depuis 25 ans. En début de cycle végétatif, l’utilisation de tunnels de pulvérisation confinés et de panneaux récupérateurs s’avère toujours bénéfique sur le plan de la résistance aux phénomènes de dérive, mais leur emploi doit désormais respecter la réglementation. Par ailleurs, la pulvérisation de bouillie en dehors des parcelles lors des manœuvres en bout de rang est interdite. Pour la réalisation des désherbages de printemps ou d’été, l’utilisation de rampes disposant de caches ou équipées de buses à injection d’air limite considérablement les phénomènes de dérives.

Le cas particulier des ZNT

Par contre, l’application de produits phytosanitaires au voisinage de points d’eau doit être effectuée en respectant une ZNT (zone non traitée). La notion de points d’eau à prendre en compte correspond aux cours d’eau, aux fossés et aux points d’eau intermittents ou permanents figurant en traits continus ou discontinus sur les cartes IGN au 1/25000. Sur l’étiquette des produits, les ZNT peuvent être mentionnées avec des largeurs qui vont de 0 à 5 m, 10 m, 20 m 50 m ou supérieures ou égales à 100 m. En l’absence de mention relative aux ZNT sur les étiquettes, il faut respecter une largeur minimale de 5 mètres. Les largeurs de ZNT peuvent être réduites de 20 ou 50 mètres à 5 mètres à condition, soit d’implanter un dispositif végétalisé sur les 5 m de ZNT (dispositif arbustif pour les cultures hautes de vigne et de verger et dispositif herbacé ou arbustif pour les grandes cultures), soit d’utiliser des moyens limitant les dérives. Pour les grandes cultures, une liste provisoire de buses à injection d’air a été validée par le Cemagref sur propositions des constructeurs. Les données techniques concernant les buses référencées sont consultables sur le site du ministère de l’agriculture. Les techniciens estiment que les données validées concernant le référencement des buses (types de buses et pressions d’utilisation) ne sont pas forcément adaptées aux exigences techniques nécessaires à la réalisation d’applications de qualité. Les niveaux de pressions d’utilisation recommandées ne permettent pas de produire des spectres de gouttelettes assurant une couverture suffisante de la surface foliaire. M. J. Deborde, de la chambre d’agriculture de Charente-Maritime, a effectué un travail de veille technologique sur les buses référencées pour les traitements dans les ZNT et il est en mesure d’apporter aux agriculteurs des informations concrètes sur ce sujet. Ce sont surtout les zones de grandes cultures qui sont concernées par les ZNT alors qu’en viticulture, la situation du parcellaire est généralement plus éloignée des points d’eau.

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L’évolution des ZNT déjà attribuées. (Source : Chambre d’agriculture de la Charente-Maritime)

De nouvelles contraintes au niveau des délais avant récolte et des délais de rentrée dans les parcelles

Un certain nombre d’évolutions sont apparues au niveau des prescriptions d’utilisations des produits phytosanitaires et aussi des délais de rentrée dans les parcelles après un traitement. La prise en compte des éléments apposés sur les étiquettes va devenir indispensable vis-à-vis des usages souhaités, des conditions de mise en œuvre des produits, des dangers potentiels liés à leur utilisation et des conseils de prudence qui en découlent. Un certain nombre de données concernant les ZNT, les délais avant récolte, les délais de rentrée dans les parcelles, les degrés de toxicité, les phrases de risques interviennent dans la conduite des applications et des interventions en amont et en aval. Jusqu’à présent, les délais d’utilisation avant la récolte étaient mentionnés sur les étiquettes des produits en fonction des résultats obtenus lors de la démarche d’homologation et en l’absence de prescription sur ce sujet, aucune contrainte existait à ce niveau. Désormais, toutes les utilisations de produits sont interdites pendant les trois jours précédant la récolte, sauf pour les spécialités phytosanitaires disposant de délais avant récolte plus importants (mentionnés sur les étiquettes) qui doivent être impérativement respectés. Les cultures maraîchères et l’arboriculture sont les plus concernées par ce nouveau volet de la réglementation.

La seconde évolution importante concerne les délais de rentrée après un traitement. Jusqu’à présent, les produits ne présentant pas de phrases de risques n’engendraient aucune contrainte alors que maintenant un délai de rentrée minimum de 6 heures en milieu naturel après un traitement est instauré (et de 8 heures en milieu fermé, les serres). Pour les produits classés irritants pour la peau et les yeux et présentant des phrases de risques sur l’étiquette de type R36, R38 ou R41, les délais de rentrée sont portés à 24 heures. Enfin, les délais de rentrée sont de 48 heures pour toutes les spécialités commerciales classées R42 et R43. Les viticulteurs employant de la main-d’œuvre pour des travaux en vert comme l’épamprage, le palissage… doivent tenir compte de ces nouvelles contraintes au moment où ils construisent leurs calendriers de traitements.

Phrases de risques générant l’interdiction d’usage de certains mélanges :

R40 : effets cancérogènes suspectés (à preuves insuffisantes).
R48 : effets graves en cas d’exposition prolongée.
R68 : possibilité d’effets irréversibles.
R62 : altération possible de la fertilité.
R63 : altération néfastes possibles pour l’enfant pendant la grossesse.
R64 : risque possible pour les bébés nourris au lait maternel.

Phrases de risques des produits T+ (très toxiques) ou T (toxiques) :

R23 : toxique par inhalation.
R24 : toxique par contact avec la peau.
R25 : toxique en cas d’ingestion.
R26 : très toxique par inhalation.
R27 : très toxique par contact avec la peau.
R28 : très toxique en cas d’ingestion.
R39 : danger d’effets irréversibles très graves.
R45 : peut causer le cancer.
R46 : peut causer des altérations génétiques héréditaires.
R49 : peut causer le cancer par inhalation.
R60 : peut altérer la fertilité.
R61 : risques pendant la grossesse d’effets néfastes pour l’enfant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


La gestion intégrale des fonds de cuves à la parcelle est la solution la plus rationnelle

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M. Joël Deborde, le conseiller en machinisme de la chambre d’agriculture de la Charente-Maritime.

Une fois la pulvérisation terminée, il reste toujours au fond des cuves un reliquat de bouillie dont le volume varie en général entre 5 et 10 l selon la conception des appareils. La vidange à la parcelle de ces restes de bouillie pure est désormais interdite et une procédure doit être mise en œuvre pour gérer leur devenir. Il faut soit les récupérer et les stocker en vue d’un traitement ultérieur, soit les diluer au 100e et épandre ce reliquat « déconcentré » à la parcelle. Il est aussi possible de conserver le fond de cuve dilué au 100e au fond de l’appareil pour le traitement suivant. Sur le plan pratique, le rinçage de tout le circuit de pulvérisation est une opération indispensable pour nettoyer l’ensemble des canalisations et éviter le colmatage des buses lors du traitement suivant. La procédure du rinçage à la parcelle permet une gestion intégrale des effluents à la parcelle au moindre coût. Les pulvérisateurs récents sont tous équipés d’une cuve à eau claire (d’une capacité correspondante à 10-12 % du volume du pulvérisateur) qui facilite le rinçage et la dilution des bouillies d’origine. L’adaptation d’une cuve de rinçage de 150 L sur un pulvérisateur existant est souvent possible pour un investissement de moins de 1 000 € HT. D’un point de vue réglementaire, la dilution de la bouillie d’origine doit être effectuée en ajoutant un volume d’eau au moins égal à 5 fois le volume du fond de cuve. Afin de minimiser les volumes d’eau embarqués, les techniciens conseillent de réaliser une dilution des fonds de cuve en trois fois, sinon il devient impossible d’atteindre l’objectif de diminution de concentration au 100e. Divers essais montrent que l’opération de rinçage, dilution (en 3 phases successives) et épandage demande en moyenne 20 minutes pour un pulvérisateur de 1 000 à 2 000 l.

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Les volumes d’eau claire nécessaires pour atteindre une dilution au 100e.
(Source : Chambre d’agriculture de la Charente)

La pulvérisation des effluents dilués ne doit pas conduire à une sur-concentration de matière active sur la végétation. Les techniciens conseillent de réaliser cette opération sur une zone ayant été au préalable volontairement sous-dosée. La vidange des effluents dilués à la parcelle ne peut être envisagée qu’une seule fois par an sur la même surface. Le lieu où est effectuée la vidange finale doit aussi être éloigné des points d’eau et de toutes zones à risques (proximité de ZNT et endroits naturellement prédisposés à des phénomènes d’entraînement).

Une obligation de maîtriser le devenir des effluents phytosanitaires

Le lavage externe des pulvérisateurs et des tracteurs est souvent une opération systématique sur la plupart des propriétés car c’est un acte d’entretien pour limiter l’effet de corrosion des produits sur le matériel. Or, les effluents de lavage des appareils de traitements contiennent une charge polluante qui rend impossible leur rejet dans la nature. Le volume d’eau nécessaire pour le lavage d’un pulvérisateur pneumatique de 1 000 à 1 500 l se situe en moyenne autour de 150 l. L’arrêté du 12 septembre prévoit deux choses : une possibilité de lavage de l’appareil de traitement à la parcelle (en ne renouvelant pas deux fois l’opération au même endroit) sans nécessité de collecter les effluents, et une obligation de collecte et de traitement des effluents si l’opération de lavage extérieur intervient au niveau du siège d’exploitation (dans un lieu spécialement conçu à cet effet).

Dans un premier temps, beaucoup de techniciens et de viticulteurs se sont intéressés à la deuxième solution qui présente l’intérêt d’être rationnelle et cohérente par rapport à l’organisation du travail. Or la réalisation des opérations de lavage et de gestion du devenir des effluents (stockage et traitement) nécessite l’aménagement d’aires de lavage conformes. La construction d’une aire de lavage disposant d’un système de collecte des effluents différencié des pulv_paysage_1_opt.jpegautres réseaux d’eau pluviale et des eaux de lavage du matériel courant nécessite des aménagements plus lourds surtout s’ils sont réalisés par des entreprises. Par ailleurs, les effluents une fois collectés doivent être traités par des moyens qui dégradent la charge polluante. L’arrêté a fixé les dispositifs de traitements des effluents phytosanitaires qui peuvent être classifiés en trois catégories : ceux fonctionnant par voie biologique à la propriété, ceux utilisant un procédé biologique géré par des prestataires et enfin ceux mettant en œuvre des moyens physico-chimiques (coagulation, filtrations). Cette dernière approche génère des déchets industriels qui nécessitent un retraitement auprès d’entreprises référencées et ayant la capacité de détruire des déchets très concentrés. Si l’arrêté du 12 septembre dernier rend obligatoire le traitement des effluents phytosanitaires, la liste des systèmes biologiques et physico-chimiques référencés n’a pas encore été publiée à ce jour. Nous présentons néanmoins dans le tableau pages 22-23 (réalisé par l’équipe de techniciens de la chambre d’agriculture de la Gironde) les traitements qui seraient à priori retenus pour épurer les effluents phytosanitaires.

La piste du « bio-bac » à la ferme Paraît rationnelle

Les initiatives de quelques agriculteurs et viticulteurs dans le domaine de la gestion des effluents phytosanitaires montrent qu’il est possible de se doter pour un coût acceptable d’une plate-forme de lavage et d’unité de traitements sur lit biologique. M. J. Deborde, de la chambre d’agriculture de Charente-Maritime, a travaillé à la mise en place de quelques plates-formes de lavage (conçues aussi pour le remplissage des pulvérisateurs) et de système de traitement des effluents sur lit biologique. Si les travaux sont effectués par l’exploitant, l’investissement dans tous les accessoires et les matériaux ne dépasse pas 5 000 € ht.

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Gestion des fonds de cuves.
(Source : Chambre d’agriculture de la Charente-Maritime)

Les molécules de produits phytosanitaires présentent l’avantage d’être facilement dégradées par la flore de micro-organismes présente dans le sol. Dans les pays d’Europe du Nord, cela fait de nombreuses années que les agriculteurs traitent leurs effluents phytosanitaires en utilisant des « bio-bacs ».

La conception de ces unités de traitements très simple repose sur une injection régulière et à doses maîtrisées des effluents dans des bacs (en béton de 10 à 20 m2 maximum) qui sont remplis d’un mélange de terre et de paille. Il se développe à l’intérieur de ces « bio-bacs » une flore de micro-organismes naturelle qui dégrade les résidus de molécules de produits phytosanitaires. Tous les 5 à 7 ans, il faut renouveler le mélange terre-paille pour relancer l’activité biologique et l’épandage de ce compost dans les champs est possible. Le bon fonctionnement des « bio-bacs » nécessite un peu de surveillance pour réguler les apports d’effluents en volume et assurer la dégradation biologique progressive. Le préalable à toute démarche de mise en place d’une aire de lavage et d’un bio-bac est la juste appréciation du volume d’effluent produit au cours d’une campagne de traitement. Cela permet de bien dimensionner la plate-forme de lavage, le stockage tampon des effluents et la surface du bio-bac. M. J. Deborde est en mesure de fournir aux agriculteurs que cela intéresse des informations concrètes pour construire des aires de lavage et des bio-bacs à moindre coût.

Le lavage extérieur à la parcelle des pulvérisateurs viticoles, une piste à ne pas négliger

L’arrêté du 12 septembre laisse aussi une possibilité de pouvoir laver l’extérieur d’un pulvérisateur à la parcelle. A première vue, cette pratique paraissait peut réaliste pour tous les équipements de pulvérisation en raison de l’absence d’équipement mobiles de production d’eau sous pression. La taille plus réduite des pulvérisateurs viticoles rend plus envisageable le lavage extérieur à la parcelle dans la mesure où les matériels sont équipés d’une cuve d’eau claire et d’une pompe susceptible de monter en pression entre 20 et 30 bars.

Il semble que depuis maintenant dix ans la plupart des pulvérisateurs pneumatiques et aéroconvections commercialisés soient équipés de pompes susceptibles d’alimenter une lance haute pression dans de bonnes conditions. Après l’opération de dilution et d’épandage des fonds de cuves à la parcelle, les utilisateurs ont la possibilité de remplir leur cuve d’eau claire et d’utiliser ce volume de 100 à 150 l pour nettoyer le matériel en bout de parcelle. Il suffit de se rendre au bout d’une vigne et de brancher la lance haute pression sur un piquage prévu à cet effet. Les effluents tombent sur le sol et sont ensuite naturellement dégradés par la flore de micro-organisme comme dans un bio-bac. Il convient aussi de ne jamais nettoyer le pulvérisateur deux fois au même endroit. La grande interrogation sur cette pratique est bien sûr la qualité du nettoyage.

Il semble que certaines astuces permettent d’obtenir des résultats surprenants. La pulvérisation d’huile de paraffine sur le matériel avant son utilisation limite l’adhérence des produits phytosanitaires et facilite aussi considérablement le nettoyage ultérieur du pulvérisateur.

Cette pratique de nettoyage à la parcelle se développera dans la mesure où les constructeurs vont proposer en série un accessoire supplémentaire : un kit de lavage extérieur. Les contacts que nous avons eus avec plusieurs distributeurs locaux de pulvérisateurs permettent de penser qu’un tel équipement pourrait être rajouté pour un coût
modique.

 

 

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