La Précocité 2003 Suscite Des Interrogations

28 juin 2009

Le cycle végétatif 2003 aura été marqué par une précocité exceptionnelle dés le débourrement et ensuite aucune séquence climatique défavorable n’a retardé l’évolution des parcelles. Les 15 jours d’avance constatés au débourrement se sont totalement conservés au cours de la saison et, de mémoire de viticulteurs, jamais on aura vendangé aussi tôt. Cependant, cette précocité s’est aussi accompagnée d’une hétérogénéité du comportement de la vigne qui s’est matérialisé par une variabilité des stades de développement de la mi-avril à la fin août. Sur le plan climatique, les huit premiers mois de l’année 2003 ont été marqués, bien sûr, par un faible niveau des pluviométries, un ensoleillement élevé, des températures minimales moyennes en hausse et aussi durant tout l’été des amplitudes thermiques entre le jour et la nuit faibles. Le débourrement de l’ensemble des cépages, les plus précoces comme le Chardonnay, le Merlot ou le Sauvignon comme les plus tardifs, l’Ugni blanc et le Cabernet Sauvignon, est intervenu avec deux semaines d’avance. D’une manière générale, la charge d’inflorescences était aussi inférieure à la moyenne des dix dernières années mais aucun phénomène de filage ne l’a ensuite pénalisée. Le climat de mai doux et très sec a favorisé une floraison précoce qui, dans l’ensemble, s’est bien déroulée. Dans les situations les plus précoces, les premières fleurs de Merlot sont apparues dès le 20 mai et celles d’Ugni blanc le 30 mai. La floraison de l’ensemble des cépages était terminée à la mi-juin sans incidents majeurs et seuls quelques phénomènes de coulure ont été constatés localement sur les Merlot. A partir de la mi-juin et jusqu’à la fin août les températures ont atteint des niveaux historiques le jour mais aussi la nuit.

La vigne a globalement bien supporté une canicule exceptionnelle et peu de symptômes marqués de stress hydrique sont apparus. Seules, les jeunes plantations, les vignes très chargées, les parcelles totalement enherbées ou les sols très superficiels ont extériorisé des foltages qui ont bloqué le fonctionnement de la plante. Les très fortes chaleurs durant les 20 premiers jours d’août ont favorisé une véraison précoce et les teneurs en sucres dans les baies en ont été « boustées ». Durant cette période, le traditionnel climat océanique avec ses nuits fraîches avait abandonné notre région et cela a modifié le déroulement de la maturation. Les souches ont « surproduit » des sucres, dégradé rapidement l’acidité et ce phénomène s’est déroulé en 2003 avec une efficacité inhabituelle. Cela a contribué à amplifier l’hétérogénéité de maturation dans les parcelles (et parfois même au sein des mêmes souches) et sûrement à pénaliser l’enrichissement en composés aromatiques et phénoliques des baies. Ces deux éléments rendent particulièrement difficile l’appréciation de la date de récolte optimum. Par exemple, dans le Blayais certains vignerons ont observé que des Sauvignon blancs dépassant 12,5 % vol. à la fin août n’avaient pas atteint une maturité aromatique suffisante pour être récoltés. Au niveau des Merlot, la récolte n’est toujours pas commencée malgré des TAV potentiels de plus 12,5 vol. et des acidités basses, car la maturité phénolique n’est pas là. Au niveau des Ugni blancs en Charentes, les viticulteurs sont à la fois surpris de l’état d’avancement de la maturité des baies bien exposées et aussi inquiets du contraste en matière de saveur (notes très fades, pulpes denses, pellicules épaisses), d’autres baies ayant peu vu le soleil accusant un net retard. Le parfait état sanitaire des raisins est à ce jour un capital de qualité important. La réflexion technique développée par la Station Viticole du BNIC et plusieurs grandes maisons de négoce (Courvoisier et Hennessy) plaide en faveur de vendanges précoces à partir du 5 au 10 septembre, pour éviter que les niveaux d’acidité descendent en dessous de seuils jugés critiques. En effet, des niveaux d’acidité faibles et des TAV potentiels élevés (s’accompagnent en général de teneurs en azote faibles) représentent des situations à fort risque vis-à-vis d’éventuels arrêts de fermentation (avec risque de piqûre), car en Charentes peu de chais sont équipés d’installations de maîtrise thermique performantes. Par ailleurs, la conservation de vins de distillation ayant une faible acidité est aussi beaucoup plus délicate. Cette préconisation générale, qui est fondée sur le plan des principes œnologiques, ne se substitue pas au travail des viticulteurs sur leurs exploitations car plus que jamais en 2003 le suivi de l’évolution de la maturité à la parcelle va être déterminant. La réalisation de contrôles de maturité réguliers est un acte œnologique prioritaire pour tirer le meilleur profit de la précocité et minimiser l’incidence de l’hétérogénéité de maturité du millésime 2003. Les vinificateurs vont devoir gérer avec finesse leurs programmes de récolte pour préserver un potentiel dfifficile à appréhender, s’adapter aux contraintes technologiques et économiques, et capter un peu de fraîcheur océanique qui a manqué durant la phase de forte synthèse des sucres. La conduite des vinifications en 2003 fera appel à des références techniques inédites et complexes, compte tenu de la diversité de maturation du parcellaire.

Le SGV Cognac va tenir sa réunion des vendanges le jeudi 11 septembre à 18 heures, salle de la Salamandre à Cognac. Instauré depuis trois ans, ce rendez-vous est partagé par nombre de régions d’appellation qui en font une sorte de « ban des vendanges ». A Cognac, la Station viticole du BNIC y présente les derniers conseils techniques et surtout le Syndicat général des vignerons informe, autant que faire se peut, sur la réglementation applicable à la campagne. L’an dernier – et ce sera peut-être encore le cas cette année – les ministères de tutelle s’étaient arrangés pour signer l’arrêté de campagne avant cette date. En tout cas, la réunion du 11 septembre 2003 connaîtra un écho particulier dans la mesure où Antony Zonta, chargé de mission du ministère de l’Agriculture, va présenter pour la première fois aux viticulteurs son rapport remis début d’été rue de Varennes. Une précédente communication avait déjà eu lieu le 11 juillet dernier mais en petit comité, devant les responsables professionnels et les politiques. Cette fois, A. Zonta a décidé de s’adresser au plus grand nombre car, dit-il, « l’appui des professionnels m’a été donné sans compter et il convient de les informer ». Pour l’instant, le ministère de l’Agriculture n’a pas souhaité communiquer autour du rapport. La réunion du 11 septembre sera peut-être l’occasion d’inciter le Cabinet du ministre à le faire.

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