La Chine au coeur des vignes

21 février 2009

Une sinologue en pleine campagne. Après des études de chinois et plusieurs années passées à Pékin, Dominique Marilleau a élu domicile au Liboreau, un hameau à quelques kilomètres de Matha. Elle partage son temps entre ses enfants, l’enseignement et une activité d’interprète.

dominique_marilleau.jpgCette altière jeune femme à la voix posée habite une maison aux volets bleus, bleus comme les yeux de ses trois jeunes enfants. Grenoble, Paris, Pékin furent pour elle des étapes marquantes avant qu’elle n’épouse Jean-Yves Marilleau, viticulteur et jeune président de la Cave du Liboreau à Siecq. Elle se sent bien dans cette campagne charentaise, même si, dit-elle, « elle manque un peu de relief ». Une remarque à entendre, bien sûr, au sens géographique du terme. Cependant, Dominique Marilleau ne nie pas avoir besoin de contacts et ces contacts, elle les a trouvés dans l’enseignement et une activité d’interprète. Les CEL (Centre d’étude des langues) de Cognac et d’Angoulême sont les deux endroits où elle dispense des cours. A Cognac, il s’agit d’un cours particulier, aux horaires très flexibles. A Angoulême, la jeune femme intervient en cours collectif, le vendredi après-midi, sur deux niveaux, débutant et débutant 2e année. Cette année, elle fonctionne à effectif réduit, de 5-6 personnes. A Cognac, il lui est arrivé de monter un groupe de douze personnes, sur un projet de formation de six mois. Mais la plupart de ces personnes voyageaient beaucoup, s’absentaient souvent et présentaient un niveau hétérogène. Le groupe s’est essoufflé. Un exemple parmi d’autres, qui illustre bien la difficulté posée par l’apprentissage du chinois. Cette langue ne s’apprivoise pas en quarante leçons ni même en un ou deux ans. Elle demande beaucoup de travail personnel et de disponibilité. « Avec le chinois, relate Dominique Marilleau, il faut bien savoir que vous partez de zéro. Comme avec toutes les langues qui n’ont pas d’origine latine, vous ne pouvez pas vous raccrocher à quelque chose de connu. » Dépaysement garanti. Le chinois présente une autre caractéristique : celle d’introduire une coupure nette entre langue écrite et langue orale. La lecture des caractères chinois – les idéogrammes – n’induit pas la manière de les prononcer. Ainsi, tout se passe comme s’il fallait apprendre deux langues, une langue écrite et une langue parlée. La langue chinoise compte 20 000 caractères sachant que très peu de gens les connaissent tous, même parmi les Chinois lettrés. Pour lire couramment, il convient de connaître 3 000 signes, ce qui est déjà beaucoup (26 lettres dans l’alphabet). Et il n’y a pas d’autres solutions que de les apprendre par cœur, un peu à la manière des 50 panneaux de signalisation du code de la route. Un exercice d’ailleurs reconnu comme excellent pour développer la mémoire. De manière schématique, on peut dire qu’un signe correspond à une syllabe qui, elle-même, signifie une idée. Mise bout à bout, ces syllabes-idées vont constituer un mot. Pour trouver une analogie avec le français, Dominique Marilleau donne l’exemple de téléphone, composé de deux racines, télé et phone.

Une langue tonale

Mais la difficulté du chinois ne s’arrête pas à son écriture. La prononciation représente un autre défi, dur à relever pour un Européen. Le chinois est une langue tonale. A ce titre, elle possède des tons, c’est-à-dire plusieurs façons de prononcer une syllabe. Le mandarin – la langue censée être parlée par tous les Chinois, dont le berceau se trouve au nord de Pékin – compte quatre tons mais le cantonnais en avance cinq ou six et des langues du sud-est asiatique sept ou huit. Inutile de dire que ces tons sont très difficiles à reproduire. Il vaut mieux avoir l’oreille musicale. Si l’on ajoute à cela que les chinois parlent vite et possèdent des accents très différents d’une région à l’autre, on aura une idée de la complexité de l’entreprise. Pourtant la langue chinoise recèle une facilité, une seule mais bien réelle, sa grammaire : aucune conjugaison, aucun temps. Pour définir le contexte, on se servira tout simplement des mots avant, après, hier, demain…

Pourquoi apprend-on le chinois ? Dominique Marilleau parle de son goût des langues, de son envie de sortir des sentiers battus, de son esprit indépendant aussi qui l’incite à se projeter vers d’autres cultures. Après son bac, elle s’inscrit aux Langues’O. à Paris (1). Elle y suit des cours pendant deux ans puis part en Chine poursuivre son cursus scolaire jusqu’à la maîtrise. Bref retour en France et départ à nouveau pour Pékin où elle travaille pendant trois ans et devient parfaitement bilingue. En Chine, elle découvre « une autre planète, très déroutante », avec des problèmes toujours vingt fois plus importants qu’en France mais, en même temps, une étonnante capacité des Chinois à les régler. Que lui enseigne la culture chinoise ? « On parle toujours de la sagesse orientale. Je ne sais pas si les Chinois sont plus sages que nous mais en tout cas ils le sont différemment. Ils nous apprennent certainement à relativiser. » En Chine puis en France, la jeune femme exerce une activité d’interprète, d’abord auprès de grosses entreprises de sa région natale, Rhône-Alpes et ensuite en Charente, principalement auprès du BNIC. Car l’interprofession de Cognac reçoit régulièrement des ingénieurs et des techniciens chinois dans le cadre de ses échanges avec la Chine. D. Marilleau parle de ces techniciens chinois « comme de gens très sincères, jamais sortis de Chine et pour qui Cognac est leur premier atterrissage en France ». A travers son activité d’enseignement, elle est aussi en contacts avec des chefs d’entreprise et des cadres commerciaux qui se rendent souvent en Chine. Si l’anglais leur permet de se débrouiller, surtout dans les grandes villes comme Pékin ou Shangaï, leurs interlocuteurs chinois apprécient de voir ces étrangers qui font l’effort de parler leur langue. Une langue qui pose seulement un peu plus de problème que les autres.

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