Flavescence dorée : prospecter plus de 80% des surfaces en 2018

6 septembre 2018

Dans trois semaines, les premières prospections de symptômes de Flavescente Dorée vont commencer dans l’ensemble du vignoble. Le bien-fondé du travail d’accompagnement des viticulteurs pour explorer leur vignoble mis en œuvre depuis quelques années a donné des résultats probants. En effet en 2017, 73 % de la surface en vigne de la région délimitée a été prospectée. C’est un niveau record d’exploration du vignoble qu’il faut confirmer et amplifier car même si la maladie régresse, elle est toujours là. Une campagne d’accompagnement des viticulteurs à la réalisation des prospections collectives et individuelles très ambitieuses a été présentée par les experts FD de la région. Leur ambition est cette année de passer le cap symbolique des 80 % des surfaces prospectées.

Le Vignoble de Cognac s’est habitué à vivre avec le risque flavescence Dorée depuis deux décennies. La très grande majorité des viticulteurs a acquis aujourd’hui une meilleure connaissance du risque potentiel de cette maladie mais tous ne sont pas encore totalement investis dans les démarches de luttes préventives. Les quelques foyers isolés détectés au début des années 2 000 ont cédé la place à une pression généralisée dans pratiquement tous les secteurs du vignoble. Les zones affectées par ce fléau sont de mieux en mieux cernées au fil des années mais « la bataille » est encore loin d’être totalement gagnée.

 

Les prospections de symptômes, la base de la lutte

           

La problématique de la FD est très particulière puisque la maladie s’exprime très localement mais exerce des capacités de diffusion et de nuisance sur de vastes zones. La base de la lutte préventive repose sur la réalisation de prospections de symptômes chaque fin d’été. Ces interventions indispensables demeurent encore « impopulaires » auprès d’un certain nombre de viticulteurs. Investir une grosse heure/ha pour parcourir chaque rang de vigne est un travail nécessitant de la rigueur et du temps. C’est justement là où est le problème car dans la période de pré-vendange, les emplois du temps dans les propriétés sont chargés. Lors des millésimes précoces, la période pour détecter les symptômes est forcément encore plus courte. Le cycle végétatif 2 018 présente une certaine précocité et le mauvais état du feuillage lié à la puissance du mildiou risque de ne pas faciliter le travail de détection des symptômes. Les viticulteurs qui sont ou ont été situés au cœur d’une zone contaminée deviennent en général d’excellents ambassadeurs des prospections. Par contre ceux qui n’ont pas vécu de prêt le danger FD semblent moins conscients de l’importance de la mise en œuvre systématique des prospections. Ce constat n’est pas nouveau et pas non plus spécifique à notre région. Le développement d’une argumentation solide et la mise en place de campagnes de sensibilisation sur l’intérêt de réaliser les prospections sont les aspects fondamentaux de la lutte.

 

La « chasse » aux symptômes, un travail individuel indispensable pour le collectif

 

            Pourquoi faudrait-il mettre en œuvre une chasse systématique aux symptômes d’une maladie à laquelle, on n’est a priori pas confronté ? La réponse est toute simple : « Quand ne cherche pas la FD, on ne trouve pas de symptômes et on ne sait pas si la maladie est présente. Malheureusement, un jour, on peut découvrir au cœur d’une, deux trois parcelles, des dizaines de ceps en souffrances attestant de la présence d’un foyer bien installé, virulent qui ont été en mesure de diffuser « leur venin » dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres. Ne pas réaliser de prospections engendre une prise de risque personnelle et surtout collective ! Le non-repérage de la présence dans une parcelle de seulement 3, 4 ceps contaminés en 2018 se transformera en 2020 en 150 souches infestées et perdues et surtout aura engendré une diffusion de la maladie dans un environnement de 10 à 15 km. Inévitablement, d’autres foyers auront prospéré librement et la maladie continuera de « faire la course en tête ». La réalisation du travail de prospection à titre individuel dans chaque propriété de la région s’apparente à une démarche prévention collective indispensable pour lutter contre le fléau FD.

 

Les échecs au début des années 2000 ont été le socle d’actions sérieuses et d’envergure

 

             L’insuffisance des moyens déployés pour réaliser des prospections au début des années 2 000 a été la cause de la « belle » expansion de la FD dans la région. Le risque que constituait cette maladie n’a pas à l’époque été appréhendé à sa juste mesure et quelques années plus tard, plus de 2/3 des surfaces en vignes ont intégré le périmètre obligatoire. Un tel constat d’échec est une réalité qu’il ne faut ni minimiser et surtout pas oublier ! Heureusement, les professionnels en ont su tirer les bons enseignements de cette situation en investissant dans le projet « Stop Flavescence Dorée ». Un groupe de travail régional intégrant l’administration, les professionnels, le BNIC et la communauté technique a été mis en place et des moyens financiers ont été trouvés grâce au prélèvement d’une CVO.

 

Le taux de prospection 2 017 de 73 %, un record à battre

 

            Une démarche de lutte sérieuse et à la hauteur de l’enjeu FD a été mise en place. Elle est fondée sur une stratégie de lutte globale, pérenne et en phase avec les spécificités du territoire viticole Charentais. Ce travail sérieux commence à porter ses fruits et doit se poursuivre durablement. Depuis deux à trois, la découverte de foyers ne concerne souvent que 3 à 10 souches. Cela signifie que la maladie est identifiée plus précocement avant qu’elle n’ait diffusé largement « son venin ». Un tel résultat démontre l’efficacité des prospections préventives et systématiques. Le niveau des prospections 2 017 a atteint le record de 73 % des surfaces prospectées. En 2018, l’ambition est encore de faire mieux !

 

Des efforts considérables déployés pour sensibiliser les viticulteurs

 

Les efforts considérables déployés par les professionnels et les acteurs techniques depuis quelques années pour sensibiliser les viticulteurs au danger majeur de cette maladie ont permis de créer une dynamique de lutte auprès d’un public large mais tous les viticulteurs n’y adhèrent pas. L’autre difficulté est d’arriver à maintenir dans la durée (dans un espace de temps de 5 à 10 ans) cette sensibilisation car tout relâchement dans la lutte se traduira par une remontée en puissance de cette maladie sournoise. D’ailleurs, il est utopique de laisser penser aux viticulteurs que d’ici quelques années dans les zones assainies, la mise en œuvre des prospections ne sera plus nécessaire. Désormais, ce travail doit faire partie des interventions viticoles indispensables pour préserver la pérennité de son vignoble et aussi celui des autres. Même lorsqu’une zone est assainie, la « chasse » aux symptômes devra poursuivie.

 

6 zones d’accompagnement prioritaires représentant 26 000 ha

 

            Les actions innovantes conduites depuis quelques années pour accompagner la mise en œuvre des prospections vont être intensifiées en 2018. Les résultats encourageants obtenus en 2016, en 2017 confortent le bien-fondé de toutes ces nouvelles démarches. La stratégie d’accompagnement de la lutte 2 018 repose sur la mise en de 6 secteurs prioritaires, 3 en Charente et 3 en Charente Maritime ou seront réalisées des prospections collectives encadrées par des animateurs formés et « tuteuré » par les deux chambres d’agricultures. Les secteurs jugés prioritaires sont constitués de communes contaminées ayant eu un taux de prospection supérieur important (supérieur à 85 %), les communes environnantes concernées par le foyer et aussi des communes non contaminées prospectées à plus de 85 % et intéressées par la mise en place d’un accompagnement pour réaliser des prospections collectives. Les 6 zones prioritaires en 2018 couvrent 108 communes et une surface viticole de 26 000 ha, soit 1/3 du potentiel régional. À titre de comparaison, les 5 zones prioritaires de l’année 2017 ne couvraient que 70 communes et 17 000 ha.

 

Le déroulement des prospections collectives, une étape clé

 

            Comment se passe l’organisation de la lutte dans les zones prioritaires ? Les chambres d’Agriculture de Charente et de Charente Maritime ont la charge d’organiser la lutte dans les 6 secteurs prioritaires en travaillant en partenariat avec la FREDON de Cognac, la Station viticole du BNIC et SRAL de Nouvelle-Aquitaine. Deux animatrices, Vanessa Penisson en Charente Maritime et Mélissa Gecchele ont été recrutées début mai pour à la fois s’occuper des deux expérimentations d’aménagement de lutte et aussi de la mise en place de l’accompagnement des viticulteurs dans les 6 secteurs prioritaires. Leur travail pour ce second volet de leur activité a commencé en juin par l’organisation du planning des prospections collectives dans les 108 communes. Elles ont pris des contacts avec l’ensemble des mairies pour fixer les dates des prospections collectives. Les mairies envoient ensuite à chaque viticulteur un courrier leur indiquant le jour et les horaires des prospections collectives. Ensuite, un travail de préparation des cartes communales de prospection est effectué dans chaque commune en tenant compte des prospections des années antérieures et éventuellement des autres actions particulières (présence de pépinières déjà engagées dans des actions, de surfaces en bio explorées par Vitibio, d’initiative de la Fredon suite à des contacts avec des viticulteurs).

 

Des groupes de prosecteurs de 8 à 10 personnes maximum

 

            Les prospections collectives vont se dérouler entre le 24 août et le 14 septembre sous la forme de rendez-vous bout de vignes d’une demi-journée pilotées par l’animateur. Les réunions commencent toujours par un rappel de l’historique de la sensibilité à la FD de la zone, un rappel des symptômes (avec éventuellement visite d’une parcelle contaminée) et une présentation du protocole de prospection. Les groupes de prospecteurs sont constitués de 8 à 10 personnes qui au cours d’une demi-journée explorent 30 à 40 hectares. Dans des communes viticoles importantes, il peut arriver que deux à trois groupes de prospecteurs soient constitués. L’animateur encadre les équipes de prospecteurs et reste disponible pour les aider en présence de symptômes douteux. Si des ceps contaminés sont découverts, l’animateur les marque, identifie précisément le lieu et transmet les coordonnées aux équipes de la Fredon qui viendront ultérieurement réaliser les prélèvements de feuilles pour les envoyer à l’analyse.

 

            Prospecter un maximum de surfaces chaque année

 

Les résultats des prospections collectives sont enregistrés par l’animateur et transmises aux services du BNIC. L’objectif des prospections collectives est au minimum d’explorer 30 % des surfaces viticoles chaque année pour avoir une idée juste de l’état sanitaire de la commune au bout de 2 à 3 ans. L’idéal serait bien sûr que 100 % des surfaces soient prospectées mais c’est rarement le cas. Par contre, atteindre plus de 70 % des surfaces prospectées lors de démarches collectives est un objectif réaliste et souhaitable. Dans les communes prospectées de façon collective, il est conseillé aux viticulteurs dont une partie significative des surfaces n’ont pas été prospectées de réaliser ce travail à titre individuel. Au moment de l’envoi de leurs fiches de prospection, les zones prospectées collectivement doivent être mentionnées.

 

Des animateurs formés et encadrés

 

            Le recrutement des quatre derniers animateurs est intervenu courant juillet. Ces personnes possèdent en général un cursus de formation viticole mais n’ont pas toujours une connaissance suffisante des symptômes de F D. Au moment de leur entrée en fonction après le 15, 20 août, les 6 animateurs suivront plusieurs journée formation à la reconnaissance des symptômes (sur le terrain dans des foyers identifiés) conduites par les techniciens référents de la FD, Jean-Christophe Gérardin, Laetitia Sicaud et Michel Girard. Les retours de fiches de prospections individuelles devront être renvoyés avant la fin du mois de septembre soit par courrier, soit par internet sur le site du BNIC (rubrique mon exploitation), soit grâce à l’application sur smartphones ViVignes (les fiches de prospection sont directement en ligne).

 

 

            Deux réunions d’information pour lancer la campagne de prospection 2 018

 

            Deux réunions régionales d’information destinées à l’ensemble des viticulteurs qui souhaitent se familiariser à la reconnaissance des symptômes et à la mise en œuvre des prospections auront lieu, l’une le 24 août à partir de 14 heures à Courbillac et le 5 septembre à 14 heures à saintes. Ces deux événements vont en quelque sorte représenter le point de départ de la campagne de prospection 2 018. L’ensemble des experts FD de la région animeront ces deux réunions dont l’objectif est de répondre aux attentes des viticulteurs et des salariés qui vont parcourir les rangs de vignes durant les trois premières septembre.

 

Des expérimentations d’aménagement de la lutte insecticide et de pièges connectés.

 

            L’ambition du dispositif de lutte 2 018 est aussi de valider le dispositif expérimental d’aménagement de la lutte insecticide implanté sur plusieurs îlots en Charente et en Charente Maritime. La finalité de cette initiative est d’arriver à mettre en place une démarche raisonnée de pilotage des applications d’insecticides pour contrôler les vols de cicadelles. La réalisation de comptages larvaires dans les parcelles et un suivi pointu des vols d’adultes dans l’ensemble du territoire sont les clés de voûte de cette expérimentation. Le suivi des vols d’adultes fait aussi l’objet d’un travail de développement scientifique innovant fondé sur l’essai de pièges connectés qui permettraient de comptabiliser de façon automatique les captures à partir du début juillet. Ce challenge qui est dans sa deuxième année d’essai, constitue une piste particulièrement importante pour le développement à plus grande échelle de futures zones d’aménagement de lutte. Ces deux pistes font l’objet de compléments d’information dans les pages suivantes.

                                                                                  

 

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