Syndicat des courtiers de la région Cognac

23 octobre 2012

Le portable ou les tablettes numériques embarquées, ils y réfléchissaient depuis longtemps mais la prochaine dématérialisation des documents viti-vinicoles et des titres de mouvements les conduisent à passer à la vitesse supérieure. Plutôt que de jouer solo, ils ont opté pour une démarche collective.

 

 

p18.jpgLors de leur traditionnelle « Journée du courtier », le 14 septembre dernier, le sujet fut à peine effleuré. Selon la coutume, les courtiers ont préféré laisser la parole à leurs invités. Fil rouge de la rencontre cette année : la distillation et l’élevage des eaux-de-vie. « De plus en plus, les bouilleurs de cru ne seront pas uniquement stockeurs. Ils seront aussi éleveurs, pour conduire leurs eaux-de-vie dans les meilleures conditions possibles. » Ainsi le « temps long » fut à l’honneur lors de la réunion des courtiers, avec des interventions de Céline Rayer (BNIC) sur les chais de stockage ou de Robert Léauté (Lec) sur les particularités du vieillissement du Cognac (compte rendu dans le prochain journal). Mais le « temps court » était aussi bien présent. Alors que Janine Bretagne a livré son indispensable décryptage des règles de la campagne 2012, Didier Vassor – « M. dématérialisation » au Bureau national du Cognac – a effectué un point d’étape, en présence du directeur régional des Douanes.

Il s’avère clairement que la dématérialisation des titres de mouvements sur le territoire national – la seule qui s’impose – ne sera pas obligatoire le 1er janvier 2013, date initialement pressentie par les Douanes. En Charentes, mais aussi dans à peu près toutes les régions viticoles françaises, les enlèvements à la propriété posent problème. Le représentant des Douanes l’a reconnu sans difficulté. Les enlèvements à la propriété suscitent une « demande d’adaptation ».

Dans la région de Cognac, c’est encore plus vrai quand on évoque « la faisabilité du retour à façon des eaux-de-vie du bouilleur de profession vers le bouilleur de cru ». Sur cette question, rien n’est réglé.

Dans ces conditions, le « grand soir » – la bascule de la dématérialisation des DCA (Document commerciaux d’accompagnement ex acquit) – se produira-t-il en 2013, en 2014 ? Une chose est sûre ! On n’y coupera pas.

Projet d’informatisation

C’est dans ce contexte que les courtiers charentais ont peaufiné leur projet d’informatisation. Voilà longtemps qu’ils y réfléchissaient. La dématérialisation a joué à la fois comme un aiguillon et un temporisateur. Aiguillon car la dématérialisation va nécessairement faire évoluer le métier de courtier. Si le courtier veut rester « au cœur de la relation commerciale », il va bien falloir qu’il s’adapte à la numérisation des documents, aux nouveaux circuits d’échange d’information. Temporisateur car, avant de se lancer dans un choix d’équipement, il fallait savoir « à quelle sauce nous allions être mangés ». Ce que résume Patrick Béguin, président du Syndicat des courtiers de la région de Cognac. « Il y a toujours un bon moment pour agir, ni trop tôt ni trop tard. »

Parler d’informatisation à l’égard du métier de courtier ne signifie pas que les courtiers en soient restés à l’âge de pierre. Peu ou prou, tous sont équipés d’ordinateurs. Non ! Il est ici question d’informatique embarquée et de logiciel spécifique « métier ». L’idée est que les courtiers puissent saisir les informations directement chez le viticulteur, en temps réel. D’abord parce que c’est plus rationnel de capter les données à la source (chiffres de la déclaration d’affectation, de la déclaration de récolte, de la déclaration de fabrication…) plutôt que de reprendre ses notes écrites, chez soi, le week-end ; ensuite parce qu’au moment de l’enlèvement chez le viticulteur, la dématérialisation des documents ne se conçoit pas sans interface directe avec la plate-forme Concerto du BNIC ainsi qu’avec les négociants, bouilleurs de profession, marchands en gros.

Un retour d’information

Que cherchent les Douanes à travers la dématérialisation ? Que le retour d’information soit le plus rapide possible. Les courtiers et les professionnels, eux, veulent bien répondre à cette attente mais en gardant une certaine latitude. Leur souhait ! Par exemple que le n° CRA (Code de référence administratif), nécessaire pour établir le DCA, possède une validité de quelques jours (à Bordeaux on parle de 10 jours, à Cognac de 5 jours). Et que le document d’acompagnement continue d’être validé par le bouilleur de profession ou le marchand en gros, chez lui. Par contre les délais d’apurement s’en trouveront nécessairement raccourcis. « Aujourd’hui, il faut bien voir qu’il peut s’écouler un mois entre l’expédition de la marchandise et la réception de la copie du titre de mouvement par les Douanes ». Par contre, si, exceptionnellement, le n° CRA arrivait à manquer « au cul du camion », pouvoir l’obtenir par mail représenterait une véritable avancée. C’est tout l’intérêt de l’informatique embarquée, un équipement qui doit être rustique et robuste, pour résister aux conditions de terrain.

Le choix du collectif

Les courtiers auraient pu s’équiper en solo, chacun pour soi. Ils ont fait le choix de jouer collectif. A leurs yeux, cela représente un gage de professionnalisation important de leur métier. En Charentes, le syndicat des courtiers compte environ 45 membres. Parmi eux, deux courtiers – Michel Perrotin de Rétaud et Nadia Ballais de Saint-Quentin-de-Rançannes – furent précurseurs sur le dossier de l’informatisation. Depuis deux ans, ils utilisent un logiciel de courtage, développé par Michel Perrotin en binôme avec un professionnel. Ils ont accepté de le mettre à disposition de leurs collègues, en sachant que ce logiciel « métier » va lui-même évoluer, en prenant notamment en compte la problématique de la dématérialisation.

Le syndicat s’est rapproché d’une société informatique de Saintes, tant pour l’approfondissement du logiciel spécifique que pour l’offre matériel. Patrick Béguin indique que, dès cette campagne, une dizaine de courtiers vont probablement s’équiper de matériels mobiles, portables ou tablettes. Si l’achat reste individuel, le syndicat a négocié un partenariat de développement et une offre commerciale.

Dans le petit monde du courtage français des vins et eaux-de-vie, cette démarche groupée d’informatisation mobile représente à coup sûr une première… et un cas unique. Patrick Béguin l’explique très facilement : « Nos collègues des autres régions n’ont pas les mêmes besoins. Ils travaillent à leurs bureaux. Nous sommes pratiquement les seuls à être présents sur le terrain, lors des enlèvements. »

Problèmes de connexion

Si l’informatique embarquée représente une réponse à la spécificité du métier de courtier en Charentes, le président du syndicat ne minimise pas les problèmes : « Malgré nos clés 3 G, nous allons être confrontés à des problèmes de connexion. » Et même si la signature électronique se vulgarise, la trace papier laissée au viticulteur restera indispensable, ne serait-ce que pour accréditer auprès des Douanes des volumes sortis du stock du chai du viticulteur et par encore rentrés dans le chai du négociant. D’où la nécessité d’avoir une imprimante dans sa voiture, dont le fonctionnement « ne sera sans doute pas facile tous les jours ».

Pour autant, le rapport « bénéfices/risques » ou plutôt « bénéfices/ennuis » penche nettement en faveur de l’informatisation. « Nous ne pouvons pas nous permettre de rater le train de la dématérialisation. »

Une région sur « trois jambes »
Asie, États-Unis, Europe… De l’avis de Jean-Marc Morel, président du BNIC, jamais, dans l’histoire du Cognac, les ventes n’ont été aussi bien réparties. Une « bonne nouvelle », annoncée avec un plaisir non feint.
Président du BNIC, le directeur général adjoint de Martell voit dans la profession de courtier un rouage essentiel à la diffusion de l’information. D’où une réunion du syndicat perçue comme « importante ». L’occasion était belle de rappeler les ordres de grandeur du Cognac, à un moment où le secteur se porte bien, très bien même. « Les expéditions à fin juillet ont encore progressé de + 4,3 % » a indiqué J.-M. Morel. Exporté à 97 %, le Cognac voit son chiffre d’affaires atteindre 2,2-2,3 milliards d’€. « Historiquement, les expéditions de Cognac n’ont jamais été aussi bien réparties » a commenté le président de l’interprofession issu du négoce. D’où l’image des « trois jambes » du Cognac, l’Asie, l’Amérique et Europe. En volume aujourd’hui, l’Extrême-Orient arrive en tête avec 173 000 hl AP, suivi de l’Amérique (145 000 hl AP) et d’un peu plus loin de l’Union européenne (132 000 hl AP). En terme de valeur, l’Extrême-Orient se réserve la part du lion (1 milliard d’€) contre 483 millions d’€ pour la zone Europe. Par catégorie de produit, le VS, en nombre de caisses, continue de croître de + 3 %, le VSOP de + 4 % et la catégorie XO de + 21 %. En monnaie sonnante et trébuchante, ces coefficients passent à + 6 % pour le VS, + 8,6 % pour le VSOP et + 23 % pour la catégorie XO. « En valeur absolue, la catégorie XO réalise le plus gros chiffre d’affaires, alors que son poids volumique ne dépasse pas 15 % » a constaté J.-M. Morel. Paradoxalement, l’idée que le Cognac « ne pèse rien en volume au niveau mondial et pas énormément en valeur » représente presque un sujet de satisfaction. Message implicite : il peut encore se développer.
Une question brûlait les lèvres des courtiers. Ils l’ont posée : « Jusqu’à quand ? » Réponse du président du BNIC. « Lorsque l’on interroge les metteurs en marché, ils n’expriment pas d’inquiétudes à très court terme. »
L’étude Eurogroup
Pour le moyen terme et le long terme, l’interprofession a décidé de relancer l’étude réalisée en 2008 par le cabinet Eurogroup. Son objectif à l’époque ? Se projeter à horizon de 10-15 ans « pour regarder l’impact en terme de potentiel de production et évidemment de stock. » Il s’agissait, déjà, d’anticiper la corrélation entre les besoins du négoce et la capacité à produire de la viticulture. En était sorti l’outil de calcul du rendement ou encore des systèmes comme la réserve climatique ou la réserve de
gestion. A l’aune de la crise de 2008, « le modèle s’est révélé très robuste » a noté J.-M. Morel. Il permit entre autres de ne pas « suréagir ». C’est donc à la même agence qu’a été confié le soin de prolonger l’exercice, en réactualisant l’étude. Dans cette version 2, le cabinet a reçu pour mission de rendre l’étude plus accessible, afin de faciliter son appropriation par la filière. Objectif ! « Aider aux discussions interprofessionnelles en permettant, notamment, d’abonder les outils disponibles au BNIC. »

Au titre de la viticulture, l’UGVC a été désignée comme l’interlocuteur d’Eurogroup. Consulté via un questionnaire, le syndicat viticole rendra ses conclusions après les vendanges. Vice-président du cru Grande Champagne, Patrick Brisset a souhaité inviter les délégués de cru et de collèges à s’exprimer. La réunion a eu lieu à Segonzac le 28 septembre. Assez faible participation (12 % des délégués) mais échanges fructueux. Ont été abordés plusieurs points dont le questionnaire d’Eurogroup, la mobilisation des viticulteurs face à la flavescence dorée et un point concernant l’ODG et l’état sanitaire du vignoble.

 

 

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