L’effet « bonificateuré du réchauffement climatique sur la productivité

3 décembre 2018

 

      La récolte 2 018 dans la région de Cognac s’annonce belle et généreuse malgré les conséquences pénalisantes des aléas climatiques et agronomiques. Un volume d’eaux-de-vie abondant sortira des alambics d’ici le 31 mars prochain. Les besoins de production de 914 000 hl d’AP établis dans le cadre du business-plan seront atteints et aussi très probablement dépassés. Les nombreuses remontées du terrain depuis la fin des vendanges laissent penser que la production du millésime 2 018 s’établirait autour de 950 000 hl d’AP et peut-être plus. Un tel niveau de mise en stock peut-être qualifié d’historique.

 

La production de la récolte 2 018 ne battra pas le record du millésime 1990, ou le potentiel de vins distillables avait atteint 1 085 984 hl d’AP (avec un volume distillé de seulement 800 000 hl d’AP). À cette époque, la superficie en production du potentiel Cognac était de 80 200 ha pour 76 000 ha aujourd’hui. Ces constats confirment qu’au final, le vignoble Cognac est entrain de retrouver « son peps » historique ! Il est indéniable que dans les zones épargnées par la grêle et le mildiou, les vignes ont fait de véritables « perfs » de productivité.

 

            Suite à cette belle récolte, les premières analyses révèlent que les rendements volumiques et les niveaux de TAV ont été globalement supérieurs à toutes les prévisions. Après l’année de gel 2017, les zones touchées par le sinistre ont eu une capacité de production accrue qui s’est matérialisée par une sortie importante d’inflorescences. L’autre fait marquant de l’année aura été la moindre sensibilité à la sécheresse des vignes. Malgré l’absence de pluies pendant trois mois, les racines des souches ont eu la capacité d’aller puiser en profondeur des réserves en eau apparemment insoupçonnées. Le bon rendement en jus de la vendange à l’issue des pressurages a « boosté » les volumes. Ensuite, la climatologie exceptionnelle jusqu’au 15 septembre a permis de préserver un état sanitaire parfait et de pousser les niveaux de maturation au maximum. Les TAV des vins de distillation ont souvent atteint des niveaux importants et même exceptionnels qui ont surpris tous les observateurs.

 

             L’évolution climatique dans la région de Cognac se matérialise par des cycles de maturation plus précoces d’au moins deux semaines par rapport aux décennies des années soixante-dix et 80. Les viticulteurs actuels terminent leurs vendanges au 10 octobre alors que leurs parents les commençaient à cette période. Ce nouveau contexte climatique est potentiellement propice à l’obtention de vins nettement plus alcoolisés quand les arrières sont ensoleillés. Le contexte du millésime 2 018 en est la parfaite illustration. Les TAV élevés ont littéralement tiré vers le volume de production d’eaux-de-vie régionale. Les séquences de maturation et de périodes de vendanges précoces sont devenues fréquentes depuis deux décennies comme en témoignent les récents millésimes 2003, 2005, 2006, 2009, 2011, 2012, 2 015 et 2 016. Le vieil adage régional qui reliait les millésimes généreux en rendements comme 1 992 (163 hl/ha à 8 % vol), 1 999 (151 hl/ha à 8,55 % vol) ou 2 004 (136 hl/ha à 9,17 % vol) à de faibles degrés semble avoir pris des rides. En 2018, à des niveaux de rendements équivalents, les gains de TAV étaient supérieurs en moyenne de 1,5 à 2 % vol.

 

            Les efforts d’entretien agronomique, le renouvellement du vignoble (plantation, entreplantation, recépage,….. ) et le facteur de bonus des TAV liés à l’évolution climatique ont véritablement une influence positive sur le niveau de productivité du vignoble actuel. Ce contexte explique en partie le décalage entre les besoins de production souhaités par les acteurs de la région et la réalité des volumes produits. Pour l’instant, le dynamisme de la filière Cognac semble permettre d’aborder l’écoulement de la récolte 2 018 avec sérénité. Les grandes maisons ont augmenté de façon significative les prix des eaux-de-vie nouvelles et les expéditions continuent leur développement à un rythme soutenu. Néanmoins, on est en mesure de se demander si les outils de gestion du tableau de bord  de l’économie Cognac intègrent avec suffisamment de pertinence, l’impact « bonificateur » du réchauffement climatique. L’un des enseignements majeurs de la récolte 2 018 est qu’il traduit une nette progression du niveau de productivité du vignoble. Il est réaliste de penser que sans les conséquences du sinistre de grêle du 26 mai dernier, la production régionale d’eaux-de-vie aurait atteint un niveau record.

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