La Bouffée d’Oxygène De 2006

22 février 2009

La viticulture reprend son souffle… et se prend à y croire, sans pour autant rêver. Début 2006, personne n’aurait imaginé que les ventes de Cognac se comporteraient aussi bien. Pourtant, mois après mois, les expéditions n’ont pas faibli, « sur les trois qualités et sur les trois continents ». A court comme à moyen terme, les négociants semblent relativement confiants. Les y encourage une croissance mondiale qui n’a jamais été aussi élevée depuis 35 ans. Le marché asiatique marche fort, ce qui est plutôt encourageant pour les qualités vieilles. A coups de progression de 6-7 % l’an – un mouvement de fond perceptible depuis au moins 6 ans – la région se rapproche à grand pas de la barre de 500 000 hl AP de sorties, qui signait, en 1990, son meilleur score. Mais le parallèle avec la « folle période » du début des années 90 s’arrête là. L’euphorie qui avait submergé la région à cette époque semble loin, très loin du climat actuel. C’est d’un optimisme mesuré dont parlent les viticulteurs. « Ce n’est un secret pour personne, aujourd’hui, ce n’est plus un problème de vendre ! » confesse l’un d’entre eux. « Tout ce que je présente, je le vends » rajoute un quidam. Pourtant l’enthousiasme n’est pas au bout du rang de vigne. Prudence, méfiance sont des termes qui reviennent souvent dans les conversations. L’évolution des prix, plus manifeste sur certains comptes que sur d’autres, achoppe sur l’augmentation concomitante des coûts de production, gaz, gas-oil, MSA, salaires… D’où la notion de rattrapage qui l’emporte sur celle d’augmentation réelle des prix. « Il s’agit d’un rééquilibre mais nous butons encore sur un problème de revenu et de marge. » Et puis la viticulture s’interroge, comme toujours, sur les véritables intentions des négociants. Cette crainte du lendemain – « ne sont-ils pas en train de reconstituer leurs stocks pour mieux contrôler les prix ? » – se double d’un manque de vision sur l’avenir. Quelles incidences aura le régime d’affectation sur l’attitude des négociants ? Ne vont-ils pas privilégier certains apporteurs au détriment d’autres ? Si, dans le nouveau régime, les viticulteurs semblent avoir largement intégré la perte de trésorerie liée aux débouchés hors Cognac – qui vient après l’introduction du rendement agronomique – ils ne semblent pas trop inquiets quant à la mécanique du système. « Même si “l’on brasse beaucoup d’air autour”, cela paraît relativement simple. Il va y avoir des quotas pour les différents marchés. Ce n’est pas “l’usine à gaz” que d’aucuns prétendent. Tout le monde sait à quoi s’attendre. Si inquiétude il y a, c’est sur la perte d’argent éventuelle. » La question du décalage du Plan d’avenir viticole avec la situation actuelle agite en effet le microcosme, avec un focus sur les jus de raisin. « Quel que soit le système, quand le Cognac marche bien, il n’y a plus de place pour les vins de table. Mais il reste les jus de raisin. Sans remettre en cause le système d’affectation, pourquoi ne pas concéder aux jus de raisin une fenêtre ponctuelle entre le rendement Cognac et le rendement butoir de 120 hl/ha ? Une manière a minima de sauver ces débouchés. Le principe de la réforme date de 2001, le rapport Zonta de 2003 et le changement n’interviendra pas avant 2008. Pour des questions de fidélité à qui ou à quoi, ne soyons pas bloqués. Ne soyons les "godillots" de personne ! Et de toute façon, il vaut mieux débattre de ces questions en 2007 plutôt qu’en 2009. »

Qu’en disent les principaux intéressés, les viticulteurs ? La « viticulture silencieuse » se dit stoïque, voire résignée. « On a l’habitude de se serrer la ceinture et de passer pour des couillons ! » Ce qui ne l’empêche pas de mettre en place des stratégies de développement. La reprise d’investissement s’est fait sentir cette année, principalement dans les chais et les distilleries. Les viticulteurs se « remettent à jour », sans luxe ni dépenses excessives. Autre conséquence positive de cette « sensation de reprise » : les jeunes se font plus nombreux. « Nous constatons une petite vague d’installations » relate un comptable agricole. L’embellie a permis de formaliser des retours sur les exploitations et de consolider des continuités d’entreprises. Elle alimente aussi l’agrandissement et la concentration d’unités, avec des prix du foncier parfois hors de propos, en tout cas sans commune mesure avec le revenu viticole. Ces investissements "irrationnels" sont souvent le fait de bouilleurs de cru qui ont libéré un stock de rassises qu’ils ne pensaient pas vendre à si bon prix. « Pendant dix ans, ils se sont lamentés sur le faible cours des eaux-de-vie. Ces stocks, ils les avaient plus ou moins passés par profits et pertes. Quand ils les négocient correctement, ils ne trouvent pas d’autre issue que de les reconvertir en pieds de vignes. Ce ne sont pas des financiers ! » persifle un de leurs pairs.

Si les viticulteurs ne sont pas de grands financiers, sont-ils au moins de bons vignerons ? Un discours semble prendre corps actuellement autour de la reconquête des « fondamentaux » du métier de vigneron : le sol, la vigne, le raisin… Ce discours est souvent tenu par des représentants des industries du Cognac. « Depuis 15 ans, la viticulture a fait preuve d’aveuglement en adoptant une politique de survie, qui s’est manifestée par le recours à des conduites extensives comme prétaillage, cordons… Elle a oublié ce qu’était le métier de "vrai vigneron". Conséquences : sols déséquilibrés, problème d’azote dans les moûts, oïdium sur les raisins après un été froid et pluvieux… Si la viticulture ne se ressaisit pas, elle risque de perdre ce savoir-faire de grand vigneron qui faisait son apanage. Produire de bons raisins sur de bons terroirs constitue sans doute la quintessence du métier. » Ces propos sont certainement battus au coin du bon sens et, à la limite, peuvent servir la viticulture dans sa reconquête de valeur ajoutée. Simplement, le temps n’est pas si lointain où prévalait la vision « industrielle » de la viticulture, dont l’agrandissement actuel des exploitations n’est qu’un avatar.

Les membres de l’interprofession avaient prévu de se revoir au bout d’un an pour améliorer l’outil de simulation aboutissant au calcul de la QNV Cognac. Mission accomplie. L’assemblée plénière du 19 décembre dernier a retenu à l’unanimité les propositions de la commission production. Ce vote fera l’objet d’un accord étendu par les pouvoirs publics. A côté d’une mise en stock un peu supérieure – répartie sur deux campagnes – pour mieux prendre en compte le passage de l’XO en compte 10 (prévu en 2016), l’accord vise surtout à introduire un mécanisme de rattrapage au niveau des ventes, comme il en existe déjà un au niveau de la distillation. Explicitement, cette mesure trouve son origine dans la croissance des expéditions, plus importante qu’envisagé. En corrigeant le retard de production au moins sur les deux dernières campagnes, elle devrait aboutir, sur les deux ans qui viennent, à une progression sensible de la QNV. Si les responsables professionnels s’attendent à des réactions des viticulteurs, toujours promptes à dénoncer les ferments de surproduction, ils assument leur décision. « Il vaut mieux digérer ces augmentations pendant que le Cognac va bien, pour ensuite se montrer très réactifs à tout revirement de situations. Car les outils que nous mettons en place aujourd’hui fonctionneront dans les deux sens. Nous ne voulons plus connaître le spectre des années 90, qui avait conduit à produire trois années de ventes en deux ans. »

Le BNIC a publié les chiffres de récolte 2006. La récolte totale a atteint 8,9 millions d’hl, en léger repli par rapport à l’an passé (9,13 millions d’hl vol.). Le TAV est lui aussi légèrement inférieur (9,78 % vol. contre 10,14 % vol.). Le rendement 2006 s’établit à 121,42 hl vol./ha. Le nombre des exploitations a encore baissé de 3,5 %, une évolution récurrente depuis plusieurs années. La région compte à ce jour 5 664 exploitations Vins Blanc Cognac pour 5 837 déclarations.

L’équipe du Paysan Vigneron vous souhaite une très heureuse année 2007, à la hauteur de vos espérances.

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