La coopérative de Matha « met le cap » sur la technique

25 février 2017

La coopérative agricole de Matha est une entreprise discrète dont l’activité couvre un vaste territoire intégrant le cœur du Pays Bas, un secteur au nord-ouest de Matha, une aire historique de Matha à Neuvicq le Château et une zone d’activité en Charente autour de Gourville et Rouillac. Sa dimension moyenne lui confère la spécificité de construire son développement en menant des actions de fond qui soient réellement en phase avec les attentes des adhérents. Le conseil d’administration présidé par Philippe Doublet est représentatif d’une aire d’activité vaste et diversifiée ou la vigne et les céréales sont les cultures dominantes. La forte diminution de l’élevage depuis une quinzaine d’années a fait monter en puissance l’activité céréalière. La stratégie de l’entreprise est à la simple et ambitieuse : « La coop de Matha doit vivre et se développer pour les acteurs de son territoire au travers d’un projet commun et solidaire ».

Le conseil d’administration considère que l’avenir d’une coopérative de taille moyenne repose la capacité de l’entreprise à s’impliquer au sein du territoire, à proposer des initiatives attractives sur les plans agronomiques et économiques et à développer des conseils techniques en phase avec les nouvelles attentes environnementales et réglementaires. Ph Doublet considère que le fait d’avoir confié le management de la coopérative à deux co-directeurs, Thierry Buna et Alain Thibault ayant des domaines de compétences complémentaires a créé une nouvelle dynamique : « Une coopérative comme la nôtre employant une trentaine de salariés doit être gérée avec un sens accru de la pérennité et une profonde connaissance du territoire. Le fait d’avoir confié la direction à deux personnes issue de l’équipe et ayant un vécu professionnel différent représente un gage de stabilité et de pérennité pour l’avenir de l’entreprise. Depuis maintenant plus de eux ans, le binôme de direction a démontré sa capacité à travailler ensemble de manière constructive pour gérer tous les dossiers, les plus simples comme les plus complexes. Th Buna a en charge la commercialisation des céréales et une partie de la gestion financière et Alain Thibault gère les approvisionnements et les dossiers sociaux. La mise en commun de leurs compétences et le dialogue intelligent qu’ils entretiennent contribuent au bon fonctionnement de notre coopérative ».

 

 

Une identité viticole forte et des initiatives originales 

 

      L’identité viticole est aussi une composante forte du fonctionnement de l’activité au niveau des approvisionnements et des services. L’implantation de, la coopérative au cœur du cru des Fins bois influence fortement son activité et est à l’origine de projets de développement originaux. Le CCO, une filiale à part entière dédiée aux conseils œnologiques atteste aussi de la volonté d’apporter de nouveaux services dans le territoire viticole. La structure s’est tissée depuis 20 ans une image d’acteur sérieux et reconnu auprès des vinificateurs et des bouilleurs de cru et son activité connaît un développement constant. L’activité de conseils durant les vinifications et la distillation repose sur les compétences de l’œnologue Patricia Aubry et la capacité de la structure à réaliser toutes les analyses. Au cours de l’année 2016, une initiative de suivi technique de la conduite du vignoble innovante, le réseau METEOBSER’, a été mise en place pour répondre à la fois à la montée en puissance des exigences environnementales et aux besoins de productivité élevés. Le groupe d’une trentaine de viticulteurs impliqués dans cette initiative semble avoir des émules. Enfin, l’EIVA (entreprise d’insertion en viticulture et en agriculture) créée en 2012 par des personnes proches la coopérative a pour vocation d’apporter à la fois une solution rationnelle aux besoins de main-d’œuvre des viticulteurs et des agriculteurs et de permettre à des personnes en difficultés de se former et d’accéder à l’emploi. L’entité qui est en quelque sorte « adossée » à la coopérative, utilise les réseaux naturels du territoire pour assurer son développement.


 

La gestion rigoureuse a débouché sur un bon exercice 2015-2016

 

      Ph Doublet lors de l’assemblée générale au mois de décembre dernier a présenté les bons résultats de l’exercice 2015-2016 qui attestent de la saine gestion de l’entreprise. Le chiffre d’affaires s’est élevé à 19 M € avec une marge brute de 3,80 M€ en augmentation de 2,65 %. Des redistributions de compléments de prix et des remises de fin de campagne ont été effectuées au cours du mois de mai de 2016. Le niveau d’endettement à moyen et long terme est bien maîtrisé et les fonds propres dépassent 4 millions d’euros. T Buna estime que le contexte de marché morose des céréales a été en partie compensé par le dynamisme de la filière viticole : « L’activité de la coopérative durant l’exercice 2015-2016 a été marquée par une baisse de valorisation des céréales malgré des niveaux de récolte globalement corrects. La bonne santé de la filière Cognac est pour la coopérative un facteur de stabilité. Les besoins d’approvisionnement en vigne restent dynamiques grâce à l’implication de notre équipe de techniciens sur le terrain ».

 

Des investissements réguliers au niveau des équipements

 

      Durant l’exercice, des investissements pour rendre les équipements de la coopérative plus performants avec notamment, le changement d’équipement informatique, l’acquisition de terrain à côté du silo de Cressé, l’achat d’équipements de mesures à Gourville et Cressé (dosages des protéines). La mise a niveau de l’outil informatique a représenté une évolution importante qui permet d’améliorer la gestion interne, de proposer de nouveaux services aux adhérents et de faciliter les relations avec les partenaires commerciaux et les fournisseurs. La commercialisation des céréales a représenté 58 % du chiffre d’affaires total malgré une conjoncture de marché moyennement porteuse. L’activité approvisionnement (42 % du CA) est restée soutenue grâce au dynamisme de la filière vigne.

 

La collecte en 2015 a été dopée par les cultures d’été

 

      La collecte de céréales en 2015 a atteint le niveau très correct de 53 944 t avec une nette augmentation des cultures d’été. La production de blé dur a presque doublé et celle des poids d’hiver connaît également une bonne progression. Au niveau du blé tendre, le travail technique pour optimiser la conduite des itinéraires culturaux a permis de maîtriser les teneurs en protéines au-dessus de 11. L’implication des techniciens de terrain pour aider les agriculteurs à piloter judicieusement leurs apports d’azote a permis d’obtenir des blés tendres de meilleure qualité qui ont pu être mieux valorisés auprès des acheteurs et des adhérents (+ 3 € t). L’investissement de l’équipe de la coopérative depuis une petite décennie pour nouer des relations commerciales pérennes avec des acheteurs recherchant de qualités plus spécifiques a porté ses fruits. Le développement de certaines cultures comme le lin oléagineux, les poids d’hiver, du blé tendre améliorant, le blé dur permet d’apporter aux adhérents de véritables plus-values.

 

L’apport du partenariat avec l’Entente est indéniable

 

      Un travail important de construction de la filière de commercialisation a été engagé directement par la coopérative et dans le cadre du groupe de 9 coopératives céréalières adhérentes à l’Entente. Si historiquement une grande partie de la collecte de céréales était commercialisée à l’exportation, une stratégie de diversification des débouchés a été engagée depuis quelques années. La possibilité de mutualiser les expériences et les moyens grâce aux divers partenariats au sein de l’Entente facilite la recherche de nouveaux marchés et aussi le développement de cultures plus techniques. La baisse régulière des surfaces de mais depuis 10 ans s’est accompagnée d’une évolution profonde des assolements. Les cultures d’été ont augmenté et tout particulièrement la production de blé tendre. De nouvelles productions ont été introduites ce qui a permis de renouveler les têtes d’assolement traditionnelles comme le colza et les tournesols. Des cultures comme les poids d’hiver et le lin représentent désormais des surfaces significatives (800 ha et 350 ha) en raison de leur double intérêt économique et agronomique.

 

De nouvelles cultures conciliant les enjeux agronomiques et économiques

 

      A. Thibault considère que l’introduction de nouvelles productions sur la filière céréalière doit être abordée avec sérieux : « Les conditions de commercialisation moroses des céréales sur le marché mondial depuis maintenant presque trois ans ont eu une influence directe sur le développement de certaines cultures et l’économie des propriétés céréalières. La moindre attractivité des productions de mais et de blé génériques est une réalité. Cette situation a amené l’équipe de la coopérative à s’intéresser à trois nouvelles cultures, les pois d’hiver, le lin et le blé améliorant. Nous considérons ces productions techniquement adaptées sur le plan agronomique aux terres de groies légères et les perspectives de commercialisation semblent également maîtrisées. Concilier en permanence les aspects techniques et économiques est pour nous une priorité dans notre démarche. Engager, les adhérents dans des productions pas adaptées à nos sols calcaires ou sans réels débouchés ne nous paraît pas sérieux. Au sein de la coopérative nous essayons de travailler les choses de manière prospective, en mettant en place des essais en petites et grandes parcelles, en portant une analyse objective de la gestion qualitative des cultures et en réalisant des tests de commercialisation ».

 

  Une activité approvisionnement toujours importante

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    •       La branche approvisionnement de la coopérative a connu au cours de l’exercice 2015-2016, une diminution de chiffre d’affaires de 7,6 % liée à la fois à une moindre pression de parasitisme et surtout à une diminution des prix des engrais. L’importance du marché vigne engendre des ventes importantes d’intrants phytosanitaires qui représentent 40 % de l’activité appro. Les ventes d’engrais ont légèrement augmenté en volume mais baissé en valeur en raison de la baisse prix des engrais azotée. Le secteur viticole qui représente plus de 50 % des ventes d’appros reste très dynamique. Au niveau des céréales, la mauvaise conjoncture des marchés a été en partie compensée par des niveaux de rendements en 2015 très satisfaisants dans l’ensemble. La volonté des agriculteurs de maintenir les potentialités agronomiques de leurs sols et de leurs cultures n’a pas entraîné de réelles baisses d’utilisation d’engrais et d’intrants phytosanitaires. Par contre, les mauvaises récoltes 2 016 constituent un sujet d’inquiétude. La coopérative qui a beaucoup investi depuis trois ans dans la formation de son équipe de techniciens, propose désormais des initiatives pour gérer au mieux la conduite des cultures.

       

  • Le métier de fournisseur d’approvisionnement connaît une profonde mutation

          L’équipe de techniciens considère que les exigences environnementales et les interrogations de la société civile sur les pratiques agricoles sont entrain de modifier fondamentalement le métier de fournisseur d’approvisionnement. Ils estiment que depuis maintenant quelques années, les exigences de respect de l’environnement et les débats quasi-permanents sur l’utilisation des pesticides deviennent des préoccupations de premier plan. Les agriculteurs et les viticulteurs ne peuvent plus faire abstraction de ces problématiques qui dans les années à venir seront encore plus présentes. Les mesures du plan Ecophyto en matière de réduction des IFT, de gestion des bandes enherbées, …. sont mises en pratique.

     

    Des techniciens devenus conseillers

          A Thibault estime que la mission prioritaire des techniciens est aujourd’hui d’apporter une réflexion technique approfondie aux agriculteurs : « L’alimentation et la protection des cultures doivent être pilotées avec plus de rigueur et de technicité afin de minimiser l’utilisation des intrants tout en maintenant les niveaux de productivité. Ce challenge ambitieux est aujourd’hui un nouvel axe de développement pour la coopérative. Notre connaissance du terrain et notre mission d’acteur de proximité, nous ont conduits à, faire le choix de privilégier l’engagement dans le conseil personnalisé auprès de chaque adhérent. Depuis deux ans, un programme de formation de nos équipes a été mis en place et de nouveaux outils d’observation et d’aide à la décision ont été implantés. La mise à disposition de conseils et de préconisations pertinentes est déjà devenue l’âme du métier de techniciens. C’est un changement de cap important ». Au niveau des grandes cultures, la coopérative a mis en place une série d’initiatives, un pilotage plus judicieusement les apports de fumure (N Pilot sur le blé dur, N Tester sur blé tendre), un travail sur différents couverts végétaux, des plateformes d’essais variétés (blé, tournesol, mais), une approche lutte raisonnée au niveau des insectes foreurs, …… . Des démarches techniques ont également été initiées en vigne avec la mise en place d’une plateforme d’enherbement des interlignes (avec différents mélanges) et la création du réseau Météobser au printemps 2016. Cette initiative tout à fait novatrice confirme le changement de cap dans la démarche d’encadrement technique des propriétés viticoles.

                                          

             
    Les points clés de l’exercice 2 015/2 016 de la Coopérative de Matha :

     

  • Un Chiffre d’affaires total de 19 millions d’€ pour la coopérative

  • Un chiffre d’affaires de 1,5 million d’€ pour les deux filiales Gamm Vert et CCO

  • 330 adhérents actifs et 60 salariés (avec les deux filiales)

  • Un endettement à moyen et long terme maîtrisé et des ratios économiques confortables

  • 11,4 millions pour l’activité commercialisation des céréales

  • 7,6 millions d’€ pour l’activité approvisionnements

  • Une collecte totale de 54 000 t avec une part dominante des cultures d’été

  • Une commercialisation diversifiée des céréales gérée en partenariat avec l’Entente

  • Un développement des cultures de poids d’hiver, de lin et blé améliorant (1 500 ha)

  • Une réflexion technico-économique globale avant d’engager les adhérents dans de nouvelles cultures

  • Le secteur viticole pèse lourd dans l’activité approvisionnements

  • Un investissement important dans la formation de l’équipe de techniciens

  • Un engagement fort dans l’accompagnement technique des agriculteurs et des viticulteurs

  • Le CCO, une filiale de conseils œnologique prospère

     

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