Autorisations de plantations nouvelles – Année 2017

21 décembre 2016

Si les instances nationales donnent leur feu vert à la demande du Bassin Charentes-Cognac – et il y a toutes les chances qu’il en aille ainsi – le contingent d’autorisations de plantations nouvelles s’élèvera à 800 ha en 2017, soit une progression du vignoble charentais de 1 %. Contrairement à l’an dernier, un climat plutôt consensuel a entouré la décision, prise en Conseil de bassin par les différentes filières.

Les années se suivent et ne se ressemblent pas. Autant le climat était explosif l’an dernier autour du chiffre de plantations nouvelles 2016 (250 ha au final), autant cette année la discussion a versé dans la sobriété. C’est bien simple, on n’en a presque pas entendu parler avant que la décision soit communiquée. Il a fallu attendre la réunion du Conseil de bassin, le 25 octobre dernier, en présence du préfet de région, pour connaître officiellement le chiffre : 800 ha. Comment en a-t-on arrivé à ce résultat ? Quelles attentes exprimèrent les filières Cognac, Pineau, Vins de pays, VSIG ? Silence radio. Le communiqué de presse émanant de la Fédération des interprofessions se borne à des généralités – « Chaque filière dispose d’attentes et de perspectives qui lui sont propres…Un contingent unique a été acté, afin de préserver la pérennité et la cohérence du vignoble… »  Il conclut sur les réflexions en cours « pour mieux segmenter les différentes productions du bassin viticole ». Mais d’informations claires et nettes, point. Sans doute parce que la période correspond à une phase de recherche et de transition. Et aussi parce que le débat a été préempté de multiples façons.

 

Prise de parole 

 

 Il y a d’abord eu la prise de parole très forte d’Hennessy au printemps, qui a écrasé un peu la discussion. Lors de l’AG de la sica Bagnolet,  Bernard Peillon, Pdg de la société et Florent Morillon, directeur amont, n’y sont pas allés par quatre chemins – « Si l’on retient le 1 % national, cela donne 750 ha » lançaient-ils, cash. Leurs arguments ! Le « bon dimensionnement du vignoble, la foi dans l’avenir du Cognac, l’esprit entrepreneurial… » A partir de là, ça devenait un tout petit peu compliqué de se mettre en travers du leader régional qui tire quand même les exportations de Cognac. Ensuite, il y eut l’épisode assez glauque des transferts d’autorisations de plantations provenant d’autres régions qui ont démontré au moins une chose, l’appétit féroce de certains viticulteurs pour s’agrandir, quitte à tordre le poignet de la réglementation. Et l’on ne parlera pas des 1700 viticulteurs charentais qui se portèrent candidats aux autorisations de plantations 2016 pour un volant de 2 500 ha soit dix fois plus que l’enveloppe consentie. Face à cette situation un peu explosive voire insurrectionnelle par certains côtés, quelle attitude prendre ? « Jouer petit bras » ou lâcher du lest, en adressant  un signal positif aux « bons élèves », à ceux qui ont décidé de rester dans les clous  ! C’est ce dont témoigne – aussi – le chiffre de 800 ha. Sans illusion sur le résultat.

 

Contingent unique

 

Car, comme en 2016, il y a fort à parier que le Cognac raflera la mise, ne laissant que des miettes aux autres filières. C’est d’ailleurs un peu consubstantiel à la notion de contingent unique par bassin. Dans le système d’attribution tel qu’il est aujourd’hui, c’est toujours la filière qui marche le plus fort qui l’emporte. Pourquoi ? Parce l’offre a vocation à se partager au prorata des demandes. Et si une filière « bourre les urnes » pour user d’une image, elle joue gagnant. Alors, le contingent unique, une fausse bonne idée ? « Certainement pas s’insurge un professionnel. Sans contingent unique, ce serait la foire d’empoigne, la porte ouverte à toutes les aberrations. » Car, en l’absence de contingent unique, que se passerait-il ? Les viticulteurs pourraient aller piocher dans le reliquat du contingent national les surfaces éventuellement restantes après que les bassins ayant opté pour le contingent unique se soient servis. Dans  un vignoble comme celui des Charentes ou les vins de base mousseux et les vins Cognac partagent – encore – le même statut, celui des Vins sans indication d’origine (VSIG), on imagine aisément la situation. Une vraie bombe dégoupillée. Ains, dans un tel contexte, l’accord sur un contingent unique fait figure de « trésor régional ». Sans nul doute, elle représente la première des victoires, la plus essentielle peut-être.

 

Réactions

 

Comment les viticulteurs voient-ils ce chiffres de 800 ha ? Les réactions sont à la fois  partagées et mesurées (voir témoignages ci contre). Si les barricades ne sont pas à l’ordre du jour, une ligne de fracture se dessine pourtant entre crus centraux et crus périphériques. Les premiers, globalement, approuvent les 800 ha. Dans la conversation, arrivent tout de suite des  questions pratiquo-pratiques du style : quand faire la demande, un plafonnement s’appliquera-t-il aux attributions ? Peu ou prou les viticulteurs de ces crus pensent que les problèmes de débouchés ne les concernent pas. Perception différente dans les crus périphériques (Bons Bois, Bois ordinaires). Ici, en cette fin d’automne, les prix d’achat ont du mal à sortir, les acheteurs ne se battent pas pour enlever les volumes. Dans ces conditions, les viticulteurs concernés ont  tendance à dire – « Pourquoi donner des ha supplémentaires alors que, déjà, le Cognac ne peut pas tout avaler. Ces surfaces vont continuer à nous flinguer !»

 

Risques et opportunités

 

Plus généralement, la question des plantations résiste aux positions tranchées. Que constate-t-on ? Un leader, Hennessy, en phase avec son plan de marche, dont la progression des ventes légitimerait à elle seule une anticipation à la hausse du potentiel de production. Mais, parallèlement, l’ensemble du négoce n’avance pas à la même vitesse. Par ailleurs, même le leader envoie des messages contradictoires. Certains s’interrogent – « Ses relations avec la viticulture n’ont-elles pas tendance à se durcir ? Après avoir ratissé large, la maison ne sera-t-elle pas tentée, un jour, de faire le tri entre les viticulteurs ? » Plus encore que le rendement, les plantations nouvelles interpellent sur le futur, un futur que les pessimistes voient tapissé de risques, les optimistes d’opportunités.

Si le contingent atteindra vraisemblablement 800 ha en 2017, à quoi s’attendre lors des prochaines années ? La région rentre-t-elle dans un cycle de progression quasi automatique et continu des autorisations de plantations ? A écouter le discours d’Hennessy au printemps 2016, l’on pourrait presque le penser – « Sur la base du 1 % national, cela donne 750 ha par an soit, au maximum, 11 000 ha d’ici à 2030 ». Une prolongation de la courbe que de nombreux professionnels se refusent pourtant à cautionner – « Non, nous ne sommes absolument pas liés à un quelconque pourcentage d’augmentation. Tout est révisable chaque année. Au cours de l’hiver, nous allons d’ailleurs retravailler le Business plan Cognac pour l’améliorer, le rendre plus fiable. Nous verrons bien ce qu’il en ressortira. » Reste à savoir comment maîtriser la grosse machinerie du Business Plan.

 

                                         Réactions aux 800 ha

Scepticisme

Qu’est-ce que m’inspirent les 800 ha ?  Beaucoup de scepticisme.  Honnêtement, nous avons un vignoble capable de produire, hors aléas climatiques, tout ce qu’il faut pour répondre aux besoins du négoce. Même cette année, pourtant fortement impactée par le gel, la grêle, la sécheresse, le rendement final se situera peut-être aux alentours des 10 de pur ha. Dans ces conditions, je trouve un peu irresponsable de consentir à un accroissement du vignoble. Cela dit, je ferai comme tout le monde. Je demanderai des droits de plantations. Mais c’est au niveau des décisions collectives que cela pêche. Je ne peux pas m’empêcher d’y voir la pression des négociants pour maintenir les prix à un niveau bas. Certes, je les crois quand ils disent qu’ils sont optimistes. Ils font un super travail pour la région. Mais je le répète ! Le vignoble actuel est en mesure de palier aux ventes, y compris pour satisfaire la progression des années à venir. Existe-t-il des tensions sur le marché des vins et des eaux-de-vie ? Non. A mon avis, il est prématuré d’encourager les plantations.

Viticulteur en Fins Bois, 55 ans

Une goutte d’eau

La demande de 800 ha, je trouve ça plutôt bien. Quand on sait que notre vignoble s’étend sur 76 ou 78 000 ha, 800 ha de plus, ça représente une goutte d’eau. Les équilibres ne vont pas être bouleversés à cause de ça. Ce qui me paraît beaucoup plus aberrant, c’est l’impossibilité de pouvoir orienter les plantations entre les différentes filières Cognac, Pineau, Vins de pays, Vins sans IG. D’un côté, la mesure est faite pour réguler et de l’autre, à l’intérieur du bassin, il est impossible de réguler. C’est comme si on n’allait pas au bout du processus. Il manque un échelon. Pour mon métier, ma profession, cette question-là m’inquiète beaucoup plus.

Viticultrice en Fins Bois, 40 ans

Rassurer les investisseurs

Les 800 ha ! Entre nous, on était un peu obligé d’aller dans ce sens, histoire d’envoyer un message positif aux viticulteurs : « oui, vous pouvez vous agrandir, sans passer par la case transferts. » Si ça permet de produire un peu plus, cela ne me choque pas. Tout cela reste mesuré. Nous sommes loin des 10 000 ha par an débloqués au début des années 70. Sur la surface du vignoble, l’impact sera relativement symbolique. Ce pourcentage de 800 ha a peut-être le mérite, côté viticulture, de calmer les esprits et, côté négoce, de rassurer les investisseurs.

Viticulteur en Fins Bois, 42 ans

Modération

Ma réaction aux 800 ha, elle rejoint celle de l’UGVC. Quelque part, on ne veut pas que les « bons élèves », entre guillemets, soient les dindons de la farce. On préfère ouvrir un peu, quitte à ce que les critères soient modifiés. Le Bassin Charentes-Cognac a demandé la suppression du critère de priorité au nouvel entrant. Il souhaite aussi qu’un plafonnement s’instaure. Aujourd’hui, la règle fonctionne sur le prorata. En gros, plus je demande, plus j’ai des chances d’obtenir une surface importante. Cela va à l’encontre des attitudes de modération.

Viticulteur Fins Bois, 40 ans

 

Autorisations de plantations nouvelles 2016 :   Les chiffres

 

C’est le 1er août dernier que furent délivrées aux viticulteurs les autorisations de plantation nouvelles du contingent 2016. N’ont été servis que les dossiers prioritaires, c’est-à-dire ceux émanant de « nouveaux entrants », dits encore « nouveaux venus ». Au départ, le site Vitiplantation reçu 1683 dossiers de toutes provenances, représentant des demandes d’autorisations pour 2 336 ha. Parmi ces dossiers, 378 se revendiquaient du critère de priorité « nouvel entrant ». Un chiffre qui fondit de moitié après examen par les services de FranceAgriMer. Au final, furent considérés comme éligibles 184 dossiers « nouveaux venus ». Mais les demandes, portant sur 604 ha, étaient encore excessives par rapport au contingent 2016. Pour rentrer dans l’enveloppe, on leur appliqua le rabot de la proratisation. Ainsi, 354 ha passèrent de nouveau à la trappe. Sur les 250 ha attribués, 243 ha sont allés aux VSIG (Cognac et VSIG « purs »), 1,5 ha au Pineau et 5,5 ha aux Vins de pays charentais. Par dossier, à quelle hauteur se soldèrent les attributions ? En l’absence de fourchettes, non communiquées, on peut juste dire que la surface moyenne par dossier s’est élevée à 1,36 ha (250 ha : 184 dossiers). Un chiffre peu signifiant face aux probables écarts.

 

 

  Autorisations de plantations nouvelles : les étapes

 

 * Avis du Conseil de bassin (c’est fait)

* Consultation du Conseil spécialisé Vins de FranceAgriMer et de l’INAO en novembre

* Avis du Conseil spécialisé Vins de FAM sur les contingents en janvier 2017

* Publications des arrêtés relatifs aux contingents au plus tard le 1er mars 2017

* 1er mars au 30 avril 2017 : dépôt des demandes individuels de plantation sur Vitiplantation, le site dématérialisé de FranceAgriMer.

 

 Comment ça marche ?

 

Même procédure que l’an dernier. Les demandes d’autorisations de plantations nouvelles seront à déposer sur Vitiplantation entre le 1er mars et le 30 avril 2017. Pas avant, pas après. A chaque demande devra correspondre un segment. Ce n’est pas parce que la région a fait le choix contingent unique qu’il ne faut pas flécher sa demande : Cognac, Pineau, Vins de pays, Vin sans indication d’origine.

 

 Critère de priorité « nouvel entrant » : peut-être du changement

 

C’est là où ça risque de changer. Un certain nombre de Bassins, dont celui de Charentes Cognac, ont fait état de dérives concernant le critère de « nouvel entrant » (au sens de la Commission européen, la personne de moins de 40 ans, n’ayant jamais planté ). En clair, pour s’en prévaloir, certains ont dévoyé le système (création de structures etc…). Dit autrement, « les nouveaux entrants n’étaient pas tous nouveaux entrants ». Gênant car la France n’a retenu que ce seul critère de priorité. Dans le bassin Charentes-Cognac par exemple  et compte tenu du nombre de demandes, n’ont été pris en compte l’an dernier que les dossiers des nouveaux venus (voir statistiques). Un avantage compétitif important qui n’a d’autre justificatif que celui de ne pas prêter le flanc à la critique. La demande de plusieurs vignobles ! Que le critère de priorité soit maintenu au niveau national mais que les bassins aient le choix de l’utiliser ou non. La question devait être débattue au Conseil spécialisé Vins de FranceAgriMer du 16 novembre dernier. 

 

Vers un plafonnement des demandes individuelles ?

 

Là aussi, cette réflexion se nourrit à l’aune de l’expérience 2016. Comment fonctionne le système d’attribution des autorisations de plantations nouvelles ? Quand les demandes individuelles dépassent le contingent de bassin (250 ha en 2016, 800 ha en 2017), la règle applicable est celle de la proratisation des demandes. En gros, celui qui demande le plus obtient le plus. Peu déontologique surtout quand les candidats abusent au lieu de faire preuve de modération (demandes de 10, 15, 20 ha…). De nombreux bassins verraient d’un bon œil un plafonnement des demandes individuelles. Et le Ministère de l’agriculture n’y semble pas  hostile. Quant au cadre juridique, c’est une autre paire de manches. Comment concilier libéralisme européen et aspiration récurrente des pays producteurs à plus de régulation ? Il faudrait aussi s’entendre sur le niveau du plafond : 2,3 ha, plus ?

 

 

   Verbatim

 

 

 

Jean-Marie Baillif, président du Comité national du Pineau des Charentes

 

 

 

« La discussion autour du contingent unique de plantation a été plus facile à gérer qu’en 2016. Le consensus s’est établi assez vite sur 800 ha pour toute la région. Le Pineau en tant que tel n’a pas exprimé de besoins particuliers mais a validé le chiffre de 800 ha. Ce qui pose problème, c’est le fait qu’il n’y ait pas de possibilité d’attribution par filière. On le savait déjà l’an dernier. Cela se vérifie cette année. Une solution pas totalement satisfaisante mais qui permet malgré tout d’avoir une approche à la fois cohérente et pragmatique de la situation. La pire des choses serait l’absence de contingent. Ce serait alors la foire d’empoigne. Nous verrions des choses totalement aberrantes. Souhaitons que l’évolution du statut du vin Cognac permette d’avoir une gestion plus facile par filière.

 

Sur le niveau de plantations nouvelles, certains trouvent que c’est une erreur d’accorder des autorisations, puisque l’on produit déjà plus que les besoins. Personnellement, je suis de ceux qui pensent que l’on ne vend jamais ce que l’on n’a pas produit. Je ne suis pas partisan des discours alarmistes. Après, cela ne dispense pas de se poser les bonnes questions. Les plantations, je pense qu’il faut y aller de façon mesurée, modérée et durable. »

 

Jean-Jacques Biteau, membre du bureau du Syndicat des Vins de pays Charentais *

 

« A l’intérieur du contingent de 800 ha, les Vins de pays charentais se sont positionnés pour une surface de 130 ha. Mais face à la volatilité, la dispersion des autorisations, toutes ces surfaces n’iront pas, loin de là, aux Vins de pays. La faute à l’absence de quotas par segment à l’intérieur du contingent. Dans ce contexte, les Vins de pays charentais se sentent un peu comme « la 5 ème roue de la charrette ». C’est dommage car cette appellation marque son territoire, avec ses 600 producteurs répartis sur les deux départements. Une présence non négligeable, qui devrait être davantage prise en compte. »

 * en l’absence du président Thierry Julion

 

 

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