les excès et les tensions du millésime 2018

2 octobre 2018

Le millésime 2 018 sera-t-il synonyme d’excès en tous genres ? Malgré, un contexte économique porteur, un potentiel de production régional intéressant, les vendanges dans la région ne s’annoncent pas sereines. Une certaine tension est même perceptible suite aux aléas de la nature et aux débats complexes sur le niveau du rendement Cognac. Rien n’a été simple en 2018 même si les premiers rameaux dès la mi-mai portaient une charge d’inflorescences qui faisait plaisir à voir. L’espoir des premières semaines a cédé la place soit à la déception, soit aux inquiétudes soit à la générosité.

 

            Au fil des semaines et des mois, le climat n’a cessé de se montrer capricieux et de faire souffrir des milliers d’hectares. Encore une fois, la grêle a frappé avec une intensité rare qui a anéanti le potentiel de production de plus centaines de propriétés. L’ampleur du sinistre 2 018 comme ceux des dernières années démontre une nouvelle fois l’inadaptation des moyens de lutte à la puissance de ces fléaux atmosphériques. Ce propos ne fait nullement le procès des organisations existantes qui sont gérées avec le maximum efficience mais qui manquent cruellement de moyens. En moins de 5 ans, la grêle a fait perdre à l’économie Cognac l’équivalent de plus 40 % d’une récolte annuelle. Cette réalité qui fait mal ne devrait-elle pas l’élément déclencheur de la construction d’un projet lutte ambitieux ?

 

            L’excès de pluviométrie est venu sérieusement compliquer la première partie du cycle végétatif. Après plusieurs années de sécheresse estivales et hivernales, les pluviomètres ont constamment débordé du mois de novembre 2017 à la fin juin 2018. L’ hiver très pluvieux qui a permis de recharger les nappes phréatiques, a été suivi d’un printemps très arrosé. Forcément, le démon « mildiou » a su profiter de ce contexte pour montrer toutes ses capacités de nuisance. Les stratégies de protection légères et trop douces ont été mises à mal à partir du début de la floraison. Une fois implantée, la maladie qui paraissait être inarrêtable a dévoré avec «gourmandise» les grappes. Seules les stratégies de lutte préventives resserrées ont tenu le choc jusqu’à la mi-juillet. Les objectifs d’économies d’intrants et environnementaux sont passées au second plan. Protéger les jeunes inflorescences et grappes était la priorité des priorités ! Seules, les propriétés bien organisées et ayant fait preuve d’une vigilance y sont arrivées aidées  ensuite  par le soleil «béni» à partir de début juillet. Les autres ont perdu des grappes dans des proportions importantes. Plus de 5 000 ha ont vu leur potentiel de production détruit à plus de 50 %.

 

            Après 6 mois d’humidité extrême, le climat a littéralement « basculé» à partir de début juillet. L’été 2018 a battu tous les records de chaleurs et la durée de cette séquence de beau temps interpelle, Les ceps de vignes après avoir vécu 6 mois les « pieds » dans l’eau sont maintenant soumis «au régime sec». Aucune pluie significative ne s’est produite dans l’ensemble de la région délimitée depuis le 1er juillet. Un été aussi sec et ensoleillé n’est plus un événement rarissime. Cela devient même de plus en plus fréquent depuis deux décennies.  Comment les vignes peuvent supporter de tels excès ? Eh bien, elles semblent réagir de manière diverses comme en témoigne l’évolution de la maturité certes précoce mais très hétérogène.

 

             Les raisins du millésime 2 018 sont à la fois marqués par les excès d’humidité et de soleil. Un tel cocktail interfère sur la qualité de la vendange, nettement plus mûre, très hétérogène et difficile à appréhender pour les vinificateurs. Les espoirs de rendements volumiques se sont un peu contractés mais restent inintéressants.  Les niveaux de TAV potentiel qui seront plus élevés vont rendre plus difficiles l’élaboration d’eaux-de-vie riches sur le plan aromatique.

           

            Le contexte de production a aussi vécu un été torride et plein de rebondissements. Le calcul des besoins de production en eaux-de-vie établis par le business plan ne fait aujourd’hui plus débat. Le fait d’envisager la production d’eaux-de-vie du millésime 2 018 à un niveau de 914 000 hl d’AP était considéré par tous comme une réalité qu’il fallait essayer de satisfaire sans occulter les capacités de production réelles du vignoble. Finalement, l’idée de proposer un rendement Cognac de l’ordre de 12 à 13 hl d’AP/ha faisait presque l’unanimité. La grande majorité des représentants de la viticulture considéraient déjà cet objectif comme ambitieux. En effet, chiffres à l’appui, beaucoup de propriétés de la région ne sont pas en mesure d’atteindre régulièrement de tels niveaux de productivité. La décision finale qui habituellement intervenait fin juin a été reportée aux derniers jours d’août. À la suite de débats animés, le rendement Cognac a connu un sacré « coup de pouce » : 14,64 hl d’AP/ha. Du jamais vu ! Depuis maintenant trois semaines, ce rendement historique alimente toutes  les discussions.

            Les arguments avancés par les responsables pour justifier cette décisions sont de plusieurs ordres : La dispersion des rendements démontre qu’en moyenne, environ 20 % des surfaces produisent 13 à 15 hl d’AP/ha, pourquoi ne pas capter ces volumes ? Il fallait compenser les pertes de récoltes liées à la grêle et au mildiou sur 10 000 à 15 000 ha. Le fait de ne pas être en mesure d’alimenter une nouvelle fois la demande  d’eaux-de-vie nouvelles (après le gel de 2017) pouvait s’avérer être un élément pénalisant le développement des ventes et freiner le potentiel de développement de la catégorie Cognac.

            À l’inverse, un certain nombre de réactions attestent de l’incohérence d’un tel niveau de rendement vis-à-vis des capacités agronomiques réelles du vignoble : Quel est le devenir du bel outil « réserve climatique » ? L’esprit de solidarité et de cohésion régionale n’en ressortira-t-il pas durablement fragilisé ? Un tel niveau de rendement traduit une profonde incohérence vis à vis des enjeux environnementaux dans laquelle  la filière s’investit !

            La décision d’un rendement Cognac Maximum a fait émerger des divergences de vues importantes et crée de véritables tensions au sein des divers représentants de la viticulture et du négoce. Alors que le vignoble de Cognac vit l’une des périodes les plus dorée de son histoire, l’onde de choc suscitée par le rendement Cognac 2 018 est-elle productive ? Le challenge souhaité par tous repose sur la mise en place d’une réflexion sereine et collégiale pour construire l’avenir et non pas sur des enjeux de court terme.

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