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La flavescence en 2004 : Entre espoir et déception

13 mars 2009

Au cours de l’année 2004, la lutte contre la flavescence dorée en Charentes a franchi une nouvelle étape puisque, pour la première fois, 9 communes se sont engagées dans des démarches de changement de statut et peut-être que d’ici 2, 3 ou 4 ans, elles sortiront définitivement du périmètre de lutte obligatoire. Cette évolution positive traduit le profond assainissement de la situation dans certaines zones, mais il convient tout de même de rester prudent dans une aire de production aussi vaste que celle du vignoble de Cognac. En effet, les premiers résultats des prospections 2004 révèlent aussi la découverte de nouveaux foyers dans le sud de la Charente-Maritime et aussi en Charente, et cela confirme que la maladie possède une forte capacité à se propager. La flavescence dorée reste un problème parasitaire majeur dont la maîtrise nécessite un investissement à la fois individuel et collectif des viticulteurs dans le long terme dans les zones contaminées. Seule une surveillance rigoureuse pendant plusieurs années peut permettre d’envisager un véritable assainissement.

flavescence_2004.jpgLa flavescence dorée est malheureusement une maladie bien installée dans le vignoble charentais car depuis sa découverte, en 1996, le périmètre de lutte obligatoire n’a cessé d’augmenter. Au début de l’année 2004, plus de 38 000 ha de vignes dans la région délimitée étaient concernées par cette maladie mais avec un gradient de gravité très fluctuant selon les zones. La situation s’est considérablement assainie sur les foyers historiques de Léoville, de Genté, de Saint-Même-les-Carrières et d’Ozillac où les actions conjuguées de prophylaxie et la réalisation d’une bonne couverture insecticide avaient permis de faire régresser la population de pieds porteurs de la maladie à un niveau très faible. Par contre, à l’automne 2003, la mauvaise surprise était venue du secteur de Barbezieux où le foyer assez virulent découvert l’année précédente n’était pas encore stabilisé. Le regret des techniciens en 2003 avait été un plus faible retour des prospections à l’automne dont la réalisation avait été gênée par la précocité des vendanges. Les premiers commentaires de la situation en cette fin d’année 2004 soufflent à la fois « le chaud et le froid » car, indéniablement, la FD recule sur certaines zones et continue de se développer ailleurs. Cette maladie insidieuse peut, soit profiter de la moindre faille dans le dispositif d’observation et de lutte pour de nouveau monter en puissance, soit être mise or d’état de nuire grâce à l’investissement technique et la responsabilisation individuelle et collective des viticulteurs concernés.

De nouveaux foyers découverts dans le sud et le nord de la région

patrice_retaud.jpgLa fin de l’été et l’automne 2004 ont été plus propices à la réalisation des prospections puisque les vendanges se sont déroulées début octobre, à une époque plus normale. L’équipe du SRPV de Cognac a observé un retour nettement plus important des questionnaires de prospections qui atteste de la bonne motivation d’un certain nombre de viticulteurs. La mobilisation est bien sûr bonne sur les zones récemment touchées par la maladie, mais aussi sur les zones assainies ou en voie d’assainissement. Parmi les échantillons transmis au SRPV pour réaliser les analyses de détection des mycoplasmes de la flavescence dorée, beaucoup reviennent négatifs ou porteurs du bois noir, ce qui est encourageant. M. Patrice Rétaud, le responsable de l’antenne SRPV de Cognac et sa collègue Mme Marie-Eve Jaeck, l’ingénieur chargé du dossier flavescence dorée au SRPV de Cognac, se félicitent de ce regain de motivation en 2004 qui est essentiel dans la mise en œuvre de la lutte. La sensibilisation et la responsabilisation individuelle et collective des viticulteurs sur leur propriété et au sein de leur commune constituent « le fondement » de toute la stratégie de lutte. Ce volet positif de la situation en 2004 doit tout de même être tempéré par la découverte de nouveaux foyers tout à fait dans le sud de la région délimitée sur les communes de Neuvicq, de La Genétouze, de Sauvignac. L’intensité et la gravité des symptômes sur certaines parcelles dans cette zone vont conduire à leur arrachage, ce qui atteste du repérage tardif de la maladie. Deux autres communes situées en périmètre de lutte obligatoire, La Chaise et Saint-Martial-sur-le-Né, vont passer au statut de contaminées après l’identification de quelques ceps porteurs de la maladie. Les techniciens considèrent que cette extension du périmètre contaminé à ces deux communes est malheureusement la conséquence logique du développement du foyer conséquent sur le secteur de Barbezieux. Plus au nord de la région, la commune de Nercillac va aussi passer au stade de commune contaminée pour seulement la présence d’une seule souche atteinte. Des prospections sur Saint-Brice ont aussi révélé la présence de flavescence dorée, ce qui va modifier l’approche de lutte sur cette zone. A la mi-novembre, un certain nombre d’échantillons sont encore en cours d’analyse pour valider ou pas la présence de la maladie. M.-E. Jaeck et P. Rétaud estiment que la situation actuelle est à la fois toujours préoccupante sur les zones où l’on découvre de nouveaux foyers et aussi porteuse de réels espoirs ailleurs, au point que des approches de sortie de périmètre de lutte obligatoire pointent le nez.

Les réflexions sur d’éventuelles sorties de communes du périmètre de lutte obligatoire se sont concrétisées

En effet, depuis l’automne 2003 et durant le premier semestre 2004, certains viticulteurs situés en périphérie des périmètres de lutte obligatoire ont commencé à manifester une véritable lassitude vis-àvis du maintien permanent de la protection insecticide. Il paraissait complètement paradoxal à ces producteurs, d’un côté de conduire des démarches de lutte raisonnée de plus en plus sérieuses sur l’ensemble du complexe parasitaire, et de l’autre côté d’adopter une protection insecticide d’assurance à long terme. Progressivement et presque naturellement, l’idée de mettre en place pour les communes qui en formuleraient le souhait un dispositif d’observations rigoureux (reconductible plusieurs années de suite) dont la finalité en cas d’absence de symptômes serait une réduction de la protection insecticide et pourquoi pas à terme un retrait du périmètre de lutte obligatoire. Dans le courant du printemps, un certain nombre de professionnels ont commencé à aborder une réflexion sur ce sujet en pleine concertation avec M. Bernard Robert, l’ingénieur qui avait en charge à l’époque le dossier flavescence dorée à l’antenne SRPV de Cognac. Ce travail de fond et de concertation a débouché sur deux projets d’évolution des stratégies de lutte contre la FD, soit un allégement de la couverture insecticide sur des communes situées en périphérie du périmètre de lutte obligatoire, soit carrément un changement de statut des communes contaminées ou en lutte obligatoire qui permette au bout de quelques années une sortie du système de lutte actuel. Les commissions flavescence dorée des deux départements se sont réunies début juin et à l’issue de ces discussions entre professionnels et techniciens, seul le deuxième projet a été retenu car l’allégement de la couverture insecticide a été perçu comme une mesure intermédiaire pas forcément très facile à mettre en œuvre dans un vignoble aussi étendu que celui de la région de Cognac. A l’inverse, le dispositif d’observation et de suivi technique pour un éventuel changement de statut et à terme une sortie des périmètres de lutte obligatoire qui avait été développé par l’équipe du SRPV de Cognac a convaincu les professionnels de s’engager dans cette voie. En effet, toute la démarche repose sur l’implication et la responsabilisation personnelle et collective des viticulteurs des communes qui expriment la volonté de sortir du système actuel. Deux approches différentes ont été élaborées, l’une pour les communes situées dans le périmètre de lutte obligatoire et l’autre pour les communes dites contaminées.

Des contrats individuels et collectifs renouvelés tous les ans permettent de formaliser toute la démarche

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Le protocole mis en place pour le changement de statut s’appuie sur une procédure d’observation technique bien encadrée par les techniciens du SRPV de Cognac, de la FREDON, des groupements de défense et des Chambres d’agriculture de Charente et de Charente-Maritime. Par contre, le travail de prospection sera réalisé par les viticulteurs de chaque commune en s’appuyant sur une démarche contractuelle. Des contrats collectifs (au niveau de la commune cautionnée et signés par le maire ou le responsable des groupements de défense) et individuels avec les viticulteurs sont signés de manière conjointe avec le SRPV Poitou-Charentes afin de rendre systématique le travail de prospection et aussi la remontée des informations pour que les résultats soient communiqués aux commissions départementales qui seront les seules à avoir le pouvoir d’officialiser le changement de statut au bout de deux ou trois années d’observation. Les contrats ne sont pas un simple engagement individuel et collectif mais la formalisation concrète et précise de toute la démarche de travail et de responsabilisation. Ils seront renouvelés annuellement et feront partie des documents exigés par les commissions. Ils se présentent sous la forme d’une série d’engagements de responsabilités entre les communes, les viticulteurs et le SRPV Poitou-Charentes qui a en charge toute la gestion de la procédure de changement de statut. Durant toute cette période transitoire de 2 à 3 ans, le suivi technique ne pourra être considéré comme valide que si la totalité des surfaces ayant revendiqué le changement de statut fait l’objet du travail technique pluriannuel.

Les prospections dans les parcelles sont réalisées par les viticulteurs

La mise en place du dispositif de suivi technique chaque automne est organisée par les techniciens qui se tiennent aussi à la disposition des professionnels pour assurer la formation des viticulteurs avant que ceux-ci ne parcourent leurs rangs de vignes. M. P. Rétaud considère que le fait d’avoir choisi d’impliquer la responsabilité de chaque viticulteur est l’approche la plus adaptée au contexte de production charentais : « Le manque de structures professionnelles de proximité implantées au cœur de la région délimitée, le coût élevé de prestations extérieures pour réaliser les prospections et l’impossibilité matérielle pour l’ensemble des techniciens de prendre en charge la gestion proprement dite des démarches de suivi parcellaire nous ont conduit à privilégier une méthode fondée sur l’implication et la responsabilisation des viticulteurs. Ce choix présente l’intérêt d’inscrire la démarche d’observation dans un contexte plus technique et non pas dans une approche stricte de contrôle qui n’est pas toujours bien perçue et risque de nuire à l’établissement d’un dialogue constructif entre viticulteurs et également avec les techniciens. Néanmoins, la mission du SRPV est de contrôler la validité des prospections afin de soumettre les dossiers aux commissions départementales qui sont les véritables décideurs en matière de changement de statut ». Un certain nombre d’observateurs dans la région et à l’extérieur se demandent si le dispositif d’observation en Charentes, fondé essentiellement sur l’investissement des viticulteurs qui sont en quelque sorte « juge et partie », va réellement porter ses fruits. En effet, la réussite de toute démarche de lutte contre la flavescence dorée ne repose pas sur 99 % d’implication et de bonne volonté de la part des viticulteurs mais sur la notion de « zéro défaut ». Il faudra attendre 5 ou 6 ans pour avoir une réponse objective et concrète sur la validité de la procédure « charentaise ».

Le détail des dispositifs de changement de statut

definition_de_notion_dilot.jpgLe dispositif de changement de statut est abordé de manière différente pour les communes contaminées et celles sur les communes situées dans le périmètre de protection. Pour les communes dites de protection, la procédure s’étale sur deux années successives avec des démarches de prospection réalisées par îlot. La notion d’îlot englobe une ou plusieurs parcelles contiguës exploitées par un même viticulteur, qu’il soit propriétaire ou fermier. Si deux viticulteurs ont des parcelles qui s’intercalent les unes entre les autres, elles constituent chacune un îlot. Lorsqu’un îlot est d’une surface inférieure à 1 hectare, toute la parcelle devra être prospectée. Par contre, dans des parcelles de grande superficie supérieure à 10 hectares, il faut prospecter 1 hectare par tranche de 10 hectares. Les deux schémas permettent de mieux comprendre les approches différenciées de changement selon les types de commune et la caractérisation de la notion d’îlot. La sortie définitive du périmètre de lutte obligatoire ne pourra être envisagée bien sûr que si, d’une part, aucun symptôme n’est observé pendant deux années successives et, d’autre part, si aucune des communes environnantes ne se trouve contaminée. Il suffit qu’un cep contaminé soit trouvé dans une commune pour que tout le processus soit bloqué. Pour les communes contaminées, la procédure de changement de statut sera plus longue et plus complexe. La première année, une prospection exhaustive de chaque parcelle sera réalisée et durant les deux années suivantes une prospection par îlot sera effectuée, et ce n’est que lorsque l’absence de symptôme aura été confirmée au bout de trois ans que le retrait du périmètre pourra être envisagé dans la mesure où bien sûr aucune commune environnante ne sera contaminée.

9 communes se sont engagées dans des démarches de changement de statut

Dès le début de l’été, plusieurs communes ont manifesté la volonté de s’engager dans ces procédures de sortie à terme du périmètre de lutte obligatoire. En Charente-Maritime, les communes de Biron, Avy, Marignac, et Saint-Martial-de-Vitaterme, situées en périphérie de la zone de sécurité, ont demandé à sortir du périmètre, ainsi que Chadenac qui avait été classée contaminée pour un seul cep. En Charente, les communes de Salles-d’Angles, de Bourg-Charente, qui étaient contaminées, se sont engagées dans une démarche d’assainissement et Saint-Brice a émis le souhait de sortir du périmètre de lutte obligatoire. Mme M.-E. Jaeck, du SRPV de Cognac, est actuellement dans la phase de collecte des contrats et des résultats des prospections 2004. Début janvier, les dossiers complets seront transmis aux commissions départementales qui prendront la décision de poursuivre ou d’arrêter les démarches de changement de statut. Apparemment, l’encadrement technique mis en place dans les communes ayant postulé pour un changement de statut a été bien perçu par les viticulteurs qui ont fait preuve de motivation pour réaliser les prospections. En Charente-Maritime, aucun cep contaminé n’a été découvert à ce jour et, à priori, la deuxième année d’observation devrait être poursuivie. En Charente, les prospections sur Bourg-Charente ont révélé la présence de souches contaminées et cela va retarder d’une année la démarche d’assainissement et bloquer le processus sur la commune voisine de Saint-Brice. La mise en évidence de ces quelques ceps porteurs de la maladie confirme bien que plus on met de moyens dans la recherche de la maladie, plus on a de chance d’en cerner l’importance et d’en trouver. De toute façon, la poursuite du processus de sortie du périmètre en deuxième année de Saint-Brice n’était pas envisageable, compte tenu de la découverte d’une souche contaminée sur la commune limitrophe de Nercillac.

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