Les cépages du futur font de la resistance

17 août 2017

La pression environnementale exercée par les consommateurs et la société civile vis-à-vis de la filière viticole est peut-être en train d’engendrer une profonde remise en cause des méthodes de production de toutes les régions viticoles Françaises. Des cépages emblématiques comme le merlot à Pomerol, le Carbernet Sauvignon à Pauillac, l’ugni blanc à Cognac, le pinot noir et le chardonnay en Bourgogne, la Syrah dans les Côtes-du-rhône, le colombard dans le Gers, le sauvignon à Sancerre, …  seront peut-être remis en cause au profit de nouvelles variétés résistantes d’ici quelques décennies. Une telle idée, jugée totalement farfelue, il y a 5 ans est étudiée aujourd’hui très sérieusement.

      Le contexte de l’utilisation des intrants chimiques a complètement changé au cours des dernières années. On est passé d’une situation de total désintérêt vis-à-vis des pratiques de protection du vignoble à une suspicion quasi-systématique de pollution et danger pour la santé humaine. Aujourd’hui, les viticulteurs se sentent littéralement « épiés » quand ils réalisent des traitements et cette situation est complètement paradoxale. Jamais, ils n’ont déployé autant d’efforts pour utiliser aussi peu d’intrants chimiques et cela ne suffit pas ! En France, la demande de vins bios connaît un véritablement engouement depuis une dizaine d’années et les importateurs sont de plus en plus curieux sur les utilisations de pesticides. Les grands domaines des crus prestigieux de Bordeaux, de Bourgogne des Côtes-Du-Rhône qui pour des raisons de maîtrise de la qualité des raisins étaient des adeptes des pratiques conventionnelles, changent de cap et passent à des pratiques des protections « douces ». Ce qui est possible pour des domaines dégageant des niveaux de valorisation énormes, ne l’est pas malheureusement pour 80 % des surfaces viticoles Françaises ou la constance des niveaux de productivité représente un enjeu économique vital.

     

      Les alternatives réalistes permettant de se substituer durablement aux méthodes de protection du vignoble conventionnelles ne sont pas nombreuses, le développement des pratiques de lutte biologiques de biocontrôle et l’implantation de cépages récitants pas ou peu sensibles aux maladies et ravageurs. Toucher à un symbole comme le cépage du vignoble de Cognac n’est pas une mince affaire mais les enjeux de viticulture durable constituent également le challenge majeur des décennies à venir. Le sujet est donc à la fois sensible et très sérieux. Les professionnels de notre région considèrent que les démarches de création de variétés résistantes représentent l’alternative la plus sérieuse pour réduire fortement l’utilisation des intrants phytosanitaires. Les travaux engagés depuis 15 ans par la Station Viticole représentent des avancées prometteuses pour trouver le ou les futurs «Ugni blancs résistants » des années 2030 à 2 040. Le Ministère de l’Agriculture a clairement affiché un soutien fort à la recherche depuis 10 ans pour créer des cépages résistants. Tout récemment, des pistes de réflexion au niveau de l’aménagement de la réglementation ont été envisagées pour accélérer l’agrément de ces futures variétés. Le dossier cépages résistants est devenu un sujet prioritaires pour les instances communautaires. Phil Hogan, le commissaire Européen à l’agriculture, lors de sa venue, le 6 juillet dernier à Bordeaux pour le Congrès National de la Viticulture Française a tenu un discours fort sur le développement des recherches des cépages résistants vis-à-vis des problématiques environnementales auxquelles sont confrontées les diverses régions viticoles d’Europe.

 

      Le dossier bénéficie de soutiens forts et en France des travaux de recherches sérieux ont été engagées par l’INRA, L’IFV et dans diverses régions viticoles (en particulier à Cognac). La création de variétés à partir de méthodes de croisement naturelles nécessite un espace de temps de 30 ans en moyenne. En Charentes, les premiers croisements d’ugni-blanc avec des géniteurs résistants au mildiou et à l’oïdium remontent au début des années 2000 et déjà, quelques obtentions de ces descendants de l’ugni blanc sont cultivés en petites parcelles. Faut-il croire à l’avenir de ces cépages du futur ? La notion de résistance repose sur la présence d’un et de plusieurs gènes qui rendent le cépage insensible aux agressions des champignons. Plus un nombre de gènes important s’opposera à l’implantation des maladies, plus la durabilité du cépage sera forte. Les premières générations d’obtentions possèdent des résistances de type monogénique que les chercheurs jugent comme risquées et peu durables. L’INRA et l’IFV privilégient la création de variétés polygéniques pour être en mesure de proposer aux vignerons des cépages « solides » dans le temps. Le cépage monogénique Allemand, le Régent, à l’origine résistant au mildiou a perdu en seulement 10 ans une bonne partie de sa capacité à résister au mildiou. On peut également se demander si la préservation des potentialités de résistance des futurs cépages ne nécessitera la mise en œuvre d’une protection phytosanitaire minimum (de 2 à trois traitements par an) pour minimiser les risques de contournement. La création de variétés résistantes au maladies et aux ravageurs est une initiative de recherche fondée sur un processus d’adaptation permanent du complexe plantes parasites à leur environnement. Les parasites et les ravageurs de part la multiplicité de leur cycles de reproduction chaque année ont une une capacité d’adaptation rapide et forte que les chercheurs s’attachent à anticiper. Il faut donc prendre le temps de s’assurer que toutes ces nouvelles variétés auront bien de fortes potentialités de résistances et de durabilité.

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