La Distillation Confrontée à La Hausse Du Gaz

16 mars 2009

dist_guindant_2_opt.jpegLe renchérissement du coût du gaz depuis maintenant plusieurs années et la perspective de voir cette tendance haussière se poursuivre dans les décennies à venir représentent un sujet de préoccupation important dans la région de Cognac. Les qualités techniques et énergétiques de ce combustible sont telles que très peu de distillateurs imaginent de pouvoir se passer de gaz pour continuer à distiller. La forte participation au forum organisé par les Chambres d’agriculture de Charente et de Charente-Maritime à Archiac sur les aspects énergétiques de la distillation atteste de l’intérêt des bouilleurs de cru et des distillateurs professionnels vis-à-vis de ce sujet. Une nouvelle phase de réflexions et de recherche sur la distillation est en train de s’engager afin à la fois de pérenniser le plus longtemps possible l’utilisation du gaz et peut-être à long terme d’envisager d’autres moyens énergétiques de conduire les chauffes.

conso.jpgLes Chambres d’agriculture de Charente et de Charente-Maritime ont réalisé au cours de l’année 2007 une étude de bilans énergétiques sur un échantillon de 29 exploitations agricoles produisant à la fois des céréales et de la vigne (SAU moyenne de 72 ha avec 20 ha de vignes et le reste en céréales). L’approche s’est appuyée sur la méthode de diagnostic Planète déjà largement utilisée en France et dont les résultats permettent de constituer à terme un référentiel national (de 958 exploitations agricoles à ce jour). Les objectifs de ce travail sont de quantifier sur chaque site les niveaux de consommations et de productions énergétiques, les postes fortement consommateurs, l’efficacité énergétique, les émissions de gaz à effet de serre. Au sein du groupe d’exploitations enquêtées en Charentes, 20 propriétés possédaient un alambic et distillaient une grande partie de leur production de vin. La synthèse de ce travail, qui a été présentée en fin d’année aux agriculteurs, a permis de se rendre compte de l’importance des consommations d’énergies en matière de fioul et de gaz pour la distillation. La consommation de gaz pour la conduite de la distillation représente à elle seule 25 % des consommations globales d’énergies directes et indirectes des propriétés.

L’importance des consommations énergétiques liées au gaz pour la distillation a amené Mme Laura Mornet, de la Chambre d’agriculture de la Charente et à M. Stève Barrau, de la Chambre d’agriculture de Charente-Maritime a organisé le Forum Viticulture et Energie pour la distillation à Archiac le 4 février dernier. Cette initiative a été couronnée de succès puisque la manifestation a fait salle comble. L’augmentation incessante du prix du gaz au cours des dernières années et les perspectives quasiment inévitables de poursuite de cette hausse dans l’avenir amènent les bouilleurs de cru et les distillateurs de professionnels à s’interroger sur le coût de la distillation.

Le coût de l’énergie est devenu une préoccupation de premier plan

evolution_gaz.jpgLa consommation de gaz, qui représentait à la fin des années 90 un coût inférieur à 15 €/hl d’AP, a plus que doublé en quelques années. Aujourd’hui, la part du combustible constitue une charge significative dans les frais de distillation. Le gaz est pourtant un combustible idéal du fait du confort de travail qu’il procure et des capacités de réglages multiples qu’il a permis de développer. L’organisation du travail dans les distilleries a été complètement rationalisée et les distillateurs ont aussi la possibilité, grâce à la facilité d’intervention sur l’allure de chauffe des brûleurs, de pousser plus loin les extractions de composés aromatiques. En effet, l’efficacité des brûleurs et des automatismes de gestion des allures de chauffe a permis d’envisager la sélection des vapeurs d’une manière beaucoup plus progressive et sélective dans les phases cruciales du coulage des bonnes chauffes. L’utilisation du gaz dans les distilleries a permis de faire progresser de façon très importante la technique de distillation charentaise. Si le coût du gaz venait encore à doubler ou à tripler dans le courant des décennies à venir, l’utilisation de cette énergie ne deviendrait-elle pas inaccessible ?

Aujourd’hui, un certain nombre de professionnels de la région s’interrogent sur l’utilisation d’autres combustibles pour conduire les chauffes.Les rares distilleries qui fonctionnent encore au charbon ont des coûts de combustibles nettement inférieurs au gaz, mais le travail nécessaire à la mise en œuvre de cette énergie est beaucoup plus important. Quelques bouilleurs de cru pionniers ont essayé de nouveaux combustibles comme des céréales ou des granulés de bois. Ces initiatives restent pour l’instant assez confidentielles mais beaucoup de viticulteurs s’inquiètent de l’augmentation du prix du gaz et des frais de distillation. Les témoignages de deux pionniers de ces nouveaux combustibles (en pages XX et XY) montrent à la fois l’intérêt et les nouveaux problèmes que soulève l’utilisation de nouvelles énergies.

Le savoir-faire régional en matière de distillation a failli disparaître

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Mme Laura Mornet, de la Chambre d’agriculture de la Charente.

L’alambic charentais et la méthode de distillation à double repasse font l’unanimité sur le plan qualitatif et aujourd’hui « les chaudières » représentent un symbole très fort de la filière de production Cognac. Les principes de fabrication et la forme de toutes les pièces en cuivre des alambics, la chaudière, le dôme, le chapiteau, le col de cygne, le serpentin, le réfrigérant et le porte-alcoomètre obéissent à des règles presque immuables qui ont permis à cet appareil de traverser le temps. Les seules innovations qui sont apparues concernent les équipements annexes à l’alambic. Les nouveaux foyers sont fabriqués avec des matériaux adaptés au combustible gaz. Les systèmes de réfrigération performants des eaux des pipes (avec des groupes frigorifiques en circuit fermés ou à eau perdue) ont remplacé les systèmes de dalles extérieures en zinc. Les automatismes de pilotage des allures des brûleurs se sont substitués à la présence obligatoire du distillateur pour faire le feu… L’innovation technologique est apparue dans les distilleries depuis 30 ans pour en quelque sorte piloter d’une façon plus qualitative la conduite des cycles de distillation. Avec l’utilisation du gaz, le métier de constructeur d’alambics a considérablement évolué et des entreprises très structurées se sont créées dans les décennies 70 et 80. En 1990, la filière de fabrication et d’entretien des alambics reposait sur quatre entreprises régionales bien organisées et qui avaient intégré des compétences dans divers domaines (chaudronnerie, combustion, automatismes, réfrigération). Cela avait créé une émulation propice à l’innovation technologique en phase avec les attentes qualitatives des grandes maisons de Cognac. Pourtant ce véritable pôle de compétences spécifiques à la distillation charentaise a bien failli totalement disparaître. En effet, entre 1994 et 2002, l’absence d’investissements dans le matériel de distillation dans la région de Cognac a considérablement fragilisé ce tissu de compétences régional. Des grands noms de la distillation comme Binaud, Chagnaud, Maresté et Prulho ont disparu. Comment préserver un savoir-faire quand un marché devient inexistant pendant plus de 10 ans ? Cela n’a pas été possible. Le retour à des niveaux de distillation plus importants depuis quatre campagnes a révélé le vieillissement des unités de distillation dans la région délimitée. Des besoins d’investissements importants existent actuellement mais on ne reconstitue pas des compétences en matière de distillation en quelques mois. Les entreprises de chaudronnerie n’ont eu comme alternatives que de réduire fortement « la voilure » des équipes de distillation et de chercher d’autres axes de développement pour pérenniser leur existence. Maintenant, elles sont confrontées à une demande forte qui les réjouit mais dont elles évaluent mal la pérennité.

Une nouvelle phase de réflexion technologique va peut-être s’enclencher

La reconstitution durable d’une capacité technique autour de la distillation charentaise ne pourra être envisagée que si le marché reste porteur pendant une dizaine d’années. Les différentes sociétés qui sont en mesure de fabriquer et d’entretenir des distilleries (Chalvignac-Prulho, Chaudronnerie Cognaçaise, Montel, MG, SATIF) ressentent de nouvelles attentes de la part des distillateurs de la région. Tous ces chefs d’entreprise ne cachent pas que le sujet consommation de gaz est devenu une préoccupation prioritaire depuis deux campagnes. Les principes actuellement utilisés pour implanter des alambics neufs ou d’occasion reposent sur des acquis technologiques issus du début des années 90. Certes, un certain nombre de composants utilisés ont bien sûr évolué mais les montages d’alambics effectués en 1992 et en 2008 sont à peu près identiques (sauf au niveau de la gestion des eaux de refroidissement des pipes). Les fortes augmentations du prix du gaz constituent un bouleversement profond au sein de la filière distillation charentaise. Ce combustible, qui a permis de faire progresser considérablement la technique de distillation, n’a-t-il pas connu son âge d’or ! Le renchérissement du coût de cette énergie ne va-t-elle pas être l’élément qui va déclencher une nouvelle réflexion technologique au niveau des équipements de distillation ?

Le prix du gaz multiplié par deux en quelques années

Les économies d’énergie n’étaient pas un sujet de préoccupation jusqu’au début des années 2000 car le coût du combustible représentait moins de 15 % des frais de distillation. En quelques années, le contexte a totalement changé puisque les consommations de gaz représentent aujourd’hui environ 20 à 30 % des frais totaux de distillation. C’est devenu le premier poste de charge avec la main-d’œuvre (pour les distillateurs professionnels) et dans l’avenir il devrait continuer à augmenter. Face à cette situation, beaucoup d’unités de distillation petites ou grandes regardent de près au budget gaz. La plupart des bouilleurs de cru et des distillateurs professionnels essaient de négocier avec leurs fournisseurs au mieux leurs achats de gaz en faisant jouer la concurrence. Les ventes gaz dans les deux départements constituent un débouché que les fournisseurs ne négligent pas même si les consommations sont concentrées sur seulement 5 mois de l’année.

Au niveau des grosses unités de distillation, une forte concurrence s’est instaurée entre les fournisseurs de gaz naturel et le propane. Gaz de France étudie l’implantation de ses réseaux d’alimentation en tenant compte de la présence des grosses distilleries et d’autres fournisseurs de gaz naturel sont aujourd’hui en mesure de proposer des contrats. Les bouilleurs de cru utilisent le plus souvent du propane dans des quantités beaucoup plus modestes et jusqu’à ces dernières années les capacités de négociations pour l’achat de 8, 10 ou 20 tonnes de gaz/an étaient réduites.

Une prise de conscience entre bouilleurs de cru a eu lieu sur ce sujet et à l’initiative du SGV, une démarche d’information annuelle a été mise en place depuis la campagne 2003 auprès des quatre principaux fournisseurs de propane. Cela a permis de quantifier précisément les modalités des différents contrats (location citernes et frais d’entretien) et d’établir en début et en cours de campagne les niveaux de prix des quatre fournisseurs (selon des tonnages d’achats différents). Grâce à cette initiative, beaucoup de bouilleurs de cru achètent mieux le gaz et cela a permis de limiter l’impact de la hausse des prix au cours des dernières années. Néanmoins, le renchérissement constant de cette énergie est une réalité que subissent tous les acteurs de la région et cette tendance risque malheureusement de s’amplifier dans les décennies à venir.

Des massifs pas forcément conçus pour minimiser les consommations de gaz

Face à cette situation, la plupart des bouilleurs de cru et des distillateurs de profession suivent maintenant de près leurs consommations et essaient de faire des économies. Est-il possible de réduire la consommation de gaz au cours de la distillation ? La réponse est bien sûr oui mais dans l’état actuel des moyens technologiques (le type de foyer, les différents brûleurs, les réglages de combustion…), les marges de manœuvre ne sont peut-être pas très importantes. La question de fond que se pose un certain nombre de professionnels est de savoir si, dans l’avenir, les économies réalisées seront en mesure de compenser l’augmentation du coût du gaz ? Si les hausses des cours du gaz sont mesurées et progressives, il est probable qu’une meilleure gestion des combustions serait très rentable. Néanmoins, il n’est pas aussi simple que cela d’intervenir sur les paramètres susceptibles d’améliorer le rendement énergétique des distilleries.

Le parc d’alambics en fonctionnement dans la région délimitée est important et la longévité des équipements (30, 40, 50 ans) fait qu’un certain nombre d’installations ont un âge respectable. Les chaudières anciennes implantées avec des foyers traditionnels en briques dimensionnés pour brûler du bois ou du charbon qui ont été par la suite transformées au gaz, n’ont peut-être pas les meilleurs rendements vis-à-vis de ce nouveau combustible. Ils ont été transformés au gaz en positionnant des brûleurs sous les fonds des chaudières sans aucune modification de la conception des foyers. La circulation d’air chaud autour de la marmite et dans les tours à feu est opérationnelle sur le plan technique, mais le rendement énergétique n’est sûrement pas optimum. Les alambics récents sont généralement installés sur des foyers préfabriqués qui présentent l’avantage d’être mobiles. La conception des massifs préfabriqués est uniquement pensée pour l’installation de brûleurs au gaz. La circulation de l’air chaud dans les tours à feu reste essentielle aux échanges thermiques mais le dimensionnement de ces conduits est aujourd’hui différent du fait de l’absence de cendres avec le gaz. Les matériaux utilisés pour la fabrication des parois des massifs limitent les déperditions de chaleurs par rapport à des massifs en briques.

Améliorer les performances de combustion, une piste à travailler

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Un public nombreux et très intéressé lors du Forum d’Archiac.

Les rendements énergétiques des foyers d’alambics chauffés au gaz se situent entre 70 et 85 %, et leur conception ne permet pas d’envisager de meilleurs rendements. Les constructeurs d’alambics et les distillateurs attentifs à leurs consommations de gaz sont unanimes pour dire que des foyers gaz bien réglés permettent d’économiser au mieux 10 à 15 % de gaz. La réalisation en début de chaque campagne d’une analyse de combustion permet de calculer le rendement du foyer et d’en améliorer les performances en intervenant sur les réglages du brûleur. Des systèmes plus sophistiqués (un automatisme) de gestion permanente du registre de cheminée tout au long des chauffes permettent d’optimiser les conditions de combustion au niveau du foyer et, par voie de conséquence, les consommations de gaz sont minimisées. Ces équipements plus coûteux (en terme d’investissement) se sont jusqu’à présent peu développés mais on peut penser que dans les années à venir leur amortissement sera plus facile. Il semble actuellement qu’un constructeur régional mène une réflexion pour améliorer la conception des chaudières au gaz. L’enjeu serait d’obtenir un meilleur rendement énergétique et une capacité d’échange accrue qui limiterait les consommations de gaz. Une autre entreprise s’intéresse à l’utilisation des granulés de bois comme nouvelle source d’énergie en utilisant des équipements issus de l’industrie et qui font leur preuve dans de nombreux pays d’Europe du Nord. Les nouvelles générations de chaudières à granulés de bois possèdent une alimentation et un décendrage automatique. La structure de ce combustible permet d’envisager des alimentations très progressives du feu dont le pilotage se programme dans le temps. Pourquoi ne pas imaginer de réaliser un transfert de technologie sous des foyers inversés d’alambics ?

Le préchauffage des vins de plus en plus pratiqué

Au cours d’un cycle de distillation de vin, la phase de mise au courant absorbe à elle seule environ 30 à 40 % de la consommation totale de gaz. Le fait de porter à ébullition des vins froids (entre 5 et 10 °C) en deux heures nécessite beaucoup d’énergie et les brûleurs fonctionnent à des pressions de gaz élevées durant cette phase. Pour limiter la consommation d’énergie pendant la mise au courant, le préchauffage des vins a été envisagé depuis très longtemps dans la région. Le bon sens des distillateurs les a conduits à utiliser les vapeurs à la sortie du col de cygne pour préchauffer les vins. Aussi, ce n’est pas un hasard si beaucoup de chaudières sont équipées de réchauffe-vins. D’un point de vue qualitatif, le préchauffage des vins nécessite une véritable technicité pour ne pas altérer leur qualité. Actuellement beaucoup d’unités de distillation sont tentées de pratiquer des préchauffages de vins un peu plus forts pour économiser du gaz. Il semble qu’un préchauffage des vins n’excédant pas deux heures jusqu’à 35 °C génère des économies d’énergies de 10 % au moment de la mise au courant. Néanmoins, cette pratique présente des risques qu’il convient de bien appréhender. Des préchauffages trop longs et à des niveaux de températures trop élevés (supérieurs à 35 °C) occasionnent une dépréciation qualitative des vins. Pendant très longtemps les techniciens des grandes maisons de Cognac déconseillaient l’utilisation systématique des réchauffe-vins. Aujourd’hui, cette préconisation semble avoir évolué vers une utilisation bien encadrée : préchauffer les vins sur un temps court en ne dépassant pas 35 °C. Les aspects qualitatifs demeurent prioritaires par rapport aux coûts énergétiques de la distillation et la conduite des préchauffages doit être effectuée avec le souci permanent de conserver toutes les qualités des vins. Les distillateurs doivent être capables de s’assurer du bon déroulement de ces opérations, soit en étant présent dans la distillerie soit en se donnant les moyens d’automatiser cette conduite des préchauffages.

Les constructeurs proposent des automatismes permettant de programmer les horaires d’ouverture des vannes de détour du réchauffe-vin et leur fermeture (grâce à des mesures de températures à l’intérieur du réchauffe-vin). Le maintient de ce récipient parfaitement propre entre deux utilisations est indispensable pour éviter tout risque d’altération des vins. Or, la forme de certains réchauffe-vins rend leur nettoyage compliqué, voire impossible. La systématisation du préchauffage des vins dans certaines distilleries a débouché sur l’utilisation de moyens technologique économes en énergie et respectueux de la qualité des vins. Dans les grosses unités de distillation, le préchauffage des vins est effectué en utilisant des échangeurs thermiques externes qui fonctionnent en ligne avec les eaux chaudes des pipes. Ce système donne entière satisfaction et est assez facile à mettre en œuvre. Les différents constructeurs d’alambics sont actuellement fréquemment sollicités pour monter des installations de préchauffage de ce type.

De nouvelles recherches au BNIC sur les aspects énergétiques de la distillation

foyer_traditionnel_opt.jpegL’impact de la hausse du gaz sur les frais de distillation commence à inquiéter tous les acteurs de la filière Cognac, les bouilleurs de cru, les distillateurs professionnels et aussi les maisons de négoce. Par ailleurs, tous les professionnels vantent aussi les mérites de cet appareil « magique » et apparemment éternellement jeune qui extrait les arômes si spécifiques des Cognacs. L’alambic charentais et la méthode de distillation à feu nu et à double repasse sont encadrés par le décret d’appellation qui en fixe les contenances, les grandes caractéristiques et définit le type de chauffage et la conduite des cycles de chauffe. Cet ensemble d’éléments représente un symbole très fort du produit Cognac qui a jusqu’à présent traversé le temps « sans prendre une ride ». Le gaz est vraiment sur le plan technique et qualitatif le combustible idéal pour faire fonctionner un alambic charentais, mais n’existe-il pas un niveau de coût au-delà duquel cette énergie deviendrait trop « chère » pour la filière Cognac ? Le renchérissement actuel et surtout probable dans les décennies à venir de ce combustible préoccupe de plus en plus de distillateurs. Au sein de l’interprofession, les professionnels ont pris la pleine mesure de la complexité du sujet gaz et leur souhait est aujourd’hui d’engager une réflexion prospective sur les énergies nécessaires à la distillation. A la demande du comité permanent du BNIC, la commission technique du début du mois de février a décidé de créer un axe de travail sur les aspects énergétiques de la distillation qui sera piloté par la Station Viticole. Les professionnels souhaitent mener une réflexion globale dans le moyen terme afin d’explorer diverses pistes de réflexion, tout d’abord bien cerner l’ensemble des productions et des consommations énergétiques autour de l’alambic, rechercher tous les moyens pour économiser du gaz, s’intéresser à l’utilisation d’autres moyens pour porter à ébullition les vins et les brouillis. Toutes ces démarches vont se mettre en place très progressivement et l’ampleur des sujets à traiter va mobiliser beaucoup d’énergies et de compétences dans les années et les décennies à venir. Dans un premier temps, un recensement de toutes les données existantes autour de la distillation charentaise va être effectué. Il s’agit d’un travail d’inventaire pour par exemple connaître les caractéristiques des différents brûleurs (les consommations, leur puissance, leur mode de fonctionnement), les diverses approches de fabrication des foyers (les matériaux utilisés, l’incidence de l’isolation sur les rendements des foyers), les outils de contrôle et de réglages de la combustion, les ratios de consommations entre le propane et le gaz naturel, les consommations d’eau, d’électricité par les groupes frigorifiques… Dans un second temps, des réflexions seront engagées (sûrement avec les constructeurs) pour envisager avec le principe des chaudières actuelles quelles sont les possibilités de minimiser les consommations de gaz. Dans le plus long terme les professionnels souhaitent que des études prospectives soient menées vis-à-vis de tous les moyens énergétiques existants (ou en expérimentation) pour distiller d’autres alcools de vins, de fruits… L’utilisation de granulés de bois sous des alambics à feu nu ou le chauffage à la vapeur (méthode de chauffage indirecte aujourd’hui interdite par le décret d’appellation) font partie de ces nouvelles pistes qui feront l’objet de recherches pour en apprécier la faisabilité technique, énergétique, qualitative et bien sûr économique. Le dossier concernant les aspects énergétiques liés à la distillation piloté par la Station Viticole va mobiliser de nombreuses compétences et nécessiter des partenariats avec des organismes de recherche, tous les acteurs de la région et l’ensemble des fournisseurs impliqués dans la distillation charentaise.

 

Bibliographie :

– Mme Laura Mornet et Stève Barreaud, des Chambres d’agriculture de Charente et de Charente-Maritime.

– M. Bernard Galy, de la Station Viticole du BNIC.

– Les responsables des sociétés Chalvignac, Chaudronnerie Cognaçaise, SATIF, Montel et MGS.

– Les représentants des sociétés Antargaz et Réseau Gaz de France (filiale de distribution de Gaz de France).

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